<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>A l&#039;encontre</title>
	<atom:link href="http://alencontre.org/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://alencontre.org</link>
	<description>La Brèche</description>
	<lastBuildDate>Wed, 22 Feb 2012 10:54:16 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.3.1</generator>
		<item>
		<title>«A la conquête de la nuit et des dimanches»</title>
		<link>http://alencontre.org/europe/france/a-la-conquete-de-la-nuit-et-des-dimanches.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/europe/france/a-la-conquete-de-la-nuit-et-des-dimanches.html#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 21 Feb 2012 21:48:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6754</guid>
		<description><![CDATA[Par Apex Si l’on se réfère à l&#8217;information officielle, l’ouverture des magasins à Genève, par exemple, obéit aux normes suivantes: «Ouverture des Magasins: Les magasins sont généralement ouverts les jours de semaine de 8h30 à 12h00 et de 13h30 à 18h30/19h00. La plupart des grands commerces restent ouverts à l&#8217;heure du repas de midi et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/new_denner_filiale.jpg"><img class="alignleft  wp-image-6755" title="new_denner_filiale" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/new_denner_filiale.jpg" alt="" width="341" height="225" /></a>Par Apex</strong></p>
<p><strong>Si l’on se réfère à l&#8217;information officielle, l’ouverture des magasins à Genève, par exemple, obéit aux normes suivantes: </strong><strong><em>«</em></strong><strong><em>Ouverture des Magasins: Les magasins sont généralement ouverts les jours de semaine de 8h30 à 12h00 et de 13h30 à 18h30/19h00. La plupart des grands commerces restent ouverts à l&#8217;heure du repas de midi et proposent des nocturnes jusqu&#8217;à 21h00 une fois par semaine (le jeudi). Vendredi, fermeture à 19h30. Samedi, ouverture jusqu&#8217;à 18h00. Dimanche fermé.»</em></strong><strong> C’est ce que vous dit <em>Genève-annuaire</em>. <span id="more-6754"></span>Certes, les exceptions sont de plus en plus nombreuses: dans les gares et divers quartiers «spécifiques», avec les Coop Pronto ou Migrolino; dans le secteur de l’aéroport de Genève-Cointrin. La bataille des faits accomplis a été gagnée. Cela n’empêche pas une pression permanente pour un assouplissement accru des horaires d’ouverture dans les villes et les cantons. Certes existe une spécificité helvétique: le droit à des votations  populaires suite à des référendums, après des décisions de législatifs communaux ou cantonaux. </strong></p>
<p><strong>Ainsi, en novembre 2010, la votation populaire à Genève s’est soldée par un échec de la prolongation de l’ouverture des magasins. Le 8 novembre 2010, l’ATS résumait ainsi la «décision populaire»: <em>«</em></strong><strong><em>Les Genevois ont refusé dimanche un projet d&#8217;ouverture prolongée des magasins qui leur aurait permis de disposer d&#8217;une heure de plus chaque soir pour faire leurs courses. Ils ont dit non à une majorité de 56,2%&#8230; La question a donné lieu à un affrontement des plus classiques entre la gauche et la droite. La loi, qui avait été adoptée par le Grand Conseil genevois ce printemps, a immédiatement été contestée par les milieux syndicaux qui ont lancé un référendum. Ce dernier a fait un carton en recueillant plus de 14&#8217;000 signatures.<br />
Ce succès a préfiguré celui obtenu dimanche dans les urnes. Une majorité de Genevois a fait sien les arguments des opposants à une ouverture prolongée. Pour eux, l&#8217;extension des horaires ne répondait à aucun besoin, les nocturnes actuelles le jeudi étant peu fréquentées par les consommateurs.<br />
Le projet allait en revanche détériorer les conditions de vie de milliers de vendeurs et vendeuses. Les adversaires avaient aussi des craintes pour la survie du commerce de proximité et des marchés.<br />
Les partisans du changement avaient évoqué la nécessité d&#8217;adapter les heures d&#8217;ouverture des magasins aux habitudes et au mode de vie des habitants du canton. Selon eux, le commerce de détail genevois continuera de souffrir par rapport aux grandes surfaces de France voisine bénéficiant d&#8217;horaires plus flexibles.<br />
Le projet prévoyait une prolongation de l&#8217;ouverture des magasins les soirs de semaine jusqu&#8217;à 20h00, au lieu de 19h00 pour la plupart d&#8217;entre eux aujourd&#8217;hui, et jusqu&#8217;à 19h00 les samedis, au lieu de 18h00. La nouvelle loi aurait aussi permis aux magasins d&#8217;ouvrir quatre dimanches par année.» </em></strong></p>
<p><strong>Le quotidien <em>Le Temps, </em>en date du 29 novembre 2010,<em> </em>écrivait: <em>«</em></strong><strong><em>La nouvelle loi, prévoyant des horaires étendus mais sans augmenter le nombre d’heures de travail des employés, a été élaborée par les partis de droite, soutenus par la majorité des commerçants et par le Mouvement Citoyens genevois (MCG). Elle a passé la rampe du Grand Conseil, après que les partenaires sociaux, incapables de s’entendre, ont renoncé à conclure un compromis prévoyant une fermeture à 19h30. Elle s’est ensuite heurtée au référendum de la gauche et des syndicats. Dimanche, les citoyens lui ont donné le coup de grâce. La prolongation des horaires a été nettement rejetée en Ville de Genève (58,2%), ancrée à gauche, mais aussi dans les communes suburbaines comme Vernier (63,1%), Onex (61,3%) ou Lancy (60,9%). Dans ces fiefs traditionnels du MCG, on a fait fi de la recommandation du parti. Même réflexe dans certaines communes rurales acquises au centre droit, où la crainte de voir un commerce de proximité faire les frais d’une concurrence accrue a plaidé en faveur du rejet de la réforme. Les citoyens se sont rendu compte que ce n’était pas seulement les magasins, mais le mode de vie de tout un chacun qui était en cause, avec, en germe, une flexibilisation générale des horaires.» </em></strong><strong>De son côté, le chantage patronal était clair: <em>«Le radical Jacques Jeannerat, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève, ne dément pas: «La gauche et les syndicats ont gagné une bataille, mais pas la guerre. La balle est dans leur camp, s’ils viennent avec des propositions intéressantes, comme une ouverture jusqu’à 19h30, mais sans horaires morcelés pour les employés, par exemple, nous pourrons discuter. Si ce n’est pas le cas, il n’y aura pas de CCT et tout le monde sera perdant.» </em></strong></p>
<p><strong>En 2009,<em> </em>des grandes enseignes manifestaient leur volonté de rendre plus souples les horaires d’</strong><strong>ouverture: <em>«</em></strong><strong><em>Quant à Denner, il souhaite une harmonisation des heures d’ouverture des magasins au plan national, afin de répondre aux besoins de sa clientèle. «Comme Coop, nous voulons pouvoir ouvrir nos enseignes quatre dimanches par année. Nous ne voulons pas une libéralisation totale, il doit y avoir des moments durant lesquels les magasins restent fermés», souligne Grazia Grassi, porte-parole de la chaîne rachetée par Migros. En dehors des dimanches, aussi bien Coop que Denner sont favorables à plus de souplesse durant la semaine. «Nous souhaiterions pouvoir ouvrir nos magasins jusqu’à 20 heures durant la semaine et 21 heures de manière ponctuelle», précise Karl Weisskopf.» (Le Temps</em></strong><strong>, 17 août 2009)</strong></p>
<p><strong>La bataille, sous diverses formes, reste ouverte. Les résultats des votations dans diverses villes, depuis longtemps, démontrent qu’il faut faire la différence entre certains sondages et la décision informée de la population – du moins la fraction qui vote ou qui dispose du droit de vote –, surtout quand, à l’échelle d’une ville, se construit une coalition sociale hétérogène et hétérodoxe entre «la gauche», les syndicats et un parti  de la droite localiste dure (comme le MCG) qui, lui, peut trouver des appuis parmi les «propriétaires de petits magasins». </strong></p>
<p><strong>Reste à expliquer la logique d’ensemble de cette bataille pour la «souplesse accrue des horaires d’ouverture des magasins». C’est ce que fait cette étude, très bonne, d’Apex, qui pourrait donner quelques arguments aux syndicats suisses. Et les votations en Helvétie pourraient donner quelques indications aux animateurs d’Apex. (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</strong></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #800000;">*****</span></strong></p>
<p>Les sondages confirment en général que les gens «souhaitent» des heures d’ouverture plus étendues en soirée et les dimanches. Ainsi un sondage de 2006 indiquait que 74% des habitants de Paris et de la région parisienne sont en faveur de l’ouverture le dimanche. Des heures d’ouverture plus longues offrent aux individus plus de temps pour faire leur choix.</p>
<p>Elles leur permettent d’éviter les heures d’affluence et donc d’apprécier davantage le temps qu’ils passent à faire leur shopping.</p>
<p>Mais les sondages sur l’acception du travail en heures de soirée ou du dimanche des salariés ne donnent pas les mêmes résultats. Les réponses sont divergentes selon que la personne est questionnée en tant que salariée ou consommatrice.</p>
<p>Mais «souhaiter» implique-t-il d’exaucer? Car les gens souhaitent en général beaucoup de choses: ils souhaitent plus de métros et de RER [Réseau express régional, en région parisienne], ils souhaitent que les prix baissent, ils souhaitent plus de places de parking et gratuites, des livraisons gratuites etc. Est-ce que, pour autant, ces attentes ont été exaucées au profit du consommateur?</p>
<p>Non, bien sûr.</p>
<p>Alors, pourquoi cet empressement à satisfaire une supposée «exigence» d’ouverture? Pourquoi ce qui fut pendant des décennies deviendrait-il «insupportable» au consommateur?</p>
<p>Il y a effectivement une réponse à cette question qu’il ne faut pas négliger: la dérégulation des heures de travail des salarié·e·s en général, l’allongement des distances et des temps de transports, les amplitudes horaires&#8230;, amènent naturellement à vouloir plus de souplesse. Finalement, les salarié·e·s du commerce payent une partie de l’addition de la flexibilité des horaires de travail en général.</p>
<p>Mais cette explication est-elle suffisante? Est-elle même la réponse principale? La réponse est non.</p>
<p>La réponse principale que nous allons analyser ici est la suivante: cette extension des heures d’ouverture est indépendante d’une supposée «demande» des consommateurs et essentiellement liée aux effets structurels de la compétition entre enseignes [les grands distributeurs: les Migros et Coop de Suisse]</p>
<p>La preuve en est déjà dans la quasi-simultanéité sur une dizaine d’années des mesures déréglementaires prises en Europe. Au cours de ces dernières années, les pays d&#8217;Europe du Nord, traditionnellement réputés pour leur législation restrictive, et notamment pour la fermeture anticipée des commerces le samedi, ont libéralisé les horaires des magasins.</p>
<p>La loi néerlandaise de 1996 a fait passer de 18 à 22 heures l&#8217;heure limite de fermeture en semaine. Elle a aussi abrogé la règle de fermeture anticipée le samedi et supprimé la limitation de la durée hebdomadaire d&#8217;ouverture de 52 heures.</p>
<p>La loi danoise de décembre 2000 poursuit la libéralisation commencée par le texte précédent, qui remontait à 1995. Ce dernier avait supprimé l&#8217;heure limite de fermeture en semaine, tandis que le texte de 2000 rend possible l&#8217;ouverture neuf dimanches par an. La loi allemande du 2 juin 2003 a assoupli les règles antérieures, qui résultaient d&#8217;une loi de 1956. La loi de 1956 avait été modifiée à plusieurs reprises, notamment pour permettre l&#8217;ouverture des magasins en soirée. La nouvelle loi aligne les horaires du samedi sur ceux des autres jours.</p>
<p>Faudrait-il croire que cette convergence européenne renvoie à la simple exigence de tous les consommateurs européens, au même moment ?</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Le capitalisme à la conquête de la nuit et des dimanches</strong></span></p>
<p>Le système économique actuel exige d’élargir toujours plus le domaine de la marchandise. De ce point de vue, il n’y a pas de différence entre ouvrir un Monoprix jusqu’à 22 heures et implanter l’économie de marché dans une grande ville en Chine!</p>
<p>Il s’agit dans les deux cas d’élargir le domaine de l’activité marchande. Pire même, si je veux ouvrir un Carrefour en Chine, il me faudra des financements provenant en partie de mon réseau traditionnel [français et européen, par exemple]. Donc d’y trouver de nouvelles sources de productivité et de marge [profit]. Le lien se fait ainsi entre une activité marchande sur des marchés matures et une activité marchande du même groupe sur des marchés en expansion.</p>
<p>Depuis le XIXe siècle, le capitalisme a cherché à étendre le «domaine de la marchandise». Etendre le temps et l’espace de l’activité commerciale. L’un des grands tournants a été l’arrivée de l’éclairage public, d’abord au gaz, puis électrique.</p>
<p>Conquérir la nuit! Faire en sorte que la ville ne cesse pas d’être un lieu de commerce après le coucher de soleil. Dans le <em>Bonheur des Dames</em> (le Bon Marché), Emile Zola montre le lien entre l’éclairage électrique et «le boom du nouveau modèle de commerce qu’est le grand magasin».</p>
<p>Dans cette continuité, la loi du 10 août 2009 [en France] qui élargit les dérogations au repos dominical dans les zones urbaines de plus d’un million d’habitants (Paris, Aix/Marseille, Lyon, Lille, prétend créer des «périmètres d&#8217;usage de consommation exceptionnel» (PUCE) dans ces zones. Le mot de «périmètre» est intéressant, car il a une double signification: celle de zone d’activité, mais aussi, plus subtilement de «temps» rendu disponible à l’activité marchande.</p>
<p>Il y a là un modelage de l’espace et du temps qui pourrait rappeler les élevages de poules en batterie, qu’on éclaire 24 heures sur 24 pour qu&#8217;elles surpondent. Le commerce dans le capitalisme a la même exigence: étendre le domaine spatial et temporel de la possibilité du commerce.<strong><br />
</strong></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Un marché saturé</strong></span></p>
<p>Plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour saisir le caractère structurel de cette évolution, de cette nécessité inventée par et pour le système. Le premier d’entre eux est que le marché de la consommation est un marché mature.</p>
<p>Qu’est-ce que cela veut-il bien dire, alors que l’on sait qu’une partie de la société est sous-consommatrice du fait de sa précarité sociale ? Le marché est pourtant mature ou saturé, du point de vue des entreprises du commerce pour trois raisons:</p>
<p>• Saturé, parce que la demande de «ceux qui peuvent payer» – la demande dite «solvable» – est satisfaite.</p>
<p>• Saturé, parce que la part de la population qui «peut» stagne, voire diminue.</p>
<p>• Saturé parce que la couverture marchande du territoire est surabondante.</p>
<p>Et comme nous sommes dans une société de compétition, chaque enseigne doit trouver «sa» solution, au détriment des autres.</p>
<p>D’autant que, sans croissance de son chiffre d’affaires, une entreprise finira toujours par disparaître sous une forme ou une autre : fermeture/liquidation, absorption&#8230;</p>
<p>Il faut des perdants pour qu’il y ait de la croissance pour les autres.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Volumes x Prix</strong></span></p>
<p>Un autre facteur porte sur la simple équation du chiffre d’affaires. Toute enseigne commerciale pilote une équation à deux paramètres: une stratégie sur les volumes et une stratégie sur les prix, puisque le chiffre d’affaires, c’est des volumes multipliés par leur prix unitaire.</p>
<p>Ces deux paramètres dépendent des rapports de forces commerciaux, des parts de marché, de l’intensité concurrentielle, des moyens publicitaires, ainsi que de la manière dont les ménages organisent leurs dépenses, la saturation, ou pas, de tel ou tel segment par rapport aux revenus disponibles.</p>
<p>L’enseigne peut faire varier ses prix et ses volumes en fonction de ces éléments. L’enseigne peut donc actionner deux leviers.</p>
<p>• Baisser ses prix pour gagner des parts de marché et donc augmenter ses volumes: discount, sourcing lointain [en Chine, au Vietnam, etc.] pour acheter moins cher, vendre un peu moins cher tout en améliorant sa marge.</p>
<p>C’est d’ailleurs ce qui s’est passé dans le prêt-à-porter à la fin des années soixante-dix. Confronté à un début de maturité du marché, la réponse des plus «audacieux» a été de chercher à saturer encore plus le marché en développant un modèle basé sur une plus grande rotation des vêtements afin de gagner en volumes et d’écraser les concurrents retardataires dans cette mutation. C’est l’apparition des Kookai&#8230;</p>
<p>Mais pour faire cela, il fallait abaisser radicalement le prix de vente afin que le consommateur et la consommatrice adhère à cette offre de changement plus fréquent de vêtement. Le seul moyen d’atteindre cet objectif à consister à délocaliser vers le Maroc, l’Ile Maurice, La Tunisie la production de ces vêtements. Plus actuel: avoir en tête la «bagarre» actuelle de Carrefour et de Leclerc sur la question des prix affichés de produits phares&#8230;</p>
<p>• Augmenter ses volumes, sans toucher aux prix par l’extension des heures d’ouverture, l’accroissement de la publicité, le choix prioritaire de certaines zones de chalandises particulières, la multiplication des ouvertures de magasins, l’innovation et la diversification en matière d’offre produits, etc.</p>
<p>Le commerce de grande distribution a <strong>trois</strong> grandes ressources:</p>
<p><strong>1°</strong> La marge faite sur la vente de produits. Les marges-arrières négociées/imposées aux fournisseurs.</p>
<p><strong>2°</strong> Les produits financiers réalisés à partir des placements de trésorerie.</p>
<p><strong>3°</strong> En effet, le commerce a cette particularité que le client paye avant que l’enseigne ne règle ses fournisseurs&#8230; Ce fond de caisse (cette ressource en fonds de roulement) permet de générer des produits financiers parfaitement intégrés et pilotés au sein du modèle commercial de l’enseigne. Ce profit est d’ailleurs souvent «dissimulé» aux salarié·e·s des magasins et à leurs représentants, à qui l’on ne donne que les performances de marge brute du magasin, en oubliant les profits financiers tirés de la centralisation globale de la trésorerie de tout le réseau.</p>
