mardi
25
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Panagiotis Grigoriou

Venizélos attaque le programme de Syriza

Les derniers jours qui précèdent les élections à la Baronnie [ceux qui tiennent leurs fiefs d’un roi ou d’un grand prince, allusion à la domination de la troïka sur la Grèce] s’avéreront de plus en plus passionnels et passionnants. Le drame y est déjà, au même titre que le sang, la mort, les espions, les intimidations et la résistance. Et on s’y attend vivement… à un éventuel «appel du 18 juin» [1]! À moins qu’au soir du 17 juin déjà [date des élections], un certain «Samarelos» (Samaras de la Nouvelle Démocratie et Venizélos du PASOK), ou un remplaçant surprise, viendra «faire à la Grèce le don de sa personne pour atténuer son malheur, car en ces heures douloureuses il pense évidemment aux malheureux chômeurs qui dans un dénuement extrême finissent par se suicider». Surréaliste non? Seulement, nos derniers suicidés n’attendent plus rien, leurs comptes du vécu politique étant définitivement et violemment clôturés.

Mercredi 30 mai très tôt, un homme de 61 ans, Agios Filipos Alexandre, s’est pendu sur une place de Nikaia, dans les faubourgs ouest d’Athènes. Son corps a été découvert par les promeneurs matinaux. Il a laissé un ultime message, comme Dimitris Christoulas le pharmacien [voir sur ce site la lettre citée en introduction de l’article: «La décote de la dette grecque, la résistance et la crise politique»] et bien d’autres… suicidés sur le champ d’honneur l’avaient fait depuis. Agios Filipos Alexandre a écrit: «C’est la crise économique qui m’a poussé à accomplir un tel acte. Je ne suis pas connu des services de police, je n’ai jamais bu d’alcool dans ma vie, je n’ai jamais touché aux prostituées ou à la drogue (sic), même pas dans mes rêves, je ne fréquentais pas les cafés non plus car j’ai toujours travaillé du matin au soir. Mais finalement j’aurais commis «un crime énorme»: j’ai monté ma propre entreprise durant mes 41 ans, et depuis, je me suis endetté. Et à présent, je suis encore ce c…, actuellement âgé de 61 ans, qui doit rembourser, encore et encore. J’espère maintenant que mes petits-enfants ne naîtront pas en Grèce, car ce pays ne sera plus habité par des Grecs, de toute évidence. Car ainsi, au moins, mes petits-enfants pratiqueront vraiment une autre langue, au moment où notre langue, ici, finira par être complètement abolie. Sauf si un homme politique ayant des c… comme Margaret Thatcher nous oblige à changer, nous-mêmes et l’État.» (Voir le quotidien Protothema, 30 mai 2012) Le raisonnement méta-politique d’Alexandre diffère de celui de Dimitris Christoulas, si on compare les deux. Sauf qu’il cartographie cette même impasse dans la projection du futur, implacable et pour tout dire, chez certains, devenue inévitable.

Mardi dernier en Crète, un autre homme, chômeur depuis deux semaines, s’est jeté par la fenêtre du 5e étage à l’hôpital de la Cannée, son épouse qui se trouvait à ses côtés n’a pas eu le temps de l’en empêcher. Normalement, c’était pour rendre visite à une personne de leur entourage, hospitalisée. «Normalement». Car nos normes sont sur le point d’exploser. C’est dans ce sens aussi que j’ai évoqué, dans un article précédent [voir sur ce site les articles en date du 26 et du 29 mai 2012], une société en état de guerre. Et à la télévision, c’était presque le silence. Ces suicides ne sont plus ces dépêches «convenables» pour les chaînes «importantes» et de grande diffusion, et ceci depuis avril au moins. L’expertise mainstream et les occupants du pays sont passés par là. Il devient évident désormais que le mécanisme déclenché par ces suicides dans la psychologie collective se réfère potentiellement à la résistance, désespérée certes, mais néanmoins capable de cristalliser (définitivement?) les consciences à contre-courant du «poly-système  matrixien» [2] qui nous déshumanise: bancocratie, classes dominantes et notamment la para-bourgeoisie mafieuse athénienne, nourrie par (et pour) l’occupation allemande [voir sur ce site l’article intitulé «La Grèce et l’occupation par les forces du IIIe Reich» (1941-1944). Quels dédommagements ? La dette de qui envers qui» en date du 1er mai 2012 ] et ses structures transnationales de l’UE y afférentes, plus leur piètre personnel politique, parfois aussi administratif ou encadrant, une coproduction mafieuse (aussi) locale. Sans oublier de joindre enfin à la liste ce qui relève en nous d’un certain contexte culturel, conditionnant représentations et mentalités, à rejeter, si possible aussi au même titre que le Mémorandum, et sans trop tarder.

