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	<title>A l&#039;encontre</title>
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	<description>La Brèche</description>
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		<title>Brésil: une corruption systémique et impunie, révélatrice du système PT</title>
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		<pubDate>Thu, 24 May 2012 08:48:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brésil]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Marcos Sassatelli Dans mon article «A máscara rachou e a corrupção vazou» [«Le masque s’est lézardé et la corruption a jailli»], datant de la fin du mois d’avril, j’ai essayé de montrer, après avoir parlé du scandale Carlinhos Cachoeira ­ [entrepreneur, accusé d’être lié au «crime organisé», qui a été filmé, en 2004, lorsque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/mensalao.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8893" title="mensalao" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/mensalao-300x234.jpg" alt="" width="300" height="234" /></a>Par Marcos Sassatelli</strong></p>
<p>Dans mon article «A máscara rachou e a corrupção vazou» [«Le masque s’est lézardé et la corruption a jailli»], datant de la fin du mois d’avril, j’ai essayé de montrer, après avoir parlé du scandale Carlinhos Cachoeira ­ [entrepreneur, accusé d’être lié au «crime organisé», qui a été filmé, en 2004, lorsque le conseiller – Waldomiro Diniz – représentant le bras droit de la présidence, José Dirceu, lui demandait de l’argent pour la campagne électorale du Parti des travailleurs (PT) à Rio, en échange de quoi il serait aidé pour l’obtention de marchés publics à Rio] –, que les cas de corruption n’étaient que des «vidanges» d’un système économiquement, politiquement, écologiquement et culturellement corrompu.<span id="more-8892"></span></p>
<p>La corruption n’est pas seulement ponctuelle, mais elle est surtout systémique et structurelle. Pour cela, il nous faut combattre les cas de corruption en même temps qu’ouvrir des chemins nouveaux conduisant au dépassement de ce système corrompu, inique, déshumanisant et antithétique.</p>
<p>Dans le présent article, je désire reprendre l’affaire du «mensalão», qui est une manifestation très ancienne du système corrompu dans lequel nous vivons et qui, semble-t-il, est tombée dans l’oubli. Nous assistons aujourd’hui au cumul de l’opportunisme et de l’hypocrisie: diverses personnalités politiques donnent leur appui à la clarification du cas de corruption Carlinhos Cachoeira afin de masquer ou même d’oublier l’affaire de corruption du «mensalão» [néologisme brésilien qualifiant un important versement mensuel d’argent; ce système a surgi au grand jour en 2005, lorsque la nouvelle est apparue au grand jour, suite à des révélations du député Roberto Jefferson, que le PT versait l’équivalant de 12'000 dollars, chaque mois, pour s’assurer les votes en faveur de ses propositions d’un certain nombre d’élus]. Mais nous devons combattre toute pratique de corruption, quelle qu’elle soit, d’où qu’elle vienne et quelles que soient les personnes affectées.</p>
<p>Le scandale du «mensalão» ou le «système d’achat de votes de parlementaires» constitue la plus grande crise politique du gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva en 2005-2006. En quoi ce scandale consiste-t-il? «<em>Le 14 mai 2005, un enregistrement vidéo a été divulgué par la presse, dans lequel l’ex-chef du Département des investissements et de l’administration du matériel de la Poste (DECAM/ECT), Maurício Marinho, sollicitait et également recevait un avantage indu pour en faire bénéficier illicitement un faux entrepreneur. Cette personne était en réalité l’avocat de Curitiba Joel Santos Filho, celui qui a dénoncé la corruption et qui, pour recueillir une preuve matérielle du crime, s’est fait passer pour un entrepreneur intéressé à négocier avec ‘Correios’ </em>[l’équivalent de La Poste]<em>. Dans la négociation établie avec le faux entrepreneur, Maurício Marinho a exposé, avec moult détails, le système de corruption d’agents publics existant dans cette entreprise publique»</em>.</p>
<p>Voici une déclaration d’Antonio Fernando Barros e Silva de Souza, à l’époque Procureur général de la République: «<em>Dans la plainte qu’il a déposée et qui a été reçue par le Tribunal Fédéral Suprême, l’ex-député Roberto Jefferson a révélé des détails du système de corruption de parlementaires duquel il faisait lui-même partie. En effet, cet homme qui était à l’époque le président du Parti travailliste brésilien </em>(PTB) [à ne pas confondre avec le PT]<em> a été, à un moment donné, acculé, puisque le système de corruption et de détournement d’argent public a mis en lumière des dirigeants de la Poste désignés par le PTB. On a pu alors clairement voir que des parlementaires qui composaient la dite ‘base alliée du gouvernement’ </em>[donc, entre autres, le PTB]<em> recevaient, périodiquement, de l’argent de la part du Parti des Travailleurs (PT) en remerciement de leur appui au gouvernement fédéral, constituant ainsi ce que l’on allait appeler le ‘mensalão’.</em>»</p>
<p>Le néologisme «mensalão» fut popularisé par le député fédéral d’alors, Roberto Jefferson, dans une interview sur le scandale, qui a eu une répercussion aussi bien nationale qu’internationale. Ce mot est une variante du mot «mensualité», utilisé pour faire référence à un supposé pot-de-vin payé aux députés afin qu’ils votent en faveur de projets intéressant le Pouvoir exécutif. Selon le député, le terme était déjà commun dans les coulisses de la politique pour désigner, entre parlementaires, une pratique illégale.</p>
<div id="attachment_8895" class="wp-caption alignleft" style="width: 221px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/josedirceu.jpg"><img class=" wp-image-8895" title="josedirceu" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/josedirceu-300x228.jpg" alt="" width="211" height="161" /></a><p class="wp-caption-text">José Dirceu</p></div>
<p>Entre le 22 et le 27 août 2007, le Tribunal Suprême Fédéral (STF) a commencé l’audition des 38 personnes dénoncées par le procureur général de la République le 11 avril 2006. «<em>Le tribunal a jugé recevables pratiquement toutes les plaintes déposées contre chacun des accusés, ce qui a fait passer ceux-ci de la condition de prévenus à la condition d’accusés dans un procès criminel, les obligeant à se défendre contre des accusations d’abord portées devant la Justice puis jugées par un tribunal.»</em></p>
<p>Dans le cadre d’une enquête sur le banquier Daniel Dantas, en juillet 2008, il a été découvert que la Banque Opportunity avait été l’une des principales sources de financement du «mensalão». «<em>A travers la Banque Opportunity, Daniel Dantas était le gestionnaire de la Société Brasil Telecom, contrôlée par Telemig et Amazônia Telecom. Les investigations ont mis le doigt sur le fait que ces entreprises de téléphonie avaient injecté 127 millions de reais sur les comptes de la DNA Propaganda </em>[une importante agence de publicité]<em>, administrée par Marcos Valério, ce qui, selon la Police Fédérale, alimentait le Valeiroduto </em>[sur le nom de Márcio Lacerda Valerioduto]<em>, un système de paiement illégal à des parlementaires. La police fédérale arrive à cette conclusion après que la Justice a autorisé la violation des secrets de l’ordinateur central de la Banque Opportunity.</em>»</p>
<p>Dans les allégations finales du procès, le Ministère public de la République affirme que dans le cas du «mensalão», «<em>il s’agit de la plus grave agression contre les valeurs démocratiques qui se puisse concevoir. Du moment où la conscience du représentant élu par le peuple est corrompue (…), alors la base du régime démocratique est irrémédiablement menacée</em>».</p>
<p>Le «mensalão» est considéré par beaucoup de gens comme le plus grand scandale de l’histoire du Brésil. Restent les questions: pourquoi après sept ans le scandale du «mensalão» n’a-t-il pas encore été jugé? Pourquoi les choses tardent-elles tant? Quels sont les intérêts qui se cachent derrière ces lenteurs? Tout cela éveille en nous beaucoup de soupçons.</p>
<p>Selon ce qu’a annoncé la presse, l’accusation de complot criminel est, dans tout ce processus du «mensalão», prescrit depuis août 2011. Maintenant, dans la plainte du Ministère Public, acceptée par le STF, le crime de complot est cité plus de 50 fois et est considéré comme une espèce d’action centrale du système de corruption. Malheureusement, parmi les 38 accusés du procès, 22 répondent de complot criminel, mais en raison de la prescription du crime, aucun de ces «mensaleiros» ne pourra être condamné. Le Tribunal Fédéral Suprême (STF) doit prendre conscience que le fait de proroger le jugement d’une pratique de corruption constitue une autre corruption.</p>
<p>Enfin, après avoir tellement traîné les pieds, ce qui à mon avis dénote (peut-être par lâcheté) omission et connivence, le STF a commencé, ce 9 mai 2012, à organiser officiellement le jugement du procès du «mensalão», mais aucune date n’a pour l’heure été fixée (voir la <em>Folha de S. Paulo</em> du 10 mai).</p>
<p>Une autre pratique politique est possible et nécessaire. Luttons pour que celle-ci se produise dans notre société. (Traduction de <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p><strong>_____</strong></p>
<p>Le Père Marcos Sassatelli, frère dominicain, est docteur en Philosophie et en Théologie morale. Il est professeur retraité de Philosophie de l’Université Fédérale de Goias.</p>
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		<title>Syrie : la révolution et les armes</title>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 21:05:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Syrie]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8873" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/2012-05-03T164153Z_1_CBRE8421ADZ00_RTROPTP_3_NEWS-US-SYRIA_JPG_475x310_q85.jpg"><img class="size-medium wp-image-8873" title="2012-05-03T164153Z_1_CBRE8421ADZ00_RTROPTP_3_NEWS-US-SYRIA_JPG_475x310_q85" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/2012-05-03T164153Z_1_CBRE8421ADZ00_RTROPTP_3_NEWS-US-SYRIA_JPG_475x310_q85-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Université d&#39;Alep</p></div>
<p><strong>Par Yassine al-Hajj Saleh</strong></p>
<p><strong>Ce texte de Yassine al-Hajj Saleh, éminent intellectuel, ancien prisonnier politique et vivant en Syrie dans la clandestinité depuis plus d’un an (texte écrit pour un livre prochainement publié en allemand sous la direction de Larissa Bender), évoque la question qui divise le plus les opposants syriens depuis des mois: les armes. Il fait écho à l’article que nous avons publié sur ce site en date du 18 mai 2011, par Kalil Habash, et qui a pour titre : <em>«Les actions populaires restent la forme principale de la résistance du peuple syrien»</em>. L’article de Yassine ah-Hajj Saleh est suivi par un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed, article publié sur le site de <em>Médiapart</em>. (Rédaction)<span id="more-8871"></span></strong></p>
<p align="center"><strong>*****</strong></p>
<p>Entre le début de la révolution, à la mi-mars 2011, et la mission des observateurs internationaux de Kofi Anan, treize mois se sont écoulés durant lesquels la révolution syrienne est passée par trois étapes.</p>
<p>La première s’étend du 15 mars  au début août 2011, une phase d&#8217;élargissement des protestations populaires qui se sont étendues à tout le pays. La deuxième phase couvre la période allant de début août 2011 au début février 2012, durant laquelle le régime est passé d’un traitement sécuritaire dominant à un traitement militaire de la révolution. La troisième phase a débuté le 3 février 2012, c’est le stade du terrorisme d’Etat, de la politique de la terre brûlée et de la généralisation du meurtre et la destruction des quartiers et des villes, en particulier à Homs, Idleb, Hama et les banlieues de Damas.</p>
<p>Ces étapes se chevauchent. Le régime a fait face à la révolution avec des moyens violents dès le début et a pratiqué l&#8217;assassinat au quotidien. De nombreuses désertions au sein de l’armée ont été enregistrées dès les premières semaines de la révolution. Elles ont eu pour principal moteur la mauvaise conscience et le refus de tuer des citoyens pacifiques. La résistance armée n’a émergé quant à elle que dans la deuxième phase, alors que les manifestations étaient jusque-là le moyen primordial de protestation.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Les débuts de la militarisation</strong></span></p>
<p>Durant la première phase, et plus précisément le 9 juin 2011, l’officier Hussein Harmoush a déserté et formé la «Coalition des Officiers Libres » (Harmoush fut enlevé en Turquie l&#8217;automne dernier. Il a été torturé  et a ensuite été montré à la télévision syrienne tenant des propos soutenant le régime. Depuis, il a probablement été exécuté).</p>
<p>A la fin juillet, l’Armée Syrienne Libre (ASL) s’est formée sous le commandement du colonel Riad Al-Assaad comme cadre général pour les groupes dissidents, y compris les «Officiers Libres». D’autres groupes de civils, dont ceux de régions autrefois réprimées par le régime, ont rejoint l’ASL. Nombre d’entre eux ont ainsi manifesté leur forte indignation contre le système.</p>
<p>Ce qui est sûr c’est que l’apparition de cette composante militaire de la révolution n’a jamais été un choix ou une stratégie au service d’une idéologie combattante établie d’avance…</p>
<p>La première phase a atteint son apogée dans les manifestations de masse à Hama et Deir Ezzour auxquelles ont participé des centaines de milliers de personnes sur le modèle de la place Tahrir égyptienne. Le régime a sans doute hésité à réprimer les manifestations de Hama en particulier en raison de la persistance du souvenir du massacre de février 1982 dans la mémoire collective. Il se trouve aussi que la ville a reçu la visite des ambassadeurs américain et français le 7 juillet. C’était un vendredi et cela a peut-être constitué une sorte d’immunité relative… Cependant, au début du mois de Ramadan coïncidant avec le tout début du mois d’août, les chars ont pris la ville, de même que Deir Ezzour, Homs, Idleb, des régions de Damas ainsi que Deraa. Cela s’est accompagné par des niveaux inouïs de pratique de la torture et de mort sous la torture. Une violence rappelant celle des années quatre-vingt sans compter les victimes quotidiennes dont la moyenne avoisinait les 20 durant cette première phase.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Deuxième phase et signes de chaos</strong></span></p>
<p>Après le déploiement de l&#8217;armée, l&#8217;occupation militaire des villes et des villages rebelles ainsi que l&#8217;escalade de la violence à l’encontre des Syriens, les initiatives arabes ont fait leur apparition pour répondre à la crise en Syrie. La plus importante était celle d&#8217;envoyer des observateurs Arabes dans le dernier tiers du dernier mois de l&#8217;année 201, pour surveiller l&#8217;engagement du régime à un cessez-le-feu. Cette mission n’a pas abouti.</p>
<p>Le résultat de cette combinaison d&#8217;agressivité croissante du régime et le sentiment d’abandon (en particulier après le torpillage de la Russie et la Chine des efforts arabes et internationaux le 4 novembre 2011) ont masqué les voix appelant à une lutte pacifique en faveur de celles prônant une réponse violente à la violence. En outre le caractère général de la révolution est resté pacifique. Les éléments de «l&#8217;armée libre» ont davantage été un élément de dissuasion et de protection des manifestants.</p>
<p>Dans le même temps, les slogans et les banderoles des manifestations exprimaient le sentiment des Syriens d’être livrés à leur sort.  Une banderole particulièrement marquante et célèbre est apparue à l&#8217;automne 2011: <em>«A bas le régime et l&#8217;opposition, à bas la nation arabe et islamique, à bas le Conseil de sécurité, à bas le monde entier, à bas tout!» </em>Un tel état psychologique qui pourrait induire abattement et renoncement a mené à la confrontation par la force dans le contexte syrien. La ville qui a soulevé la bannière est Kfarnabbel, située dans  la province d&#8217;Idlib, un des berceaux les plus actifs de la révolution sur le plan civil et militaire, proche de la frontière turque et qui se dit occupée.<strong></strong></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Troisième phase et les combats de Baba Amr</strong></span></p>
<p>La troisième phase a débuté le 3 février 2012. Son fief principal était la ville de Homs, en particulier le quartier de Baba Amr, qui était un bastion de la résistance armée. Cependant, le quartier est tombé entre les mains des forces de l&#8217;ordre au début du mois de mars, après près d&#8217;un mois de siège et de bombardement quotidien. Le régime en a fait de même dans d&#8217;autres quartiers rebelles de Homs: massacres sectaires,le plus célèbre étant dans le quartier de Karm al-zaitoun, le 11 mars 2012, qui a coûté la vie à  47 femmes et enfants, tués dans des conditions effroyables. Beaucoup de femmes ont été violées. Cependant plus de deux mois et demi  après l’invasion de Bab-Amr, il semblerait qu’il n’y ait aucun avenir pour cette conquête du régime, ni aucun résultat constructif.</p>
<p>La politique de la terreur généralisée et de la terre brûlée s’est également propagée dans les régions d’Idlib, Alep, Deir Ezzour, et les zones rurales de Damas. Elle s’est caractérisée par la démolition et le pillage des domiciles des militants, ainsi que leur incendie avec les victimes à l’intérieur.  Durant cette période, la moyenne des victimes variait entre 70 et 100 par jour.</p>
<p>Cette escalade intervient un jour après le second veto de la Russie et la Chine, contre une résolution sur la Syrie et la visite du ministre des Affaires étrangères ainsi que du chef des services secrets russes en  Syrie. Il semblerait que les deux hommes aient encouragé le régime à bénéficier de la couverture politique au Conseil de sécurité de l’ONU pour en découdre rapidement sur le terrain.</p>
<p>Pendant ce temps, les composantes militaires et civiles de la révolution coexistaient dans le même espace, sauf peut-être un nombre limité de régions sur la frontière turque. Avec leur armement léger, leurs ressources limitées et leur origine sociale modeste, la plupart des soldats déserteurs ont rejoint leur région d’origine pour y vivre et protéger les leurs. Cela s’applique plus aux civils parmi eux qui essaient de faire face au régime du mieux qu’ils peuvent.</p>
<p>Cette réalité est précisément ce que le système s&#8217;efforce de briser en s’en prenant à l&#8217;environnement social des combattants, en s&#8217;appuyant sur la couverture sino-russe et le soutien militaire irano-russe.?La modestie des moyens des combattants et ceux de leur environnement social n’ont permis de fournir que de l’assistance humanitaire et une collecte de dons auprès de citoyens sympathisants.</p>