<p>Aussi, par une extension des heures d’ouvertures, l’enseigne va:<br />
- Tenter de capter une clientèle supplémentaire contre la concurrence (augmentation des parts de marché);<br />
- Tenter ainsi de capter de la trésorerie supplémentaire, qu’elle placera;<br />
- Tenter, par l’extension du temps de disponibilité de l’offre, de favoriser marginalement les achats d’impulsion de la part des consommateurs.</p>
<p>Mais ces pratiques n’ont pas les mêmes effets selon la nature du commerce, alimentaire ou non alimentaire.</p>
<p>• Dans le commerce alimentaire, ou majoritairement alimentaire, il y a une limite objective au niveau de consommation.</p>
<p>La sur-offre par extension des heures d’ouverture ne fera pas acheter plus de beurre, plus de viande, plus de lessive par les ménages. Il y a une limite qui ne tient pas seulement au pouvoir d’achat, mais tout simplement aussi aux besoins «objectifs» des individus.</p>
<p>Du coup, l’extension des heures d’ouverture n’a aucune fonction en soi d’augmentation du chiffre d’affaires. Son intérêt se réduit à la «cannibalisation» entre concurrents, entre magasins au sein de la même enseigne, ou entre les enseignes.</p>
<p>En gros: ce que j’ai vendu à 21 heures, je ne le vendrais plus à 10 heures le lendemain. C’est ce qu’on nomme du chiffre d’affaires déporté. Et si mon opération m’apporte une croissance de mes ventes, c’est donc qu’ailleurs il y a eu une baisse des ventes. Impact économique = zéro; impact emploi = zéro.</p>
<p>• Dans le non alimentaire, le scénario est un peu différent. Au jeu à «somme nulle» décrit pour l’alimentaire (on n’achète que selon ses besoins des cartouches d’encre d’imprimante ou du matériel de bricolage). Mais, par contre, on peut tenter le consommateur d’effectuer des achats, ou de renouveler ses besoins, en lui proposant de fait de ponctionner son épargne ou de recourir aux crédits à la consommation.</p>
<p>Dans ce cas, l’extension des heures d’ouverture, par exemple dans l’aménagement du foyer, adresse un message subliminal aux consommateurs : «arbitre entre tes besoins, tes envies, ton confort&#8230; et ton épargne!». C’est pousser les ménages à effectuer un transfert d&#8217;épargne vers la consommation. Dans ce cas, l’effet économique et l’effet emploi ne sont pas nuls, mais dépendent de l’arbitrage des ménages vis-à-vis de leur épargne et de leur capacité d’endettement (autre ressource possible).</p>
<p>C’est sur cette base-là que s’est développé le crédit à la consommation de type COFINOGA, CETELEM, etc. [que l’on voit se développer en Suisse à grande vitesse, y compris par des acteurs américains comme General Electric : GE Money Bank]</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>La maîtrise du coût marginal</strong></span></p>
<p>Tout ceci étant parfaitement connu et maîtrisé par les enseignes, il reste un autre facteur à piloter. Ainsi, par exemple, si je vends un pack de yaourt supplémentaire, quelle marge vais-je en tirer selon l’heure à laquelle il a été vendu? En d’autres termes, combien me coûte la vente d’un pack supplémentaire et quel profit je fais sur le simple fait de vendre une unité supplémentaire ?</p>
<p>Si je le vends à 17 heures, il n’y a pratiquement pas de surcoût entre avoir vendu 120 packs dans la journée ou 121.</p>
<p>Le surcoût d’exploitation de cette vente supplémentaire peut être noyé grâce à des gains de productivité: le même employé devra faire un peu plus vite pour alimenter le linéaire [les rayons] et la caissière devra accélérer ses passages de code-barres.</p>
<p>Mais si je décide d’ouvrir plus tard, si je tente l’opération des horaires tardifs, je ne suis plus dans ce scénario. Je prends en effet une décision qui implique l’extension de tous les frais fixes d’ouverture (électricité, assurance, gardiennage&#8230;). Ainsi, le coût marginal du pack de yaourt vendu sera plus élevé et ma marge plus faible. Que faire?</p>
<p>• Soit je décide de perdre de l’argent malgré tout, et de rester ouvert parce que la concurrence le fait aussi. Mais alors, les salarié·e·s ont un droit d’inventaire sur cet acte de gestion qui leur sera ensuite retourné sur les  «performances» de leur magasin.</p>
<p>• Soit j’abaisse une partie de mes charges afférentes à cette vente tardive. Comme je ne peux rien changer de mes coûts fixes de surface, dont le coût d’occupation du sol, alors je dois limiter mes autres coûts (effectifs, salaires). Et l’on voit ainsi comment extension des heures et précarité sont les deux faces de la même pièce.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>«Vive le discount!»</strong></span></p>
<p>Le discount existe depuis fort longtemps comme modèle de vente. Mais au moment où se déclenchait l’actuelle crise (2008), il avait été demandé par N. Sarkozy à Charles Beigbeder (alors PDG de Poweo, entreprise de vente d’électricité et de gaz – rien à voir avec le commerce de détail!) de rédiger un rapport sur le «Low-cost et pouvoir d’achat». Ce rapport expliquait : <em>«Il s’agit d’un véritable modèle novateur qui permet, grâce à la compression des coûts de production, de faire baisser durablement les prix».</em></p>
<p>On a bien compris qu’il s’agissait de trouver un biais pour maintenir la consommation populaire dans une situation d’accroissement du chômage et de stagnation du pouvoir d’achat! Mais le problème est que dans le modèle économique «discount» se retrouvent, comme une obligation, les principes de la précarité et de la pauvreté des employés.</p>
<p>Selon une étude de la profession datant des années 2000, les maxi-discounters en France sont ceux dont l’ancienneté moyenne des salariés est la plus basse (5 ans contre 9,2 dans les hypers-marchés). Les femmes y sont les plus nombreuses (71% contre 59% dans les hypers), avec un taux de temps partiel de 72% contre 55% en moyenne dans la branche alimentaire.</p>
<p>Ainsi, un monde favorisant le discount est donc un monde dans lequel une partie des salarié·e·s est nécessairement <strong>low-cost</strong>, et donc sans pouvoir d’achat. Le serpent se mord la queue. Et comme ce n’est pas si facile que cela de maîtriser tous les paramètres, c’est précisément le discount alimentaire qui, durant les trois dernières années, a connu la plus forte augmentation de ses prix! Charles Beigbeder n’a plus qu’à aller se rhabiller.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Pourquoi les pouvoirs publics poussent-ils à l’extension des ouvertures?</strong></span></p>
<p>En France, la consommation globale des ménages représente 56% du PIB, c’est-à-dire de la richesse créée, 44% du total PIB et importations, puisque nous consommons aussi des produits importés. C’est dire toute l’importance de la consommation finale des ménages dans l’ensemble de l’activité économique. Et au sein du PIB, la part qui revient à la consommation alimentaire, habillement, meubles, communication et loisirs (donc hors restauration) est de 38% (sources : INSEE).</p>
<p>Autant dire qu’une partie des succès économiques dont peuvent se prévaloir des gouvernements dépend de la consommation populaire. Mais comment faire quand les salaires stagnent?</p>
<p>Les solutions sont connues: le crédit et l’endettement (poussés à leur comble dans des pays comme les Etats-Unis, l’Espagne, l’Irlande; mais le surendettement existe aussi en France); et diverses pressions pour que les ménages ayant de l’épargne réduisent celle-ci au profit de l’achat.</p>
<p>On comprend alors pourquoi la demande d’un rapport de propagande en faveur du discount, ainsi que les pressions des pouvoirs publics, préfets en tête, pour l’extension des heures d’ouvertures.</p>
<p>Manière de créer une demande supplémentaire (ou de la fantasmer). Pour que des chaînes comme Zara, H&amp;M mais aussi Leroy-Merlin, les opticiens et autres multiplient les ouvertures, dans un tel contexte, il faut bien qu’en contrepartie les coûts soient contenus. Il y a la pression sur les fournisseurs (en matière de prix), mais il y a aussi la réduction du personnel de vente.</p>
<p>Il est assez singulier de noter que le discours de ces entreprises est centré en permanence sur la «satisfaction des exigences» des consommateurs et d’aboutir à des modèles économiques où le fameux consommateur cherche désespérément un vendeur un dimanche matin dans les allées de ces magasins! Effet emploi de l’extension = zéro.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>La « complexité » sociale du problème</strong></span></p>
<p>Les salarié·e·s du commerce «vendent», ils sont au cœur de la circulation marchande, mais de manière cruelle, les «besoins objectifs de la marchandise» les broient. De ce point de vue, il faut bien comprendre que nous avons changé d’époque. Par le passé, jusque dans les années 1970-1980, il y avait une croissance de la demande (tous les marchés du commerce de détail n’étaient pas encore saturés).</p>
<p>Aujourd’hui, en moins d’un an, telle ou telle niche (pensons aux simples évolutions dans le domaine de la téléphonie mobile) est saturée et n’est plus alors qu’un marché de remplacement. Ce qui ne veut pas dire que tous les besoins sont satisfaits, loin de là!</p>
<p>Dans nos sociétés, le commerce de détail connaît donc une crise. Et toutes ces affaires d’horaires d’ouverture, d’extension des surfaces de vente, de densification des réseaux&#8230; ne sont que des tentatives de surmonter cette crise. De la surmonter, en en faisant payer le prix aux salariés de ces secteurs !</p>
<p>Si l’on prend le seul exemple de la bataille actuelle sur les centres villes (Monoprix, Daily Monop, Franprix, Simply Market, Carrefour City, Carrefour Express&#8230;), on se doute bien qu’à terme il y aura de la casse: fermetures de certaines surfaces, fusions-absorptions&#8230; en raison de la trop grande densité d’offre. Ils peuvent tenir encore un peu avec 4 employé dans un Franprix de 300m2, mais après?</p>
<p>La surcapacité de vente, que ce soit dans l’alimentaire ou dans les centres commerciaux en général, débouchera sur des restructurations de l’offre. C’est par exemple déjà le cas dans le meuble où Ikea, Conforama et But laissent peu de place aux autres. De même, en ce qui concerne la juxtaposition du maillage de Darty et de Boulanger qui a absorbé en France Planet Saturn. […]</p>
<p>Mais, sur le fond, le problème est que les professions du commerce sont attaquées par les exigences mêmes de la «marchandise». Aussi, cela pose-t-il le problème plus large : quelle société et quel système économique voulons-nous?</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6754&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/europe/france/a-la-conquete-de-la-nuit-et-des-dimanches.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>«Ils vont créer des institutions… par insurrection»</title>
		<link>http://alencontre.org/societe/ils-vont-creer-des-institutions-par-insurrection.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/societe/ils-vont-creer-des-institutions-par-insurrection.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 20 Feb 2012 22:45:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie]]></category>
		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Videos]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6727</guid>
		<description><![CDATA[Entretien avec Alain Deneault par Ruth Stégassy La rédaction du site A l’Encontre a transcrit l’entretien entre Ruth Stégassy et l’auteur québécois Alain Deneault. Ruth Stégassy anime l’émission Terre à terre, émission qui passe, tous les samedis matin, à 7h05, sur France Culture. Nous donnons la parole à Ruth Stégassy: «Nous faisons ce matin, 18 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_6728" class="wp-caption alignleft" style="width: 295px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/deneault.jpg"><img class=" wp-image-6728" title="deneault" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/deneault.jpg" alt="" width="285" height="190" /></a><p class="wp-caption-text">Alain Deneault</p></div>
<p><strong>Entretien avec Alain Deneault par Ruth Stégassy</strong><strong></strong></p>
<p><strong>La rédaction du site <em>A l’Encontre</em> a transcrit l’entretien entre Ruth Stégassy et l’auteur québécois Alain Deneault. Ruth Stégassy anime l’émission <em>Terre à terre</em>, émission qui passe, tous les samedis matin, à 7h05, sur France Culture. Nous donnons la parole à Ruth Stégassy: «Nous faisons ce matin, 18 février 2012, un petit tour au Québec avec le livre d’Alain Deneault tout juste paru : «<em>Faire l’économie de la haine</em>, <em>point de haine de l’économie là où on nous fait aimer l’argent à tout prix. <span id="more-6727"></span>Point de haine de l’économie mais une économie de la haine. Le programme : faire l’économie de la haine. Haïr sans qu’il y paraisse. Ainsi investit-on dans l’asservissement à l’argent.»</em> Cette citation, Alain Deneault, elle est tirée de votre dernier livre, <em>Faire l’économie de la haine</em>, paru aux Editions Ecosociété, en novembre 2011. Il y en a eu un certain nombre de ce genre de livres, on va les survoler, tous. Vous allez nous raconter ce que vous y avez mis. Il y a eu <em>Offshore.</em></strong><strong><em> Paradis fiscaux et souveraineté criminelle</em></strong><strong>, qui été également publié en France (Editions La Fabrique, avril  2010). Et <em>Noir Canada.</em></strong><strong><em> Pillage, corruption et criminalité en Afrique</em></strong><strong> (Editions Ecosociété, juin 2008) qui a eu une étrange histoire que vous nous raconterez et puis <em>Paul Martin et compagnies</em> (Editions Vib, septembre 2005), un livre très québécois qui raconte une histoire bien de chez vous. </strong></p>
<p align="center"><strong>*****</strong></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Ruth Stégassy: On ne va peut-être pas commencer par <em>Paul Martin, </em>mais peut-être par ce que vous entendez par <em>«faire l’économie de la haine</em></strong><em>».</em></span></p>
<p><strong>Alain Deneault:</strong> C’est une expression polysémique que je me suis permise à l’occasion du troisième anniversaire d’un livre antérieur, <em>Noir Canada</em>, qui a fait l’objet de poursuites vivement commentées dans l’opinion. Donc à l’occasion d’un récital de textes – qui mettait en présence des griots africains, des poètes québécois, des intervenants de la sphère publique, des comédiens et ainsi de suite – on m’avait demandé de faire quelque chose d’un peu littéraire, ce qui n’était pas tout à fait dans mon créneau. Autour de cette ambiguïté, je me suis permis de décliner un certain nombre de cas, d’illustrer des situations troublantes: à savoir qu’aujourd’hui, les mêmes acteurs influents de la sphère financière, industrielle et économique ne se comporteraient pas d’une autre façon s’ils étaient haineux. Disons-le comme cela.</p>
<p>C’est-à-dire que les structures mêmes de l’économie de marché, je dirai même les dispositifs psychiques qui sont à l’œuvre dans les opérations financières et industrielles mondiales permettent un tel degré de censure quand il en va des conséquences de l’industrialisation dans un monde mondialisé tel qu’on le connaît. Qu’ils permettent à ces acteurs d’arriver aux résultats de politiques haineuses, sans en passer par le sentiment lui-même! Cela signifie que l’on peut faire l’économie de la haine tout en menant des opérations qui ressemblent à tous points de vue à des opérations de haine contre des populations que l’on n’en finit pas d’enfoncer au stade de l’ignominie, là, en les exploitant par toutes sortes de moyens, de techniques, de stratagèmes et de prétextes.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S: C’est évidemment très évocateur, mais on a envie d’exemples, là, Alain Deneault.</strong></span></p>
<p><strong>AD:</strong> Quand une société minière ou pétrolière fera semblant de mener des recherches sur les conséquences sociales et environnementales de ses projets d’exploitation, quand elle fera semblant de mener des consultations, quand ostensiblement elle méprisera des populations sous prétexte que les paysans sont analphabètes ou les peuplades sont aux abois pour des investissements internationaux ou de la création d’emplois; lorsque l’on jouera aux ignorants par rapport aux conséquences évidentes de l’exploitation, du pétrole ou de l’or par exemple, et que l’on mènera à la disparition de ces peuples, à ce moment-là on pourra dire qu’il en va d’une économie qui, au fond, s’attaque à la vie.</p>
<p>Là il y a un grand problème d’ambiguïté, une grande confusion entre deux concepts, à savoir qu’aujourd’hui on confond économie et finance. La finance vise très exactement à consolider l’enrichissement des quelques-uns qui connaissent les rudiments du système, strictement en s’engonçant, en s’enfermant dans des considérations comptables, numériques, chiffrées qui rendent aveugles quant aux conséquences de ces opérations pour ceux qui en profitent.</p>
<p>L’économie c’est tout autre chose. C’est la science des «relations bonnes». Et le concept même d’économie, si l’on se rappelle son histoire – et on n’a pas besoin de remonter jusqu’aux Grecs comme on le fait souvent dans une sorte de télescopage –, le concept d’économie dans la modernité européenne a concerné plusieurs champs d’activités culturelles et sociales et scientifiques. Au XIXe siècle, en Allemagne par exemple, le concept d’économie n’était pas un concept relevant strictement des sciences économiques, mais il appartenait à la sociologie, à la philosophie, à la médecine, au droit, à la littérature, à la théologie. Toutes les sphères avaient leurs économies avec les concepts afférants de circulation, de valorisation et ainsi de suite. Et même, quand, en Allemagne, les premiers économistes de l’économie du marché intérieur se sont intéressés aux concepts fondamentaux de l’économie, on s’est référé à la façon dont on pensait l’économie en philosophie. C’est ce que mes travaux sur Georg Simmel (1858-1918) m’ont permis de comprendre.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: C’est assez troublant de vous entendre dire cela. On a le sentiment aujourd’hui d’être envahi par l’économie, que l’économie a envahi tous les champs. Or, si je vous suis bien, vous dites exactement l’inverse. Vous dites que non seulement elle n’a pas envahi tous les domaines de la vie, mais même qu’elle se serait rabougrie à une stricte définition financière de ce qu’elle est, était ou n’est pas.</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Tout à fait, exactement. Et on peut considérer que tout citoyen est habilité à parler d’économie et qu’il ne s’agit pas d’une discipline très complexe qui serait l’apanage de quelques experts maîtrisant la mathématique très poussée et ainsi de suite. L’économie est à la portée des romanciers, des psychanalystes, des sociologues… mais aussi de tout citoyen qui est lié, de fait, à des décisions économiques qui ne seraient que les siennes. Et aussi quant aux vicissitudes de l’économie dans sa vie. Ce qui est aussi curieux avec l’économie c’est qu’elle est cette pseudoscience des comportements d’agents qui ne sont pas des économistes. Alors forcément ce sont ces agents qui font l’économie et non les économistes ; on peut considérer que l’on est tous, à titre égal, aptes à penser la chose.</p>