La Banque Nationale de Grèce vient de publier mercredi 30 mai un rapport catastrophiste sur le «danger de la drachme et de ses conséquences», intervenant ainsi directement au cœur du débat politique. Selon le chroniqueur radio Yannis Calamitsis, l’auteur de ce rapport est un ancien cadre du FMI, «joueur transféré  depuis à la banque grecque» (Real FM, 1er juin 2012). Des cadres et d’autres employés du système bancaire se sont chargés de rependre, par tir groupé de mails, la «bombe» du dit rapport. Alpha-Bank vient de «dévoiler» un rapport analogue dans son bulletin mensuel de juin. Certaines grandes entreprises, à l’initiative de leurs directions, ont réuni leur personnel pour l’inciter vivement à voter pro-mémorandum. Nombreuses sont aussi les fausses nouvelles qui circulent sur Internet, entre la déformation systématique des thèses de SYRIZA (devenue récurrente sur la chaine de télévision MEGA) jusqu’aux faux viols de la semaine dernière, alors «commis sur des adolescentes grecques par des immigrés». Le poly-système joue toutes ses billes et nous, sa mise à mort!

Jeudi 31 mai, un journaliste allemand a questionné son confrère grec Giorgos Trangas sur son choix éditorial durant une récente émission sur le plateau d’une web-télévision: «Pourquoi avez-vous préféré consacrer une partie de l’émission à Glezos et à Santas, qu’apporte-t-il de plus, ce rappel historique à répétition?» «C’était un acte de résistance, toujours utile à rappeler car sa portée dépasse son époque», a répondu le journaliste grec (c’est Trangas lui-même qui a fait partager cette anecdote sur radio Real-Fm, jeudi matin).

Manolis Gézos devant l'amabassade allemande en juin 2011

C’était dans la nuit du 30 au 31 mai 1941 que Manolis Glezos et Apóstolos Sántas montèrent au sommet de l’Acropole et dérobèrent le drapeau de l’Allemagne nazie qui flottait sur la ville depuis l’entrée des troupes allemandes dans Athènes au 27 avril 1941. Ce geste, rappelé jeudi matin à travers certains de nos médias dont Real Fm, fut le premier acte de résistance en Grèce, et probablement un des tout premiers en Europe. Manolis Glezos (élu député de SYRIZA le 6 mai 2012) et Apostolos Santas (décédé le 30 avril 2011) furent condamnés à mort par contumace, Manolis Glezos fut même arrêté et torturé par les occupants en 1942.

Donc on n’oubliera pas. D’autant plus que le peuple allemand de 2012 peut ne plus accepter de suivre cette composante dominante de ses élites, dans leur entreprise de vassalisation de l’Europe sous un 4e Reich, économique et monétaire. Certes, à travers toutes les ramifications du système-monde, beaucoup plus complexe que par le passé, le Merkelisme n’agit pas dans un «splendide isolement». Ainsi, certains partenaires ex-égaux de l’Allemagne et notamment la France, peuvent encore se leurrer (ou faire semblant pour gagner du temps, qui sait?) quant à leurs chances de survie souveraine sur le long terme, et sans une redéfinition de leurs alliances en Europe (à travers mais aussi en dehors du cadre moribond et liberticide de l’UE). Tout cela nous paraît déjà discutable (et discuté sans tabou), sous notre soleil Syrizien, désormais brûlant entre l’Acropole et le Temple de Thésée [3].