<p>Le point très important à garder à l’esprit c’est que pendant tout ce temps la révolution populaire civile est restée pacifique dans une large mesure et ne s’est jamais transformée en un face-à-face entre deux parties armées (le régime et l’opposition) comme le suggèrent les médias du régime et certains médias arabes et internationaux.</p>
<p>Avides de sang et de violence, plus que des faits réels, les médias rattachent systématiquement la dimension armée à la révolution alors qu’elle est en réalité secondaire. La révolution n&#8217;est pas la rébellion armée syrienne, il s&#8217;agit d&#8217;une révolution pacifique, avec une composante armée.<strong></strong></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Pour ou contre les armes</strong></span></p>
<p>Vers la fin de la deuxième étape, et plus précisément dans la troisième, on a entendu au sein d’une partie de l’opposition syrienne de plus en plus de réserves concernant la militarisation de la révolution qui tendent à lui faire porter la responsabilité du durcissement du régime et expriment une certaine nostalgie des premiers jours de la révolution.</p>
<p>La crainte justifiée du risque lié à la militarisation, les complications potentielles dans le futur, la complexité d’aujourd’hui, toutes ces questions font l’objet d’un débat en cours au sein de l’opposition. Il risque cependant d’être perverti en débat idéologique ou en concurrence entre des «brigades» politiques et intellectuelles au lieu de rester proche de la réalité et de ses considérations.</p>
<p>L&#8217;organisation des combattants, administrativement, politiquement et intellectuellement, physiquement et moralement, est l&#8217;option préconisée par l&#8217;auteur de ces lignes. C’est compatible avec la préservation du caractère pacifique de la révolution. A chaque fois que les opposants à la militarisation ont dû discuter sérieusement les politiques adéquates concernant cette composante, ils sont arrivés à quelque chose de proche de cette option.</p>
<p>Mon point de vue est que le rôle de la composante militaire a été un facteur aidant pour la révolution pacifique. Il a contribué à son expansion et sa consolidation contrairement à ce que prétendent certains.</p>
<p>La contestation pacifique peut rendre la révolution plus vulnérable aux yeux du régime malgré sa supériorité morale.</p>
<p>Un aperçu de la révolution dans son ensemble montre que la protestation pacifique et la résistance armée ont fonctionné ensemble. On ne voit pas pourquoi la révolution devrait renoncer à une composante militaire, sans le moindre signe de changement dans le climat politique général dans le pays, sans aucune volonté par le régime d&#8217;abandonner son option militaro-sécuritaire ou de restreindre la violence, y compris celle de «ses civils» contre les manifestants. Les «chabbiha» (civils fidèles au régime) sont pour beaucoup d&#8217;entre eux des criminels et d’anciens employés du régime. Si le régime persiste dans l&#8217;escalade de la militarisation, et rien n’indique le contraire, l’expansion de la tendance à l’armement et à la confrontation armée serait probablement la première option. «L’Armée Syrienne Libre », titre pompeux donné à la résistance armée, risque d’être dépassée dans certains cas par des groupuscules jihadistes. Ces derniers défendent une cause religieuse et non nationale et leur langage est la violence radicale ou le «terrorisme».<strong></strong></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Les implications de la militarisation</strong></span></p>
<p>Il importe dès à présent de tenir compte des implications de la militarisation de la révolution.</p>
<p>La première de ces implications est que les conséquences des  pertes humaines et matérielles du conflit armé interne, sont autrement plus élevées que celles causées par des protestations purement pacifiques. De plus, un conflit armé a plus de chances de susciter des interventions extérieures que les manifestations pacifiques.</p>
<p>La seconde est le rétrécissement du champ d’identification et d’adhésion à la révolution. Nul doute qu’une révolution totalement pacifique attire un public diversifié en termes de sexes, de générations et en termes communautaires et religieux. Elle gagnerait également une sympathie plus large provenant de l’étranger. Le débat sur la militarisation parmi les militants dans la sphère publique se réfère à cette réalité. Durant les premiers mois de la révolution syrienne, les hésitants n’avaient aucun argument pour s’y opposer. Mais l&#8217;émergence d&#8217;éléments armés de la révolution a offert à un public réticent à des degrés divers des excuses pour conforter ses hésitations voire même de décider à s’opposer à la révolution.</p>
<p>La troisième implication de l’apparition de la militarisation est la complexité des difficultés auxquelles sera confrontée la nouvelle Syrie suite à la chute du régime par la force. Les expériences historiques, de la France à la Russie, et de la Chine à l’Algérie, montrent bien que les révolutions violentes peuvent plonger les pays dans des années de troubles et de tensions. Dire que la révolution a été forcée de prendre les armes, ce qui est vrai, ne devrait pas empêcher, dès maintenant, de réfléchir à toutes ces implications et à en anticiper les conséquences.</p>
<p>En réalité, ce qui fait preuve de la profondeur de la Révolution syrienne et de l&#8217;équité de sa cause est que la militarisation était un mécanisme de défense dans une large mesure. La militarisation ne s’est pas faite au détriment des autres formes de lutte. De plus, la révolution dispose de mécanismes intrinsèques pour pallier certains débordements. Ce qui est plus important que d’avoir une révolution qui prétend être sans débordements (une impossibilité en soi) ou sans autocritique et sans remise en question.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Les véritables défis</strong></span></p>
<p>Pour conclure, la composante militaire de la révolution fait face aujourd’hui à quatre défis majeurs. Le premier est l’organisation interne et la mise en place de règles de conduite militaires internes. Le second est la résistance aux tentatives des personnes ou entités ou groupes régionaux de la financer. Ceci crée un risque de fabriquer des milices dont l’objectif ne serait pas nécessairement de faire chuter le régime ni de reconstruire une nouvelle Syrie, mais plutôt de servir les intérêts des financiers. Le troisième défi est le défi terroriste, qui est susceptible d&#8217;être généré par le régime syrien. Le quatrième est l’efficacité et la flexibilité dans la confrontation du régime et l&#8217;établissement de mécanismes adéquats à ce niveau. Chacun de ces défis est essentiel. Ils représentent ensemble une entreprise colossale. Mais nous sommes dans la gueule du monstre et seule notre sagesse et notre vision politique nous sauveront. (Texte traduit par Nadia Aissaoui et Ziad Majed)</p>
<h2 align="center">*****</h2>
<h2><strong>Syrie: état de la situation</strong></h2>
<p><strong>Par Nadia Aissaoui et Ziad Majed</strong></p>
<p>La révolution syrienne a entamé son quinzième mois avec la plus grande mobilisation jamais connue. Vendredi 18 mai 2012, 850 manifestations dans 647 points différents du pays ont eu lieu. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé encore une fois défiant la machine de mort que la mission des Nations Unis n’a pas réussi à contenir. Selon les comités de coordination locaux de la révolution, 1401 personnes ont trouvé la mort depuis le 12 avril, date du « cessez-le-feu » mis en place par cette mission. L’évolution de la situation dans le pays permet trois constats.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Le premier concerne le statu quo</strong></span></p>
<p>Le régime qui a déployé toute sa force et sa brutalité n’arrive pas à écraser la révolution. Malgré les assassinats, les bombardements des villes et villages, le siège des quartiers résidentiels, les massacres et les campagnes d’arrestations, le nombre de manifestations évolue positivement d’un vendredi à l’autre. Il suffit que l’armée du régime retire ses chars d’une place publique, pour que le lendemain, les manifestants l’investissent de nouveau. Dans le même temps, le régime Assad réduit à sa plus simple dimension de machine de répression ne semble pas encore sur le point de tomber. Il reçoit toujours, selon les différentes sources de l’opposition à l’intérieur du pays, un soutien économique et militaro-sécuritaire russe, iranien et irakien. Ce qui conduit à dire que sans nouveaux paramètres décisifs, le rapport de force actuel est appelé à durer dans les prochains mois.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Le second révèle une montée en force de l’aile pacifique de la révolution</strong></span></p>
<p>Le tableau suivant illustre l’évolution du nombre des manifestations dans le pays tous les vendredis:</p>
<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/manifestations_par_semaine.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8872" title="manifestations_par_semaine" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/manifestations_par_semaine.jpg" alt="" width="614" height="279" /></a>                     <em></em></p>
<p><em>Evolution des manifestations au cours des derniers quatre mois, de 603 à 850 par vendredi de mobilisation – Préparé par le centre indépendant syrien pour les statistiques de la contestation.</em></p>
<p>Damas et Alep, souvent considérées comme des villes hésitantes ou fidèles au régime, figurent maintenant parmi les villes qui bougent le plus. Damas connaît quotidiennement des manifestations et l’université d’Alep a été baptisée<em> «l’université de la révolution».</em> Les contestations et sit-in dans son campus se multiplient, et l’armée du régime l’a à deux reprises envahie, tuant, blessant et arrêtant des dizaines d’étudiant. La semaine dernière, les cours ont été suspendus, et les dortoirs fermés. Les vidéos montrent les étudiants de l’université, le 17 mai, qui profitent de l’arrivée des observateurs des Nations Unies pour manifester et appeler à la chute du régime:</p>
<p>Ceci confirme l’élargissement de l’assise populaire et géographique de la révolution (urbaine comme rurale, de classes sociales comme de catégories d’âge). Ce regain de mobilisation pacifique prouve une fois de plus que la militarisation (comme nécessité pour se défendre et comme conséquence de la désertion des soldats et officiers refusant de tirer sur les leurs) ne constitue pas la force principale, même si impérative, de la contestation. Sa forte médiatisation avait caché pendant des mois l’autre aspect, pacifiste de la révolution, alors qu’en réalité les deux fonctionnent en parallèle.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Le troisième est que le régime Assad est désormais qualifié de «force d’occupation» par beaucoup d&#8217;intellectuels et activistes</strong></span></p>
<p>Pour imposer son autorité, le régime Assad doit occuper militairement le pays, et maintenir la violence et la terreur quotidiennement. Il suffit d’une journée de trêve, pour que les mêmes espaces – la veille désertés par les citoyens – soient de nouveau envahis par les hommes et les femmes réclamant la chute du régime. La pancarte ci-dessous, faite par le fameux comité de Kfarnebbel (petite ville au nord ouest du pays), illustre bien cette réalité. Non seulement les Syriens se sentent en territoire occupé, mais en plus ils accusent Assad d’être la vrai «Al- Qaeda » dans le pays (allusion aux dernières explosions à Damas, Alep, Idleb et Deir Ezzour, souvent attribuées par le régime à la nébuleuse terroriste).</p>
<p>Le statu quo s’installe donc temporairement en Syrie. Il pousse certains écrivains à revenir sur des débats de fond quant à la révolution, les questions de la lutte armée, l’islamisation et les outils de mobilisation. (22 mai 2012)</p>
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		<title>«Nous voulons tous partir, mais sans quitter le pays»</title>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 16:22:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[* La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Grèce]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Panagiotis Grigoriou Il y a de la fluidité dans l&#8217;air. Des mentalités, soit changeantes, soit «définitivement» acquises se télescopent violemment. Les déclarations faites au G8, d&#8217;ailleurs médiatisées assez mollement en Grèce, ne semblent pas entraver la marche vers ce nouvel empirisme dans le nouveau goût politique grec. Les gens sont plus souriants, première conséquence&#8230; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/gal_5352.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8864" title="gal_5352" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/gal_5352-300x193.jpg" alt="" width="300" height="193" /></a>Par Panagiotis Grigoriou</strong></p>
<p>Il y a de la fluidité dans l&#8217;air. Des mentalités, soit changeantes, soit «définitivement» acquises se télescopent violemment. Les déclarations faites au G8, d&#8217;ailleurs médiatisées assez mollement en Grèce, ne semblent pas entraver la marche vers ce nouvel empirisme dans le nouveau goût politique grec.</p>
<p>Les gens sont plus souriants, première conséquence&#8230; empirique : «<em>Je te le confirme, dans mon quartier aussi, à l&#8217;ouest d&#8217;Athènes, c&#8217;est pareil, on respire un peu, il y a de l&#8217;espoir</em>», expliquait Manos, un enseignant, reconverti dans l&#8217;informatique<span id="more-8863"></span> bien avant le Mémorandum, rencontré ce matin. Nos représentations ont désormais de l&#8217;odorat, la politique redevient presque, une affaire de sécrétions humaines car nous la respirons à tous les coins de rue, sa circulation se fait désormais par les humeurs, la gestuelle et les mimiques des corps et des visages, les gens transpirent leurs arguments. Nous vomissons une partie de nous-mêmes (certains d&#8217;entre nous en tout cas). Nous redevenons des animaux politiques, d&#8217;où l&#8217;imprévisibilité, vraiment de circonstance, «animalité» oblige. Sauf que nos chats et chiens errants, restent les plus imperturbables de tous les êtres demeurant chez nous.</p>
<p>Les adeptes du&#8230; structuralisme systémique (ou en tout cas ceux qui s&#8217;accrochent comme ils peuvent à cette étiquette sans trop y croire) sont en train de perdre leurs dernières certitudes, le <em>bank run</em> [retraits des comptes par les particuliers de leur épargne, soit pour faire face aux dépenses quotidiennes, soit pour se protéger en cas de passage à la drachme, avec la dévaluation qui en découle] permanent des derniers jours en devient le catalyseur. Les classes moyennes encore possédantes, ankylosées du Pasokisme (pour ne pas dire «possédées»), tout autant que de la facilité illusoire, font preuve de suffisamment de connaissances et de sens d&#8217;analyse, pour comprendre l&#8217;impasse, la leur et celle de leur modélisme comportemental, sauf que pour la vraie fuite en avant, ils en sont incapables, donc pas de révolution à l&#8217;horizon: «<em>Nous nous trouvons dans l&#8217;impasse, nous avons toujours voté PASOK, sauf que maintenant c&#8217;est cuit. Nous deviendrons pauvres, il va falloir se serrer la ceinture, ne plus importer certains produits ou sinon les taxer, mais tout de même, ce Tsipras </em>[Syriza]<em> est dangereux. On est bien d&#8217;accord, nous restons attachés à l&#8217;euro, nous voulons garder cette monnaie, c&#8217;est le Mémorandum que nous condamnons sans réserve, point à la ligne. Pourtant, pensez-vous qu&#8217;un jour, nous irons prendre nos repas à la soupe populaire?</em>»</p>
<p>«<em>Eh, vous savez quoi, j&#8217;ai reçu un mail d&#8217;info, c&#8217;est une liste de tous les lieux de distribution de soupe populaire, finalement au lieu de l&#8217;effacer, je l&#8217;ai archivé, qui sait? </em>» Rires. «<em>Mais Mina, il faut s&#8217;attendre à tout, nos retraites peuvent ne pas être versées comme d&#8217;habitude, aux alentours du 22 mai, et là, plus rien ne sera drôle.</em>» <em>« Oui Yannis, mais avouons-le, durant le règne du PASOK, est-ce que les belles années que nous avons vécues sont équivalentes à un âge d&#8217;or? Eh&#8230; sauf que sur sa fin, le navire est en train de couler, le pays entier, rien que les suicides, c&#8217;est atroce, on ne peut pas le, pardonner au PASOK.»</em> «<em>Et notre propre responsabilité Mina?</em>»</p>
<p>«<em>Je ne sais plus pour qui voter, Tsipras est dangereux, je crois que je voterai Kouvelis, sa Gauche Démocratique me semble sérieuse et surtout européenne, qu&#8217;en pensez-vous ?</em>» Une conversation, samedi 19 mai, entre trois retraités de fraîche date, craignant leur déclassement social&#8230; en cours. Ils déjeunaient dans une brasserie, seuls parmi les clients, à commander un repas complet, tous les autres se contentèrent d&#8217;un café. Ils sont partis en 4X4, aussi récent que leurs retraites.</p>
<p>Est-ce aussi leur fin? Dimanche dans l&#8217;après-midi, le message d&#8217;un auditeur a été lu sans commentaire, par l&#8217;animateur sur <em>Real-FM</em>, un journaliste connu: «<em>Je suis au chômage, mon épouse aussi. Nous avons trois enfants, nous prenons nos repas à la soupe populaire. Un de nos enfants ne va plus à l&#8217;école, il a honte, nous ne pouvons plus lui offrir de quoi se vêtir et se chausser correctement. Nous n&#8217;en avons plus rien à battre de l&#8217;euro, qu&#8217;il crève, les politiciens avec, avant l&#8217;euro je travaillais, j&#8217;avais de quoi vivre, j&#8217;avais mon commerce, je sortais, j&#8217;étais quelqu&#8217;un&#8230; </em>». Autre tranche de la classe moyenne, autres craintes, ou plus aucune crainte ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mon cousin Costas a changé d&#8217;avis également, il ne s&#8217;était pas déplacé aux urnes le 6 mai: «<em>Rien ne changera, les deux grands éternels, PASOK et Nouvelle Démocratie, gouverneront ensemble pour poursuivre une politique issue du Mémorandum, à quoi bon&#8230; puis tu sais, je vote au village, j&#8217;ai déjà perdu la moitié de mes revenus, le déplacement me coûtera plus de 100 euros, impossible</em>», voilà son raisonnement (désormais dépassé), à la veille du 6 mai. Costas, d&#8217;habitude prudent, et relativement apolitique, se découvre brusquement, comme emporté par un torrent: «<em>Je vais voter au village, tant pis pour l&#8217;essence. Je voterai Tsipras, SYRIZA est notre dernier espoir; de toute façon, les autres nous ont trahis, nous les supportons déjà assez depuis 30 ans, terminons-les&#8230; à présent</em>» [1 - voir ci-dessous les résultats des derniers sondages pour les élections].</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Autre opinion exprimée ce lundi matin [21 mai], celle de Pavlos, commerçant enrichi par son travail et par celui des autres, car il a toujours déclaré le quart de ses revenus réels auprès du fisc de l&#8217;Etat-PASOK. En adepte historique du pasokisme payant et en tant que «supporter» acharné et contributeur discret d&#8217;un député PASOK du sud de la Grèce, il a «validé» l&#8217;embauche au&#8230; mérite, de ses deux enfants, respectivement au sein de la régie des transports athéniens et à la poste. Sauf que Pavlos, sait qu&#8217;il faut quitter à l&#8217;heure, un navire qui coule: «<em>Je voterai SYRIZA. Le PASOK et la Nouvelle Démocratie c&#8217;est une catastrophe, j&#8217;ai voté KKE</em> [parti communiste] <em>le 6 mai, c&#8217;était aussi pour faire plaisir à mon père, un vieux partisan. Il vit toujours sa Guerre civile. Non, cette fois-ci je suis conscient des enjeux et je n&#8217;ai pas peur de Merkel et des autres sur l&#8217;euro. Je n&#8217;ai plus peur, leurs menaces, la sortie de l’euro, c’est du bluff ; Tsipras a raison. Notre situation certes, elle est grave, moi, j&#8217;ai perdu 70% de mes clients ; ah tu sais quoi, Christofis à Tripoli </em>[chef-lieu du district d’Arcadie, dans le centre du Péloponèse]<em>, un bon client jadis, non seulement il a fait faillite, mais il n&#8217;a même plus de quoi manger, je lui ai acheté ses courses la semaine dernière, c&#8217;est grave&#8230; </em>».</p>