<p>Mais, en même temps, tout est fait pour que penser l’économie soit de plus en plus difficile parce que l’on soustrait à la conscience publique un grand nombre de données relatives justement à l’économie au sens meilleur du terme, soit des «relations bonnes», au profit de la stricte finance opacifiée, au point de vue notionnel et conceptuel comme j’en ai parlé. Mais aussi, du fait d’un enjeu essentiel au XXIe siècle que sont les paradis fiscaux et ce que j’appelle plus largement les législations de complaisance.</p>
<p>La moitié des transactions financières transitent par les paradis fiscaux. Et, grosso modo, la moitié du stock mondial d’argent se trouve consigné dans des législations qui échappent à tout contrôle public. Et ça, contrairement à une espèce d’imagerie populaire, ce ne sont pas seulement des pirates modernes qui confisquent leurs butins pour, en quelque sorte, les planquer sur quelque île exotique à la manière donc des pirates d’un autre temps. Il s’agit au contraire de banques, d’industriels, d’investisseurs, de mafias…</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: De gouvernements dites-vous également…</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong>… plus au moins. C’est-à-dire qu’il pourrait effectivement y avoir, par exemple, des services secrets d’instances gouvernementales qui, dans l’opacité de législations parallèles, mèneront des activités aux conséquences lourdes et graves pour des populations du monde. C’est-à-dire que pendant que les Etats de droit, bon an mal an, nous font croire qu’ils sont souverains, qu’ils prennent des décisions qui ont un effet sur nos vies, il y a en marge de ces Etats de droit que sont le Canada, la France, l’Espagne, l’Allemagne, et ainsi de suite…, des législations fantoches comme les Bahamas, les îles Seychelles, Monaco et, Dieu, soit la City de Londres – qui est un périmètre dans la grande ville. Ce sont des législations en quelque sorte adaptées aux intérêts du «laisser-faire» du grand capital.</p>
<p>Qu’est-ce que fait donc, à ce moment-là, un acteur devenu un souverain de la finance dans des législations de ce type? Il a à sa disposition tout le système bancaire; il a à sa disposition un droit informel, une sorte de service de notariat que sont les chambres de compensation (dont a beaucoup parlé le journaliste Denis Robert – auteur, entre autres, de <em>Clearstream, l&#8217;enquête</em> (Éditions Arènes, 2006); il a à sa disposition tout le transport maritime par le réseau des ports francs; il a à sa disposition également une main-d’œuvre à bon marché, dans les zones franches où on peut créer des industries sans respecter les normes minimales du droit du travail et sans qu’il y ait évidemment de syndicats. Et il a également accès à tout un univers comme, par exemple, celui du mercenariat, du trafic d’armes qui permet tout à fait de financer soit des rebelles en armes dans des zones en guerre, comme en Sierra Leone [de 1991 à 2002], au Congo Kinshasa, ou de financer des chefs d’Etat aux abois pour des financements et des armes, dans des contextes où on cherche à faire mainmise sur des ressources. On a donc là tout un système parallèle qui rend les acteurs offshore souverains, souverains dans la mesure où ils peuvent prendre des décisions qui ont des effets dans l’histoire, c’est ça être souverain, bon.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Comment s’articule cette souveraineté avec celle des Etats, justement ? </strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Elle s’articule avec celle des Etats dans la mesure où les représentants des Etats se sont montrés – à part quelques bombages de torse ici ou là à l’occasion de sommets comme le G20 et autres – très complaisants. Très très complaisants. On nous fait croire, c’était la phrase de Nicolas Sarkozy en septembre 2009 à l’occasion du sommet du G20 à Pittsburgh, qu’en aménageant deux ou trois technicalités [anglicisme : formalités, procédures techniques] auprès des banques on supprimerait les paradis fiscaux. Tout cela relève d’un délire. Les paradis fiscaux, en quelque sorte, consignent des capitaux. Par exemple Raymond W. Baker [ <em>Le talon d’Achille du capitalisme</em>, Ed. alTerre, 2007, pour la traduction française; directeur de <em>Global Financial Integrity</em>, Washington] parle de 1500 milliards de dollars d’argent blanchis qui transitent chaque année par les paradis fiscaux. On a donc des fonds colossaux qui servent à l’industrie et qui servent à ceux que les pays courtisent quand vient le temps de chercher du financement international pour financer l’économie locale.</p>
<p>On est dans une inversion des rapports : ce ne sont pas les Etats qui encadrent l’économie, mais les investisseurs internationaux, les banquiers internationaux, les grandes firmes internationales. Et qu’est-ce qu’on voit apparaître à l’échelle internationale? Ce sont des chefs d’Etat qui sont en fait des courtiers qui vendent des avantages juridictionnels et législatifs à des investisseurs internationaux qui sont devenus des souverains. Qu’est-ce qu’on fait au Québec? Qu’est-ce qu’on fait en France? Qu’est-ce qu’on fait partout ? «Venez, venez ô investisseurs internationaux, nous allons subventionner vos pseudo créations d’emplois, nous allons vous donner accès à nos ressources quasiment gratuitement.» Ici on dira, vous aurez l’électricité à peu de frais; vous aurez évidemment des exemptions fiscales et tout ce que vous pouvez imaginer d’avantages… Et dans dix ou quinze ans vous nous laisserez un paysage absolument dévasté et lunaire et on fera semblant d’être surpris. En France, on aura un peu la même chose: «Venez acheter nos produits technologiques»!  Il y a d’autres façons de le tourner. Mais, la question essentielle, ici, est la suivante: on a des chefs d’Etat – et c’est assez important pour des populations – qui se promènent comme des courtiers qui, en fait, vendent une main-d’œuvre à bon marché, des avantages législatifs et un accès aux ressources sur un mode complètement soumis.</p>
<p>D’une part, parce qu’il y a un rapport de forces qui est à l’avantage d’une planète financière qui s’est complètement autonomisée dans l’histoire au cours du XXe siècle et, d’autre part, c’est plus sociologique, parce que les représentants des Etats proviennent précisément des milieux sociaux qui profitent des paradis fiscaux. Ce sont des économistes, ce sont… si vous prenez par exemple le Canada qui est lui-même un paradis réglementaire de l’industrie minière mondiale, tous les premiers ministres depuis Joe Clark [juin 1979 -mars 1980 du Parti progressiste-conservateur], tous les premiers ministres au terme de leur carrière politique travaillent pour ou dans l’industrie, notamment minière. On voit très bien qu’il y a une espèce d’apparentement entre ces milieux qui fait qu’un chef d’Etat, au fond, travaille plus à agencer la législation qu’il a en charge afin de favoriser l’essor du grand capital international que pour le bien de «ses» peuples.<strong></strong></p>
<div id="attachment_6733" class="wp-caption aligncenter" style="width: 607px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/exploitation-des-gaz-de-schistes.jpg"><img class=" wp-image-6733" title="exploitation-des-gaz-de-schistes" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/exploitation-des-gaz-de-schistes.jpg" alt="" width="597" height="555" /></a><p class="wp-caption-text">«Le Devoir», 14 août 2010: « Le projet de loi promis par Québec pour encadrer l&#39;exploitation des gaz de schistes n&#39;a pas encore été présenté, ni même débattu, tandis que de plus en plus de citoyens s&#39;inquiètent des impacts de l&#39;exploitation de cette source d&#39;énergie fossile. Qu&#39;à cela ne tienne, la société albertaine Questerre Energy espère tirer profit de ses premiers puits en sol québécois d&#39;ici la mi-2011. Gaz Métro a d&#39;ailleurs déjà demandé des autorisations gouvernementales pour les brancher à son réseau.»</p></div>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.:</strong> <strong>Il y a tout de même une partie de ce travail qui consiste à organiser un discours qui soit joli, recevable, acceptable pour les populations. Je lisais dans <em>Le Devoir </em>[quotidien québecquois] qu’un des animateurs du site Ethical (sic !) Oil voué à la promotion des sables bitumineux canadiens travaillerait dorénavant pour le premier ministre, Stephen Harper [premier ministre depuis 2006]. Ce site Ethical Oil a réussi à promouvoir l’idée que le pétrole provenant des sables bitumineux était éthique parce que, contrairement à celui qui vient du Moyen-Orient, il ne finance pas l’oppression des femmes. Vous connaissiez cette histoire ?</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> C’est tout à fait typique de cette poésie d’affaires que nous servent les lobbies jamais à court d’amalgames abracadabrants pour faire passer ou pour déguiser n’importe quel projet hautement controversé du point de vue même des scientifiques les plus chevronnés en une sorte de progrès social et environnemental. On est très habitué, ici comme ailleurs, à ce nettoyage au vert, ce que l’on appelle en anglais le «green washing», ce qui est intéressant sur cette question-là, au-delà de cet enjeu, c’est de se rendre compte, au fond, de ce qu’on oublie souvent: notre législation au Canada! On oublie, ici, étant donné un maquillage d’inspiration vaguement pseudo-républicaine – qui a eu lieu dans les années 1960 et 1970 dans notre Etat – que nous avons été et restons une colonie. Au fond, qu’est-ce qu’une colonie? C’est un Etat qui n’a aucune réserve pétrolière, qui se donne à tout investisseur pétrolier qui a les moyens de faire main basse sur nos ressources. Et tout cela nuit beaucoup à la prise de conscience politique que l’on pourrait souhaiter d’une population qui n’a pas de récit fondateur.</p>
<p>L’indépendance du Canada a été votée, à coups de décisions successives (depuis 1867, jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle) au Parlement de Londres. Franchement, comme mythe fondateur il y a plus sexy… On se retrouve, en fait, dans une législation qui a vu son indépendance votée par un autre Parlement (la conquête britannique date de 1763) et qui, au fond, n’a pas de ressort historique pour se positionner collectivement par rapport à des enjeux qui concernent un territoire immense dont le peuplement est à peu près ingérable. Il a été effectué par les populations qui ont été historiquement des colons, c’est-à-dire des agents de la colonie dépêchés sur place pour exploiter les ressources au détriment des populations premières, qui étaient les Amérindiens et sans avoir cette espèce d’engagement subjectif qu’ont les citoyens dans une république. Comme la monarchie constitutionnelle que nous sommes, ainsi qu’on la nomme pour trouver un euphémisme à une colonie, vise en fait à faciliter l’exploitation des ressources  – un peu comme au Congo – on se trouve dans une position où on voit, encore et toujours, des sociétés étrangères exploiter les ressources.</p>
<p>Là c’est le plan nord au Québec pour exploiter les mines du nord: c’est le gouvernement du Québec qui finance des routes qui permettent à des industries d’exploiter, sans payer de redevances au gouvernement, un patrimoine minier que l’on voit donc en quelque sorte quitter notre sous-sol sous nos yeux, sans que l’on puisse réagir. Nous sommes toujours dans cette situation historique, qui nous place, nous les citoyens, dans la position des agents de la colonie et non comme des sujets agissant sur un plan collectif à l’échelle national.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.:</strong> <strong>Des courtiers, des agents… c’est une société asservie que vous nous décrivez. On va rester un peu au Canada. Je vous promets que nous n’y resterons pas complètement, parce que je ne voudrais pas non plus que l’on donne l’idée que le Canada est particulièrement terrible sous ce rapport. Je pense que vous trouverez moult exemples qui nous permettront d’élargir, tout à l’heure, votre approche. Mais je voudrais qu’on y reste un peu puisque vous venez d’évoquer cette question de mines et c’était le sujet d’un livre que vous avez co-écrit avec William Sacher et Delphine Abade <em>Noir Canada</em>, qui a une curieuse histoire, comme je le disais tout à l’heure, que vous avez un peu évoquée. C’est donc au troisième anniversaire de la publication de ce livre, <em>Noir Canada</em></strong>.</span></p>
<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/413ff+YgYML._SS500_.jpg"><img class="alignleft  wp-image-6734" title="413ff+YgYML._SS500_" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/413ff+YgYML._SS500_.jpg" alt="" width="353" height="353" /></a>A.D.:</strong> Ce livre-là relate une histoire qui est celle de l’exploitation minière au Canada et il a lui-même son histoire. Il a une sorte de mise en abîme parce que son histoire est un peu annoncée dans le contenu même du livre.</p>
<p>Par où commencer? Bon, disons déjà qu’historiquement le Canada, notamment, est un « minéralo-Etat »; disons-le comme cela. C’est-à-dire, historiquement la colonie canadienne a été dédiée tout à fait à l’exploitation par des monopoles institués par les gouvernements des ressources minières – et d’autres ressources notamment, mais principalement minières. Il y avait donc un Etat qui, vu ses institutions, apparaît pour soutenir ces industries-là. On a créé du chemin de fer, on a aménagé les Bourses; on a créé tout un cadre qui permettait d’exploiter des ressources, au départ au profit des forces coloniales. Nous avons un destin colonial.</p>
<p>On a créé une législation tout à fait avantageuse à cette exploitation-là. Et, au milieu des années 1990, les cours des minerais n’étant pas aussi élevés qu’avant, les mines étant moins riches qu’avant, la mondialisation par ailleurs se développant, on a décidé de mondialiser le modèle canadien. C’est-à-dire de faire en sorte que les investisseurs du secteur minier du monde s’enregistrent au Canada.</p>
<p>C’est pour cela qu’aujourd’hui 75% des sociétés minières mondiales sont canadiennes. Trois sociétés minières au monde sur quatre sont canadiennes, sont enregistrées au Canada. Donc, on est venu de Suède, d’Israël, de Belgique, d’Australie, des Etats-Unis… pour enregistrer des sociétés ici parce qu’on a, à partir des années 1990, développé un cadre avantageux pour cette industrie-là ; soit un cadre réglementaire et un cadre judiciaire.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Est-ce que l’on pourrait appeler cela de l’offshore minier?</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Oui, tout à fait. Sans trop insister toutefois sur la question strictement fiscale. Le problème que l’on a avec les paradis fiscaux et toutes les législations offshore c’est qu’on les identifie parfois beaucoup à la stricte question fiscale. Elle est très importante, évidemment, mais elle n’est pas la seule. Il y a toute la question réglementaire, judiciaire qui est en cause.</p>
<p>Et le Canada, en cela, est un paradis judiciaire dans la mesure où toute société qui exploite dans le secteur minier à l’extérieur de nos frontières – et qui veut disposer d’une sorte de couverture réglementaire et judiciaire – trouve au Canada un endroit de prédilection. Parce que l’on peut venir s’enregistrer et bénéficier d’une sorte de climat d’affaires tout à fait favorable à Toronto pour le contexte minier. Il y a des Bourses tout à fait adaptées à la spéculation qui est propre à l’exploration minière. On peut engranger énormément de capitaux, parce qu’il y a ici des avantages fiscaux qui sont conférés aux financiers du domaine minier, de sorte que les investisseurs institutionnels sont encouragés à placer leurs actifs spécifiquement dans le domaine minier.</p>
<p>En 2008, 450 milliards de dollars qui ont été investis strictement sur des titres miniers au Canada. Ces sommes d’argent ce n’est pas seulement issu des investisseurs institutionnels au sens «abstrait», c’est en réalité l’argent des citoyens et des épargnants. C’est-à-dire que les fonds de retraite, les compagnies d’assurances, les banques, les fonds communs en tout genre sont amenés ici de par les incitations fiscales du gouvernement fédéral afin de placer leurs actifs spécifiquement dans le domaine minier. Cela fait de Toronto en quelque sorte le bas de laine de l’industrie minière mondiale.</p>
<p>Il y a une sorte de pipeline d’argent qui part de Toronto et qui alimente en flux financiers tous les projets risqués du monde à l’extérieur de nos frontières. Ces projets sont très souvent controversés. Parce qu’en matière environnementale, en matière sociale, en matière politique, en matière de sécurité, ils provoquent parfois des catastrophes, en tout cas énormément de remous. Il suffit, à ce sujet, de lire la documentation internationale. Vous aviez donc quelqu’un, par exemple, comme Thierry Michel [voir le site : http://www.congo-river.com/index.php], qui est un réalisateur belge. Il a fait un film sur l’ancien Congo belge en relation avec les responsabilités contemporaines de la Belgique liées à un potentat belge, George Forrest, sur une mine détenue par des Belges [voir ci-dessous l’entretien-vidéo avec Thierry Michel].</p>
<p>Et là, il y a un ingénieur belge – on est dans un contexte belgo-belge à fond ici – qui dit: quand on veut du financement pour notre projet minier on va au Canada. Le documentaire ne portait pas sur le Canada et puis il ne parlait pas de Singapour, de Francfort par exemple. On n’était que dans cette logique voulant que l’industrie minière au monde trouve son financement au Canada. Ce financement-là, ce sont les épargnants canadiens [fonds de pension] qui le fournissent aux industries minières mondiales, alors que la législation canadienne, en même temps, fournit un cadre réglementaire et judiciaire. Et, elle empêche toute poursuite judiciaire en termes pratiques ou en termes de droits pour des abus que commettraient à l’échelle internationale ces sociétés.</p>