Cette redéfinition deviendrait urgente, d’autant plus au sein des familles politiques «européennes», et inéluctable pour certaines d’entre elles. Car, comment sinon ne pas tenir compte de la politique ouvertement affichée et produite d’occupation, menée par le SPD allemand en Grèce, au même titre que les autres formations politiques de ce pays, à savoir le consortium Merkelien et les Verts. Nous le savions officieusement, mais voilà que le reportage réalisé par notre hebdomadaire satyrique Topontiki (La Souris, 31 mai 2012) en rajoute davantage. Et cette fois-ci, il ne s’agit pas de ces ragots, en provenance d’Internet:

«C’est incroyable et pourtant c’est vrai. Les porteurs des intérêts allemands en Grèce expriment officieusement leur conviction: ces intérêts mobiliseront leurs serviteurs locaux, et ceci sans entraves, indépendamment même des résultats issus des urnes le 17 juin prochain. Notre source depuis Berlin nous informe de l’existence d’un «plan B», d’un «plan C» et éventuellement d’un «plan D». Ainsi, toute cette psalmodie du «Grexit» [sortie ou non de la Grèce de la zone euro] cache le gagnant principal de ce jeu, c’est-à-dire les intérêts allemands, qui s’accommodent assez bien d’un euro affaibli [étant donné la dominante exportatrice du capitalisme allemand]. Nous sommes aussi en mesure de dévoiler (même si certains étaient déjà au parfum) le contenu des débats lors d’une réunion entre cadres dirigeants du SPD allemand, tenue durant la soirée du 24 mai, dans la salle Costis Palamas à l’Université d’Athènes. Le problème grec a été analysé dans toutes ses dimensions. Et il a été conclu, par un sentiment général partagé, que la Grèce restera dans la zone euro.

Parmi les participants à cette réunion «privée», on remarque la présence du chef de la Fondation Adenauer, de l’ambassadeur allemand en poste à Athènes, d’un homme-clef, issu du lobby de l’Union des Industriels allemands, et d’un certain nombre de responsables grecs, tous germanophones, dont l’ex-ministre du PASOK Anna Diamantopoulou (ex-membre aussi de la Commission européenne). Apparemment, et selon les informations de «La Souris», le lobby allemand travaille très méthodiquement depuis trois ans, surtout, depuis que le Mémorandum I a été paraphé. Ainsi, les créanciers de la Grèce, et surtout Berlin, font désormais valoir, et «de droit», leur mainmise sur les avoirs et les ressources potentielles du pays. Et pour mieux faire passer la pilule, ils peuvent desserrer légèrement la corde du Mémorandum au lendemain des élections de juin, pour ainsi préparer sans aucune entrave la prochaine étape.

Ce n’est pas un hasard non plus si, au lendemain du 24 mai, une partie de la presse grecque a aussitôt proposé sa «bonne pédagogie» sur la mise en place des «Zones économiques spéciales» sous l’impulsion de l’Allemagne, et cofinancées par la BEI (Banque européenne d’investissement ayant son siège au Luxembourg), l’UE et les banque allemandes d’investissement. Répondant aux interrogations sur la possibilité effective de l’Allemagne quant à la gestion du «jour d’après» en Grèce, un entrepreneur (grec) en lien avec Berlin, a répondu que les Allemands ont suffisamment ficelé le système politique grec, et pas que grec, via le scandale Siemens. Ils sont par ailleurs bien informés et dans le moindre détail, sur la situation économique des principales branches et entreprises qui les intéressent. Selon notre informateur, les Allemands seraient bien mieux informés que (les Américains) de BlackRock [puissant fonds financier d’investissement] sur les activités des banques grecques, les prêts politiques et/ou semi-mafieux, accordés ici ou là, ainsi que sur le détail des comptes dont les titulaires sont des personnalités du monde politique, économique et journalistique grec. Plus précisément, ils ont constitué une base de données concernant 1250 hautes personnalités (politiciens, journalistes, patrons de presse, entrepreneurs et banquiers), lesquels sont à la fois entremetteurs et informateurs directs, dans l’interconnexion entre les Allemands et le système local (…). Et pour ce qui est de l’emprisonnement d’Akis Tsohatzopoulos (ex-ministre du PASOK, mêlé entre autres au scandale Siemens [4]), on sait que le système allemand est capable de sacrifier un certain nombre de ses serviteurs pour se préserver lui-même contre toute défiance. (…) Finalement, l’Allemagne, surtout depuis le Mémorandum II [février 2012], fait et fera payer la crise grecque aux établissements bancaires et par extension aux gouvernements des autres pays de l’UE – si on se réfère aux analystes de Bloomberg –, donc elle se sent assez libre pour tout ficeler sur place (…).»