<div id="attachment_8865" class="wp-caption alignleft" style="width: 170px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/tim.jpg"><img class="size-full wp-image-8865" title="tim" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/tim.jpg" alt="" width="160" height="160" /></a><p class="wp-caption-text">23 mai: les pharmacies en grève</p></div>
<p>Alors Christofis souffre aussi, bonne blague. Ce fils de cafetier, directement «graissé» à travers les engrenages du PASOK historique et hystérique, écrivait, il y a vingt ans, de jolis discours par le compte d&#8217;une ancienne député du Mouvement panhellénique (PASOK), devenue secrétaire d&#8217;Etat depuis. C&#8217;est par ce biais que Christofis a été mis au parfum des fonds structurels européens&#8230; dans toute leur priorité nationale: la mise en place d’une  «entreprise» de tourisme en moyenne montagne, dans l’hôtellerie de luxe. Il s&#8217;est toujours vanté de sa dernière montre suisse, de sa prochaine grosse cylindrée allemande, du parfum parisien de Noël, et de son récent voyage à Londres. Voyage ultime aussi pour tous ces gens aussi: la saisie (suite à une faillite). Mais les banques ne savent plus que faire de toute cette richesse, vidée de tout sens. «<em>Bon débarras, qu&#8217;il crève Christofis et le PASOK avec, je ne lui donnerai même pas un seul verre d&#8217;eau, espèce de vermine</em> », telle est l&#8217;opinion exprimée par certains dans sa région et sans aucune retenue désormais, les masques tombent.</p>
<p>On dirait que nous vivons dans un pamphlet permanent, comme chez Evelyn Waugh [Arthur Evelyn St.John Waugh, 1903-1966], à travers ses <em>Bagages enregistrés</em> [Ed. Payot, 1991], par exemple. Mais à présent, vers quelle destination? Peu importe, c&#8217;est qui compte, c&#8217;est de partir. Nous voulons tous partir, mais sans quitter le pays.</p>
<p>Mais alors prudence, car la rocade de l&#8217;histoire est glissante. Hier dimanche, [le 20 mai], des témoins oculaires m&#8217;ont raconté que dans le quartier du marché Monastiraki, des individus se présentant comme appartenant à l&#8217;Aube dorée (Chryssi Avyi, néo-nazi) ont tiré en l&#8217;air pour semer la terreur parmi les immigrés, vendeurs ambulants ou occasionnels, fréquentent les lieux. Donc attention à l&#8217;enregistrement des bagages en ce moment.</p>
<p>Manos vient de rencontrer par hasard ses anciens élèves dans un bistrot de son quartier. Ils se disent électeurs SYRIZA, sauf un, ce dernier, il a voté en faveur de l&#8217;Aube dorée. «<em>J&#8217;ai voulu faire quelque chose de concret – </em>a-t-il dit<em>. Mais j&#8217;en reviens. Les gens m&#8217;ont accueilli au sein de ce mouvement, et dès le premier jour, ils ont enregistré mes coordonnées, puis, un type m&#8217;a nommé lieutenant. Tout est militaire chez eux. Nous avons regardé un documentaire patriotique sur DVD, j&#8217;ai décidé que c&#8217;était la dernière fois, ce n&#8217;est pas ce que je cherchais. Je suis tout de même inquiet, car ils ont mes coordonnées, ils peuvent me trouver.</em>»</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous agissons aussi, ayant le vent bien en face. Notre mouvement  – «Unité 2012» – a organisé sa première soirée repas-débat, dans une taverne du centre historique d&#8217;Athènes. Pour une participation de dix euros par personne (c&#8217;est désormais la règle du «coût soutenable»), la musique et l&#8217;optimisme en plus (et l&#8217;électricité pour l&#8217;instant). C&#8217;est un mouvement anti-mémorandum, créé il y a quelques mois, avant tout, un forum de discussion. Parmi les initiateurs du mouvement, l&#8217;écrivain Fondas Ladis et le musicologue Panagiotis Kounadis (spécialiste du genre musical de Rebetiko, apparu dans les années 1920), présents évidemment, joyeux et fiers. Il y a de quoi pour ses anciens compagnons de route de Mikis Theodorakis, ayant participé aux luttes de cette génération durant les années 1960. Ils ont aussi affronté la dictature des colonels [1967-1974], ainsi ils ne se laissent pas impressionner par les intimidations des nouveaux maîtres. Voilà comment l&#8217;expérience du fait politique, de surcroît dans un moment rare et pour tout dire opportun, est transmise entre les générations à travers l&#8217;action, les idées et les perspectives qui circulent librement.</p>
<p>Ceux qui parmi nous, appartiennent en plus à un parti, deviennent ainsi les porteurs de l&#8217;osmose et des mutations du temps présent partagé. «Re-culturer » et « re-signifier » le présent (et le futur) est une tâche de longue haleine, dépassant, notre opposition à la «région civilisationelle» (<em>cultural area</em>) du Mémorandum et du «Monstre doux», nous savons donc que nous en avons pour trente ans !</p>
<p>Toutes nos nouvelles ne sont pourtant pas bonnes, mais au moins, elles sont&#8230; authentiquement de saison. Comme celles, concernant Georges M., dont l&#8217;attitude arriviste saute désormais aux yeux de tous. Il a voulu devenir candidat sous l&#8217;étiquette SYRIZA (en «soutien externe»), aux élections du 6 mai. Et il a cru que les cadres de ce Front de gauche à la grecque, lui laisseraient toute la place, eux qui ont lutté au sein des «mécanismes internes» si bien connus en politique durant des années. Et maintenant, comme par magie, ils devraient s&#8217;éclipser en faveur de monsieur M., donc Georges a été remercié rapidement, preuve que, jamais, le nouveau n&#8217;émerge vraiment, sans l&#8217;ancien!</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et l&#8217;euro, appartient-il toujours au nouveau ou déjà même, à l&#8217;ancien ? Laurent Fabius s&#8217;inquiète d&#8217;un vote contre l&#8217;euro, souligne <em>Le Monde</em> du lundi 21 mai, car: «<em>Les Grecs, s&#8217;ils veulent rester dans la zone euro, &laquo;&nbsp;ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui les feraient sortir de l&#8217;euro&nbsp;&raquo;, aux législatives du 17 juin, a affirmé, lundi 21 mai, le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, tout en soulignant que la France &laquo;&nbsp;n&#8217;a pas de leçons à leur donner&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Il faut bien qu&#8217;on explique sans arrogance à nos amis grecs que s&#8217;ils veulent rester dans l&#8217;euro, ce qui est je crois une majorité d&#8217;entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l&#8217;euro&nbsp;&raquo;, a déclaré sur Europe 1 le chef de la diplomatie française. &laquo;&nbsp;C&#8217;est très délicat car nous n&#8217;avons pas de leçons à leur donner. Mais en même temps, la France qui n&#8217;a pas à donner de leçons doit dire les choses à </em>[ses]<em> amis grecs&nbsp;&raquo;, a ajouté Laurent Fabius. &laquo;&nbsp;Il faut bien que chacun comprenne que l&#8217;enjeu c&#8217;est que les Grecs restent ou ne restent pas dans l&#8217;euro. On ne peut pas à la fois vouloir rester dans l&#8217;euro et ne faire aucun effort.</em>»</p>
<p>La crainte de Laurent Fabius rejoint quelque part celle de nos retraités récents rencontrés au bistrot (discussion citée plus haut). Nous savons pertinemment que la diplomatie a ses règles, ses conventions et ses convenances habituelles, compréhensibles et légitimées par la géopolitique et les rapports de forces, depuis Thucydide. Sauf qu&#8217;en ce moment en Grèce, il s&#8217;opère quelque chose d&#8217;intéressant, entre la clef du passé et la serrure du futur. Et cette clef, ne se réduirait-elle pas qu&#8217;à l&#8217;euro ? En tout cas, pas autant que l&#8217;on veut nous le faire croire. Nous réalisons ainsi aussi, qu&#8217;en réalité, l&#8217;euro n&#8217;est pas tant «notre problème», mais celui des rapports de forces qui dépassent la portée économiquement objective du cas grec, sa symbolique mise à part pourtant.</p>
<p>Cette toute dernière <em>doxa</em> gagne progressivement les esprits chez nous, mais dans une proportion que personne ne pourra estimer avec certitude avant les élections du 17 juin, et encore.</p>
<p>Certains Grecs lient leur sort à celui de l&#8217;euro, c&#8217;est compréhensible, ces concitoyens iront voter la peur entre les doigts, tandis que bien d&#8217;autres, délivrés des craintes inutiles, ou sinon, adeptes&#8230; consciencieux du chaos, voteront aussi en conséquence.</p>
<p>Advienne que pourra, Alexis Tsipras a le vent en poupe et&#8230; l&#8217;archipel Égéen derrière lui. Car on sait désormais que même si, SYRIZA n&#8217;accède pas au pouvoir en ce moment, le Mémorandum est inapplicable en Grèce, et potentiellement ailleurs en Europe.</p>
<p>Si l&#8217;Allemagne, si bien régalienne dans ses prérogatives supranationales car «détentrice» de la zone euro, insiste sur le «lien incontournable» entre la monnaie et l&#8217;austérité, «<em>alors, nous ne pourrons plus rien garantir, nous disons oui à l&#8217;euro, mais pas au point de subir une catastrophe humanitaire, de surcroît dans l&#8217;indignité et la déshumanisation</em>», selon ce que l&#8217;on entend dire, ici ou là ces derniers jours en Grèce.</p>
<p>Surtout que le récent chantage de la Chancelière (référendum sur l&#8217;euro simultanément aux élections) a été vécu comme relevant de l&#8217;ultime humiliation, obligeant même les partis du Mémorandum à réagir vivement; et permettant à Tsipras de passer ainsi à l&#8217;offensive par ses nouvelles propositions: vote au Parlement ou peut-être referendum, sur le Mémorandum et seulement sur le Mémorandum.</p>
<p>Voilà que la politique revient par la grande porte dans ce pays et peut être bien en Europe. Loin de Bruxelles et des lobbies, des Commissions et autres «déficits structurels démocratiques», en réalité semble-t-il incurables.</p>
<p>«<em>Et si nous refusons le Mémorandum par référendum, sans se prononcer sur l&#8217;euro, que va-t-il se passer? Nous avons le droit souverain du questionnement choisi par référendum ou non ? Après tout, les contradictions de l&#8217;euro ne sont pas les nôtres, nous ne l&#8217;avons pas créé, l’euro, et ses véritables enjeux n&#8217;ont jamais été expliqués aux peuples de l&#8217;Union Européenne, faisons adopter la drachme par toute l&#8217;Europe</em>», voilà ce qu&#8217;on peut entendre désormais chez nous, paroles parfois légères, mélangeant le tragique au comique, la désinvolture à la douleur.</p>
<p>«L&#8217;autre» nouvelle nous a aussi frappé ce matin, car on en parle entre nous sous un ton tristement familier : « <em>un homme, au chômage, a poussé ses deux enfants par la fenêtre avant de se suicider en Italie</em> » (quotidien Kathimerini, 21 mai), en plus du séisme qui vient de frapper notre pays voisin. Nouvelles de la zone euro, avenir en somme consolidé&#8230; leçons à donner. (21 mai 2012)</p>
<p><strong><span style="color: #800000;">______</span></strong></p>
<p>Panagiotis Grigoriou est historien et ethnologue vivant à Athènes.</p>
<h2> <strong><span style="color: #800000;">______</span></strong></h2>
<h2><span style="color: #000000;"><strong>Les derniers sondages électoraux (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</strong></span></h2>
<p><strong>1.- Source: Raas, 19 mai 2012</strong></p>
<p>Nouvelle démocratie: 20,2%; SYRIZA: 21,7%; PASOK: 11,7%; Grecs Indépendants: 7,3%; Gauche démocratique: 6,2%; KKE (PC): 5,5%; Chrysi Avgi (Aube dorée) : 3,7%.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2.- Public Issue : 20 mai 2012</strong></p>
<p>Nouvelle démocratie: 24%; SYRISA: 28%; PASOK: 15%; Grecs indépendants: 7,3%; Gauche démocratique: 6,2%; KKE (PC): 5%; Chrysi Avghi: 4,5%.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>3.- Metron Analysis: 20 mai 2012</strong></p>
<p>Nouvelle démocratie: 19,7%; SYRIZA: 20,8%; PASOK: 14,4%; Grecs Indépendants: 6,5%, Gauche démocratique: 5,2%; KKE: 4,8% ; Chrysi AVGI: 4%.</p>
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		<title>Suisse: le marché de la qualité dans la santé…proposé par L’Hebdo</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 17:50:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Suisse]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=8854</guid>
		<description><![CDATA[Par Benoit Blanc Un argument majeur des partisans de la loi sur les réseaux de soins intégrés, soumis au votre le 17 juin prochain, est que ces réseaux permettraient d’augmenter la qualité des soins fournis. La loi prévoit d’ailleurs que le contrat conclu entre un assureur et un réseau de soins devra notamment régler la «garantie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8855" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/chuv.jpg"><img class="size-medium wp-image-8855" title="chuv" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/chuv-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">L&#39;Hebdo hospitalisé au CHUV: «bon pour la tête»?</p></div>
<p><strong>Par Benoit Blanc</strong></p>
<p>Un argument majeur des partisans de la loi sur les réseaux de soins intégrés, soumis au votre le 17 juin prochain, est que ces réseaux permettraient d’augmenter la qualité des soins fournis. La loi prévoit d’ailleurs que le contrat conclu entre un assureur et un réseau de soins devra notamment régler la <em>«garantie de la qualité» </em>des prestations fournies (art. 41c, al.2). De fait, la qualité est de plus en plus souvent citée comme un argument en faveur des réformes mises en œuvre dans la santé. Ce qui est en train de se mettre en place dans les hôpitaux éclaire la fonction de cet argument.<span id="more-8854"></span></p>
<p><strong><span style="color: #800000;">Quand <em>L’Hebdo</em> fait dans la qualité…</span></strong></p>
<p><em>«Hôpitaux : Comment choisir le bon établissement»</em>: <em>L’Hebdo</em> du 10 mai 2012 propose, dans sa bien nommée rubrique <em>«Mieux comprendre»</em>, un classement des hôpitaux de Suisse romande (et des trois hôpitaux universitaires de Suisse alémanique) en fonction de leur qualité. Il se base sur des données publiées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).</p>
<p>L’enjeu du palmarès? <em>«Depuis le début 2012, les Suisses peuvent choisir de se faire soigner dans n’importe quel hôpital, même s’il se trouve hors de leur canton d’origine.</em> [Ce qui est une demi-vérité : cette liberté est limitée par le fait que le patient doit prendre en charge la différence entre le coût du traitement dans son canton et celui dans l’hôpital extra-cantonal choisi.] <em>Mais malgré ce nouvel éventail de possibilités, il leur est presque impossible de faire un choix informé en raison du manque d’indicateurs de qualité.»</em> Qu’à cela ne tienne: <em>L’Hebdo</em> est là. Etudier un peu dans le détail la manière dont cette «information» est produite aide à comprendre à quoi – et à qui – elle peut servir.</p>
<p>• L’hebdomadaire a choisi cinq morbidités ou interventions (parmi la quarantaine à propos desquelles l’OFSP publie des chiffres) pour aider ses fidèles lectrices et lecteurs à <em>«choisir le bon établissement».</em> Les deux indicateurs retenus sont le nombre d’interventions dans chaque établissement et le taux de mortalité spécifique à chaque type de traitement, standardisé selon l’âge et le sexe.</p>
<p>Les deux premières morbidités sont l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébral. Il est bien connu qu’une personne terrassée par une crise cardiaque ou une attaque cérébrale est dans la situation de choisir l’hôpital dans lequel l’ambulance la conduira de toute urgence! Les deux cas suivants sont la pose de prothèse de la hanche et l’hernie, pour lesquels les décès sont très rares. Cela pose alors de très sérieux problèmes d’interprétation: un seul décès peut faire varier fortement le taux de mortalité standardisé, sans que cela soit pour autant significatif d’une tendance. Et l’état de santé général du patient est alors très souvent déterminant du risque d’une issue fatale.</p>
<p>La cinquième maladie retenue par <em>L’Hebdo</em> est la prise en charge des pneumonies. Les lectrices et lecteurs sont effectivement parés pour faire un <em>«choix informé»</em></p>
<p>• On lit ceci dans la publication de l’OFSP, source de l’hebdomadaire qui se veut <em>«Bon pour la tête»</em> : <em>«Il convient toutefois de garder à l’esprit que le nombre de cas et le taux de mortalité</em> [les deux indicateurs de qualité retenus par l’OFSP et repris par <em>L’Hebdo</em>] <strong><em>ne permettent pas de tirer des conclusions directes en ce qui concerne la qualité d’une prestation </em>médicale</strong> [souligné par nous]<em>. Même ajustés au risque</em> [ce qui est loin d’être le cas pour les données de l’OFSP], <em>ces deux paramètres (nombre d’interventions et taux de mortalité standardisé) ne permettent pas d’atteindre l’objectif visé. <strong>Il n’est donc pas pertinent de vouloir faire un classement des hôpitaux en se basant sur ces données</strong></em>.[souligné par nous]<em>»</em> (OFSP (2012), <em>Indicateurs de qualité des hôpitaux suisses de soins aigus 2008/2009</em>, p. 47, contribution de Michael Heberer, Heidemarie Weber, Atanas Todorov, de l’hôpital universitaire de Bâle).</p>
<p>La couverture de <em>L’Hebdo</em> claironne cependant : <em>« Vaud: 14 établissements sous la loupe. Le CHUV en tête de classement »</em>. L’indicateur de qualité du journalisme hebdomadaire est tout trouvé.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Qualité et indicateurs de qualité</strong></span></p>
<p>Si la question se limitait à la probité de <em>L’Hebdo</em>, elle ne mériterait pas le détour. L’enjeu est cependant d’une autre dimension: à quoi servent des indicateurs de qualité pour des hôpitaux?</p>
<p>La qualité des soins fournis  dans les hôpitaux est importante. Elle dépend, dans des institutions aussi complexes, des interactions entre un très grand nombre de facteurs.</p>