<p>Donc on les protège légalement, du point de vue de la réglementation et du point de vue de la finance. C’est donc un havre de l’industrie extractive mondiale. Ce que l’on a expliqué dans <em>Noir Canada</em>. Cela n’a pas plu à tout le monde étant donné que l’on a fait l’objet de poursuites [plainte en diffamation], d’une part, pour un montant de 6 millions de dollars de Barrick Old Corporation et, d’autre part, de 5 millions de dollars de…</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Six millions de dollars?</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Six millions de dollars de Barrick Old Corporation qui a finalement fait l’objet d’un règlement hors cour après trois années et demie de procédure [voir sous note 1 l’explication à ce sujet de l’éditeur]. Une autre cause, pendante, qui est celle de Banjo Corp. Cette fois dans une autre province canadienne, en Ontario, pour 5 millions de dollars.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Vous avez fait l’objet de ce que vous appelez les «poursuites bâillons»? Est-ce que cela fait partie de cette réglementation si accueillante que vous étiez en train de nous décrire pour toutes ces opérations extraordinaires?</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Ce serait compliqué, je n’aurais pas qualifié  ainsi les poursuites dont on a fait l’objet. Je peux dire, par rapport à Barrick Old Corporation, qu’il y a eu un jugement, le 12 août 2011, qui présentait la poursuite comme apparemment abusive. Et il y a, également, cette poursuite de Banjo. D’une manière générale, il y a eu au Canada beaucoup de débats sur ce que l’on appelle les «poursuites bâillons». Les environnementalistes ont été les premiers à soulever ce problème. C’est une notion intéressante sur laquelle j’avais fait une série d’interventions en France. Elle sert ceux qui estiment être victimes de «poursuites bâillon» dans la mesure où il s’agit d’une notion qui permet, en quelque sorte, de politiser un débat précisément face à des acteurs qui cherchent à le judiciariser.</p>
<p>La notion de «poursuite bâillon» permet de repolitiser ce que l’on veut dépolitiser. C’est ce que disait le juriste Pierre Noreau, professeur de droit à l’Université de Montréal [Centre de recherche en droit public – CRDP].Il indiquait que la mobilisation de la justice quant au débat public risque de priver de droits des acteurs qui ne font que se prévaloir de leur liberté d’expression. Pourquoi ? Parce que dans le système de droit britannique qui est en grande partie le nôtre – quoique nous ayons le Code civil au Québec – Pierre Noreau et aussi le professeur de droit, Pierre Trudel de l’Université de Montréal [CRDP] l’expliquent ainsi: la notion de réputation prend le dessus sur celle d’expression.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: C’est-à-dire ?</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> C’est-à-dire que dans la hiérarchie des droits une firme qui estime être lésée du point de vue de sa réputation peut faire valoir ses droits au-delà de la notion de liberté d’expression.</p>
<p>Donc, en droit, la question de la diffamation a peu à voir avec le vrai ou le faux d’une démarche mais plutôt sur ce que l’on appellera l’intention de nuire, le fait d’atteindre une réputation. On entre là dans une discussion de droit qui m’apparaît, à moi, assez sibylline. Je pense qu’il devrait y avoir – et ce n’est pas encore le cas ici, malgré des avancées législatives – une loi qui immunise toutes les personnes qui participent au débat public. Comment on peut définir une personne qui participe au débat public ? C’est quelqu’un qui participe à des questions de société qui ne concernent pas ses intérêts propres. Lorsque je parle de l’Afrique, lorsque je parle des paradis fiscaux, je n’ai pas d’intérêts propres à défendre dans ce domaine. Je n’ai pas d’actifs en Afrique. Je ne suis pas en train d’orchestrer une carrière politique ou quoi que ce soit. Je m’intéresse à des questions comme partie prenante d’un sujet collectif que nous devrions considérer que nous constituons plutôt que de se voir sans cesse comme des stricts individus.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.:</strong> <strong>C’est intéressant ce que vous dites-là. En France, nous avons cette conception sur ce qu’on a appelé les lanceurs d’alerte dans le domaine scientifique. C’est-à-dire que nous avons demandé cette immunité, cette protection – que vous êtes en train de décrire – pour tout ce qui est des scientifiques qui dénoncent tel ou tel problème de santé publique, tel ou tel risque que l’on fait peser sur les populations à leur insu. Vous, vous l’élargissez à l’ensemble de ceux qui nourriraient le débat public. C’est une sorte de volonté de repolitiser le débat, en effet, de manière très vigoureuse. Dirais-je. </strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Oui… d’autant plus qu’il y a énormément de problèmes par rapport à la judiciarisation du débat public. Surtout dans le système d’inspiration britannique, l’argent est au cœur de la procédure judiciaire.</p>
<p>On peut donc transformer la simple procédure judiciaire en un châtiment envers ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre. Quand tu as des avocats que tu vois travailler des semaines et des semaines sur des dossiers, qui ont des honoraires qui oscillent autour de 500 euros de l’heure, on peut bien imaginer qu’il n’y a plus que les millionnaires et les multinationales qui peuvent accéder à la justice!</p>
<p>Et il y a plusieurs problèmes qui en découlent en cascade. La justice ne se saisit que des problèmes qu&#8217;on lui soumet, en droit britannique; elle n’a pas de droit discrétionnaire. C’est donc toujours par rapport à la façon dont un justiciable va présenter une cause que la justice va réfléchir. Comme il n’y a que des millionnaires qui sont capables de soumettre à la justice des problèmes, les juges ne connaissent plus, sociologiquement, que des problèmes de riches.</p>
<p>Ils sont complètement, en quelque sorte, formatés par la façon dont l’immense majorité de millionnaires qui se présentent devant eux ont de présenter leurs problèmes. Il y a donc là des problèmes en série. Les gens qui disposent de peu de moyens – et même des gens de la «classe moyenne» – ne pourront jamais mobiliser la justice pour dire: s’il y a des sociétés canadiennes présentes à l’occasion des conflits militaires des Grands Lacs en Afrique – qui ont fait autour de six millions de morts – elles devraient peut-être faire l’objet d’un intérêt de la justice du pays. Ils n’auront jamais les moyens pour le faire. Ou presque. Ce sera toujours des combats qui n’en finissent plus par rapport à des procédures qui sont absolument lassantes. C’est de gros gros problèmes qui sont en cause. C’est pour cela que cette voie de la judiciarisation est assez vite stérile du moment que l’on a compris dans quel bourbier terminologique on en arrive dans ces arènes.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Ce qui donne assez souvent un sentiment d’impuissance, aussi, pour suivre dans cette veine, c’est le sentiment qu’il y a, en face, un système qui est parfaitement verrouillé parce que – je pense à la forêt là, et à la déforestation: soit vous n’avez pas de lois et il est donc très facile de déforester tranquillement (vous n’avez pas le droit parce qu’il n’y a pas, par exemple, le droit de propriété reconnue ou sur telle ou telle portion de territoire) ; soit vous avez des lois et, là, elles sont tout simplement bafouées, détournées… Et donc, ce sentiment qu’entre légalité et illégalité, finalement la frontière est parfaitement brouillée. Il n’y a plus un côté qui serait un côté sûr et un côté qui soit le côté dangereux.</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Il y a un magistrat français, Jean de Maillard, qui a très bien réfléchi sur ces questions d’ambiguïté entre l’économie licite et l’économie illicite. Ses travaux sont très intéressants dans la mesure où, au départ, au début de sa recherche, il constatait un assaut, disons, de forces criminelles sur les structures institutionnelles traditionnelles.</p>
<p>A la faveur de la crise économique des «subprime» de 2008, on a constaté que l’économie licite elle-même fonctionnait de manière délinquante et qu’elle développait des méthodes, des structures, des agencements qui sont tellement singuliers, pour ne pas dire bizarres, qu’ils échappent au droit lui-même. C’est-à-dire que le droit n’arrive pas conceptuellement à appréhender la qualité ou le statut de constructions stratégiques, financières qui ressemblent plutôt au fruit du travail d’apprentis sorciers. Il y a donc là quelque chose qui échappe effectivement au droit.</p>
<p>Lorsque l’on analyse les relations iniques entre des firmes multinationales qui ont des actifs qui excèdent largement les produits intérieurs bruts des Etats et les dix Etats qui sont là, à genoux, à solliciter des financements internationaux, on se rend souvent compte que les contrats qui sont signés entre les dix Etats et les investisseurs étrangers ont valeur de lois, au-delà des droits constitutionnels votés par lesdites instances gouvernementales ou politiques.</p>
<p>Il y a donc ici tout un problème: c’est que l’on se retrouve en quelque sorte à négocier avec des industries qui savent, avec leurs armées d’avocats, comment faire la loi. Comment faire la loi? Ce n’est plus un retour à un Etat de nature, comme on pourrait le penser en théorie constitutionnelle, c’est une façon de réglementer le retour à l’Etat de nature. C’est une façon de faire passer dans la loi des états de non droit, c’est de voir la force des petits contrats. Je pourrai vous raconter au Canada comment, par des ententes entre des parties dans des cadres contractuels, on en arrive à amener des gens à abdiquer des droits pourtant reconnus par la Constitution. C’est-à-dire qu’on ne se rend pas compte, dans le cadre légal, il peut y avoir des éléments qui supplantent le cadre lui-même. Il y a un tel imbroglio conceptuel aujourd’hui…</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: J’aimerai bien un exemple, là…</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Les environnementalistes qui ont signé des règlements à l’amiable dans le cadre de poursuites judiciaires ont été amenés à dire qu’ils avaient abdiqué des droits en termes de liberté d’expression. C’est-à-dire que, comme il y a un côté trop cher pour se présenter dans un cadre judiciaire, ces environnementalistes vont dire, dans le cadre d’un règlement hors cour auquel j’ai été forcé étant donné un rapport de forces inégal : «j’ai dû abdiquer des droits». Cela existe à mains égards.</p>
<p>Des Etats, ou des populations via leurs Etats, vont voir leurs propres droits constitutionnels bafoués parce que, tout d’un coup, un Etat aura signé, par exemple, un contrat permettant l’accès à des ressources à une société qui pourra se prévaloir des termes du contrat qui contredit des lois nationales. Vous avez par exemple un ministre québécois qui n’a pas pu dire quels étaient les termes d’une entente entre le gouvernement du Québec et une société pétrolière privée pour l’exploitation éventuelle de réserves pétrolières au large du fleuve Saint-Laurent. Cela parce qu’il y avait une clause de confidentialité entre le gouvernement du Québec et ladite société. Nous voyons là des avocats d’affaires, des juristes d’entreprise, des fiscalistes, etc. – selon les secteurs – qui  créent, en quelque sorte, du droit, «du droit hors du droit» ou en accointance avec le droit. C’est là que l’on se rend compte du rapport entre le droit – qui devrait tellement faire l’objet d’une sociologie du droit rigoureuse et critique, ce que l’on attend beaucoup – et des institutions publiques complètement soumises aux règles de la finance internationale. On constate que ces institutions ne sont pas capables d’être souveraines par rapport aux enjeux qui les attendent historiquement.</p>
<p>Cette faiblesse va finir par entraîner au moins une sorte de désobéissance civile et une sorte de mobilisation autonome. Comme Frantz Fanon pouvait l’imaginer par exemple dans les colonies, où, là, la réponse par rapport à une inquiétude quant au bien public sera probablement violente, à terme. Quand les gens n’auront plus de poissons dans leurs eaux, quand ils vont se prendre des cancers de la peau à 15 ans, quand ils vont voir qu’ils sont complètement aux mains des «forces» qui sont celles de l’enrichissement infini des moins nombreux, ils vont comprendre qu’ils sont laissés à eux-mêmes. Alors, ils vont créer des institutions, selon la forme la plus traditionnelle, c’est-à-dire par insurrection.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.:</strong> <strong>D’autant plus que l’on voit, effectivement, que la situation s’exacerbe. Je me demandais comment vous inscrivez dans le paysage de dévastation que vous êtes en train de nous dresser tout ce qui est la «financiarisation» de la nature. Aujourd’hui, justement, on assiste à la marchandisation de tous ces biens que sont l’eau, l’air; ce qu’on appelle les services éco-systémiques. Le fait de pouvoir filtrer de l’eau par des plantes, le fait que la présence d’une zone humide, par exemple, va réguler l’ensemble d’un bassin-versant, toutes ces choses. La vie.</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Je n’insisterai que sur un aspect de la question, à savoir la marchandisation, la financiarisation des différentes formes de vie. Lorsque l’on analyse comment se sont développées autant la connaissance de l’appareil psychique que la connaissance des stratagèmes boursiers, financiers, on se rend compte à quel point il y a une sorte de rapport spéculaire entre le refoulement, comme possibilité ou mécanisme de l’appareil psychique, et celui de la finance.</p>
<p>Lorsque l’on financiarise quelque chose on risque fort de chercher à en perdre conscience et de transformer cette chose, la déplacer d’un point de vue conceptuel de sa catégorie d’appartenance la plus sensée du point de vue de la pensée à une autre catégorie, à une catégorie inadaptée qui est celle de la commercialisation, de l’exploitation et ainsi de suite.</p>
<p>Je suis très sensible à cette phrase de Georg Simmel – en 1896, lorsqu’il préparait son grand-livre, <em>La philosophie de l’argent</em> – qui disait que dans des relations d’affaires, au fond, des acteurs vont être beaucoup plus brutaux quant aux opérations qu’ils mènent et jusqu’où ils vont que s’ils faisaient directement les choses. Il y a cette espèce d’écran que constitue l’argent, qui est un écran psychique. Lorsque l’on est confronté à des colonnes comptables, lorsque l’on est confronté à des résultats d’entreprise, lorsque l’on est confronté simplement à des opérations trimestrielles, lorsque l’on se soucie du sort des actionnaires, qu’est-ce qu’on fait?</p>
<p>On crée un microcosme auquel on soumet tout le reste, mais sans le voir, en le voyant simplement comme une matière première vouée à permettre des rendements. C’est cela la financiarisation d’un point de vue psychique. Et cette transformation économico ou financiaro-psychique de tout bien de référence est forcément un motif d’inquiétude pour tous ceux qui ont à cœur le bien public et ceux qui ont à cœur l’économie au sens noble, à savoir comment on pense des «relations bonnes» entre les choses.</p>
<div class="mceTemp mceIEcenter" style="text-align: left;">
<dl id="attachment_6735" class="wp-caption   aligncenter" style="width: 643px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/03.jpg"><img class=" wp-image-6735" title="03" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/03.jpg" alt="" width="633" height="161" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">AngloGold Ashanti se présente. Alain Deneault: «Je prends un concept qui est emblématique entre tous, c’est celui de «bonne gouvernance». Comment voulez-vous penser avec un vocable pareil? Qui n’a aucune étymologie, qui ne renvoie à aucune mémoire historique, qui est tout simplement le participe présent substantifié du verbe gouverner, le participe présent étant le temps le plus faible et le plus insignifiant en français! C’est comme si plutôt que de parler de la promenade on choisit de dire la marchance.»</dd>
</dl>
</div>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Je voudrai que l’on revienne au titre de votre dernier livre, <em>Faire l’économie de la haine</em>, parce qu’effectivement on a l’impression d’avoir traversé une haine incroyable à vous écouter, une haine d’une violence inouïe et qui ne se dit pas, qui se tapit dans tout ce système, mais c’est une haine qui à quoi pour objet? L’humanité ? La terre ? La vie ?</strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Déjà, c’est une haine dont on fait l’économie et qui ne se questionne même pas sur son objet et qui ne se manifeste pas non plus. Je veux dire, aujourd’hui, que quelqu’un de haineux peut simplement être un lecteur de journaux financiers qui est très gentil avec ses enfants, son chien, ses voisins, sa famille et ses employé·e·s même; et simplement laisser le système porter sur lui, l’odieux de situations que l’on a plus à assumer du point de vue de sa psyché. Il y a comme un transfert sur des instances impersonnelles que sont les personnes morales (firmes, société) ou toutes sortes d’institutions dans la sphère publique.</p>
<p>Il s’ensuit une censure insidieuse. En fait, on inculque, par la voie des journaux, de la conscience publique quels que soient ses biais, de l’éducation, des modalités de pensée, des formes cognitives qui sont censurantes à l’origine et qui nous empêchent de nommer un chat un chat, qui nous empêchent de voir l’ordre du monde dans sa cruauté et, par exemple, le développement des formes institutionnelles du champ économique comme étant aberrante.</p>
<p>On n&#8217;est plus capable, lorsque l’on essaie de quitter ces chantiers battus des notions toutes faites que l’on nous demande d’utiliser, notre voix tremble, on se sent isolé et ainsi de suite. Je prends un concept qui est emblématique entre tous, c’est celui de «bonne gouvernance». Comment voulez-vous penser avec un vocable pareil? Qui n’a aucune étymologie, qui ne renvoie à aucune mémoire historique, qui est tout simplement le participe présent substantifié du verbe gouverner, le participe présent étant le temps le plus faible et le plus insignifiant en français!</p>