C’est compréhensible. Le microcosme systémique athénien tremble, car SYRIZA, dans la mesure où il n’en fait pas entièrement partie, lui semblerait alors menaçant. D’où, sans doute, l’empressement de Papadémos dans cette intervention demandée (ou quémandée) auprès de José Manuel Barroso («la Grèce doit respecter ses engagements ou sinon quitter la zone euro»), dans le but de faire peur aux électeurs grecs. Et ce n’est pas la première fois que cela se produit. Ainsi certaines mesures abolissant le droit du travail contenues dans les pages du Mémorandum, ont été introduites à l’initiative de l’Union du Patronat grec. C’est Venizélos lui-même qui a vendu la mèche récemment, rapportant les faits devant les journalistes, dans un ultime effort de dédouaner le PASOK de son crime commis contre la société et le pays. «L’orangerie mécanique» [référence au film] de l’UE n’est pas très différente: au-delà des intérêts nationaux, ouvertement mis en évidence par certains grands pays, le patronat de chaque membre de l’UE, c’est-à-dire ses représentants hommes et femmes politiques, fait adopter des mesures anti-sociales pour les présenter ensuite comme relevant des «acquis européens», les journalistes inféodés se chargeant de la «bonne pédagogie» ensuite.

Ce système en Grèce est sur le point d’être brisé. Les médias germanophiles (c’est-à-dire la majorité du monde journalistique) font tout pour faire admettre l’idée que le peuple grec est coupable de la catastrophe. «Ah si tu savais – me disait hier mon ami informaticien, Manos – c’est… panique à bord. J’ai un ami qui a longtemps travaillé pour une télé privée, il est technicien de haut niveau, au chômage depuis six mois. Il raconte que ces gens, les patrons n’ont jamais payé d’impôt. En réalité, leurs chaînes, radios et journaux servent aussi pour du blanchiment d’argent, car ces individus, à part être armateurs, grands promoteurs immobiliers, importateurs de camelote, sont aussi le cas échéant, vendeurs d’armes, de drogue ou contrebandiers de carburant à grande échelle. Ils tiennent les politiciens, et leurs journalistes, mais ils sont tenus par les Allemands.»

Un gouvernement sous l’impulsion de SYRIZA serait menaçant pour les intérêts de tout ce petit monde et ces gens le savent bien, d’où la guerre menée contre le parti de la Gauche radicale, guerre de… mauvaise presse, sauf que ce processus devient contre-productif au fil des jours. Anna, une dame très âgée, électrice de Fotis Kouvelis (Gauche démocratique), se dit prête à voter SYRIZA, «parce que la guerre faite au petit Tsipras [leader de SYRIZA] a dépassé toutes les limites de l’acceptable, on nous prend pour des idiots, ce n’est pas possible».

Il y a deux semaines, une jeune baleine a fait son apparition à proximité de l’île d’Egine. L’apparition du mammifère marin, un rorqual commun (Balaenoptera physalus), a été remarquée, étudiée et filmée par les scientifiques de l’Institut de protection de la vie marine «Archipel». L’animal est resté deux jours dans les eaux du golfe Saronique avant de reprendre le grand chemin pélagique de la mer Égée. La nouvelle a été rendue publique en différé, pour ne pas mettre en danger la vie de l’animal par les temps qui courent.