<p>Mentionnons notamment : 1° les ressources disponibles et la dotation en personnel - ce qui est souvent passé sous silence, bien que les études ne manquent pas, y compris en Suisse, montrant le lien entre effectifs, niveau de stress ressenti par le personnel soignant et qualité des soins; 2° le type de formation et de formation continue ; 3° les modalités de collaboration, d’échanges d’information et de supervision entre les différents acteurs ; 4° le type de protocoles de soins mis en place; 5° le type de procédure permettant la déclaration des erreurs et des processus d’apprentissage aidant à éviter leur répétition, etc.</p>
<p>La réflexion sur ces questions est permanente dans le monde médical et des soins. La littérature scientifique sur le thème est pléthorique. Il est nécessaire que les enjeux de cette réflexion et de ces débats entre professionnels soient portés de manière intelligible dans l’espace public: leurs enjeux ne sont pas seulement professionnels, mais doivent aussi informer les choix d’une politique sanitaire publique. Mais les indicateurs de santé sont-ils la bonne manière de le faire?</p>
<p>L’idée même d’un indicateur sous-entend la possibilité d’isoler une mesure chiffrée, censée synthétiser des informations pertinentes sur un sujet, en l’occurrence la qualité des soins dans les hôpitaux. La citation du rapport de l’OFSP reproduite ci-dessus montre la difficulté de l’exercice.</p>
<p>Reprenons les deux indicateurs de l’OFSP pour illustrer le problème.</p>
<p>• Le premier est le nombre d’interventions pratiquées dans un hôpital. L’idée sous-jacente est que la qualité des soins s’accroît avec la quantité des interventions pratiquées, une personne ou une équipe exercée étant plus apte à maîtriser toutes les facettes d’un processus de soins. La littérature scientifique montre cependant que même cette question apparemment simple et de «bon sens» est complexe. Ainsi, le lien entre quantité et qualité dépend du type d’interventions. Il sera plus pertinent pour des interventions rares et très sophistiquées, moins pour d’autres interventions plus simples. L’éventuelle association entre quantité et qualité n’est pas linéaire. Il faut tenir compte non seulement du nombre d’interventions dans l’hôpital, mais aussi de l’expérience personnelle du praticien, etc. Conclusion: une présentation simpliste, du type: « quantité = qualité », retenue par <em>L’Hebdo</em> pour faire son classement, est tout simplement trompeuse.</p>
<p>• Le second indicateur – le taux de mortalité spécifique par maladie ou intervention, standardisé selon l’âge et le sexe – souligne la difficulté de comparer des choses comparables. Si l’on veut mesurer l’impact potentiel de la qualité des soins sur le risque de décès au cours d’une hospitalisation, il faut alors s’assurer que l’on a bien pris en compte les différences dans l’état de santé général des personnes concernées. Un hôpital soignant des personnes très atteintes dans leur santé et en fin de vie a un risque accru que certaines d’entre elles décèdent au cours de leur séjour. L’indicateur calculé par l’OFSP a été standardisé selon l’âge et le sexe: ces deux mesures prennent en compte une partie des différences de l’état de santé, mais de loin pas toutes. Les valeurs ainsi obtenues ne sont donc pas vraiment comparables.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Indicateurs de qualité… ou de marché ?</strong></span></p>
<p>Qu’est-ce qui motive alors l’importance accordée à des indicateurs dont l’interprétation, en toute rigueur, exige une extrême prudence et une mise en contexte très précautionneuse – ce qui est contradictoire avec l’idée même d’indicateur?</p>
<p>La réponse n’est pas à chercher du côté des processus d’amélioration de la qualité en tant que tels, mais de celui du nouveau mode de financement des hôpitaux. Pour faire court: la logique du nouveau financement des hôpitaux est de construire un marché mettant en concurrence les hôpitaux entre eux. Cette concurrence est censée servir d’aiguillon pour les amener à augmenter leur efficience, c’est-à-dire leur productivité. De manière générale, la concurrence peut, <em>a priori</em>, jouer à deux niveaux différents: les prix ou la qualité.</p>
<p>Dans le système du financement hospitalier, le prix est fixé pour tous les hôpitaux : c’est le financement par DRG (Diagnostic related group ; Groupe homogène de diagnostic à la base de ce qui est appelé en France, depuis 2004, la tarification à l’activité). Pour attirer des clients – dans un marché, les patients se transmutent en clients – la concurrence doit donc jouer sur la qualité. Mais pour que cela fonctionne, il faut la rendre visible en la «mesurant». C’est la fonction des indicateurs de qualité.</p>
<p>Les indicateurs de qualité, auxquels l’OFSP apporte sa caution, n’ont donc, dans les faits, que peu à voir avec la qualité. Ils sont avant tout un adjuvant au marché des hôpitaux: de ce point de vue, le classement de <em>L’Hebdo</em> est plus dans l’esprit réel de ces indicateurs que les précautions que prend hypocritement l’OFSP dans sa présentation, afin d’éviter le discrédit auprès de la communauté scientifique.</p>
<p>Ils sont un argument de vente, dont pourront en particulier se prévaloir les institutions privées cherchant à occuper les segments d’activité rentables, dont l’émergence est favorisée par le financement par DRG. Simultanément, dans chaque établissement, ils deviennent aussi un instrument aux mains du management pour soumettre les médecins et le personnel soignant à cette nouvelle <em>«orientation marché et client»</em>: il est plus difficile de répondre à des injonctions lancées au nom de la qualité.</p>
<p>L’effet de ces indicateurs de qualité ne s’arrête cependant pas là. Ils génèrent aussi des comportements stratégiques, mis en évidence chaque fois que ce genre d’indicateurs sont mis en place (on retrouve les mêmes logiques dans l’enseignement, par exemple): on soigne les indicateurs plutôt que la qualité des soins.</p>
<p>Une étude récente réalisée au Pays-Bas illustre le mécanisme. Son but était d’évaluer dans quelle mesure les personnes ayant recours à une angioplastie (technique médicale non-invasive destinée à dilater des vaisseaux sanguins, comme les coronaires, atteints d’occlusion) étaient influencées dans leur choix de l’hôpital par les indicateurs de qualité publiés en Hollande. Les résultats montrent que ce choix est notamment influencé par le taux de réadmission dans les douze semaines suivant l’intervention, un indicateur considéré comme révélant un échec de l’opération.</p>
<p>Or, font remarquer les auteurs de l’étude, les taux publiés aux Pays-Bas ne sont pas ajustés sur la gravité des cas traités (comme en Suisse). Il en découle deux conséquences. D’une part, les patients sont influencés dans leur choix par des informations qui peuvent être erronées. D’autre part, cet indicateur biaisé peut inciter les hôpitaux à modifier leur politique, par exemple en sélectionnant les patients qui ne présentent pas de complications, pour améliorer leur score et leur attractivité sur le marché des patients. Avec, au final, un risque accru pour les patients présentant les tableaux cliniques les plus lourds. La qualité se transforme en sélection des risques aux détriments des plus fragiles et de la santé publique.</p>
<p>L’acceptation de la Loi sur les réseaux de soins intégrés impliquerait inévitablement l’extension de cette logique pervertie de la qualité au secteur des soins ambulatoires, sous prétexte de permettre aux assurés de faire un <em>«choix informé» </em>du <em>«bon réseau»</em>. C’est une raison de plus de voter NON le 17 juin.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>________ </strong></span></p>
<p>PS. Pour les lecteurs et lectrices du site <em>A l’Encontre</em>, voici la référence de l’article de l’Hebdo :</p>
<p><a href="http://www.hebdo.ch/comment_choisir_le_bon_etablissement_161089_.html" target="_blank">http://www.hebdo.ch/comment_choisir_le_bon_etablissement_161089_.html</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Actions massives de protestation à Francfort</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 17:12:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Daniel Behruzi A Francfort, le week-end prolongé de l’ascension a été marqué par d’importantes actions de protestation, auxquelles plus de 100 organisations, telles ATTAC, Die Linke, Gauche interventionniste, ainsi que de nombreux syndicats et mouvements sociaux, avaient appelé autour du slogan «Blockupy» (contraction de occupy et de blockieren, de l’allemand bloquer, qui fait allusion [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/2012-05-19T143149Z_204543241_GM1E85J1QO501_RTRMADP_3_GERMANY-PROTESTS_0.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8846" title="2012-05-19T143149Z_204543241_GM1E85J1QO501_RTRMADP_3_GERMANY-PROTESTS_0" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/2012-05-19T143149Z_204543241_GM1E85J1QO501_RTRMADP_3_GERMANY-PROTESTS_0-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a>Par Daniel Behruzi</p>
<p><strong>A Francfort, le week-end prolongé de l’ascension a été marqué par d’importantes actions de protestation, auxquelles plus de 100 organisations, telles ATTAC, Die Linke, Gauche interventionniste, ainsi que de nombreux syndicats et mouvements sociaux, avaient appelé autour du slogan «Blockupy» (contraction de occupy et de blockieren, de l’allemand bloquer, qui fait allusion aux trois mots d’ordre des journées : prendre les places de manière collective et non-violente, bloquer les banques de manière massive et pacifique, manifester de manière solidaire et résolue). <span id="more-8845"></span></strong></p>
<p><strong>Les revendications mises en avant: <em>«Résistance contre le diktat d’austérité budgétaire de la troïka et du gouvernement allemand! Pour la solidarité internationale et la démocratisation de tous les domaines de l’existence»</em> (tract unitaire de mobilisation). </strong></p>
<p><strong>Or, durant les semaines précédant les journées d’action, une vaste œuvre de criminalisation du mouvement a été déployée, en commun par la majorité des médias et des partis politiques bourgeois, y compris de larges pans du SPD [parti social-démocrate] et des Verts. Une ambiance de panique a été volontairement répandue auprès des habitants et des salarié·e·s du centre-ville. Le point culminant de la répression a été atteint lorsque les autorités de la ville de Francfort ont, les 8 et 9 mai 2012, déposé 13 procédures d’interdiction visant à empêcher le programme politique et culturel des journées de protestation. Un programme qui prévoyait des activités en grande partie sur les places publiques et associait militant·e·s, scientifiques et artistes dans le cadre de plus de 70 ateliers et performances. </strong></p>
<p><strong>Des interdictions de séjourner dans le centre-ville ont été prononcées contre près de 400 personnes, avant d’être cassées pour invalidité procédurale. Dans les jours suivants, suite aux recours intentés par des manifestant·e·s, les tribunaux ont confirmé et étendu leur décision d’interdiction de toute forme de rassemblement durant les quatre jours, n’autorisant que la manifestation du samedi 19 mai 2012, sous condition (communiqué du 14 mai 2012 du Blockupy). </strong></p>
<p><strong>Cette politique est une grave atteinte aux droits démocratiques les plus élémentaires. Elle montre à quel point les intérêts du secteur bancaire et de la place économique de Francfort priment et rendent caduques les libertés démocratiques, comme cela a été le cas avec l’interdiction des grèves à l’aéroport en février de cette année [voir sur ce site les articles publiés en date du 2 mars 2012]. </strong></p>
<p><strong>Le jeudi 17 mai, un rassemblement pour la défense du droit de manifester et de se rassembler sans demander la permission aux autorités s’est tenu devant l’Eglise Saint-Paul, haut lieu de l’histoire ambivalente de la démocratie allemande, pendant lequel les participants brandissaient la Grundgesetz (Loi fondamentale), ouverte à la page de l’article 8 garantissant la liberté de réunion [1]. Ce rassemblement de plusieurs centaines de personnes a été encerclé et menotté pendant plusieurs heures par d’importants effectifs de police. Il a fait l’objet d’une charge de policiers en équipement antiémeute qui ont arraché les tentes mises en place. Plusieurs autres provocations des forces de l’ordre ont eu lieu. </strong></p>
<p><strong>Cet événement, prélude des atteintes graves aux droits fondamentaux commis par les autorités durant ces journées, est à mettre en relation avec la politique de destruction proclamée des acquis démocratiques pratiquée en Grèce, comme ailleurs en Europe, par les technocrates de Goldman Sachs et la troïka. Gardant en tête ces développements, nous traduisons un bref compte rendu de la grande manifestation de solidarité internationale tenue le samedi 19 mai dernier, à considérer comme une large victoire contre la politique de criminalisation et d’intimidation pratiquée par les autorités allemandes contre le mouvement « Blockupy ». Rédaction à l’encontre.</strong></p>
<p><span style="color: #800000;">________</span></p>
<p>Cette fois-ci, c’est ceux qui critiquent le capitalisme qui ont gagné la partie. <em>«Cette semaine, nous avons gagné sur toute la ligne»</em>, a constaté Roman Denter, du réseau ATTAC Allemagne, lors des discours d’ouverture de la manifestation «Blockupy» du samedi 19 mai à Francfort-sur-le-Main. Malgré l’interdiction, peu avant le début des protestations, de toutes les manifestations, malgré le déploiement policier martial et la prétendue menace «d’excès de violence», près de 30’000 personnes sont venues dans la [capitale financière allemande], afin de montrer, devant le siège de la Banque centrale européenne (BCE), leur colère contre la politique de gestion de crise menée par l’Union européenne. Tandis que la police avait d’abord annoncé 20’000 participants et les organisateurs en comptaient 25’000, ces derniers ont rectifié le chiffre vers le haut, après les discours de clôture.</p>
<p>Au lieu des images d’émeutes attendues par de nombreux médias, ceux-ci ont dû se contenter de montrer une démonstration de grande ampleur, aux formes créatives et diversifiées. Même la <em>Frankfurter Rundschau</em>, qui d’ordinaire se bornait à appeler les organisateurs à se distancer d’une prétendue violence menaçante, constatait sur son blog : <em>«C’est la plus grande manifestation que Francfort a vécue dans ce millénaire, elle est multicolore, pacifique et</em> [se fait entendre]<em>.»</em></p>
<p>Dans son discours, l’auteur américain Michael Hardt [auteur, avec Toni Negri, du livre Empire] a prêté des <em>«pouvoirs magiques» </em>aux militants de gauche en Allemagne. Selon ses propos, ils ont réussi à faire en sorte que les banquiers ferment eux-mêmes les banques et que la police bloque elle-même les rues de la ville.</p>
<p>La veille [le vendredi suivant le jour de l’ascension, qui est de manière générale, l’occasion de «faire le pont» pour beaucoup de salarié·e·s], l’activité économique était presque complètement au point mort dans le quartier financier de Francfort, car cette partie de la ville était clôturée sur une aire très vaste de peur que les manifestant·e·s [ne parviennent jusqu’au siège de la BCE]. Malgré l’interdiction de manifester, de plus en plus de rassemblements, manifestations et actions avaient eu lieu depuis mercredi 16 mai. <em>«La répression est la preuve évidente que nous avons choisi le bon endroit, ici à Francfort, pour organiser nos manifestations»</em>, a déclaré Anna Dohm de la «Interventionistische Linke» (Gauche interventionniste). Selon elle, la tentative de criminaliser l’ensemble des actions de «Blockupy» serait révélatrice de la nervosité des gouvernants. <em>«Dans les médias, on prétend que nous sommes violents, mais c’est le système qui est violent»</em>, a-t-elle ajouté. A ce titre, de nombreux discours ont mis l’accent sur l’appauvrissement de couches larges de la population en Grèce, suite à la politique de la troïka, composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.</p>
<p>Un des thèmes centraux sur lesquels a porté la critique des intervenant·e·s [dans les interventions lors de la manifestation] a été le rôle du gouvernement allemand dans l’imposition des programmes d’austérité budgétaire en Grèce et ailleurs<em>. </em></p>
<p><em>«Nous devons continuer à descendre dans la rue [pour lutter] contre un nationalisme-chauvinisme allemand qui se remet à germer»</em>, a exigé Jochen Nagel, du syndicat de l’éducation et des sciences (Gewerkschaft Erziehung und Wissenschaft, GEW). Bernd Riexinger, le secrétaire de <em>ver.di </em>de Stuttgart, a martelé: <em>«Ces pays sont en train d’être noyé par des programmes d’austérité et d’appauvrissement, sans qu’ils ne puissent décider par eux-mêmes, des alternatives possibles»</em>. Selon ce syndicaliste, il est urgent que les syndicats mettent en pratique une solidarité internationale renforcée.</p>
<p><em>«A l’heure actuelle, les Grecs en révolte ne doivent pas être laissés seuls », a déclaré la militante grecque Sonia Mitralias. La forme la plus appropriée de solidarité est, selon elle, la résistance contre la politique d’austérité</em> [comme elle se manifeste] <em>également en Allemagne. Le caractère international de la manifestation – des militants d’Italie</em> [plus de 300]<em>, d’Espagne, de Belgique, de France, du Portugal et d’Autriche</em> [comme d’ailleurs de nombreux camarades de Suisse alémanique du BFS/MFS] <em>– a été mis en évidence par Arbi Kadri Regueb, du «Groupement des chômeurs diplômés» de Tunisie</em> [venu de Sidi Bouzid et représentant d’une organisation de base des jeunes diplômés sans emploi; en traduisant par «chômeurs sans diplôme», le journaliste de <em>Junge Welt</em> a mal compris l’intitulé politique de ce mouvement, au rôle fort important dans la révolution tunisienne]. [Arbi Kadri Regueb a ajouté]<em>:</em> <em>«En Espagne, en Grèce et en Amérique, partout, il y a un mouvement pour un autre système». Selon lui, un mouvement de masse a fait tomber la dictature en Tunisie, «mais le mouvement pour les droits des travailleurs ainsi que contre le système capitaliste se poursuit.»</em>(Traduction à l’encontre)</p>
<p>____________</p>
<p>[1] L’église Saint-Paul a accueilli lors de la révolution de 1848-49 le célèbre «parlement de Francfort», premier parlement élu librement dans l’histoire de l’Allemagne. Il était chargé de rédiger la Constitution suite à la révolution de mars 1848. Cette église, détruite durant la Seconde guerre mondiale, a été un des premiers bâtiments reconstruits dans l’après-guerre. Elle est le symbole de la liberté de pensée et de s’exprimer. En effet, c’est dans cette église qu’est attribué le Prix de paix attribué par les libraires à l’occasion de la Foire du livre de Francfort.(Réd.)</p>
<p>Cet article a été publié dans le quotidien <em>Junge Welt </em>du 21 mai 2012.</p>