<p>C’est comme si plutôt que de parler de la promenade on choisit de dire la «marchance». C’est cela la gouvernance, c’est cesser de parler de politique, c’est cesser de parler de rapports de force, c’est cesser de parler de rapports de classes, c’est cesser de parler de citoyenneté, c’est cesser de parler de responsabilité et de bien public, de bien commun, pour parler d’une sorte de modalité de gestion des choses en tant qu’elle serait des intérêts partagés par des partenaires. C’est exactement ce que nous dit cette théorie de la gouvernance.</p>
<p>Et on nous amène aujourd’hui à l’utiliser pour penser des situations politiques, historiques, d’une complexité inouïe. Et donc on nous rend bête avec des notions qui sont des passages obligés de la pensée publique autant dans le domaine de l&#8217;école primaire, secondaire et universitaire que politique et gouvernemental. Même les organisations non gouvernementales, qui cherchent du financement, sont obligées d’utiliser ces notions-là. C’est un exemple entre mille.</p>
<p>On nous rend bête et ce n’est pas seulement qu’on nous rend bête, mais c’est que l’on nous amène par ces structures cognitives à développer nous-mêmes nos modalités censurantes. La censure, aujourd’hui, participe de l’économie de la haine. Du fait de faire l’économie de la haine, la censure aujourd’hui n’est pas de l’ordre des anciens bureaux de censure que l’on connaissait, qui raturaient des passages que l’on était à même de concevoir, elle est infraconsciente, c’est qu’elle nous amène en quelque sorte à nous-mêmes nous interdire ce qu’il faudrait dire pour arriver à des constats nécessaires qui soient de l’ordre d’un renouveau de l’activité publique.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: Empêcher de penser, empêcher de dire, empêcher même d’éprouver. On a l’impression d’une sorte d’anesthésie générale. Je pense là à un concept que vous avez développé, celui de «génocide involontaire». Si le génocide était volontaire on éprouverait tout de même un remords, en tout cas quelque chose, une émotion. </strong></span></p>
<p><strong>A.D.</strong>: Le «génocide involontaire» est une notion qui se calque sur la notion «d’homicide involontaire» et qui, au-delà de cette reprise, consiste à planifier. On est dans quelque chose de l’ordre du génocide, mais évidemment le génocide traditionnel et le génocide involontaire sont deux choses différentes. Mais ils participent, sourdement, d’un même mépris de certains peuples par rapport à d’autres et participent également d’une planification. Mais d’une planification, là, non pas volontaire de la mort des uns par les autres, en rapport à des appartenances culturelles ou disons raciales et autres; le «génocide involontaire» est une opération qui consiste à mépriser les conséquences vitales que peuvent avoir sur les peuples des projets industriels parce que ces peuples-là sont méprisables. Et donc, on va feindre, tout au mieux, de mener des études sur l’impact social, environnemental, et de santé publique sur des populations concernant des projets. Ainsi, on aura feint de mener des consultations. On crée des estimations frauduleuses, on crée des projets, et ainsi de suite.</p>
<p>On s’arrange à ne pas être conscient presque sciemment des conséquences de projets, parce qu’au fond telle population amérindienne de l’Equateur ou les Maliens de Yatéla [région avec des mines d’or] ne valent pas la chandelle. Là, il y a quelque chose de sourdement génocidaire qui se développe, dans la mesure où on est à même de savoir que ce que l’on entreprend d’un point de vue industriel. L’exploitation des mines et du pétrole va conduire à la disparition des peuples. On peut parler d’AngloGold et d’IAMGOLD [2] qui sont toutes les deux propriétaires d’un consortium au Mali qui a entraîné de telles conséquences environnementales, une telle nuisance à la santé publique que les femmes maliennes se sont mises à faire des fausses couches en série. Là on parle d’un génocide au sens étymologique, car on empêche la généalogie des peuples. Dans les seuls points d’eau potable de la région on a retrouvé de l’arsenic, du cyanure et ainsi de suite qui ont provoqué ce désastre en matière de santé publique.</p>
<p>Evidemment, il n’y a pas un industriel, il n’y a pas un gestionnaire qui a eu l’intention de tuer des peuples, mais on méprise tellement leur existence que l’on ne se pose même pas la question. Donc, on fait l’économie de la question de la vie des peuples environnant les points d’exploitation minière, pour extraire de l’or ou du pétrole</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>R.S.: L’antidote à cette économie de la haine? C’est de ne pas faire l’économie de la rage? </strong></span></p>
<p><strong>A.D.:</strong> Déjà, nous avons une responsabilité par rapport aux structures de refoulement qui sont mises en œuvre pour nous amener à ne pas voir les choses en face. Nous n’avons pas à être solidaires de modalités qui mènent à se comporter comme si nous étions haineux, alors que nous ne le sommes pas.</p>
<p>La participation que nous pouvons avoir comme «épargnant» [par le biais des fonds de pension] à des firmes industrielles qui sont destructrices doivent, à un titre ou à un autre, relever d’un fait de responsabilité quant à ceux qui peuvent, dans un premier temps, s’estimer dupés par un système et qui, dans un deuxième temps, prennent la responsabilité d’y réagir. C’est un premier point.</p>
<p>L’autre point c’est de cesser de se considérer comme de stricts individus, l’individualisme est une création institutionnelle et collective. On nous façonne comme individus pour nous faire oublier que dans l’histoire les sujets ont toujours été, d’une façon ou d’une autre, collectifs. Les «indignés» aujourd’hui à l’échelle planétaire forment une sorte de sujet collectif. Ce ne sont pas des individus qui ont décidé, sur une base individuelle, par hasard, un jour, de sortir dehors avec une tente et une pancarte. C’est un phénomène qui est difficile à analyser, mais qui existe bel et bien, de subjectivité collective qui est à l’œuvre.</p>
<p>C’était le cas en 1848, c’était le cas en 1968, c’est le cas encore aujourd’hui. Il y a quelque chose d’une subjectivité politique qui détermine ce que l’on pourrait appeler la souveraineté des peuples. Les peuples sont souverains eux aussi lorsqu’ils ont un impact sur le cours historique des choses, lorsqu’ils représentent une force décisive. Et c’est en n&#8217;oubliant pas que l’on n’est pas seulement des individus, isolés dans un sous-sol, à regarder la télévision que l’on peut faire la différence dans l’histoire.</p>
<p>Le troisième point consiste à réfléchir à la façon de rendre révolues des institutions absolument dénaturées, tellement corrompues. C’est tautologique, tant que l’on n’en reconnaît pas la nature. Et rendre révolues des institutions, c’est strictement faire la révolution. Je pense que l’on en est là.</p>
<p>_____</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] «<strong>Règlement de l’action de Barrick Gold contre les auteurs et l’éditeur de<em> Noir Canada</em></strong> Barrick Gold Corporation («<strong> Barrick</strong> »), Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher (collectivement, les « <strong>Auteurs</strong> ») et Les Éditions Écosociété Inc. (« <strong>Écosociété</strong> ») annoncent qu’ils ont réglé hors Cour l’action en diffamation intentée par Barrick en avril 2008 en Cour supérieure du Québec en relation avec le livre <em>Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique</em> (« <strong><em>Noir Canada</em></strong> ») écrit par les Auteurs et publié par Écosociété (l’« <strong>Action</strong> »). Afin de régler le litige qui l’oppose à Barrick, Écosociété met fin à la publication et l’impression de <em>Noir Canada</em> et a effectué un paiement significatif à Barrick. Une partie de <em>Noir Canada</em> se rapporte à des allégations concernant l’implication alléguée de Barrick en Tanzanie en 1996. Les Auteurs reconnaissent qu’ils n’ont pas de preuve d’implication de Barrick en Tanzanie en 1996 et que Barrick et d’autres parties contestent les allégations entourant les événements à la concession de Bulyanhulu en 1996. En relation avec le contenu de <em>Noir Canada </em>concernant le Congo, Barrick reconnaît que la thèse des Auteurs et de plusieurs autres personnes est à l’effet que la présence de plusieurs ressources minérales, dont l’or, au Congo était un des principaux motifs à l’origine des conflits dans ce pays et que la présence de compagnies minières transnationales dans une région en guerre, telle les Grands Lacs africains peut avoir des conséquences imprévues et sérieuses. Les Auteurs reconnaissent que bien que ces questions aient été étudiées de façon approfondie par un groupe d’experts des Nations Unies, en 2001-2002, ces experts n’ont fait aucune mention de Barrick. Les Auteurs reconnaissent que Barrick a présenté des documents et témoignages indiquant qu’elle n’a eu qu’une présence très limitée au Congo à l’été de 1996 exécutant du travail exploratoire sur une petite partie d’une concession minière de 82 000 km² au Congo et indiquant qu’elle n’a eu aucune implication dans les conflits au Congo.  Les Auteurs reconnaissent qu’ils n’ont aucune preuve à l’effet contraire. Barrick, les Auteurs et Écosociété conviennent que l’Action instituée par Barrick et l’écriture et la publication du livre <em>Noir Canada</em> par les Auteurs et Écosociété ont été entreprises de bonne foi et avec la conviction qu’elles étaient légitimes. Les Auteurs réitèrent ce qu’ils ont écrit dans l’introduction de <em>Noir Canada</em>, à savoir que « cet ouvrage ne constitue pas une condamnation sommaire de sociétés » qu’il cite, et qu’ils ne s’étaient pas donnés pour mandat d’assurer ultimement la véracité des allégations que le livre développe à partir de documents publics. Les Auteurs maintiennent que <em>Noir Canada</em> a été écrit afin de susciter un débat public sur la présence controversée d’intérêts canadiens en Afrique et d’en appeler à la création d’une commission d’enquête sur cette présence canadienne en Afrique. Ils maintiennent toujours cette position et continuent de s’enquérir du rôle des sociétés privées actives en tant que partenaires commerciaux auprès de représentants politiques africains engagés dans des conflits armés. Écosociété considère que <em>Noir Canada</em> est pertinent et d’intérêt public<strong>, </strong>que la thèse qui y est développée constitue une contribution essentielle à la pensée critique et méritait d’être publiée. Écosociété entend poursuivre sa mission d’éditeur indépendant qui publie des essais d’intérêt public visant à susciter des débats de société.»</p>
<p>[2] Une illustration du rôle du Canada comme offshore minier se trouve dans le curriculum vitae du président du conseil et administrateur de IAMGOLD : William D. Pugliese. Ce dernier se décrit ainsi, sur le site de la firme : <em>«M. Pugliese, homme d’affaires, est l’un des fondateurs de la Compagnie. De 1990 à 1993, il a occupé les fonctions de coprésident du conseil et de chef de la direction de la Compagnie. En janvier 2003, M. Pugliese a quitté le poste de chef de la direction et a conservé son rôle de président du Conseil. Il a participé directement à l’évolution de la Compagnie, notamment à la mise en valeur de la concession Sadiola au Mali par l’entremise de ses démarches auprès des représentants du gouvernement et ses partenaires de co-entreprises. M. Pugliese possède une vaste expérience du domaine des affaires, acquise sur une période de 35 ans en tant <strong>qu’actionnaire principal d’un certain nombre d’entreprises canadiennes privées</strong>, y compris de répertoires d’affaires sur Internet et la commercialisation de données, le développement de propriétés de villégiature au Canada, et le développement et l’octroi d’une licence de Smartboard, un produit technologique de construction breveté.» </em>(Réd. <em>A l’Encontre)</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/embed/jKdiszV5Rxk" frameborder="0" allowFullScreen="true"> </iframe></p>
<p style="text-align: center;"><object width="420" height="336"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/xblr1k_noir-canada-entrevue-avec-alain-de_webcam" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/xblr1k_noir-canada-entrevue-avec-alain-de_webcam" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="420" height="336"></embed></object></p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6727&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/societe/ils-vont-creer-des-institutions-par-insurrection.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Grèce: les sidérurgistes en grève depuis octobre</title>
		<link>http://alencontre.org/europe/grece/grece-les-siderurgistes-en-greve-depuis-octobre.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/europe/grece/grece-les-siderurgistes-en-greve-depuis-octobre.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 20 Feb 2012 10:01:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grèce]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6717</guid>
		<description><![CDATA[Par Maria Malagardis Nous avions publié en date du 19 décembre 2011 un article de Sotiris Martalis, «Impasse économique et crise politique du système», qui faisait amplement référence à la grève des sidérurgistes de l’usine Helliniki Halivourgia. Nous reproduisons ci-dessous un reportage sur cette grève qui continue, reportage paru dans le quotidien français Libération des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/greece3.jpg"><img class="alignleft  wp-image-6720" title="Workers of the Hellenic Steel Company stand outside a factory during a strike at Aspropyrgos" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/greece3.jpg" alt="" width="352" height="234" /></a>Par Maria Malagardis</strong></p>
<p><strong>Nous avions publié en date du 19 décembre 2011 un article de Sotiris Martalis, <a href="http://alencontre.org/europe/grece/grece-impasse-economique-et-crise-politique-du-systeme.html" target="_blank">«Impasse économique et crise politique du système»</a>, qui faisait amplement référence à la grève des sidérurgistes de l’usine Helliniki Halivourgia. Nous reproduisons ci-dessous un reportage sur cette grève qui continue, reportage paru dans le quotidien français <em>Libération</em> des 18-19 février 2012. (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)<span id="more-6717"></span></strong></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #800000;">*****</span></strong></p>
<p> Ils le savent, c’est leur ultime combat, ils n’ont plus rien à perdre. Voilà déjà plus de cent jours qu’ils sont en grève. Sans salaire, sans rien à faire d’autre que rester, nuit et jour, devant cette usine, immense cathédrale de fer désormais silencieuse, ouverte au vent glacial. On la découvre le long de la nationale qui relie le port du Pirée à Corinthe, à 20 kilomètres d’Athènes, la capitale. Devant les grilles de l’entrée, il y a des banderoles, un feu qui grésille dans une vieille cuve rouillée, et ces hommes qui campent dans le froid.</p>
<p><em>«On n’occupe pas l’usine, car si on l’avait fait, ils nous auraient envoyé les flics. Mais la grève est encore un droit, non ?»</em> explique un grand gaillard en doudoune et chemise canadienne qui danse d’un pied sur l’autre pour se réchauffer. <em>«Et si on est là tous les jours et toutes les nuits, c’est pour éviter les sabotages. Nos patrons sont prêts à tout pour nous discréditer»,</em> ajoute-t-il, tirant à grandes bouffées sur sa cigarette.</p>
<p>C’est un monde d’hommes. Corps solides, carrés, visages marqués, ridés avant l’âge. Ils sont trois cents, tous ouvriers sidérurgistes. Ils ont cessé le travail le 31 octobre. Quinze jours plus tôt, la direction leur avait demandé d’accepter une baisse de 40% de leur salaire et de réduire leur journée de travail de huit à cinq heures. La raison de ces restrictions ? <em>«C’est la crise, il faut s’adapter, a expliqué la direction. Sinon, on devra fermer.»</em></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Cadences infernales</strong></span></p>
<p>Depuis que le pays a été accusé d’avoir sous-estimé son déficit budgétaire, il y a deux ans, la Grèce s’effondre. Les marchés ne veulent plus lui céder un euro, les prêts octroyés par Bruxelles ne servent qu’à rembourser les dettes. Résultat : les caisses sont vides et 68 000 PME ont déjà mis la clé sous la porte depuis 2010. Mais l’usine en grève n’entre pas dans cette catégorie. Créée en 1938, Halyvourgia est une grande entreprise avec deux sites de production : l’aciérie d’Aspropyrgos, aux portes d’Athènes, en grève. Le second est installé dans la ville de Volos, en Thessalie. Depuis 2004, la société a été rachetée par un oligarque local, Nikos Manessis, qui siège aussi au conseil d’administration d’Alpha Bank, la troisième banque du pays. C’est lui qui a tenté d’imposer aux ouvriers cette «nouvelle donne» : des sacrifices au nom de la survie. <em>«Mais jusqu’à la veille de son annonce, on travaillait à des cadences infernales de douze à treize heures par jour ! On a même dû écourter nos vacances cet été pour satisfaire le carnet de commandes !»</em> affirme Charis, un costaud de 37 ans, dont quinze dans cette usine, pour un salaire mensuel de 1 050 euros. <em>«Et encore, je suis un technicien, pas un simple ouvrier. Mais si l’on diminue mon salaire de 40%, je toucherai 600 euros. Qui peut vivre avec ça ?»</em> murmure-t-il en parcourant les hangars déserts.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Accident mortel</strong></span></p>
<p>Les machines immobiles ressemblent à des monstres de métal endormis. La Grèce antique avait son dieu du feu et de la métallurgie, Héphaïstos, fils de Zeus et d’Héra. Si laid et si difforme qu’à sa naissance, son divin père le balança du haut d’une falaise. Mais le petit dieu va survivre. Obstiné et travailleur, il réussira même à épouser la déesse de la beauté Aphrodite, qui le trompera allégrement avec le dieu de la guerre.</p>
<p>Les forgerons modernes s’estiment victimes d’un autre genre de trahison. D’après eux, c’est le dieu moderne du profit qui les place au bord du gouffre. Ils ont toujours travaillé dur. Pour fondre, tordre des blocs de fer et les transformer en tiges, qui viendront consolider les fondations en béton des bâtiments. C’était parfois dangereux. <em>«On était tellement poussés à augmenter les cadences que, par moments, on ne prenait plus les précautions nécessaires»,</em> se rappelle Charis. Il désigne une machine à compresser le métal : il y a un an, un homme s’est fait broyer la jambe ici. Juste un moment d’inattention, il en est mort. <em>«Des accidents comme ça, il y en a régulièrement, dit-il. Mais ça ne calme pas les cris des contremaîtres.»</em></p>