On se met à rêver. Un pays libéré, sans PASOK et Nouvelle Démocratie, ni corruption, dont les habitants n’auront des yeux que pour les mammifères marins, par exemple. À propos de la maritimité et de sa géopolitique justement, de l’autre côté de l’Atlantique on caresserait tactiquement ce « même » rêve. Selon l’hebdomadaire Epikaira (31 mai 2012), «la guerre entre les États-Unis et l’Allemagne passe par la Grèce. Washington ne veut pas voir l’Europe sous une nouvelle domination allemande. Ainsi l’administration Obama ne verrait pas d’un si mauvais œil l’accession au pouvoir en Grèce de la Gauche radicale, car tous les autres partis sont issus du système allemand et du Mémorandum (…). Aux États-Unis, on considère que SYRIZA changera, tout en restant dans la pratique beaucoup plus à gauche que le défunt PASOK. Et on ne craint pas une rupture entre la Grèce et l’OTAN, car elle n’aura pas lieu. (…) D’ailleurs, les Allemands savent aussi que le PASOK ne remplit plus aucun rôle de premier plan. (…) Il faut souligner que les visées étasuniennes n’interfèrent pas avec la programmation politique chez SYRIZA, car le parti de la Gauche radicale ne peut pas évidemment «contrôler» la géopolitique du moment, en vogue à Washington. Notons qu’au moment où Schäuble et Merkel [ministre des Finances] menacent les Grecs (« si vous ne votez pas comme il faut, vous sortirez de l’euro »), la Maison Blanche a fait savoir que quel que soit le résultat des élections, il sera respecté. On vient d’apprendre que la secrétaire d’État du Trésor pour les Affaires Internationales, Lael Brainard, ainsi que son confrère Christopher Smart, ont rencontré le ministre «transitoire» de l’Économie, Giorgos Zanias. Au menu des discussions, la crise grecque évidemment, car les interlocuteurs américains se sont montrés inquiets des répercussions de cette crise sur l’économie des États-Unis. Washington s’inquiète également de l’absence totale dans les pages du Mémorandum de toute perspective de croissance. Madame Brainard a souligné que les États-Unis ont l’intention de soutenir énergiquement la Grèce pour ce qui est de la croissance et de l’investissement.»

Chez SYRIZA on n’est pas ignorants, mais le sujet ne serait pas ouvertement évoqué. La bienveillance du pays des «Reines Banques» se nomme géopolitique. Un cadre issu de la moyenne hiérarchie chez SYRIZA se demandait pourtant l’autre jour si des agents étasuniens ne seraient pas infiltrés au sein du mouvement, depuis longtemps déjà. Espionnite ? Trangas, vendredi matin 1er juin, à la radio, prétend que «nous devons nous tourner vers l’Ambassade des États-Unis et vers celle de la France». Nous voilà donc retournés à l’époque des partis «français», «anglais» et «russe» du XIXe siècle. Pour un tel accomplissement d’une «Europe» finalement allemande, le retour à la nation saute aux yeux, plus le Mémorandum, et voilà comment encore une fois, une ex-grande idée ne résiste pas à Thucydide.

Les gens du travail, les gens sans travail, les gens sans rien, ceux qui n’ont jamais triché sur l’avenir, tous nos concitoyens malades du cancer qui depuis ce matin doivent intégralement payer leur traitement «coûteux», ainsi que les enfants admis à l’hôpital athénien «ELENA», privés de médicaments devraient tenir compte de la géopolitique, mais aussi et avant tout des rapports entre le capital et le travail. Chez SYRIZA également.