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		<title>France: une vague de licenciements</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 16:34:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Apex Il a été beaucoup question d&#8217;une pose momentanée des plans de licenciement en raison des élections présidentielles et législatives. Si cela est vraisemblable dans des secteurs très exposés médiatiquement comme l&#8217;automobile ou le pétrole, il n&#8217;en est rien pour le reste. Car bien avant les élections, les restructurations et plans sociaux avaient commencé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/f21-france-sign.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8842" title="SONY DSC" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/f21-france-sign-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Par Apex</strong></p>
<p>Il a été beaucoup question d&#8217;une pose momentanée des plans de licenciement en raison des élections présidentielles et législatives. Si cela est vraisemblable dans des secteurs très exposés médiatiquement comme l&#8217;automobile ou le pétrole, il n&#8217;en est rien pour le reste.</p>
<p>Car bien avant les élections, les restructurations et plans sociaux avaient commencé à se multiplier. Nous sommes maintenant dans une période de réorganisation de haute intensité dont il faut comprendre les mécanismes conjoncturels, mais aussi structurels&#8230;<span id="more-8841"></span></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>D&#8217;abord la crise économique et l&#8217;austérité</strong></span></p>
<p>Le ralentissement économique en France et en Europe entraîne la plupart des grands secteurs économiques: commerce, BTP (Bâtiment, travaux publics), automobile, tourisme notamment. Le ralentissement général de l&#8217;investissement fait que les secteurs fabriquant des biens intermédiaires [1] sont de même fortement touchés du moins en ce qui concerne leur carnet de commandes France ou européen.</p>
<p>Le serrage de vis par l&#8217;Etat et les collectivités territoriales a également des conséquences sur l&#8217;activité économique pour ce qui concerne les besoins des administrations, de la santé, de l&#8217;éducation, etc. Cela a aussi des répercussions en matière de pouvoir d&#8217;achat des agents de la fonction publique et des collectivités. Et la réduction des effectifs de la fonction publique pèse sur le niveau général de la demande finale, en proportion de son impact sur le taux de chômage.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Une cause plus structurelle: le cycle d&#8217;investissement</strong></span></p>
<p>Dans les années 1990, la mise en place du grand marché européen a permis aux grands groupes français de redessiner la géographie de leurs actifs industriels. Finie l&#8217;époque d&#8217;une usine par pays, venait le temps d&#8217;un seuil supérieur de concentration et de spécialisation des sites. Des usines ont été fermées et de nouveaux grands investissements ont été réalisés à vocation européenne ou mondiale. Puis vint l&#8217;intégration des pays d&#8217;Europe centrale, offrant une nouvelle opportunité de ventes mais aussi de production à moindre coût social.</p>
<p>Les firmes se sont engouffrées dans cette autre opportunité, multipliant les acquisitions, mais aussi d&#8217;importants investissements. Au bout du compte ce double processus aboutit à une suraccumulation de capital, à des surcapacités productives à l&#8217;échelle européenne. Et ce cycle s&#8217;achève maintenant avec l&#8217;effet aggravant des politiques d&#8217;austérité.</p>
<p>Le phénomène est aussi vieux que le système économique dans lequel nous vivons: le besoin d&#8217;investir sous la contrainte compétitive [concurrence entre capitaux] pour gagner en productivité, pour abaisser les coûts unitaires de production, pour prendre des parts de marché finit toujours par un cycle de destruction de capacités.</p>
<p>Ce retour de bâton, si l&#8217;on peut dire, est géré par les grands groupes [transnationaux] pour réviser une fois de plus la cartographie de leurs actifs industriels, de leurs centres de recherche, voire de leurs administrations.</p>
<p>C&#8217;est la quête de nouvelles synergies et de nouveaux dispositifs opérationnels, avant qu&#8217;un nouveau cycle ne s&#8217;engage à l&#8217;identique, comme une maladie congénitale. Dans ce processus, aucun pays européen n&#8217;est épargné (pas même l&#8217;Allemagne): usines fermées, délocalisations, cessions ou regroupements d&#8217;activités, alliances, co-entreprises, etc. Il suffit d&#8217;observer le sens stratégique des alliances de Renault avec Daimler [2] et de PSA avec General Motors [3]. On sait déjà que PSA va restructurer ses sites de production et que General Motors veut céder son site de Strasbourg. On sait que Renault va pousser les feux de son usine de Tanger au Maroc au détriment d&#8217;un certain nombre de sites européens, etc.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>La recherche de nouveaux modèles industriels et commerciaux</strong></span></p>
<p>Les branches se réorganisent aussi au nom – selon elles – de révolutions technologiques ou commerciales: l&#8217;e-commerce dans la distribution, l&#8217;e-paiement dans la monétique, la motorisation électrique ou hybride dans l&#8217;automobile, le choc du low-cost dans le transport aérien ou dans la téléphonie (SFR, confronté à la pression du «modèle Free», s&#8217;apprête sans doute à se réorganiser).</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un surgissement fortuit de la science. Les nouvelles technologies sont le plus souvent déjà partiellement disponibles dans les cartons. Ce n&#8217;est pas la science qui fait soudain appel aux capitaux, ce sont les capitaux qui misent sur des innovations potentielles déjà recensées. Dans certains cas l&#8217;objectif est clairement le gain de marge.</p>
<p>Ainsi, au-delà du supposé confort pour le consommateur, l&#8217;e-commerce permet surtout une baisse des coûts de distribution. De même, le low-cost peut être une manière de gagner des parts de marché, mais il est d&#8217;abord chargé d&#8217;abaisser les coûts de fonctionnement et de trouver un nouveau régime de rentabilité car il est d&#8217;abord un low-cost social. Tout comme l&#8217;accélération des développements en faveur de nouvelles motorisations automobiles qui ont sans doute un fort intérêt environnemental, mais ont comme motivation première le risque récessif durable pour les constructeurs des prix de l&#8217;essence.</p>
<p>Le résultat est donc là. Beaucoup de branches sont en train de revoir leur modèle industriel ou leur modèle commercial. C&#8217;est à nouveau un terreau favorable pour la réorganisation des sites de production, des réseaux de vente, des organisations opérationnelles, des sous-traitances, des partenariats transfrontaliers, etc. Parfois aussi des métiers et des qualifications. Tous les grands pays industriels sont concernés et les chocs sociaux sont considérables.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Externalisations et délocalisations</strong></span></p>
<p>A ces raisons conjoncturelles et structurelles s&#8217;ajoute le grand mouvement de fond du libre-échangisme et de la formation des prix. Si le marché des «grille-pain», pour prendre cet exemple banal, est saturé et qu&#8217;en conséquence il y a une mise en concurrence mondiale des coûts de production du grille-pain&#8230; alors les pays offrant la technicité et les coûts les moins élevés (transport inclus) emportent l&#8217;affaire. C&#8217;est un développement irrémédiable de l&#8217;économie marchande.</p>
<p>Sauf que dorénavant cette compétition ne porte plus seulement sur les grille-pain ou même les téléviseurs, mais sur des biens durables et des équipements lourds. Il y a donc un lent effritement de l&#8217;emploi dans beaucoup de filières ainsi exposées. Mais cette compétitivité par les coûts au niveau planétaire tient compte ni des coûts sociaux dus aux transferts industriels, ni de l&#8217;empreinte écologique propre à l&#8217;explosion des flux de marchandises transportées! Et, il n&#8217;y a pas d&#8217;espoir qu&#8217;il se mette à anticiper sérieusement les reconversions économiques et industrielles, locales et régionales, ou qu&#8217;il freine la mondialisation industrielle au nom de l&#8217;environnement.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Relancer le débat public sur les licenciements</strong></span></p>
<p>Inexorablement l&#8217;absence d&#8217;anticipation sur les branches et les bassins d&#8217;emplois mène à la catastrophe sociale. Le système lie le poste de travail à la personne et, comme pris les deux pieds dans le béton de leur entreprise ou de leur filière, beaucoup de salarié·e·s sont condamnés à couler avec. Le système les broie en même temps qu&#8217;il poursuit sa mutation et sa crise.</p>
<p>En rester à la simple dénonciation des «licenciements boursiers» serait donc bien trop limité. D&#8217;autant que la loi [en France] interdit déjà les licenciements ayant pour seule cause la simple amélioration de la profitabilité. La question devrait plutôt porter sur&#8230; tous les licenciements économiques.</p>
<p>Pour s&#8217;attaquer au problème des licenciements, il faut donc commencer par s&#8217;intéresser aux salarié·e·s – à tous les salarié·e·s – et non se lancer dans des typologies académiques. Qu&#8217;ils soient de Total (groupe français coté), d&#8217;ArcelorMittal (groupe indien), de la Caisse d&#8217;Epargne (groupe français non coté), de Visteon (coté en Bourse, mais sous-traitant de Renault et de Peugeot Citroën), ou de la charcuterie Benoît et fils!</p>
<p>Il faut que cesse le principe selon lequel les salarié·e·s bénéficient d&#8217;un accompagnement relatif selon la taille de leur entreprise, la situation économique de celle-ci, sa branche ou même sa médiatisation. Car l&#8217;on sait qu&#8217;un licenciement économique important dans une grande firme a des conséquences bien au-delà du périmètre de celle-ci.</p>
<p>Le débat public [en France et en Europe] sur les licenciements va ressurgir dans quelques semaines et dans un nouveau contexte parlementaire [suite aux élections législatives des 10 et 17 juin 2012] .</p>
<p>Le seul moyen de ne pas sauver les uns en abandonnant les autres consiste à garantir à tous et toutes le maintien de leur salaire et de leur statut jusqu&#8217;au reclassement, par un système de sécurité et de transition professionnelle.</p>
<p>Avec des obligations de résultat et pris en charge par le secteur concurrentiel et non par la collectivité. Un seul principe qui devrait être universel: que les salarié·e·s ne fassent pas les frais du pugilat que se livrent les entreprises pour le partage – à leurs dépens – de la richesse qu&#8217;ils créent. (16 mai 2012)</p>
<p><strong><span style="color: #800000;">_____</span></strong></p>
<p>[1] Les industries des biens intermédiaires recouvrent des activités qui produisent des biens le plus souvent destinés à être réincorporés dans d&#8217;autres biens ou qui sont détruits («consommés») par leur utilisation pour produire d&#8217;autres biens: produits minéraux, textile, bois et papier, chimie, caoutchouc et plastiques, métallurgie et transformation des métaux, composants électriques et électroniques. (Réd. <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>[2] Coopération sur les générations à venir de «smart for two», de Renault Twingo, avec extension des produits, y compris de véhicules électriques. Mis en commun des groupes moto-propulseurs, aussi bien dans le domaine des voitures particulières que des véhicules utilitaires. Achat en commun ce qui accroît la pression sur les sous-traitants. (Réd.<em> A l’Encontre</em>)</p>
<p>[3] L’accord entre PSA et GM est de droit suisse, ce qui implique que des désaccords sont traités par une cour d’arbitrage à Genève. Ces arbitrages ne peuvent pas faire l’objet d’appel. Ce type de juridiction privée n’a fait que prendre plus d’ampleur ces dernières années. C’est un accord d’une durée de 10 ans. L’accord porte sur l’utilisation d’un seul logisticien: la logistique est un élément clé du lien entre la sous-traitance et l’usine de montage, ce d’autant plus avec le développement du «flux tendu», entre autres pour éviter des stocks (autre forme des  surcapacités de production). Il y a aussi, dans cet accord, partage des frais dans le développement des composants nouveaux pour les véhicules des générations à venir. Il faut situer ces accords dans le cadre d’un marché européen saturé, où la concurrence est très forte, car intégrée au marché mondial. Donc l’implantation géographique est aussi importante que les produits, avec des centres de gravité qui se déplacent vers l’Asie et l’Amérique latine. Il y a des problèmes de taille critique pour un groupe comme PSA. Dans l’automobile, les accords se font et se défont; d’où l’importance des accords sur les participations, sur les parts de marché et sur les systèmes d’arbitrage. Dans cet accord GM est plus offensif que PSA. (Réd. <em>A l’Encontre</em>)</p>
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		<title>Le diktat des assureurs sur des réseaux de soins trompeurs</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 15:52:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Suisse]]></category>

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		<description><![CDATA[Votations du 17 juin 2012: réseaux de soins et quote-part en hausse. Le NON s’impose!  La modification de la LAMal concerne deux points majeurs qui sont: • L’augmentation de la quote-part (participation financière) à la charge de l’assuré·e. • L’ancrage des réseaux de soins intégrés dans la loi, parfois appelés «managed care». La participation aux frais: [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: left;" align="center"><span style="color: #800000;"><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/remote-security-software.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8837" title="remote-security-software" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/remote-security-software-300x225.jpg" alt="" width="172" height="130" /></a>Votations du 17 juin 2012: réseaux de soins<br />
et quote-part en hausse. Le NON s’impose!</strong> </span><strong><span style="text-decoration: underline;"><br />
</span></strong></h3>
<p>La modification de la LAMal concerne deux points majeurs qui sont:</p>
<p>• L’augmentation de la quote-part (participation financière) à la charge<br />
de l’assuré·e.<br />
• L’ancrage des réseaux de soins intégrés dans la loi, parfois appelés<br />
«<em>managed care</em>».<span id="more-8826"></span></p>
<h3><span style="color: #800000;"><strong>La participation aux frais: l’augmenter!</strong></span></h3>
<p>La quote-part (la participation aux frais remboursés) passe de 10% actuellement à 15% jusqu’à un montant total de 1 000 francs au lieu de 700 francs aujourd’hui. Cela signifie une augmentation substantielle de la part financée directement par les assuré·e·s. Et cela touche particulièrement des patients ayant des maladies chroniques. Nous devons ajouter à cette part les soins qui ne sont pas remboursés, tels que les soins dentaires, les lunettes, la franchise annuelle, les aides à domicile, sans parler d’une bonne partie de la prise en charge dans des établissements médico-sociaux pour personnes âgées.</p>
<p>Pour faire passer le oui, le Conseil fédéral et les assureurs ont trouvé une «incitation financière» en trompe-l’œil: la quote-part de 10% est maintenue pour ceux et celles qui adhèrent aux réseaux de soins. Mais, du Conseil fédéral, il faut toujours s’attendre à un cadeau empoisonné. En effet, à l’article 64, al. 3 bis il est indiqué que le Conseil fédéral se réserve la possibilité d’adapter les montants maximaux de la quote-part annuelle à <em>«l’évolution des coû</em><em>ts de l’assurance maladie»</em>. Autrement dit: de l’augmenter!</p>
<p>Ce sont principalement les ménages à bas et moyens revenus qui sont visés. Cela a pour conséquence de grever le pouvoir d’achat. Cela d’autant plus que la prime par tête ne dépend pas du revenu, mais est fixée de manière identique pour tous les assurés. De nouveaux projets en défaveur des patients sont en vue. Un de ceux-ci a pour but de fixer les primes selon l’âge des assuré·e·s. En un mot: supprimer définitivement le peu de solidarité existant dans ce système (voir encadré «Assurer…la division, pour régner !»).</p>
<p><strong>La part élevée à la charge des patients réduit, de fait, l’accès aux soins, pour des raisons financières</strong> (voir encadré «Payer plus peut nuire à la santé!»). Le système actuel d’assurance maladie, avec un quart des dépenses de santé financé directement par les assuré·e·s, combine injustice sociale et effets négatifs sur la santé pour des couches entières de la population. Celles, toujours plus nombreuses, qui ont des difficultés à faire face à des charges financières sans cesse plus lourdes.</p>
<p><strong>Un changement de système</strong> – combinant caisse unique, cotisations proportionnelles au revenu et très large prise en charge des soins par l’assurance, sans participation financière de l’assuré – <strong>correspond à une exigence sociale élémentaire</strong>.</p>
<h3><span style="color: #800000;"><strong>Ancrer dans la loi </strong><strong>une nouvelle <em>«forme particulière d’assurance</em></strong><strong>»:</strong> <strong><br />
les réseaux de soins intégrés</strong></span></h3>
<p>La loi sur l’assurance maladie (LAMal) prévoit aujourd’hui déjà diverses <em>«formes particulières d’assurance»</em> (art. 62): franchise plus élevée, système de bonus, médecin de famille, etc. Ces dispositifs associent une contrainte acceptée par l’assuré·e, censée diminuer sa demande de remboursement de prestations, à une réduction de sa prime d’assurance.</p>
<p>La nouveauté : introduire <em>des contraintes pour les prestataires de soins</em>. C’est pour cette raison qu’ils ont potentiellement un impact transformateur beaucoup plus important sur le système de santé.</p>
<p>Définition de l’OFSP (Office fédéral de la santé publique): un réseau de soins est «<em>un rassemblement de fournisseurs de prestations médicales qui offrent à l’assuré un suivi et un traitement coordonné tout au long de la chaîne thérapeutique»</em>.</p>
<p>Fonctionner en réseau pour coordonner les soins n’est pas une nouveauté pour le monde médical. Cela fait des années que ce genre de pratique se développe, en réponse à deux évolutions. <strong>1°</strong> La première, celle des tableaux cliniques parmi la population: c’est-à-dire, l’importance accrue des maladies chroniques, la prise en charge des personnes, âgées en particulier, souffrant de multiples affections (multimorbidité). <strong>2°</strong> La seconde: dans la pratique médicale (spécialisation toujours plus poussée) ou dans la démographique médicale (féminisation et montée en puissance de l’activité à temps partiel, par exemple).</p>