<p>Quand leur patron a dévoilé son intention de baisser les salaires et le temps de travail, les ouvriers ont d’abord proposé de sacrifier un mois de paye. <em>«On était prêts à accepter un mois de chômage technique sans solde pour lui permettre de remettre les comptes à flot, mais il n’a pas voulu, souligne Dimitri, un petit bonhomme aux cheveux gris. Il savait bien que les commandes continuaient à arriver. En passant aux cinq heures par jour, on casse la convention collective. Par la suite, il aurait été le seul à décider de nos horaires. C’est ça le but : imposer ce qu’ils appellent l’élasticité du marché du travail.»</em></p>
<p>Employé sur le site depuis dix-sept ans, Dimitri avait déjà du mal à joindre les deux bouts avec 1 100 euros par mois. Les traites de la maison à rembourser et deux enfants adolescents. <em>«En Grèce, nous n’avons jamais eu d’Etat-providence et même l’école n’est gratuite qu’en théorie»,</em> rappelle-t-il. Comme tous les petits Grecs, les enfants de Dimitri vont au soutien scolaire, privé et payant, chaque soir, après l’école. Pour couvrir ces frais, bien des parents sont contraints de s’endetter.</p>
<p>Avec la crise, la situation est devenue encore plus précaire : <em>«Cette année, beaucoup d’écoles ont reçu la consigne de ne pas chauffer les classes jusqu’à ce qu’il neige, et tant pis s’il gèle !»</em> s’indigne Dimitri. Sans oublier les pénuries de livres scolaires. Là encore, un phénomène nouveau : <em>«On nous a demandé de photocopier les rares manuels distribués, et bien sûr ce sont les parents qui payent toutes ces photocopies»,</em> ajoute Dimitri. A ses yeux, le combat des ouvriers doit avoir valeur d’exemple : <em>«Si nous cédons sur les horaires et les diminutions de salaires, ils feront pareil ailleurs.» </em>Comme ses camarades, il ne croit pas à <em>«l’alibi de la crise»</em> : en deux ans, la production a augmenté de 196 000 tonnes à 266 000 tonnes, palliant la faiblesse de la demande locale grâce une hausse des exportations. A l’entrée de l’usine, un lot destiné à Israël traîne dans la poussière. <em>«Le patronat veut profiter de cette crise pour affaiblir la classe ouvrière»,</em> lâche-t-il avec amertume.</p>
<p>Mais tous ne l’entendent pas ainsi. Les ouvriers du site de Volos, eux, ont accepté les exigences de Nikos Manessis : ils sont passés à la journée de cinq heures avec des salaires diminués de moitié. La peur du chômage a certainement joué. Une crainte d’autant plus forte que 65 ouvriers de l’usine d’Aspropyrgos ont été licenciés, par vagues successives, depuis le début de la grève. Profitant de cette division, la direction a fait passer l’essentiel de la production à Volos et attend que les grévistes s’épuisent et rendent les armes.</p>
<p><strong><span style="color: #800000;">De quoi tenir un siège</span></strong></p>
<p>Reste un atout, inattendu, qui a galvanisé les sidérurgistes en lutte. Depuis le lancement de leur action, un incroyable mouvement de solidarité à travers le pays s’est développé. Chaque jour, devant les portes de l’usine, arrivent des centaines de colis : lait, légumes, conserves, céréales, packs de boissons. De quoi tenir un siège ! Ou, à défaut, nourrir des familles dans le besoin, qui vivaient souvent avec un seul revenu, celui du sidérurgiste.</p>
<p>Mieux encore, une collecte de fonds a permis aux grévistes de disposer d’une cagnotte de 30 000 euros par mois. Chacun d’entre eux reçoit ainsi 100 euros par semaine. Ce n’est pas grand-chose, mais cette mobilisation silencieuse les encourage à poursuivre le combat. <em>«On a reçu des messages de solidarité et des dons de toute la Grèce, comme de nombreuses organisations syndicales à travers le monde»,</em> explique Dimitri. Soudain, il est au bord des larmes à l’évocation de cette institutrice de l’île de Samos qui a traversé la mer Egée pour leur apporter les économies récoltées dans son collège. Dans la petite cahute où les ouvriers se réfugient pour se réchauffer, les murs sont recouverts de dessins d’enfants qui évoquent la bataille livrée à l’usine d’Aspropyrgos. Dans le monde syndical grec, en revanche, seuls les communistes les soutiennent. <em>«Les autres syndicats sont trop proches du Parti socialiste qui participe au gouvernement»,</em> explique Nikos, un quadragénaire au regard fiévreux qui refuse désormais de payer ses impôts.</p>
<p>Depuis peu, le gouvernement a baissé le taux d’imposition des revenus les plus modestes et créé une taxe d’habitation. Prélevée avec la facture d’électricité, elle entraîne la coupure du courant en cas d’impayé. <em>«Qu’ils essayent !</em> grince Nikos. <em>De toute façon, avec nos 100 euros par semaine, on ne peut plus payer. Quand les employés de la compagnie viennent pour couper le courant, ils tombent sur des camarades qui les dissuadent de le faire</em>.»</p>
<p>Mais ces nouvelles taxes ne sont-elles pas imposées par Bruxelles pour redresser les finances du pays ? Nikos bondit : <em>«Jusqu’ici, j’avais toujours payé mes impôts, j’ai cotisé à ma caisse de retraite. Et maintenant, on vient m’expliquer que même avec 450 euros au chômage, je serai imposable et que ma retraite a fondu de moitié avant même que je sois en âge d’en profiter ? Mais je n’ai volé personne ! Pourquoi devrais-je accepter d’être réduit à la misère ?»</em></p>
<p>Après plusieurs semaines de grève, le dialogue est rompu avec le ministère du Travail comme avec la direction de l’usine. Curieusement, les médias grecs n’en parlent pas. Rien à la télé, juste quelques allusions dans la presse écrite pour évoquer la plus longue grève que connaît actuellement le pays. Mais grâce à Internet, les ouvriers sont parvenus à faire connaître leur combat. A Athènes, cette autocensure médiatique ne surprend personne : <em>«Les médias sont aux mains des grandes familles, des oligarques, proches de Nikos Manessis»,</em> assure un journaliste qui préfère rester anonyme.</p>
<p>La crise est pourtant omniprésente sur les écrans. On y évoque les nouvelles mesures préconisées par Bruxelles : une baisse du salaire minimum à 600 euros brut, et des coupes sévères dans le budget de la santé. <em>«Et quoi encore ?»</em> s’insurge Dimitri, qui se rappelle que la dernière fois qu’il est allé à l’hôpital, «<em>il n’y avait même plus de sparadrap</em>».</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6717&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/europe/grece/grece-les-siderurgistes-en-greve-depuis-octobre.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Grève à effet de levier sur le tarmac de l’aéroport de Francfort</title>
		<link>http://alencontre.org/europe/allemagne/greve-a-effet-de-levier-sur-le-tarmac-de-laeroport-de-francfort.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/europe/allemagne/greve-a-effet-de-levier-sur-le-tarmac-de-laeroport-de-francfort.html#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 19 Feb 2012 22:24:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Allemagne]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6711</guid>
		<description><![CDATA[Par rédaction A L’Encontre Depuis jeudi 16 février 2012, l’aéroport de Francfort/Main est fortement perturbé par la grève de 200 salarié·e·s de la sécurité aérienne (travaillant sur le tarmac). Francfort est parmi les deux plus grands hubs d’Europe. Ce conflit du travail, en phase de décollage, possède un caractère «insolite». Il soulève des questions décisives [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_6712" class="wp-caption alignleft" style="width: 408px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/image-318149-panoV9free-wvht.jpg"><img class=" wp-image-6712" title="Gewerkschaft bestreikt Frankfurter Flughafen" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/image-318149-panoV9free-wvht.jpg" alt="" width="398" height="191" /></a><p class="wp-caption-text">Dormir en sécurité à l&#39;aéroport de Francfort: la solution de Fraport?</p></div>
<p><strong>Par rédaction <em>A L’Encontre</em></strong></p>
<p><strong>Depuis jeudi 16 février 2012, l’aéroport de Francfort/Main est fortement perturbé par la grève de 200 salarié·e·s de la sécurité aérienne (travaillant sur le tarmac). Francfort est parmi les deux plus grands hubs d’Europe. Ce conflit du travail, en phase de décollage, possède un caractère «insolite». Il soulève des questions décisives liées à la défense collective des conditions de travail et de salaire dans un secteur des transports en pleine réorganisation<span id="more-6711"></span> (voir  à ce propos, sur ce site, nos articles sur les conducteurs de train, entre autres en date du 5 mars 2011 – onglet Allemagne). Le vendredi 17 février 2012,  295 vols ont été supprimés sur 1082, avant tout les vols de courte et moyenne distance. L’épreuve de force, comme toujours dans de telles grèves, se fait sur la capacité – ou non – de l’opérateur de l’aéroport d’assurer au moins 50% des envols et des atterrissages. Ce que la société Fraport a immédiatement proclamé, en mobilisant du personnel de remplacement. Et, comme c’est la coutume, la société affirme que le personnel fraîchement formé manifeste une «courbe d’apprentissage» très bonne! La priorité n’est plus la sécurité et le flicage par des «cadres» – plus ou moins ouvert – du personnel de sécurité, dans ses diverses fonctions. Pour le patronat, il faut, d’abord, casser le mouvement de grève et le syndicat, en particulier en le frappant au porte-monnaie (par le moyen de procès). Pour les vols à courte – et certains à moyenne – distance est mis en place un système d’échange des billets: de l’avion au train. Durant le week-end, la grève a été suspendue. Mais, face  à la brutalité de la riposte patronale, le dimanche 19 février 2012, le syndicat des salarié·e·s de la sécurité a annoncé une grève de 24 heures pour le lundi 20 février (<em>Spiegel online</em>, 19 février 2012).  Lufthansa a déjà décommandé 200 vols. Nous offrons ci-dessous, à nos lectrices et lecteurs,  la traduction d’un article de la <em>Frankfurter Rundschau, </em>datant du vendredi 17 février 2012, donnant un bref aperçu de la situation sous forme de questions-réponses.  Le quotidien <em>Süddeutsche Zeitung</em>, du 16 février 2012, apporte, de même, des informations supplémentaires, utiles sur les types de tâches en vigueur à l’aéroport de Francfort et le morcellement des statuts. Nous publions donc de même un extrait de cet article. Les notes – fournies – et le titre sont  de la rédaction. </strong></p>
<p align="center"><span style="color: #800000;"><strong>*****</strong></span></p>
<p>C’est la première grève sur le tarmac de l’aéroport de Francfort/Main [depuis son ouverture en 1936]. Le syndicat de la sécurité aérienne (Gewerkschaft der Flugsicherung, GdF) a donné à 200 employé·e·s la consigne de cesser le travail de 15h à 22h. Vendredi [le 17 février 2012], la grève doit se prolonger de 8 heures à 22 heures.</p>
<p><strong>Quel est l’objet du conflit?</strong></p>
<p>Le syndicat de branche [1] GdF veut imposer une hausse drastique des salaires. La société d’exploitation de l’aéroport, Fraport [2], considère toutefois de telles revendications comme «abusives», car elles déstabiliseraient l’ensemble du système salarial au sein de l’entreprise. Un verdict de conciliation, rédigé par l’ancien maire de Hambourg, Ole von Beust [3], du Parti chrétien-démocrate d’Allemagne (CDU), a été refusé par la société d’exploitation. Selon le syndicat GdF, la conciliation proposait des augmentations du salaire de 800 à 1 800 euros pour la plupart des salarié·e·s, ceci étalé sur les quatre années à venir. Le porte-parole du GdF, Matthias Maas, estimait jeudi que de telles augmentations salariales reviendraient bien meilleur marché à l’entreprise aéroportuaire que deux jours de grève.</p>
<p><strong>Comment les compagnies d’aviation réagissent-elles au conflit du travail?</strong></p>
<p>Tous les passagers ont été appelés à contrôler sur Internet si leur avion partait ou si le vol était annulé. Le plus gros client de l’aéroport, la compagnie d’aviation allemande Lufthansa [qui possède <em>Swiss </em>et contrôle le hub de Zurich], a dû annuler 100 vols jeudi 16 février entre 15h et 23h. Les vols nationaux et européens ont été touchés, tandis que tous les vols intercontinentaux ont pu être assurés. Selon les informations reçues à la rédaction de ce journal [jeudi 16 février vers 15h], plus de la moitié des vols européens ont été annulés. Dans l’ensemble de la journée du 16 février, près de 160 vols ont été annulés. Pour [la journée du 17 février], la Lufthansa a retiré 250 vols de son planning [4].</p>
<p><strong>Quelle est l’opinion de la Lufthansa sur la grève?</strong></p>
<p>Le porte-parole de la Lufthansa, Thomas Jachnow, juge [la grève] <em>«totalement disproportionnée et inappropriée»</em>. Pour les négociations salariales, il estime que <em>«de nouvelles règles du jeu doivent être définies»</em>. Alors que Fraport est la cible de la grève, c’est la Lufthansa qui doit, selon ses dires, supporter les frais et les passagers seraient les plus touchés. Une action en dommages et intérêts a été intentée contre GdF, celle-ci ne concerne toutefois pas le conflit actuel, mais l’annonce d’une grève des aiguilleurs du ciel en août 2011 [5]. Selon GdF, la plainte porte sur un montant de 1,7 million d’euros.</p>
<p><strong>Quelles mesures ont été prises par Fraport pour parer à la paralysie de l’aéroport?</strong></p>
<p>Les cadres et les anciens travailleurs du tarmac [qui ont gravi les échelons de l’entreprise Fraport] ont été entraînés pour pouvoir remplacer [les grévistes]. Près de 50% des vols et mouvements au sol devraient ainsi pouvoir être effectués.</p>
<p><strong>Est-ce que cela ne va pas poser des problèmes de sécurité?</strong></p>
<p>GdF a exprimé son inquiétude quant à ce problème. Fraport répète de son côté que la sécurité reçoit la plus haute priorité. Selon l’argumentation de Fraport, les employé·e·s qui conduisent les véhicules baptisés Follow-Me [chargés de piloter les avions au sol jusqu’à leur place de stationnement], ou bien ceux qui travaillent dans la centrale chargée d’attribuer les portes de débarquement/embarquement, n’ont pas de formation d’aiguilleurs du ciel. Toujours selon l’entreprise, c’est précisément à cause de cette différence de qualification que ce type de travail est comparable [aux activités de <em>ground handling</em>], comme les contremaîtres (<em>Lademeister</em>) et employés (<em>Flugzeugabfertiger</em>) exécutant le chargement des avions. Pour cette raison, le directeur du personnel de Fraport, Herbert Mai, ne peut pas s’imaginer prendre en compte les revendications de GdF en ce qui concerne la centrale du trafic au sol et la surveillance des aires de trafic et de stationnement des avions [y compris les véhicules Follow-Me] [6]. Par contre, le directeur du personnel fait montre d’une ouverture concernant les postes de contrôleurs du tarmac,qui opèrent à partir d’une tour de contrôle indépendante et qui guident les mouvements des avions au sol.</p>
<p><strong>Quelle est la position du <em>Betriebsrat </em>[comité des représentants du personnel, souvent plus ou moins «coopté» par la direction] de Fraport?</strong></p>
<p>Les représentants du personnel considèrent les revendications de GdF comme <em>«complètement exagérées».</em> Le <em>Betriebsrat</em> rappelle la lutte menée de manière collective par les 11’000 salarié·e·s de l’aéroport contre l’externalisation des services de trafic au sol [7]. Toujours selon les représentants du personnel, des augmentations salariales pour ceux du tarmac signifieraient des économies sur le dos des autres salarié·e·s.</p>
<p align="center"><span style="color: #800000;"><strong>*****</strong></span></p>
<p>[Les salarié·e·s désignés sous le nom de] contrôleurs au sol (<em>Vorfeldkontrolleure</em>) ne sont pas titulaires d’une formation semblable à celle des aiguilleurs du ciel, mais ont reçu une formation spéciale interne à l’entreprise à l’issue de laquelle ils obtiennent une licence de sécurité. Ils sont chargés de conduire les pilotes sur les aires de trafic et de stationnement, ainsi qu’aux portes d’embarquement. Les salarié·e·s du contrôle au sol opèrent également depuis les véhicules «Follow-Me», qui guident directement les avions dans le dédale de l’aéroport. Seuls les aéroports de Dresde, Hambourg, Munich, Francfort et bientôt Berlin possèdent un contrôle du trafic au sol indépendant. Dans les autres aéroports, ces tâches sont effectuées conjointement au contrôle des avions en vol par les employé·e·s de la <em>Deutsche Flugsicherung</em> (sécurité aérienne allemande) [8].</p>
<p>Dans le présent conflit (…), la firme Fraport a refusé la proposition de conciliation du politicien de Hambourg Ole von Beust et laissé – sans réaction aucune – s&#8217;écouler le délai que lui avait donné le syndicat GdF pour s’expliquer.  (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>_______</p>
<p>[1] Le terme <em>Spartengewerkschaft</em>, syndicat de branche, désigne en Allemagne un type d’organisations de défense de salarié·es qui sont indépendantes des grandes centrales et actives dans un secteur particulier de l’économie. En particulier les <em>Spartengewerkschaften</em> des médecins (Marburger Bund), des pilotes (Cockpit) et des conducteurs de train (GdL) ont fait parler d’eux ces dernières années par leurs revendications et grèves radicales, contestées par les «sommets» syndicaux.</p>
<p>[2] En 2010, la société Fraport employait 19’425 salarié·e·s et faisait un chiffre d’affaires de 2194 millions d’euros; elle est aussi active au plan international par l’intermédiaire de contrôle et participation à des sociétés aéroportuaires de par le globe. Actionnaire majoritaire: le Land de Hesse.</p>
<p>[3] De son vrai nom Carl-Friedrich Arp Ole Freiherr von Beust (né en 1955), l’ancien maire de Hambourg travaille actuellement comme consultant chez Roland Berger. Il est, entre autres, connu pour ses grandes campagnes de privatisation, touchant les hôpitaux publics, les entreprises portuaires de Hambourg (HHLA) et les centrales électriques municipales (HEW).</p>
<p>[4] L’aéroport de Francfort/Main a assuré 453’000 vols européens (départs et arrivées) (deuxième place en Europe après Paris/Charles-de-Gaulle; neuvième plus gros aéroport mondial) et 464’000 vols nationaux (première place devant l’aéroport de Munich) en 2010. Ces chiffres atteignent une moyenne journalière de 2583 vols.</p>