Hier sur l’antenne de Real FM, Moustafa, un enfant de 9 ans vivant au centre d’hébergement pour réfugiés (ayant obtenu l’asile politique), situé à Lavrion (près du Cap Sounion), a témoigné de son autre géopolitique: «Depuis dix jours nous mangeons du pain trempé dans du thé et rien d’autre. J’ai faim, les enfants grecs à l’école ne me donnent pas à manger, je voudrais un peu de viande et des patates.» Le personnel du centre d’hébergement n’a pas reçu de salaire depuis six mois. Les fournisseurs n’ont pas vu leur facture honorée non plus. Les employés, déjà insuffisants en nombre, ne se rendent plus sur le lieu de leur travail, ainsi 267 adultes et 85 enfants sont totalement abandonnés à leur sort. Des habitants ont apporté de la nourriture, mais elle n’a été suffisante que pour deux jours seulement. Maintenant, c’est serré, la vie et le budget. Et lorsqu’on se rend à la banque c’est pour payer des factures et encore.

Faillite, bourrasque et esprit bourgeois, comme dirait Paul Jorion sur son blog. On apprend (Real FM, 31 mai) que la COFACE (Compagnie française d’assurance pour le crédit commercial) n’assurerait plus les risques des transactions entre le monde des affaires et les entreprises grecques. Ces dernières doivent désormais prépayer toute commande à l’étranger, zone euro comprise. À Bruxelles on étudierait la fermeture des frontières, seconde étape de décomposition du marché intérieur, après celle de l’euro. Le Traité de Rome [signé en 1957, entré en vigueur en janvier 1958] se terminerait-il à Athènes? Ou à Berlin?

______

[1] Appel lancé par de Gaulle à la radio de Londres, le 18 juin 1940, au cours duquel il demande entre autres que le combat contre l’Allemagne nazie ne cesse pas. Cet appel est devenu une référence essentielle de la Résistance française. Réd. A l’Encontre

[2] The Matrix, film de science-fiction, en trois volets. Le deuxième volet intitulé Matrix Reloaded et Matrix Revolutions. Les réalisateurs sont les frères Andy et Larry Wachowski. Le film fait référence à des Machines qui ont créé la Matrice, sorte d’univers virtuel dans lequel les Humains s’épanouissaient, assurant une quantité d’énergie considérable aux Machines. Les humains n’ont donc pas conscience de la réalité et du «monde qu’on superpose à leur regard». Mais cette Matrice, comme tout logiciel, contient différents bugs, dont l’apparition d’un homme qui peut jouer avec les règles de ce monde virtuel. Cet homme est considéré comme un Élu par les quelques milliers d’humains qui ont pu survivre dans le monde réel, cachés sous Terre dans la ville de Sion. Réd. A l’Encontre

[3] Dans la mythologie grecque, Thésée est un héros de l’Attique. Thésée est considéré par les Athéniens comme leur grand réformateur, son nom renvoie à la racine en grec d’institution. Il est considéré comme le roi unificateur de l’Attique à l’époque de la domination d’Athènes. Il est censé avoir construit et occupé un palais de la forteresse qui était l’Acropole. Réd. A l’Encontre

[4] Scandales de corruption et de pots-de-vin mettant en relation Siemens AG et des membres du gouvernement grec à diverses occasions: lors des Jeux olympiques; pour la mise ne place d’un système de surveillance électronique; et pour le rachat de la compagnie téléphonique OTE, dominante en Grèce. Depuis 2009, Deutsche Telekom est l’actionnaire principal d’OTE. Réd. A l’Encontre

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Philippe Poutou et son message lors des 15 minutes avec les 11 candidats sur France 2, le 20 avril 2017


Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

Michel Husson affirme: «La réduction du temps de travail permet la création d'emplois. Mais la condition essentielle est le contrôle des travailleurs et travailleuses sur la réalité des créations d'emplois. Ce sont eux qui doivent décider collectivement de la meilleure manière de combiner les formes possibles de réduction du temps de travail, de manière à prendre en compte les aspirations différenciées de salarié·e.s: réduction quotidienne (tant d'heures par jour); hebdomadaire (par exemple 4 jours), annuelle (journée RTT), pluriannuelle (année sabbatique).»

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