<p>Il est certain que cela fait sens d’encourager une telle dynamique. Mais <strong>de tels réseaux volontaires</strong>, construits pour répondre à de nouveaux besoins en termes de soins ou de pratique médicale, <strong>n’ont rien à voir avec</strong> le <em>managed care</em> <strong>conçu par la loi pour subordonner la pratique médicale aux exigences financières des assureurs.</strong> <a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/ManagedCareT21mai1.pdf">(Pour lire la suite, cliquez ici)</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chicago: du 1er mai au 20 mai 2012</title>
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		<pubDate>Sun, 20 May 2012 19:22:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amérique du nord]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Shaun Harkin «La ville de Chicago s’est préparée pour cette échéance – le sommet du G20 – et il sera difficile pour les détracteurs de ce type de sommets de perturber sa tenue». L’auteure de ces lignes, Sophie Malibeaux de RFI, ajoute: «Certains s’alarment d’ailleurs de voir les nations industrialisées opérer un repli, obnubilées [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/article-0-12C4E95A000005DC-188_634x411.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8819" title="article-0-12C4E95A000005DC-188_634x411" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/article-0-12C4E95A000005DC-188_634x411-300x194.jpg" alt="" width="300" height="194" /></a>Par Shaun Harkin</strong><strong></strong></p>
<p><strong>«La ville de Chicago s’est préparée pour cette échéance – le sommet du G20 – et il sera difficile pour les détracteurs de ce type de sommets de perturber sa tenue». L’auteure de ces lignes, Sophie Malibeaux de RFI, ajoute: «Certains s’alarment d’ailleurs de voir les nations industrialisées opérer un repli, obnubilées par leurs propres difficultés, tandis que les questions majeures de la sécurité alimentaire et du réchauffement climatique sont comme reléguées au second plan.»<span id="more-8818"></span> L’envoyée de <em>Mediapart </em>à Chicago rapporte, elle, le 20 mai 2012: «Plusieurs milliers de personnes – 2500 selon la police locale – ont défilé dans le calme, samedi 19 mai, à Chicago, à la veille du sommet de l&#8217;Otan, à l&#8217;appel de la coalition antiguerre, mais aussi des indignés et des opposants aux politiques néolibérales. <em>« Réveillez-vous, nous voulons la liberté! Dites aux banquiers que nous n&#8217;avons pas besoin d&#8217;eux»</em>, chantaient les manifestants, reprenant un des thèmes du mouvement <em>Occupy Wall Street</em>. Ils protestaient à la fois contre la tenue du G8 qui se tenait à Camp David, à 100 kilomètres de Washington, et contre le sommet de l&#8217;Otan, organisé à Chicago, dimanche et lundi 20 et 21 mai 2012. Plus d&#8217;une soixantaine de pays y seront représentés pour discuter notamment de l&#8217;engagement militaire en Afghanistan.» </strong></p>
<p><strong>La presse des Etats.-Unis a rapporté que la police de Chicago avait dépensé un million de dollars pour s’équiper en matériel «antiémeute». Ce qui met bien en relief que les politiques militaires comme celles de répression visant les mouvements sociaux accompagnent toujours les pratiques de «guerre sociale» conduites par les dominants.</strong></p>
<p><strong>L’ISO (International Socialist Organization) donne, à cette occasion, la parole à Malalai Joya, une militante anti-guerre de renom. Cette dernière souligne que: <em>«Barack Obama et Hamid Karzaï affirment que la guerre en Afghanistan prendra fin en 2014, tout en disant que des troupes resteront pour certaines tâches d’assistance jusqu’en 2024. Et lorsque l’on se rapprochera de 2024, ils vont certainement affirmer que l’échéance effective est celle de 2034.»</em> Elle poursuit: <em>«En réalité, les Etats-Unis et ses alliés dans l’OTAN ont comme plan de dominer militairement l’Afghanistan et une région beaucoup plus importante, et cela pour une longue période. Le projet relève de la géostratégie: avoir le contrôle sur l’énergie et les ressources minérales et assurer une supériorité militaire sur la Chine et d’autres concurrents.»</em></strong></p>
<p><strong>Les manifestations de Chicago de ces derniers jours renvoient à une mutation socio-politique en cours aux Etats-Unis. Dès lors, il est important de saisir les éléments de ce changement tels qu’ils se sont exprimés lors de la journée du 1<sup>er</sup> mai 2012, dans cette ville symbole. En effet, n’est-ce pas en commémoration de la tuerie de Haymarket Square, à Chicago, en 1886, que le 1<sup>er</sup> mai est devenu un moment de ralliement international des travailleurs et travailleuses? (Rédaction).</strong></p>
<p align="center"><strong>*****</strong><strong></strong></p>
<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/CUAFE_5-16-12_023-Chicago-antiNATO-crop1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-8821" title="CUAFE_5-16-12_023-Chicago antiNATO-crop1" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/CUAFE_5-16-12_023-Chicago-antiNATO-crop1.jpg" alt="" width="242" height="223" /></a>Des activistes du mouvement Occupy ont rejoint des militant·e·s pour les droits des immigré·e·s et des syndicalistes afin d’organiser le défilé du 1<sup>er</sup> mai ainsi qu’un rassemblement pour les 99%. Des réunions d’organisation se sont tenues sur l’espace d’Occupy Chicago, où ont été discutées et votées les formes que prendrait la manifestation, son thème, ses revendications ainsi que de nombreuses autres questions.</p>
<p>Le comité d’organisation du 1<sup>er</sup> mai a, par exemple, voté à une claire majorité qu’il ne fallait pas appeler à une grève générale, ainsi que l’avaient fait d’autres groupes locaux d’Occupy. La raison évoquée tenait en ce que cela n’aurait pas été le moyen le plus efficace pour mobiliser la classe laborieuse de Chicago, dans la phase présente. Notre conviction était que préparer une action sur des objectifs qui se trouvent largement plus loin que là où se situe le mouvement actuellement aurait rendu plus difficile la mobilisation de larges couches de personnes qui sympathisent avec les luttes Occupy, mais qui n’y sont pas régulièrement impliquées.</p>
<p>Les activistes ont répandu l’annonce du défilé et du rassemblement à travers des conférences de presse, des interviews, des articles de journaux, un système d’annonces par téléphone, le collage d’affiches dans les quartiers, la distribution de tracts lors de réunions syndicales. De plus, il s’agissait d’établir un lien entre la manifestation du 1<sup>er</sup> mai avec des luttes qui existent déjà en ville. Près de 70 organisations ont appuyé et soutenu l’action.</p>
<p>Environ 2000 personnes participèrent au défilé et au rassemblement, même s’ils se déroulaient pendant les heures de travail. Au nombre des manifestant·e·s, on comptait des travailleurs occupant leurs places de travail, des familles se battant contre l’expulsion et la saisie de leurs logements, des travailleurs migrants injustement licenciés en raison du programme E-Verify [1], des dockers organisés pour que leur syndicat soit reconnu [procédure de vote qui permet de faire reconnaître un syndicat sur un lieu de travail]|, des travailleurs qui ont été en grève, des étudiants sans-papiers et des jeunes qui ont risqué l’expulsion en revendiquant la régularisation de leurs situations, des travailleurs du secteur hôtelier se battant pour un contrat de travail correct, des Afro-américains organisés pour exiger que justice soit faite pour les membres de leurs familles tués par des policiers de Chicago, des activistes LGBT revendiquant l’égalité, ainsi que des enseignants de Chicago se préparant dans la perspective d’une bataille contre le maire de Chicago, Emanuel Rahm [démocrate, ex-conseiller de Barack Obama]. Deux délégations de syndicalistes mexicains et japonais étaient également présentes à cette manifestation.</p>
<p>L’organisation du défilé et du rassemblement est ainsi parvenue avec succès à réunir diverses luttes de la classe laborieuse afin de revendiquer la fin de l’austérité et des coupes budgétaires dans les services sociaux, l’augmentation des impôts pour le 1%, la fin des expulsions et la régularisation de tous les sans-papiers, ainsi que la fin des nouvelles lois «Jim Crow»[2]. Sur la banderole de tête, on pouvait lire: <em>Unionize, Organize, Papeles Para Todos</em> [Se syndiquer, s’organiser, des papiers pour tous].</p>
<p>Le but du défilé et du rassemblement était de faire le lien entre les luttes de la classe laborieuse d’aujourd’hui avec les riches traditions du passé, de développer une solidarité de classe à l’échelle locale et internationale, de promouvoir des revendications clés de la classe laborieuse ainsi que de créer une atmosphère permettant à un plus grand nombre de personnes de se sentir forts pour qu’elles s’organisent et s’engagent dans le soutien de ceux et celles qui ripostent [contre la guerre sociale].</p>
<p><strong><span style="color: #800000;">Un radiclaisme de pacotille et élitiste</span></strong></p>
<p>Alors que le défilé avançait de Near West Side en direction de Federal Plaza dans le centre de Chicago, des activistes masqués du Black Bloc accompagnés par d’autres qui estimaient que le défilé était trop conservateur – ignorant les appels des organisateurs de la manifestation – se sont déplacés vers la tête de la manifestation, dépassant la banderole de tête qu’accompagnait un groupe de manifestant·e·s handicapés ainsi qu’un cordon de sécurité formé de syndicalistes, d’activistes pour les droits des migrants, d’Occupy et d’associations religieuses.</p>
<p>Des pétards lancés par certaines personnes sont tombés parmi les manifestants. Les slogans lancés en tête de manifestation passèrent de <em>Les travailleurs unis ne seront jamais vaincus</em> et <em>¡ICE escucha! Estamos en la lucha! </em>[écoute ICE – Immigration and Customs Enforcement, les «services» fédéraux de l’immigration, chargé des contrôles aux frontières, de l’identité et des expulsions – Nous sommes en lutte!] à <em>Nique la police</em>.</p>
<p>La police n’a pas attaqué la manifestation et personne n’a été blessé. Il y a toutefois de nombreuses questions qui découlent de cette expérience et qui nécessitent d’être discutées.</p>
<p>Tout d’abord: quel est le sens de lancer de pétards? Il n’est pas clair qui a déclenché ces pétards lors du défilé de Chicago. Toutefois, des militants de New York et de Seattle ont signalé qu’il s’était passé la même chose dans ces deux villes. Cela a mis en danger des manifestant·e·s, en particulier ceux et celles des premiers rangs, qui se sont subitement retrouvés avec des pétards lancés en dehors de leurs rangs. Il s’agissait également d’une provocation manifeste visant la police.</p>
<p>D’autre part: se déplacer vers la tête de la manifestation? Les activistes du Black Block ainsi que d’autres qui n’ont ni organisé ni soutenu le défilé ont systématiquement ignoré les appels des organisateurs de rester derrière la banderole de tête et la ligne de sécurité – montrant un complet manque de respect pour les efforts de ceux qui ont œuvré au succès du défilé.</p>
<p>Ce que les travailleurs de Chicago ont pu voir et entendre avant tout – lors de leur pause, à l’extérieur de leur place de travail pour prendre leur repas ou venant regarder le défilé – ce n’est pas une banderole et des slogans célébrant les droits des immigré·e·s et des travailleurs et travailleuses – et qui reflétaient les revendications réelles décidées par ceux et celles qui ont organisé cet événement – mais un groupe de «militants» masqués criant: <em>Nique la police</em>.</p>
<p>Ainsi que cela est souvent le cas, les médias officiels se sont précipités sur ce qu’ils considéraient comme «sensationnel». Au lieu de faire état de la mobilisation des immigrants et des syndicats, et des raisons pour lesquelles ils défilaient, la couverture médiatique s’est concentrée sur les insultes contre la police et a publié des photographies de ceux qui portaient des masques et étaient habillés en noir.</p>
<p>Plus grave: la presse a adressé ses félicitations à la police pour ne pas avoir réagi aux provocations. En témoignant de toute la «maîtrise» d’elle-même dont est capable, la police a gagné de la légitimité pour faire usage de la violence contre de futures manifestations, lorsqu’elle pourra affirmer qu’elle n’avait pas d’autre choix!</p>
<p>Qu’est-ce qui est ici en question? Parmi de multiples, on peut mentionner les suivantes: le fonctionnement démocratique du mouvement; des membres vulnérables de la classe laborieuse mis en danger par des provocations stupides; un élitisme profond d’un petit groupe se substituant à un grand nombre d’activistes de la classe laborieuse; la possibilité que le mouvement prête le flanc à la répression.</p>
<p>Nous sommes également, ici, face à une conception complètement erronée quant aux modalités dont les membres de la classe laborieuse se radicalisent. Une minorité dans le défilé voulait rendre la manifestation plus militante – selon leurs conceptions de ce que «militante» signifie – mais ils n’étaient pas disposés à engager une discussion avant ou pendant l’événement avec les autres participants. Cela aurait permis de prendre une décision démocratique pour une action spécifique, en l’occurrence une manifestation de 1er mai.</p>
<p>En outre, rendre cette action plus «militante» ne pouvait signifier dans cette situation qu’inviter la police à attaquer les manifestant·e·s. Inciter les flics à attaquer une manifestation à laquelle les participant·e·s – parmi lesquels des migrants sans papiers – ne s’attendent pas à être arrêtés est une stratégie complètement irresponsable.</p>
<p>Nous n’avons pas besoin d’encourager la police à nous attaquer – alors que notre mouvement menace le 1% et l’Etat, nous verrons assurément sa poigne d’acier tenter de s’abattre sur nous. Des millions d’Afro-américains et de migrant·e·s vivent dans des quartiers qui sont saturés par la présence policière. Cette police agit comme une armée occupante, réalisant des fouilles au corps et des contrôles au faciès.</p>
<p>L’empressement à provoquer et à affronter la police relève d’une idée ancienne présente dans le mouvement «radical»: la «propagande par le fait», selon laquelle des actes radicaux réalisés par quelques personnes convaincront d’autres à défier l’Etat. Il s’agit d’une conception profondément élitiste. Cette hypothèse signifie que les personnes qui manifestent sont des «moutons» et que le rôle d’une minorité «militante» est de les aider à adopter des attitudes plus radicales.</p>
<p>Lors de la manifestation de Chicago étaient présents des travailleurs immigrés qui ont occupé leurs places de travail, des familles qui ont occupé leurs maisons saisies et des jeunes sans papiers qui ont risqué d’être arrêtés en Arizona et en Alabama pour avoir lutté pour leur régularisation. Croire que ces radicaux héroïques de la classe laborieuse sont des «moutons» ou des «bovins» est complètement ringard.</p>
<p>Les gens de la classe laborieuse se radicalisent au travers de leurs propres luttes, lesquelles se déroulent souvent là où ils vivent et travaillent. En parlant avec des travailleurs présents à la manifestation, les activistes Black Bloc auraient pu apprendre ce qu’est une grève, comment un syndicat est organisé, comment occuper une place de travail, une maison ou une clinique, comme s’organiser pour obtenir justice lorsque vous ou un être cher se trouve en prison et bien d’autres actions qui se trouvent sans doute complètement en dehors des expériences de ces activistes.</p>
<p>L’anthropologue David Graeber écrit, dans un article qui tente de fournir une compréhension intellectuelle aux comportements des Black Block: <em>«Le Black Block est une tactique, non un groupe. Il s’agit d’une tactique par laquelle les activistes revêtent des masques et des vêtements noirs (à l’origine, en Allemagne, des vestes en cuir, plus tard, en Amérique, des capuchons), comme un signe d’anonymat, de solidarité et afin d’indiquer aux autres qu’ils sont disposés, si la situation l’exige, à des actions militantes. La nature même de cette tactique dément l’accusation selon laquelle le Black Block essaie de détourner un mouvement et de mettre en danger les autres. L’une des idées pour avoir un Black Block est que quelqu’un qui vient à une manifestation devrait savoir où se trouvent les personnes susceptibles à s’engager dans une action militante, et rendre ainsi aisé à quiconque de l’éviter si c’est là son souhait.»</em>[3]<em>  </em></p>
<p>Quiconque à fait l’expérience d’être confronté avec la présence d’un groupe auto-défini comme Black Block lors d’une manifestation sait que l’affirmation de Graeber selon laquelle il est aisé de les éviter n’est qu’une foutaise malhonnête. La pratique des Black Block est d’agir au sein de manifestations plus larges, mais en utilisant des tactiques qu’ils refusent de discuter avec les autres participants jusqu’à ce qu’ils se dévoilent. Les autres militants subissent inévitablement les conséquences des actions provocatrices des Black Block, qu’ils souhaitent les éviter ou non. Le comportement des Black Block fournit, en outre, une justification à la police pour réagir encore plus brutalement à l’avenir.</p>
<p>Les affirmations de Graeber au sujet de l’anonymat illustrent également l’élitisme des principes du Black Block. Si le raisonnement selon lequel le port de masques a pour objet d’empêcher les autorités d’identifier ceux qui pourraient subir les conséquences de la répression policière, qu’en est-il des immigré·e·s sans papiers dont la seule présence est criminalisée et qui ne peuvent porter un masque pour éviter d’être arrêtés? La même chose est valable pour les Afro-américains et la communauté LGBT.</p>
<p>L’anonymat est impossible pour eux. L’anonymat pour les familles expulsées de leurs logements ou pour les travailleurs en grève est également impossible: les banques et les patrons connaissent leurs noms. Il n’est pas sans signification de remarquer que presque tous les activistes du Black Bloc et ceux qui s’acharnent à rendre l’action de Chicago plus «militante» étaient blancs.</p>
<p>L’exposé de Graeber en faveur du Black Block gonfle largement l’importance de ce petit groupe d’activistes. Porter des masques, une rhétorique ultra-radicale, briser des vitrines et combattre la police sont autant d’éléments d’une posture pseudo-radicale qui ne conduit nulle part. Elle contraste fortement avec les luttes de masse des travailleurs et des opprimés qui ont changé l’histoire aux Etats-Unis: de la grève générale du 1<sup>er</sup> mai 1886 pour la journée de huit heures, pour l’organisation de syndicats en passant par les grèves avec occupation des années 1930 aux manifestations de masse pour les droits civils et le mouvement du Black Power des années 1960.</p>