<p>[5] En août 2011, GdF avait annoncé une grève des 1900 aiguilleurs du ciel en Allemagne (sur un total de 5000 employé·e·s de la sécurité aérienne), tandis que l’entreprise publique de sécurité aérienne, la Deutsche Flugsicherung (DFS), refusait une conciliation suite à l’échec des négociations salariales [tarifaires]. Le jugement du Tribunal du travail du Land de Hesse, reconnaissant le recours à la grève comme légitime, avait pris de court l’entreprise publique. Elle s’était résignée à accepter une conciliation un jour avant la grève prévue, suspendant ainsi les mesures de lutte (<em>Financial Times Deutschland</em>, 9 août 2012). Le conflit s’est terminé en octobre 2011 avec d’importantes augmentations de salaire pour les salarié·e·s de la sécurité aérienne (voir à ce propos <em>Labournet</em>, rubrique <em>Flugverkehr</em>).</p>
<p>[6] Tout en évoquant abstraitement la sécurité, l’article ne fait aucune mention des conditions dans lesquelles ces tâches professionnelles sont effectuées. Or, il est reconnu que celles-ci sont hautement dangereuses et éprouvantes pour la santé, en particulier à cause du bruit des moteurs et des particules de kérosène en suspension dans l’air.</p>
<p>[7] En octobre 2011, le syndicat majoritaire ver.di a commencé une campagne contre les plans de démembrement de l’entreprise Fraport. Ils impliquent, entre autres, la dérégulation des services de trafic au sol, conformément aux projets impulsés par la Commission européenne dans ce secteur (<em>Labournet</em>, rubrique <em>Flugverkehr</em>).</p>
<p>[8] Cet élément clé – visiblement inconnu de la journaliste du <em>Frankfurter Rundschau</em> – explique pourquoi le syndicat GdF, qui a obtenu des augmentations salariales pour les employé·e·s de la Deutsche Flugsicherung en octobre 2010, veut imposer les mêmes acquis dans les gros aéroports, où il existe des statuts différents pour le contrôle au sol.</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6711&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/europe/allemagne/greve-a-effet-de-levier-sur-le-tarmac-de-laeroport-de-francfort.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le néolibéralisme et la fin de la réduction du temps de travail</title>
		<link>http://alencontre.org/economie/le-neoliberalisme-et-la-fin-de-la-reduction-du-temps-de-travail.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/economie/le-neoliberalisme-et-la-fin-de-la-reduction-du-temps-de-travail.html#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 19 Feb 2012 09:22:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et santé]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6652</guid>
		<description><![CDATA[Par Christoph Hermann Tandis qu’au cours des crises précédentes la réduction du temps de travail était discutée comme une mesure propre à combattre la croissance du chômage, une caractéristique frappante de la crise économique – qui a débuté en 2007 ­ – réside dans le fait que la réduction des horaires de travail ne se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/b590d.jpg"><img class="alignleft  wp-image-6653" title="b590d" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/b590d-300x189.jpg" alt="" width="314" height="198" /></a><strong>Par Christoph Hermann</strong></p>
<p>Tandis qu’au cours des crises précédentes la réduction du temps de travail était discutée comme une mesure propre à combattre la croissance du chômage, une caractéristique frappante de la crise économique – qui a débuté en 2007 ­ – réside dans le fait que la réduction des horaires de travail ne se trouve dans aucun «agenda politique». Pas même en France et en Allemagne, deux pays qui furent champions de la réduction du temps de travail introduisant – partiellement et avec des mesures de flexibilisation – la semaine de 35 heures au cours des années 1980 et 1990 pour faire face à un taux de chômage élevé.<span id="more-6652"></span></p>
<p>Il s’agit bien d’un des traits les plus remarquables de la crise présente; cela d’autant plus que l’introduction temporaire d’un temps de travail réduit au cours des crises dans de nombreux pays européens a, en fait, prouvé que la réduction du temps de travail était un instrument effectif pour éviter le chômage (même si cela n’affecte pas la croissance des inégalités résultant du maintien d’un régime capitaliste) [1].</p>
<p>Alors que le capital européen a accepté  la réduction du temps de travail au cours de la première phase de la crise [années 1974-1975 et 1980-1981], les employeurs ont rapidement réintroduit leurs revendications d’un allongement des horaires de travail et d’une plus grande flexibilité alors que la croissance a commencé à se redresser, un peu, en 2010; sans mentionner l’utilisation du chômage partiel.</p>
<p>Dans nombre de pays, les gouvernements ont même annoncé, comme partie d’une série de mesures d’austérité visant à limiter les déficits budgétaires engendrés par la crise, l’augmentation de l’âge donnant droit au départ à la retraite. L’abaissement de l’âge de la retraite ainsi que les possibilités de départ à la retraite anticipé faisaient partie des mesures utilisées au cours des années 1980 avec pour objectif de créer des possibilités d’emplois pour les jeunes travailleurs. Dans un renversement complet des arguments utilisés au cours de cette période, les travailleurs sont aujourd’hui appelés à travailler plus longtemps et durant un plus grand nombre d’années afin de préserver leurs emplois et la possibilité de recevoir une pension.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>L’augmentation des horaires de travail </strong></span></p>
<p>Fait tout à fait étonnant, aux Etats-Unis, en 2000, la moyenne hebdomadaire du temps de travail était supérieure de 1,6 heure par rapport à ce qu’elle était en 1970 [2]. A partir de la fin des années 1990, les travailleuses et travailleurs américains travaillèrent plus d’une semaine supplémentaire par année par rapport à ce qu’ils travaillaient dans les années 1980. Dans l’industrie, un secteur où le taux de travail à temps partiel est traditionnellement bas, la différence entre 1975 et 2000 s’élevait à plus de deux semaines. En Suède, les chiffres indiquent également une forte tendance à la hausse du nombre annuel d’heures de travail, déjà au cours de la fin des années 1980 La différence s’élève à 80 heures par année entre 1990 et 2000. Cependant, une partie de la hausse du temps de travail peut être expliquée en raison du nombre croissant de femmes qui passèrent d’un emploi à temps partiel à celui à temps complet.</p>
<p>Au cours de la décennie 1980, le nombre d’heures de travail annuel a sensiblement crû en Grande-Bretagne, de 70 heures entre 1981 et 1989. Il a toutefois reculé dans les années 1990. La moyenne annuelle de 2001 était pratiquement la même qu’en 1981. Le Canada a également connu une augmentation des heures de travail au cours de la décennie 1990, avec pour résultat qu’en 1999 les travailleuses et travailleurs travaillaient 13 heures de plus par année qu’en 1991. Toutefois, contrairement à la Grande-Bretagne, les heures de travail au Canada ont quelque peu diminué à partir de 2000. En Allemagne et en France la moyenne annuelle des heures de travail a encore diminué au cours des décennies 1980 et 1990, mais dans ces deux pays elle a stagné ou même un peu augmenté entre 2003 et 2008.</p>
<p>La comptabilité de la moyenne annuelle des horaires de travail par travailleur inclut ceux qui sont actifs à temps partiel. Si nous observons exclusivement les heures à plein temps, le temps de travail a plus ou moins stagné en Allemagne entre 1992 et 2006 et entre 2003 et 2008 en France. Il y a cependant un changement remarquable au sein même de la structure des personnes travaillant à plein temps. En Allemagne, par exemple, la proportion de travailleurs actifs entre 36 et 39 heures par semaine est passée de 53% en 1995 à 21% en 2008 tandis que la proportion de ceux qui travaillent 40 heures est passée de 31% à 46% au cours de la même période.</p>
<div id="attachment_6656" class="wp-caption alignnone" style="width: 586px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/b590b.jpg"><img class="size-full wp-image-6656" title="b590b" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/b590b.jpg" alt="" width="576" height="409" /></a><p class="wp-caption-text">Temps de travail moyen annuel par travailleurs individuel - OCDE; * jusqu&#39;en 1990 pour l&#39;Allemagne de l&#39;Ouest; ** Tous les travailleurs et travailleuses.</p></div>
<div id="attachment_6661" class="wp-caption alignnone" style="width: 588px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/percapital.jpg"><img class=" wp-image-6661" title="percapital" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/percapital.jpg" alt="" width="578" height="412" /></a><p class="wp-caption-text">Temps de de travail per capita - OCDE et calcul de l&#39;auteur.</p></div>
<p>Le changement radical dans les politiques ayant trait aux horaires de travail est même plus frappant si l’on considère le nombre d’heures de travail par tête (ce qui inclut les personnes avec ou sans emploi, donc la population dite active). Entre 1985 et 2000, le nombre d’heures par tête à crû aux Etats-Unis de 18% tandis que le Canada a enregistré une augmentation identique entre 1970 et 2008. En Grande-Bretagne, le nombre d’heures par tête a pratiquement stagné entre 1980 et 2008. Il en a été de même en Suède entre 1985 et 2008. Selon l’OCDE: <em>«Le renversement de la tendance à la diminution des heures de travail par tête au cours de la décennie 1990 s’est généralisé parmi les régions et pays de l’OCDE avec seulement quelques exceptions qui enregistrent encore des diminutions significatives.» </em>[3]</p>
<p>La France et l’Allemagne figuraient parmi les rares pays qui enregistraient encore une diminution du nombre d’heures de travail par tête au cours des années 1990. Toutefois, au milieu des années 1990, dans ces deux pays, cette tendance à la baisse s’est arrêtée avec des «volumes» d’heures de travail par tête qui ont largement stagné entre 1995 et 2008. Une autre façon d’observer les mêmes tendances est de comparer le nombre d’heures de travail par ménage plutôt que par travailleur individuel. La semaine de travail (payée) combinée des couples mariés aux Etats-Unis a crû de 52,2 heures à 63,1 heures entre 1970 et 2000 [4].</p>
<p>L’absence, dans les débats publics des principaux pays capitalistes, de la question de la réduction des heures de travail comme «remède partiel», possible, au chômage au cours de cette crise est l’aboutissement d’un long processus. Au cours des trois dernières décennies la tendance à la diminution des heures de travail sur l’ensemble du siècle s’est nettement ralentie. Dans la plupart des pays, elle s’est même arrêtée. L’OCDE, le FMI et la Commission européenne se sont réjouis de ce processus, l’analysant comme une amélioration du taux «d’utilisation du travail» <em>(labour utilization)</em>. Bien que ces institutions ne fournissent pas une définition claire de cette notion de taux d’utilisation du travail, elle est censée refléter l’intensité du travail (qui est habituellement calculé en termes de productivité), ainsi que le nombre total d’heures de travail dépensées par une population particulière (le taux de chômage, le temps global consacré à la formation, l’étendue de la vie professionnelle, etc.). En tant que telle, cette notion se rapproche de ce que les marxistes comprennent comme étant le taux d’exploitation.</p>
<p>Il faut souligner ici que la moyenne d’heures de travail n’est pas la seule donnée importante. Les taux d’emploi (c’est-à-dire la proportion de la population qui travaille pour de l’argent) et le nombre d’années nécessaires aux travailleurs avant qu’ils puissent partir à la retraite sont tout aussi importants. En raison de l’augmentation de l’âge de la retraite, ainsi que de la flambée des taux d’emplois féminins, l’utilisation du travail en Europe a crû à un rythme plus rapide qu’aux Etats-Unis au cours de la seconde moitié des années 1990 (ainsi que l’indique fièrement la Commission européenne dans son rapport <em>Employment in Europe 2007</em>) [5].</p>
<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/basso2.jpg"><img class="alignright  wp-image-6689" title="basso2" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/basso2.jpg" alt="" width="213" height="115" /></a>La croissance du taux d’utilisation du travail est une caractéristique essentielle de l’époque du néolibéralisme. Des horaires de travail d’une durée croissante, flexibles et fragmentés constituent une spécificité du «mode de vie» néolibéral. Malgré des différences notables en termes de diverses durées  – quotidienne, hebdomadaire et annuelle de travail – tous les pays développés ont accepté la nécessité d’une croissance des taux d’emploi ainsi que de rendre les horaires de travail plus flexibles, ces deux aspects alimentant l’utilisation du travail.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>La polarisation du temps de travail </strong></span></p>
<p>Au cours de la période néolibérale les pays n’ont toutefois que rarement modifié les dispositions légales – ou les contrats collectifs – ayant trait aux limitations du temps de travail. Au lieu de cela, il y a eu: un affaiblissement des normes collectives touchant au temps de travail par le biais de concessions et de suppressions de limites précédentes; l’érosion et la décentralisation des négociations; l’introduction de nouvelles formes de flexibilisation qui rendent difficile tout contrôle sur le temps de travail, notamment par le biais de «comptes individuels» de temps de travail; l’individualisation des horaires de travail au travers de l’introduction de mécanismes de dispenses de respect de certaines limites usuelles (comme, par exemple, la possibilité de travailler jusqu’à 60 heures par semaine introduite dans l’Etat de l’Ontario, au Canada); ou encore l’acceptation d’un important «stock» d’heures supplémentaires (tel que cela est pratiqué en France depuis 2002 afin «d’atténuer» les effets de la semaine de 35 heures).</p>
<p>Les atteintes aux normes du temps de travail ont été complétées par un passage à des politiques basées sur la «protection sociale» à des politiques fondées sur l’obligation à «l’employabilité» pour pouvoir bénéficier des diverses allocations [ledit <em>workfare,</em> ou politique d’activation des chômeuses et chômeuses], contraignant un nombre accru de personnes à travailler et les obligeant à le faire plus longtemps avant de pouvoir prendre leur retraite. L’individualisation et la flexibilisation sont basées sur une augmentation de la concurrence plutôt que sur les préférences des travailleurs. Cette dynamique affaiblit considérablement la solidarité au sein de la classe laborieuse. Le résultat de cela est que ces transformations sont alimentées par la concurrence et non par une extension pure et simple de la journée ou de la semaine de travail. De ce fait, une polarisation du temps de travail se produit avec une proportion croissante de travailleurs qui travaillent soit avec des horaires particulièrement longs, soit particulièrement courts.</p>
<p>La Grande-Bretagne se distingue pour sa répartition inégale des heures de travail. Bien que la polarisation ait diminué un peu au cours des dernières années, il n’en demeure pas moins que près d’un tiers des employé·e·s britanniques travaillaient entre 30 et 40 heures en 2008. En outre, 30% des travailleurs masculins travaillaient plus de 45 heures par semaine tandis que 12% des femmes travaillaient moins de 16 heures par semaine. En Allemagne, 46% des travailleurs masculins travaillaient encore 40 heures par semaine en 2008. Toutefois, la proportion de travailleurs masculins actifs entre 41 et 48 heures a plus que doublé entre 1995 et 2008. Au cours de la même période, la proportion de femmes exerçant un travail salarié moins de 20 heures a crû de 60%.</p>
<p>La proportion de travailleurs actifs 40 heures par semaine aux Etats-Unis est passée de 48% en 1970 à 41% en 2000. La proportion de ceux qui travaillent 50 heures et plus par semaine est passée de 21% à 26,5% au cours de la même période. Le Canada a également enregistré une polarisation croissante des horaires de travail entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990. Cette tendance s’est un peu inversée entre 1997 et 2006. En France et en Suède, les horaires de travail sont distribués d’une façon plus uniforme avec une proportion comparativement plus faible de la force de travail active moins de 30 heures par semaine. Toutefois, la proportion des hommes actifs 40 heures et plus en France est passée de 20% en 2002 à 35% en 2008.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Temps de travail et solidarité de la classe laborieuse</strong></span></p>
<p>L’érosion des normes collectives des horaires de travail s’est partiellement produite sous l’effet des offensives patronales contre les syndicats et les «négociations collectives» ainsi que par l’adoption de législations antisyndicales. Toutefois, les appareils syndicaux eux-mêmes ont soutenu indirectement cette transformation lorsqu’ils ont sacrifié la revendication de la réduction du temps de travail comme faisant partie des concessions à accorder dans le cadre des négociations ou lorsqu’ils ont accepté que le temps de travail devait être négocié entreprise par entreprise, plutôt qu’au niveau d’une branche économique. En acceptant des horaires de travail plus longs, même comme une exception temporaire, les syndicats se sont rendus à une logique de négociation fondée sur la concurrence intercapitaliste et ont au moins implicitement reconnu que des horaires de travail plus élevés peuvent «sauver les emplois».</p>
<p>Des horaires de travail plus élevés alimentent pourtant le chômage plutôt qu’ils ne le résolvent. La puissance du mouvement des travailleurs et des travailleuses s’est, par conséquent, encore détériorée, laissant ces derniers encore plus vulnérables face aux revendications du capital. Dans certains pays, les représentants des travailleurs purent encore obtenir une réduction des horaires de travail au cours de la décennie 1990. Cependant, avec la flexibilisation et le passage à une négociation entreprise par entreprise, ils en paient un prix très élevé. La flexibilisation n’est alors plus très éloignée d’une individualisation des règles et des horaires de travail, ce qui conduit à des exemptions supplémentaires ainsi qu’à une érosion accélérée des négociations collectives. Depuis que la flexibilisation marche main dans la main avec la marchandisation, les horaires de travail réduits et flexibles deviennent rapidement longs et encore plus flexibles.</p>