<p>Le rôle des radicaux organisés devrait être de participer à des mouvements, de construire la solidarité avec les luttes, de tirer des enseignements et des stratégies des luttes passées de la classe laborieuse et, ainsi que Karl Marx et Friedrich Engels l’ont écrit, de relier les luttes au jour le jour de la classe laborieuse à la guerre de classe globale et à l’alternative socialiste à une société fondée sur le profit. (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>_________</p>
<p>Cet article publié sur le site <em>SocialistWorker.org</em> le 10 mai 2012.</p>
<p>[1] E-Verify est une base de données fédérale à laquelle un employeur peut accéder afin de comparer «l’exactitude» des informations contenues dans le formulaire I-9, dont la loi exige qu’il soit rempli par chaque employeur afin de vérifier que le travailleur qu’il engage est autorisé à travailler aux Etats-Unis; la base de données collecte des informations de diverses provenances, tels que les services d’immigration.(Réd).</p>
<p>[2] Le terme fait référence aux diverses lois ségrégationnistes dirigées contre les Afro-américains dans le sud des Etats-Unis entre 1877 et 1965; si la ségrégation, depuis les grandes luttes du mouvement des droits civiques des deux décennies 1950 et 1960, n’est plus formellement légale, les discriminations des Afro-américains persistent. Elles se manifestent, entre autres, par un taux de chômage double de la moyenne nationale, en passant par la situation de logement ainsi que le nombre d’Afro-américains dans les prisons et l’ensemble des pratiques policières «au faciès». Depuis l’assassinat en Floride, en février 2012, d’un jeune afro-américain de 17 ans, Trayvon Martin, par un «vigile de quartier», un mouvement réclamant la fin des «nouvelles lois Jim Crow» a pris de l’ampleur aux Etats-Unis. On peut lire le livre remarquable de Michelle Alexander, <em>The New Jim Crow</em>, publié en janvier 2012 en paperback, Ed. New Press (Réd.)</p>
<p>[3] <a href="http://nplusonemag.com/concerning-the-violent-peace-police">http://nplusonemag.com/concerning-the-violent-peace-police</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Sale temps, vraiment, et toujours aussi instable. Un temps de chien.</title>
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		<pubDate>Sun, 20 May 2012 16:49:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grèce]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Panagiotis Grigoriou Aujourd&#8217;hui, le 18 mai 2012, le temps à Athènes est maussade. La voiture de Martin Schulz est sortie du Palais présidentiel ce matin sous une pluie fine. Cet homme politique et Président du Parlement européen, passionné de livres et de social-démocratie, a sans doute transmis un message à notre Président de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/EU_flag.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8807" title="EU_flag" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/EU_flag-300x182.jpg" alt="" width="300" height="182" /></a>Par Panagiotis Grigoriou</strong></p>
<p>Aujourd&#8217;hui, le 18 mai 2012, le temps à Athènes est maussade. La voiture de Martin Schulz est sortie du Palais présidentiel ce matin sous une pluie fine. Cet homme politique et Président du Parlement européen, passionné de livres et de social-démocratie, a sans doute transmis un message à notre Président de la République usé, mais alors lequel?<span id="more-8806"></span></p>
<p>Coïncidence? Car ce même jour, Angela Merkel a téléphoné à Carolos Papoulias  (voir <em>tanea.gr</em>) [le président grec, de tendance PASOK ; ce téléphone semble être à l’origine du «bruit» concernant la demande de tenue d’un référendum, simultanément aux élections du 17 juin, sur le thème : Oui ou Non à l’euro; ce qui constituerait une sorte de préemption sur les élections du 17 juin].</p>
<p>En tout cas, Martin Schulz a répondu courtoisement au salut des policiers assurant la circulation et la sécurité autour du bâtiment. D&#8217;ailleurs, les mesures de sécurité n&#8217;étaient ni draconiennes, ni si exceptionnelles, pour une fois. Le Président de la seule instance de l&#8217;U.E. issue [indirectement] du suffrage citoyen, n&#8217;a visiblement pas grand-chose à craindre en Grèce.</p>
<p>Les journalistes, peu nombreux, ont attendu durant un long moment, la sortie de Martin Schulz sur le trottoir d&#8217;en face. Ainsi ils ont eu le temps d&#8217;ironiser entre eux, sur l&#8217;emploi de la langue anglaise par Alexis Tsipras [le porte-parole autorisé de SYRISA].</p>
<p>Ce dernier vient d&#8217;accorder une interview à la chaîne d’information états-unienne CNN (17 mai), rappelant les positions de son parti: «<em>La politique de Madame Merkel est dangereuse pour l&#8217;euro</em>», dans un anglais hésitant et incorrect. Mais, finalement, la planète Washington a tout compris, c&#8217;est l&#8217;essentiel! Rien à voir évidemment, avec l&#8217;américain parfait de Georges Papandréou [qui a fait ses études, son père y était réfugié, aux Etats-Unis, dans la même université américaine qu’Antonis Samaras de la Nouvelle Démocratie et qui partageait avec la même chambre], sauf que c&#8217;est sa langue maternelle [allusion au fait que Papandréou manie mal le grec].</p>
<p>Pourtant, Georges, le polyglotte, s&#8217;est avéré être un piètre négociateur, pour les intérêts de la Grèce en tout cas. Mais enfin, après le «sacrilège linguistique» commis par le chef de SYRIZA, les très mauvaises langues médiatiques n&#8217;ont pas perdu un seul moment de réflexion et de suggestion: «<em>Tsipras parle mal l&#8217;anglais, il ne pourra pas assumer le rôle de Premier ministre, au cas où il serait élu </em>».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il est vrai que ces derniers jours, toute la presse (contrôlée) se déchaîne contre SYRIZA, à tel point que, dès ce matin, les dirigeants de cette formation sont en train de peser le pour et le contre, pour ainsi boycotter complètement la chaîne MEGA, pas de décision pourtant vendredi soir [le 18 mai].</p>
<p>Sur la même ligne, Théodoros Pangalos du très vieux PASOK, déclare que «<em>ces types de SYRIZA, ils seraient capables de tout, une fois avoir atteint le 25%, y compris commencer les exécutions</em>» ! (télévision <em>SKAI</em> – 17 mai).</p>
<p>Pareillement, les politiciens de la Nouvelle Démocratie abusent d&#8217;un verbiage anti-gauche, exhibé tout droit du placard de la Guerre civile, comme si Alexis Tsipras était la réincarnation du général Markos [Markos Vafiadis, le <em>kapétanios</em> des divisions macédoniennes. Ce membre, dès 1942, du Comité central du Parti communiste est nommé dirigeant de l’aile macédonienne de l’ELAS : l’Armée de Libération du Peuple grec. Le lecteur peut lire le récent ouvrage de Joëlle Fontaine, <em>De la résistance à la guerre civile en Grèce, 1941-1946</em>, Ed. La Fabrique, 2012].</p>
<p>Visiblement, le système local est à son avant-dernier délire. Local seulement, il me semble. Non, ce n&#8217;est pas la survie du capitalisme mondial qui se joue en Grèce que je sache, mais celle du système «paléo-centrique» du bipartisme para-politique de la Nouvelle Démocratie et du PASOK, en Grèce. Ils peuvent finalement encore gagner les élections, tous réunis, face à SYRIZA, mais leur système est de toute façon, finissant. Trente années de privilèges et d&#8217;enrichissement mafieux incontrôlables ne peuvent pas passer ainsi à la trappe. On joue dès lors les prolongations et avec acharnement. De même, les magnats de la presse, promoteurs immobiliers, armateurs et autres entrepreneurs, dont la consanguinité avec les politiciens dans l&#8217;affairisme est devenue consubstantielle de leur «République Hellénique», savent qu&#8217;avec SYRIZA les choses peuvent changer.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Certains cadres SYRIZA sont pourtant inquiets ces derniers jours et pas seulement sur l&#8217;issue de la bataille politique. Ils constatent que leur mouvement risque de se «droitiser» au fur et à mesure que le pouvoir serait, potentiellement, à portée de main. Et surtout qu&#8217;en Europe (et pas seulement qu&#8217;au sein de l&#8217;Union Européenne), on porte désormais un regard plutôt bienveillant sur cette nouvelle gauche en Grèce. D&#8217;où, aussi, certaines craintes, au PASOK notamment. Cette formation historique du Papandréïsme est en train de disparaître. Si SYRIZA confirme sa place et son «pragmatisme», certes «combatif» comme le proclament déjà certains de ses cadres, il réorganisera le centre-gauche en Grèce, et ceci, à un moment où le train pendulaire de l&#8217;histoire européenne peut, sous certaines conditions, s’engager sur le même aiguillage.</p>
<p>Sous cet angle – et indépendamment des résultats immédiats des législatives du mois de juin en Grèce – le centre-gauche européen risque d&#8217;ignorer le PASOK, progressivement, puis, définitivement.</p>
<p>Après tout, ce PASOK n&#8217;a jamais été un parti social-démocrate à la manière et aux vérités&#8230; compliquées des autres partis, de la même étiquette politique, en Europe occidentale en tout cas. Au mieux, c&#8217;était un parti très balkanique, pour ne pas dire un conglomérat sociétal de type moyen-oriental à la manière d&#8217;un parti (également) bassiste [Baas], sauf que les camarades pasokiens ont toujours voulu brouiller les pistes sur ce qu&#8217;ils pratiquèrent véritablement, au même titre que leurs <em>alter ego</em>, à savoir, les «libéraux» de la Nouvelle Démocratie.</p>
<p>Et Bruxelles alors, fut-elle une «simple ignorante»? Non. Mais passons. En tout cas, le vieux personnel politique de notre Baronnie, risque de ne plus apporter autre chose que des ennuis à Bruxelles, surtout dans la mesure où ils sont en train de perdre la bataille du Mémorandum [les plans d’austérité attachés aux «aides» à la Grèce], d&#8217;où leur ultime acharnement: défendre le Mémorandum, déjà foudroyé en plein vol entre Paris et Berlin [allusion au coup de foudre qui frappa le Falcon de François Hollande, lors de son premier voyage pour rencontrer Angela Merkel, le 15 mai], puis, faire admettre aux sujets hellènes et à tout le gotha transnational que leur petit sort politique serait si intimement lié à la survie de l&#8217;euro.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ils s&#8217;acharnent donc sur le «<em>danger que représente SYRIZA pour le maintien du pays à cette zone de stabilité que constitue l&#8217;euro</em>». Ils répandent ainsi le doute et l&#8217;insignifiance, la leur. Comme si la zone euro et sa crise étaient une affaire grecque et non pas, un labyrinthe allemand, français, voire même américain. Je ne sais pas par contre dans quelle mesure mes concitoyens réaliseront suffisamment cette «simple» vérité avant les élections de juin pour ainsi se débarrasser de toute peur inutile. Mais personne ne peut le dire en ce moment avec précision.</p>
<p>Ce qui est certain, par contre, tient plutôt de la dramaturgie du labyrinthe, car bientôt le casting prendra fin, et on distinguera alors mieux qui incarnera Ariane [elle aide Thésée à s’échapper du labyrinthe], Thésée [le réformateur] ou le&#8230; Minotaure [tué par Thésée]. Le rôle du Minotaure, surtout, reviendra alors aux banques ou aux peuples? Mystère !</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Le policier municipal : «vous vivotez comme nous»</strong></span></p>
<p>Hier encore, sur la place de la Constitution par beau temps, les premiers touristes se faisaient photographier devant l&#8217;Assemblée Nationale, ou devant Loukanikos [un chien qui se trouve dans toutes les manifestations, une figure canine connue, maintenant, en Grèce] et sa meute, au même moment, certains chats ont opté pour les chaises des cafés s&#8217;y incrustant. Sur les marchés, des vieilles femmes vendent encore des légumes dans des bocaux, mais elles guettent de temps à autre l&#8217;arrivée de la police municipale, mais en général, les agents restent compréhensibles: «<em>Oui Madame, on ne vous fera pas un procès pour quatre conserves, nous savons que vous vivotez&#8230; nous aussi</em>».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Par contre, et pour une raison encore inconnue, on va «réviser» le procès de Socrate [1] et par une heureuse coïncidence nous connaîtrons ici à Athènes, une vision allemande de la crise à travers l&#8217;art du Théâtre (pour ceux qui peuvent encore se payer une place de spectacle), événement exceptionnel, car en Grèce, tout le monde pense que la seule Allemagne est celle de sa Chancelière.</p>
<p>Dans le domaine artistique toujours, on se représente, la «Catastrophe du Parthénon» par Lord Elgin (ambassadeur britannique à Constantinople, initiateur du transfert à Londres des marbres du Parthénon entre 1801 et 1805), mélanges je dirais, de saison.</p>
<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/20120519_cuk400.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-8809" title="20120519_cuk400" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/20120519_cuk400.jpg" alt="" width="117" height="154" /></a>Sans oublier les festivités, très discrètes cette année, autour de la flamme olympique, sauf qu&#8217;elle inspire les caricaturistes de <em>The Economist </em>, mais pour bien d&#8217;autres raisons. Ouverture de la session parlementaire hier, mais clôture aujourd&#8217;hui ou demain samedi, cette législature «d&#8217;un seul jour», est la plus courte de notre histoire récente.</p>
<p>Des enfants venus de Roumanie mendiaient sur les terrasses des cafés, un petit instrument de musique à la main. En scrutant le ciel d&#8217;Attique on distingue bien les avions des migrations saisonnières ou définitives. A l’aéroport, les touristes croisent les Grecs qui partent, certains pour se faire une place ailleurs, au soleil ou sous la pluie également, c&#8217;est selon. En 2011, plus de 23’000 sujets hellènes ont émigré vers l&#8217;Allemagne, la métropole de l&#8217;euro (in <em>kedros.gr</em>).</p>
<p>Ceux qui restent, recherchent fébrilement le sens et la couleur du prochain vote. « <em>J&#8217;ai toujours voté PASOK, moi ainsi que tous mes collègues au sein de notre service au ministère, mais cette fois-ci, le choix c&#8217;était Chryssi Avghi</em> (Aube dorée) <em>pour une bonne moitié d&#8217;entre nous, eh&#8230; moi&#8230; j&#8217;ai voté pour le dissident de la droite anti-mémorandum, Kammenos </em>[du parti des Grecs indépendants]<em> et toi?</em>». «<em>Moi tu sais bien, j&#8217;ai toujours voté KKE, les communistes, mais en juin je voterai SYRIZA, Tsipras</em> ». «<em>Attention ma chère, c&#8217;est notre avenir qui se joue, réfléchis bien, tiens je te fais une confidence : mes amis à la police, m&#8217;ont raconté certaines histoires pas fameuses sur Tsipras, je ne peux pas te les raconter, mais il ne faut pas voter pour lui.</em>» «<em>Si, si Matina, je ne changerai pas d&#8217;avis, eh&#8230; on descend à la prochaine station, non </em>». Il s’agit du dialogue, entre deux femmes en âge de voter depuis presque trente ans déjà. Elles avaient emprunté le métro à la place Syntagma pour éviter la pluie. Sale temps, vraiment, et toujours aussi instable.</p>
<div id="attachment_8811" class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/image2.jpg"><img class="size-full wp-image-8811" title="image2" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/image2.jpg" alt="" width="240" height="180" /></a><p class="wp-caption-text">La BMW de la femme de Horst Reichenbach (Der Tagesspiegel)</p></div>
<p>Et pour finir, une organisation jusqu&#8217;alors inconnue : «<em>Les amis de Loukanikos</em>», viennent d&#8217;incendier un véhicule appartenant à la famille Reichenbach à Potsdam. Horst Reichenbach, chef de la «Task Force» européenne  en Grèce, connu de tous ici. Ces actes de vandalisme, ont été revendiqués par un groupe présumé grec et la police allemande a ouvert une enquête, selon l&#8217;édition internet du journal [de droite] <em>Die Welt,</em> attribuant cet acte à une organisation d&#8217;extrême gauche. Un vrai temps de chien.</p>
<p><strong><span style="color: #800000;">Nota Bene</span></strong></p>
<p>«Vendredi, François Hollande a de nouveau plaidé pour que la Grèce reste dans la monnaie unique, lors de sa visite à la Maison Blanche<em>. «Nous avons la même conviction que la Grèce doit rester dans la zone euro», a estimé le président français. Dans le même temps, Berlin envoyait un autre signal: la chancelière allemande, Angela Merkel, a suggéré la tenue d&#8217;un référendum sur le maintien de la Grèce dans la zone euro en parallèle des législatives prévues pour juin, a annoncé le bureau du premier ministre grec par intérim</em>» (<em>lemonde.fr</em>18/05)</p>
<div id="attachment_8813" class="wp-caption alignleft" style="width: 281px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/image3.jpeg"><img class="size-full wp-image-8813" title="image3" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/image3.jpeg" alt="" width="271" height="186" /></a><p class="wp-caption-text">Loukanikos: le chien des manifs...</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette intervention d&#8217;Angela Merkel vient de provoquer un tollé en Grèce, y compris chez les adeptes du Mémorandum.</p>
<p><span style="color: #800000;">&#8212;&#8212;&#8211;</span></p>
<p>[1] Le procès de Socrate (moins 399 avant «notre» ère) est décrit par Platon dans «L’apologie de Socrate» et par Xénophon dans «L’apologie de Socrate face au jury». (Red..)</p>
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		<title>La dette, la dot et la litote</title>
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		<pubDate>Sat, 19 May 2012 09:33:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Panagiotis Grigoriou La «litote» est un terme très en vogue par les temps qui courent; en grec moderne, il signifie «l&#8217;austérité». Il était déjà question de litote avant le Mémorandum, mais depuis, la réalité a dépassé le cadre. Et pas qu&#8217;en Grèce. Comme en Italie, une personne de plus (un homme de 51 ans) [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8802" class="wp-caption alignleft" style="width: 395px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/16052012-7.jpg"><img class=" wp-image-8802" title="16052012-7" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/16052012-7-300x168.jpg" alt="" width="385" height="216" /></a><p class="wp-caption-text">Convocation pour une réunion de quartier, publique, de SYRIZA</p></div>
<p><strong>Par Panagiotis Grigoriou</strong></p>
<p>La «litote» est un terme très en vogue par les temps qui courent; en grec moderne, il signifie «l&#8217;austérité». Il était déjà question de litote avant le Mémorandum, mais depuis, la réalité a dépassé le cadre. Et pas qu&#8217;en Grèce. Comme en Italie, une personne de plus (un homme de 51 ans) s&#8217;est suicidée dimanche dernier (13 mai) en Béotie, un petit entrepreneur en «difficulté», selon le reportage. Mais à présent, les reportages sur les suicides ne font plus les gros titres. En tout cas, voilà encore un, parmi nos électeurs&#8230; définitifs, plus de deux mille, recensés par les statistiques de notre guerre en cours.<span id="more-8801"></span></p>
<p>Hier mardi, j&#8217;ai reçu de nouvelles de saison, en provenance de la région de Volos (en Grèce Centrale), étonnamment tristes aussi: «<em>Tu sais, mon cousin ici, le fleuriste, a vécu un enterrement très douloureux la semaine dernière, il a l&#8217;habitude pourtant. Rien ne va plus, tout se détraque. Antigone, une jolie femme, âgée de trente-cinq ans, avait retiré toutes ses économies, jusque-là restées sur un compte. Elle avait déjà échappé aux mafias locales qui, de l&#8217;intérieur, se tiennent&#8230; professionnellement informées, car dans notre ville récemment, un retraité qui avait retiré 250’000,00 euros de la banque, s&#8217;est fait cambrioler le soir même, des inconnus ont fait irruption à son domicile pour voler cet argent.</em></p>
<p><em>Ah oui, cette pauvre Antigone avait planqué ses économies dans un placard de sa cuisine; elle avait dit à sa mère que cet argent représentait en quelque sorte sa dot, un capital de départ pour le dire en termes plus modernes, car Antigone pensait se marier. Elle travaillait encore, elle n&#8217;était pas chômeuse. L&#8217;explosion d&#8217;un petit chauffe-eau à gaz a provoqué un incendie et Antigone s&#8217;est précipitée aussitôt dans sa cuisine pour sauver son petit capital, c&#8217;est sous le placard que son corps a été retrouvé par les pompiers. Quant à la douleur ressentie à son enterrement, sans commune mesure avec les enterrements du passé, il y avait une douleur politique, a précisé mon cousin. Il n&#8217;en revient toujours pas, il est sous le choc; il y pense tout le temps</em>.» Voilà comment Antigone de Volos a trouvé la mort entre deux élections législatives historiques, sa dot se mêlant&#8230; à notre «dette».</p>
<p>La démesure et le début de la fin, telles sont les coordonnées géographiques de l&#8217;air du temps, ce matin, pour les tenants de l&#8217;ancien système politique et pour nos petites habitudes, sans aucun doute.</p>
<p>Enfin. Hier encore (le 15 mai), Karolos Papoulias, la gentille marionnette du système par lequel il a accédé à son mandat (Président de la République), a tenté en vain de tordre, une fois de plus, l&#8217;esprit et la lettre de notre Constitution dans un seul but: former un ultime gouvernement pro-Mémorandum, d&#8217;où les intimidations, la propagande, et au bout du compte, ce torrent de boue déversé par les médias sur SYRIZA.</p>
<p>Sauf que dans cette guerre psychologique, le système a perdu une première bataille. Certes, un dernier petit milliard d&#8217;euros s&#8217;est volatilisé et les guichets des banques sont désormais vides. Provopoulos, le banquier en chef à Banque Nationale de Grèce tire la sonnette d&#8217;alarme: «<em>Le système bancaire est sur le point de succomber.</em>» Mais la rue est désormais informée: «<em>Provopoulos, homme de Goldman Sachs, dirigeant à la tête d&#8217;une Banque à 96% étrangère et courroie de l&#8217;occupation, a obligé les caisses de retraite et de santé, les hôpitaux et les universités à «placer» leurs économies sur des «titres» pourris, une semaine avant le Mémorandum II de février 2012. Ensuite ces titres ont été dépréciés et nous voilà désormais sans hôpitaux et sans universités. Provopoulos paiera</em> » (propos tenus devant un arrêt de bus mardi soir, le 15 mai 2012, à Athènes).</p>
<p>Ce qui n&#8217;empêche pas l&#8217;inquiétude générale, non sans stoïcisme. On reconstitue des stocks en produits alimentaires dans les placards et dans les caves, plus quelques bidons d&#8217;essence chez certains. Et on savoure le grand flottement sur les plages. Tragédie, soleil et catharsis. L&#8217;Etat grec vient de geler tout paiement, sauf salaires et retraites ce mercredi 16 mai.</p>
<div id="attachment_8803" class="wp-caption alignleft" style="width: 336px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/16052012-1.jpg"><img class=" wp-image-8803" title="16052012-1" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/16052012-1-300x168.jpg" alt="" width="326" height="183" /></a><p class="wp-caption-text">Dispensaire de la Sécurité sociale, au nord d&#39;Athènes, consultation d&#39;orthopédie</p></div>
<p>Lundi soir, aux dispensaires de la Sécurité <strong>s</strong>ociale, au nord d&#8217;Athènes, une dame âgée, venue pour une consultation en orthopédie a brusquement voulu se rendre aux toilettes: «<em>Je ne trouve pas le papier hygiénique</em>»; «<em>Il n&#8217;y en aura plus Madame, nous n&#8217;avons pas les moyens d&#8217;en acheter, vous devez toujours garder dans votre sac à main, des mouchoirs en papier, ah oui; il n&#8217;y a plus de kinésithérapeute conventionné non plus, c&#8217;est terminé, adressez-vous au secteur privé, mais il va falloir tout payer&#8230;</em>»</p>
<p>Un ancien pilote de ligne à la retraite, en sirotant son café à deux euros dans le même quartier, pense tout haut, désormais comme tout le monde: «<em>On touche le fond, ainsi les vraies questions ne peuvent plus être évitées comme durant ces années de facilité et de mensonge, de fausse richesse, de clientélisme, de déconsidération du travail, et du Pasokisme, ce poison qui nous gangrène toujours. Notre société est divisée en deux parties. Il y a, parmi nous, ceux qui ont peur, car ils ont encore un peu d&#8217;argent, en Grèce ou ailleurs, ou ils touchent, le cas échéant, un salaire de misère dans la fonction publique. Ils craignent la fin de l&#8217;euro, le chaos. Puis, il y a les chômeurs, les petits commerçants en faillite, ceux qui ont tout perdu; eux, ils considèrent que la route de l&#8217;euro et peut-être bien celle de la construction européenne est déjà un couloir de la mort ou sinon au moins, ils s&#8217;en fichent. Sont-ils les plus nombreux? Voilà le nœud gordien et voilà la décision, seulement les gens n&#8217;ont pas tout compris. Ils pensent que, comme par magie, l&#8217;abolition du Mémorandum nous ramènera à la situation de 2009, SYRIZA ou pas, mais ils se trompent.</em>»</p>
<p>Nous naviguons en eaux troubles, mais au moins nous naviguons. Nous nous attendons aussi à ce que les perroquets du système globalisant, affairistes, politiciens et autres journalistes des «grands médias», désignent comme un «accident», pouvant prétendument empêcher la tenue des élections en juin [elles ont été fixées au 17 juin]. Kyriakos Mitsotakis (fils d&#8217;ancien Premier ministre), député de droite (Nouvelle Démocratie), a évoqué récemment dans un entretien radio cette «probabilité» avec insistance.</p>
<p>Quoi qu&#8217;il arrive, quoi qu&#8217;ils disent, ces politiciens de l&#8217;ancien monde provoquent de plus en plus de dégoût: « <em>Ils n&#8217;ont jamais travaillé ces gens, ils vivent de la politique de père en fils et nous, comme des idiots, nous votions pour eux en échange d&#8217;un service, des miettes, tandis que les politiciens se remplissaient les poches, rien que l&#8217;argent de Siemens qui leur arrivait par valises, fut considérable</em>», tel fut l&#8217;avis, exprimé publiquement par l&#8217;ancien pilote.</p>
<p>Trois femmes (retraitées également) assises autour d&#8217;une table voisine n&#8217;ont pas osé contredire. Et la discussion a vite tourné à l&#8217;inquisition: «<em>Et le PASOK, ce poison mortel, un jour il va falloir punir tous ces gens qui ont trahi le pays, tous les journaux en Europe et aux Etats-Unis l&#8217;admettent désormais, Papandréou, son ministre Papakonstantinou, Venizélos et toute cette bande mafieuse, ont ôté au pays toute possibilité de négociation en 2010, le pays a été livré à la Troïka, emballé dans du papier.</em>»</p>
<p>J&#8217;ai remarqué que chez les dames, une d&#8217;entre elles avait soigneusement plié son journal <em>Ta Nea</em>, pour qu&#8217;on ne puisse pas le reconnaître. <em>Ta Nea </em>est un pilier historique du Pasokisme, appartenant au groupe Labrakis (DOL), dont l&#8217;affairisme scandaleux intéressera un jour la justice, si le pays change vraiment. Mais je trouve amusant que désormais, les derniers adeptes du Pasokisme se cachent. Historiquement en Grèce, ce sont les gens de gauche qui évitaient toute exhibition de leurs journaux, <em>Rizospastis</em> ou <em>Avgi</em>, en lieu public (entre 1950 et 1980). Et voilà qu&#8217;à présent les rôles s&#8217;inversent. Il en est de même en ce qui concerne certains lecteurs de <em>Kathimerini</em> [l’<em>International Herald Tribune</em>, imprimé en Grèce, publie une page en anglais de <em>Kathimerini</em>, dans son édition quotidienne], autre pilier&#8230; des « partis centraux » en Grèce.</p>
<p>Les nouveaux cieux s&#8217;ouvrent sous les coups de foudre. Les réunions de quartier chez SYRIZA (ouvertes à tous les habitants désirant participer) sont très intéressantes en ce moment, car pleines de contradictions. «<em>Alors la question de la souveraineté nationale n&#8217;existe pas pour SYRIZA, et qu&#8217;allons-nous faire avec l&#8217;euro? Sommes-nous pour, ou contre l&#8217;Europe?</em>» a demandé un participant aux orateurs, cadres SYRIZA, dont Georges Tsipras, portant le même nom qu&#8217;Alexis, le chef du parti.</p>
<p>La réponse a été un peu confuse: «<em>Nous comprenons que le cadre de la nation est une réalité indépassable et ainsi on ne peut plus laisser cette notion, y compris au niveau de l&#8217;argumentaire politique, aux seules mains de l&#8217;Aube dorée </em>[les néonazis]<em>; non, ils n&#8217;ont pas ce monopole. Pour ce qui est de l&#8217;euro et de l&#8217;orientation du pays, celle que nous souhaitons en tout cas, je rappelle que nous sommes un parti majoritairement pro-européen, cela veut d&#8217;abord dire que nous appartenons à la famille de la gauche européenne. Nous nous battons ensemble, avec Mélenchon en France ou Die Linke en Allemagne, nous espérons ainsi un changement en Europe, surtout après l&#8217;élection de François Hollande, même si nous ne sommes pas un parti de la social-démocratie. Ces questions sur l&#8217;Europe et l&#8217;euro seront posées à un autre moment je pense.</em> » Réponse prudente mais visiblement sincère, de la part de Georges Tsipras.</p>
<p>Intervenant brièvement dans ce débat, j&#8217;ai alors fait remarquer que peut-être «<em>cet autre moment </em>», c&#8217;est peut-être pour bientôt, dans quelques mois, voire dans quelques semaines. Tout le monde a rigolé, orateurs compris, car il n&#8217;y a pas d&#8217;autre réponse possible peut-être; si ce n&#8217;est que seules les contradictions nous feront bouger dans un sens ou dans un autre, et ceci tend à devenir la règle, régissant la gestation du futur.</p>
<p>Quelle accélération des temps présents! Les mentalités se reconstruisent en quelques jours seulement en ce moment, tandis que durant trois décennies, tout était presque figé: «<em>Notre seul espoir c&#8217;est SYRIZA, Alexis Tsipras est dangereux pour le système du népotisme pervers et avant tout, responsable de la situation actuelle, à savoir celui du PASOK et de la Nouvelle Démocratie. Ces deux formations politiques sont mortes, brûlées dans l’incinérateur du Mémorandum, je vous le dis moi, Georges Trangas, homme de droite, je soutiens SYRIZA. Je sais que dans ce parti il y a des contradictions et certaines tendances extrêmes, seulement, détrompez-vous braves gens</em> [si vous êtes de l'extrême-gauche et vous soutenez SYRIZA], <em>SYRIZA demeure pourtant un parti systémique, dans la mesure où il appartient à la famille des convictions pro-euro et pro-européennes, dont j&#8217;appartiens aussi. Je livre le combat contre le Mémorandum, mais je reste pourtant, un partisan de l&#8217;euro et de l&#8217;Europe, pas celle d&#8217;Angela Merkel certes, car nous ne l&#8217;avons pas élue Présidente de l&#8217;Union européenne.</em>» Tel était le ton ce matin [16 mai] sur <em>Real Fm</em>, à l&#8217;heure du deuxième café.</p>
<p>Par un hasard issu de l&#8217;air du temps, j&#8217;ai été témoin d&#8217;une analyse assez semblable récemment, dans un café fréquenté par des étudiants. Car ce mercredi 16 mai 2012, on vote également pour élire les représentants délégués au sein des syndicats étudiants, les discussions sont très animées cette année, plus que d&#8217;habitude.</p>
<p>Autour d&#8217;une table, deux étudiants et sur la table, du tabac à rouler, leurs téléphones mobiles et deux petits cafés très serrés, comme leurs propos. L&#8217;un d&#8217;entre eux se disait prêt à voter en faveur des syndicalistes SYRIZA, son ami, appartenant visiblement à une mouvance d&#8217;extrême-gauche, a voulu s&#8217;imposer par un autre argumentaire, faisant reflet à celui développé par Trangas: «<em>Oui, je ne suis pas aveugle, je vois que SYRIZA prend la tête du mouvement à gauche, mais SYRIZA n&#8217;est pas ce que tu vois. Par ces élections, les gens ont renforcé la droite, plutôt que la gauche. Il ne faut pas lire les journaux ou parfois même ce qu&#8217;on trouve sur Internet, réfléchis plutôt en termes de philosophie politique: aux élections du 6 mai, certes nous avons clamé clairement un grand «non» au Mémorandum, sauf que ce vote comporte une deuxième dimension plus profonde pour ne pas dire sournoise. Les formations positionnées plus à droite que la droite, c’est-à-dire l&#8217;Aube dorée, ainsi que celles qui sont de fait plus&#8230; à droite de la famille de gauche, c’est-à-dire SYRIZA, pour ne pas évoquer ce saltimbanque de la «Gauche Démocratique», Fotis Kouvelis et son Pasokisme de seconde main, eh bien ces formations sont les grands vainqueurs du scrutin. Ainsi, et malgré les apparences et les déclarations faciles, c&#8217;est d&#8217;un vote conservateur qu&#8217;il s&#8217;agit et non pas d&#8217;un vote portant plus à gauche, comme on veut nous faire croire. Le système remplacera provisoirement le PASOK par SYRIZA moyennant quelques aménagements au Mémorandum, sans toucher ses fondements, sauf sur la corruption peut-être, c&#8217;est déjà bien certes, mais cela ne donnera pas le pouvoir aux prolétaires. C&#8217;est du provisoire, tu verras, le capitalisme n&#8217;a plus besoin d&#8217;une nouvelle social-démocratie, et pas seulement qu&#8217;en Grèce, la vraie pagaille arrivera ensuite</em>.»</p>
<p>Son ami n&#8217;était pas du même avis: «<em>Tu ne vois pas que nous ne pouvons rien composer à partir de tes idées sur les prolétaires, car les gens sont avant tout décervelés et idiots après trente ans de PASOK. Il n&#8217;y a rien d&#8217;autre que notre réalité présente, certes peu enviable aux yeux d&#8217;un idéal de société de gauche, mais nous agissons sur le présent seulement. Et pour dire les choses autrement, l&#8217;Aube dorée et SYRIZA travaillent sur le présent, pas l&#8217;extrême gauche; conclusion, il faut agir, et ainsi accepter SYRIZA et ses contradictions, le laisser jouer et jouer avec lui au poker politique, nous n&#8217;avons plus le luxe d&#8217;attendre. Après tout, être de gauche signifie d&#8217;abord mouiller sa chemise non?</em>»</p>
<p>Heureusement que certains de nos jeunes réfléchissent et en débattent, pas tous en tout cas encore, il me semble.</p>
<p>Mémorandum, euro, litote, la dot et la dette, tout est en train de croiser. Dans <em>Libération</em> (15 mai 2012 – édition électronique), Jean Quatremer écrit que «[...] <em>Même si les deux grands partis traditionnels, désormais en voie accélérée de marginalisation, acceptent de renégocier le  mémorandum imposé par les créanciers de la Grèce qui liste les réformes à accomplir, cela risque de déboucher sur une impasse. En effet, pour les Européens, il n’est pas question de transiger si ce n’est aux marges: «si apparaissent des circonstances extraordinaires, je n’exclus pas a priori qu’on parle d’une prolongation des délais», a admis du bout des lèvres, lundi soir, Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, à l’issue d’une réunion avec ses collègues. «L’Eurogroupe mesure la portée des efforts consentis par les citoyens grecs. Il ne s’agit pas de relâcher ces efforts, au contraire, les réformes structurelles sont plus que jamais nécessaires», a-t-il martelé. Pas question, donc, d&#8217;avoir le beurre (l&#8217;aide internationale) et l&#8217;argent du beurre (pas de rigueur) </em>[...]. <em>Mais imaginons que la Grèce joue le pire, c’est-à-dire la faillite, tout en restant dans la zone euro (c’est le souhait de 80% des Grecs et les partis voulant clairement l’abandonner pèsent environ 25% des suffrages exprimés). Elle n’aura certes plus droit à l’aide européenne et internationale (pas plus qu’aux marchés, mais c’est déjà le cas) et fera donc défaut sur ses 250 milliards de dettes dont les deux tiers sont entre les mains de l’UE et du FMI qui se prendraient donc une paume. Mais comme son budget primaire est quasiment à l’équilibre (en dehors des intérêts de la dette), l’effort supplémentaire à effectuer sera infime au regard de ce qu’elle a déjà fait</em> […].»</p>
<p>Partiellement, au moins, le correspondant de <em>Libération</em> à Bruxelles se trompe, le beurre c&#8217;est pour les «créanciers» et ceci depuis longtemps dans un hold-up bien ficelé, avec l&#8217;aimable participation des élites de notre baronnie, puis, «l&#8217;argent du beurre» nous «l&#8217;avons» déjà: un ami vient de me téléphoner à l&#8217;instant, il faisait figure jusqu&#8217;à ce matin, parmi les rares rescapés encore relatifs, de notre guerre: «<em>Eh bien c&#8217;est fait, la direction de notre boîte a convoqué le personnel. Au choix: accepter une diminution des salaires à hauteur de 30%, ou sinon il y aura des licenciements; nous avons un mois pour réfléchir. Déjà que par l&#8217;imposition et par les taxes de toutes sortes, j&#8217;ai déjà perdu 25% de mes revenus réels, c&#8217;est l&#8217;enfer qui s&#8217;avance.</em>»</p>
<p>Sauf que notre «<em>budget primaire est quasiment à l’équilibre</em>», en dehors des intérêts de la dette, surtout en dehors des intérêts de la dette. Mais ce «petit»  détail est désormais connu de tous ici. C&#8217;est sans doute un des facteurs, une raison, contribuant à l&#8217;effondrement des partis du Mémorandum. Mais pour un avenir bien plus raisonnable, une seule raison ne suffit pas.</p>
<p>Aux informations de ce midi, on apprend qu&#8217;au menu servi dans les hôpitaux, il n&#8217;y a plus de yaourt, ni de viande, car le système est à bout de souffle. Et qu&#8217;une soixantaine de boutiques mettent la clef sous la porte par jour, de la mort lente à la mort rapide de l&#8217;économie de terrain. Un juge de haut rang, Panagiotis Pikramenos («pikrammenos» signifie&#8230; être peiné), est notre Premier ministre, à la tête d&#8217;un gouvernement dit «de service» et de transition, ayant comme seule mission l&#8217;organisation des prochaines élections, selon l&#8217;article 37 de notre Constitution. Météo un peu agitée pour les jours suivants et dès lundi 21 mai, un temps estival. Vivement les élections. (16 mai 2012)</p>
<p>_____</p>
<p>Panagiotis Grigoriou est historien et ethnologue, vivant à Athènes.</p>
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