<p><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/b590.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-6654" title="b590" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/b590-231x300.jpg" alt="" width="231" height="300" /></a>Dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les syndicats ont troqué à plusieurs reprises la revendication d’une diminution des horaires de travail contre des salaires plus élevés, ainsi qu’une croissance (matérielle) des niveaux de vie. Des théoriciens comme André Gorz ont critiqué cette attitude parce qu’au lieu de libérer le Travail de la domination du Capital, l’accélération du cycle temps de travail contre un peu plus d’argent rendait les travailleurs même encore plus dépendants du Capital [6]. Ce cycle d’accumulation n’était pas seulement fondé sur une exploitation croissante de la force de travail, mais également sur celle des ressources naturelles. Marx, pour sa part, avait déjà souligné les similitudes existant entre la surexploitation du travail et la surexploitation du sol. La réduction du temps de travail a ainsi été préconisée comme mesure vitale afin d’atteindre une forme plus soutenable de la reproduction humaine aussi bien que d’étendre le règne de la liberté sur la domination capitaliste.</p>
<p>Depuis les années 1980, les salaires réels au sein des principaux pays capitalistes ont augmenté modérément, pour autant qu’ils aient augmenté. Préférant troquer la réduction du temps de travail contre des revenus plus élevés, les familles de salariés se trouvent maintenant dans une situation où elles doivent passer plus de temps au travail afin de maintenir leurs niveaux de vie. Il est ainsi devenu encore plus difficile pour les syndicats de convaincre leurs membres de se battre pour des réductions du temps de travail. La diminution du temps de travail n’est toutefois pas seulement une réduction hebdomadaire ou quotidienne du temps de travail, mais se manifeste aussi sous la forme de pauses payées ou des départs à une retraite anticipée. Ces formes se trouvent au cœur de tout effort visant à relancer la solidarité de la classe laborieuse.</p>
<p>Parce qu’elle ne dépend pas des coûts locaux (par pays) de la vie, la diminution des heures de travail peut être – et devrait être – une revendication internationale partagée par les travailleuses et travailleurs de différents pays (ainsi que l’avait montré le mouvement pour la journée de travail de 8 heures à la fin du XIXe siècle). En distribuant le travail disponible entre un nombre élargi de travailleuses et travailleurs, la réduction du temps de travail ne bénéficie pas seulement aux membres des syndicats, mais également à ceux qui n’ont pas d’emploi. Il s’agit là effectivement d’un motif important dans la lutte historique pour une réduction du temps de travail.</p>
<p>La réduction du temps de travail offre aux gens la possibilité de commencer à songer – et à expérimenter – à des modes de vie alternatifs, non capitalistes et plus démocratiques. Par exemple, certains travailleurs qui ont réduit leurs heures de travail en raison des mesures prises lors de la crise ne souhaitent pas retourner à un travail à temps plein.</p>
<p>En outre, la réduction du temps de travail rend plus facile la répartition entre le travail payé et non payé ainsi que de façon plus égale entre les sexes. Ce n’est pas par hasard que les féministes suédoises, dans les années 1970, revendiquaient la mise en place générale de la semaine de 30 heures. La réduction du temps de travail est cruciale pour que puisse se reconstituer – entre autres dans cette lutte – la capacité du mouvement de la classe laborieuse à se confronter au Capital ainsi qu’à construire une société plus égalitaire et écologiquement soutenable. (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>_____</p>
<p>* Christoph Hermann est chercheur au Centre de la vie active de Vienne et enseigne à l’Université de Vienne.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[1] Steffen Lehndorff, <em>Before the Crisis, in the Crisis, and Beyond: The upheaval of collective bargaining in Germany</em>, Institute for Work, Skills, and Training, University Essen-Duisburg, 2010.</p>
<p>[2] Ellen R. McGrattan et Richard Rogerson, <em>Changes in Hours Worked, 1950–2000</em>, Federal Reserve Bank of Minneapolis Quarterly Review, 28: 1 (2004), p. 17.</p>
<p>[3] OECD, <em>OECD Employment Outlook 2004</em>. Paris, OECD, 2004.</p>
<p>[4] J.A. Jacobs et K. Gerson, <em>Understanding changes in American Working time</em> in <em>Fighting for Time: Shifting boundaries of work and social life</em>, eds., C. F. Epstein et A. L. Kalleberg. New York, Russel Sage, 2004, pp. 25-45.</p>
<p>[5] Commission européenne, <em>Employment in Europe 2007</em> (Brussels: European Commission, 2007), pp. 127-8.</p>
<p>[6] Voir, par exemple, André Gorz, <em>Capitalism, Socialism, Ecology</em>. London: Verso, 1994 [Ed. française publiée chez Galilée en 1991 sous le titre <em>Capitalisme, socialisme, écologie. Désorientations. Orientations</em>].</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6652&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/economie/le-neoliberalisme-et-la-fin-de-la-reduction-du-temps-de-travail.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Fraga: un «homme d’Etat», un homme de cet Etat!</title>
		<link>http://alencontre.org/europe/espagne/fraga-un-homme-detat-un-homme-de-cet-etat.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/europe/espagne/fraga-un-homme-detat-un-homme-de-cet-etat.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 17 Feb 2012 18:57:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Espagne]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6633</guid>
		<description><![CDATA[Par Miguel Romero L’Etat espagnol et le nouveau gouvernement conservateur du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, ainsi que presque tous les médias du royaume ont fait à Manuel Fraga Iribarne des funérailles quasiment nationales et une cérémonie grandiose dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Manuel Fraga Iribarne (23 novembre 1922-16 janvier 2012) a été ministre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_6635" class="wp-caption alignleft" style="width: 408px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/1326667866892fraga1c4.jpg"><img class=" wp-image-6635" title="1326667866892fraga1c4" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/1326667866892fraga1c4-300x191.jpg" alt="" width="398" height="254" /></a><p class="wp-caption-text">Le dictateur Franco et Manuel Fraga Iribarne</p></div>
<p><strong>Par Miguel Romero</strong></p>
<p><strong>L’Etat espagnol et le nouveau gouvernement conservateur du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, ainsi que presque tous les médias du royaume ont fait à Manuel Fraga Iribarne des funérailles quasiment nationales et une cérémonie grandiose dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.</strong></p>
<p><strong>Manuel Fraga Iribarne (23 novembre 1922-16 janvier 2012) a été ministre de l’Information et du Tourisme sous Franco, de 1962 à 1969. Le dictateur Francisco Franco disparut le 20 novembre 1975. <span id="more-6633"></span>Manuel Fraga Iribarne fut ministre de l’Intérieur dans le premier gouvernement du roi Juan Carlos Ier (1975-1976). Ce premier gouvernement, légèrement post-franquiste, était présidé par Carlos Arias Navarro (décembre 1975-juilllet 1976). Fraga en était aussi le vice-président. Comme ministre de l’Intérieur, suite à une intervention brutale de la police à Vitoria (Pays basque), en 1976, Fraga utilisa la formule <em>«la calle es mia»,</em> autrement dit «la rue m’appartient». C’est ainsi qu’il justifia l’assassinat de nombreux manifestants à Vitoria. En 1963, comme ministre de la dite Information, il avait déjà qualifié Julian Grimau, dirigeant du Parti communiste d’Espagne (PCE), de criminel et justifié sa condamnation à mort. Plus tard, pour démontrer sa constance réactionnaire, il vota, au Sénat, contre la réhabilitation de Grimau (<em>El Pais,</em>15 novembre 2006). </strong></p>
<div id="attachment_6638" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/Manuel-Fraga-Jose-Maria-Aznar_ESTIMA20120116_0021_11.jpg"><img class="size-medium wp-image-6638" title="Manuel-Fraga-Jose-Maria-Aznar_ESTIMA20120116_0021_11" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/Manuel-Fraga-Jose-Maria-Aznar_ESTIMA20120116_0021_11-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">José Maria Aznar et Fraga, les complices du PP</p></div>
<p><strong>En 1976, il crée l’Alliance populaire (AP) qui regroupe diverses forces politiques issues du franquisme et des formations «rénovées» de la droite. L’AP fusionnera en 1989 avec d’autres forces politiques de droite pour former le Parti populaire (PP), sous la houlette de José Maria Aznar, un proche de Fraga. Jusqu’à sa mort, Fraga fut le président d’honneur («président-fondateur») du PP. Il joua un rôle important dans la dite Transition et fut à ce titre un des sept membres – qualifiés de «pères de la Constitution» – qui dirigèrent la rédaction de la loi constitutionnelle publiée en 1978. Parmi ces «pères», on trouve Gregorio Peces Barba, juriste, qui a adhéré au PSOE en 1972, alors dans une situation de clandestinité relative. De retour en Espagne, après des études en France – où il consacra sa thèse au catholique conservateur Jacques Maritain –, il s’est vu suspendu de l’ordre des avocats et même arrêté en 1971 par la police franquiste. Y siégeait aussi Jordi Solé Tura, qui s’est exilé en France au début des années 1960 et dont le parcours politique est complexe et sinueux. Après avoir rejoint le Parti socialiste unifié de Catalogne en 1973, il y défend les thèses eurocommunistes. C’est en tant que député de la province de Barcelone, lors des élections constituantes de juin 1977, qu’il participera au groupe des «pères de la Constitution», y représentant les «communistes»</strong></p>
<div id="attachment_6641" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/Manuel-Fraga-junto-Felipe-Gonzalez_ESTIMA20120116_0020_11.jpg"><img class="size-medium wp-image-6641" title="Manuel-Fraga-junto-Felipe-Gonzalez_ESTIMA20120116_0020_11" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/Manuel-Fraga-junto-Felipe-Gonzalez_ESTIMA20120116_0020_11-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Felipe Gonzalez (PSOE) et Fraga, la complicité parlementaire de la «transition démocratique»</p></div>
<p><strong>La disparition de Fraga fait resurgir un pan de l’histoire espagnole. Miguel Romero, éditeur de la revue bimestrielle <em>Viento Sur, </em>a, de suite, réagi à l’ambiance puant l’encens qui entoura celui qui, de 1990 à 2005, présida le gouvernement autonome de Galice, autre «mérite politique» d’un policier de Franco.  Ainsi, le 17 janvier, il publia un billet sur le site de la revue que nous publions ci-dessous. Dans l’éditorial de la revue papier, Miguel Romero écrit: <em>«Les anciens du FLP, amis et camarades d’Enrique Ruano </em>[1],<em> nous avions un compte à régler avec Manuel Fraga Iribarne, tout au fond de notre cœur. Un compte à régler tout particulier que sa mort ne nous a pas permis de solder. Le cérémonial de “rédemption démocratique” qu’on a monté en son honneur suscite le dégoût. Je l’ai écrit dans un billet indigné </em>[voir texte ci-dessous]. <em>Au-delà de ses actes misérables que désignent le nom et le prénom de ses victimes, Fraga est peut-être le politicien qui symbolise le mieux la Transition. Ils l’ont glorifié comme un “homme d’Etat”, ce qui est une bonne définition, et comme un “homme de bien”, ce qui est une macabre plaisanterie. Peces Barba est l’auteur des deux épitaphes. Quand il mourra, il se verra dédier des éloges funèbres semblables, peut-être même avec les mêmes mots. Les artisans de la Transition se rendent hommage les uns les autres, et se protègent les uns les autres. Dans tout cela, il y a quelque chose comme une “mafia démocratique”. La canonisation posthume de Fraga n’est pas une simple extravagance qu’il suffirait de mépriser: il y a là-dedans quelque chose qui exprime un consensus politique et moral qui nous menace tous, les “soixante-huitards” comme les femmes et les hommes du mouvement du 15-Mai </em>[les Indignés] <em>d’aujourd’hui. Il faut prendre cela au sérieux.» </em></strong></p>
<p><strong>Sous un angle proche, la rédaction de <em>A l’Encontre</em> publiera un billet concernant l’ignominieuse attaque contre le juge Baltasar Garzon. Ici aussi, la droite politique espagnole et une partie de la dite gauche, rejointes par un segment plus que significatif du corps judiciaire, font la démonstration que les forces réactionnaires et anti-démocratiques sont à l’œuvre quand une crise sociale d’envergure frappe l’Espagne. Briser les résistances sociales et politiques fait partie de la génétique des élites «continuistes» de l’Etat espagnol. (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</strong></p>
<p align="center"><span style="color: #800000;">*****</span></p>
<p>Il y a des jours où les médias émettent tous ensemble, avec peu de voix discordantes, une fumée qui vous salit les mains, qui vous salit les oreilles, qui vous salit les yeux. Encore plus que d’habitude.</p>
<p>Il y a des nouvelles qui invitent à éteindre la radio. On imagine déjà ce qu’on va entendre ensuite: ça va vous indigner et l’indignation vous restera en dedans, et vous ne pourrez la partager qu’avec des amis, sans pouvoir la convertir en aucune forme de cri ou d’action collective, avec un goût amer de défaite et de souvenir de la défaite.</p>
<p>Mais je n’ai pas éteint la radio hier matin 16 janvier 2012 quand j’ai entendu la nouvelle de la mort de Fraga. Et ce que j’ai entendu ensuite, sans l’avoir espéré, a été moins nauséabond. L’homme qui a organisé des odieuses campagnes de diffamation contre la mémoire des torturés et des assassinés par la dictature, comme Julian Grimau [2] et Enrique Ruano; le modernisateur de l’appareil de propagande et d’occultation du franquisme; le responsable politique des tueries de Vitoria et de Montejurra; la référence et le fédérateur du «franquisme sociologique» dans les premiers temps de la Transition; l’artisan de la reconversion du caciquisme galicien en un appareil de pouvoir; le fondateur d’un parti qui incarne le succès posthume du «ficelé et bien ficelé» de l’héritage franquiste… En somme, ce personnage haïssable dont le juste destin eût été la condamnation pour collaboration, forcément, aux crimes du franquisme a été présenté par des politiciens et des journalistes provenant des nuances les plus variées de l’<em>establishment</em> comme un «père de la patrie» que ses hautes vertus déchargent largement de ce qui ne fut, en fin de compte, que les expressions de son «caractère volcanique» (sic); un homme, en outre, plein de nobles sentiments, qui aimait le jambon ibérique et la croustade de fruits de mer, un excellent joueur aux dominos…</p>
<p>Au milieu de cette cochonnerie, le rappel qu’a fait Santiago Carrillo du souvenir de Julian Grimau a résonné comme un peu de dignité, même s’il l’emballait des traditionnels éloges funèbres de la fraternité parlementaire. Par contre, ce qui m’a frappé par son ridicule a été une anecdote qu’a racontée aux journalistes Alfonso Guerra [3] et qu’il vaut la peine que je vous résume. Le jour de la première séance du premier parlement «démocratique» en 1977 [les élections constituantes ont eu lieu le 15 juin 1977], voilà que Guerra voit arriver vers lui Fraga, dans le couloir des Cortes, et il se dit: «Celui-là, il va me sauter à la gorge!» puis, se rendant compte que son image va apparaître peu faite pour la guerre, Guerra s’empresse de dire dans le micro: «Ou c’est moi qui lui saute à la gorge!» Mais voilà que Fraga, arrivé vers lui, lui dit: «Bonjour.» Et Guerra lui répondit : «Bonjour.» Et c’est à cet instant magique que ce personnage emblématique du socialisme espagnol qu’est Alfonso Guerra conclut: «Alors j’ai pensé: ça va fonctionner!» Oui, effectivement, cela a fonctionné, et combien. Sans aller plus loin, il n’y a qu’à voir ce que cela a donné le 20 novembre dernier [élections législatives qui sanctionnèrent massivement le PSOE].</p>
<p>Toute cette hagiographie funéraire n’est absolument pas banale. L’histoire officielle sert à cacher l’histoire réelle. Le Fraga embaumé prend la place du Fraga impitoyable, celui qui était vindicatif tout spécialement contre ceux qui combattaient le régime. L’un d’entre eux, le psychanalyste Francisco Pereña, qui avait été militant du FLP, écrit ce qui suit dans son dernier livre, <em>Incongruencias</em>: <em>«&#8230;j’appris que Fraga Iribarne avait écrit un éditorial ou un communiqué, que je n’ai jamais eu l’occasion de lire, dans le journal phalangiste </em>Arriba<em>, dans lequel non seulement il ne démentait, mais me calomniait, en me reprochant l’usage que je faisais de ma fausse dénonciation, ou de mon faux témoignage, quand je disais avoir été torturé. Ce personnage, qu’on me permettra de qualifier d’effronté, non seulement niait que j’aie été torturé, mais dénonçait que je ne l’affirmais que pour je ne sais quelle stratégie de destruction ou de calomnie de la police espagnole. La police m’avait torturé avec impunité, cette impunité avait été consacrée et proclamée par un juge, et voilà qu’en plus une canaille me calomniait en public pour avoir déclaré à un avocat que j’avais été torturé. La haine que je porte à ce monsieur, à Fraga Iribarne, ce représentant authentique du sans-gêne et de l’effronterie franquistes, s’est alors installée au fond de moi de manière permanente comme une protestation contre ce procédé dont Fraga s’est fait une spécialité, faire taire les cris qui pourraient surgir de quelque cœur souffrant afin qu’ils ne parviennent aux oreilles de personne. Le cri du paria, qu’évoquait Heinrich Heine, devait s’étouffer dans son mutisme. C’était cela la tâche de ce sinistre personnage.»</em></p>
<p>Ce n’est là qu’un petit morceau de la vraie histoire de Fraga Iribarne. Une histoire, comme tant d’autres, dont la mémoire collective a été amputée. Et cela pour servir à ce trait constitutif de l’Espagne franquiste, qui fait partie du patrimoine légué par la Transition, et que Pereña, quant à lui, définit ainsi: <em>«Ce pays resta privé de mauvaise conscience.»</em> Et il ajoute: <em>«Il n’y a pas pour une société de plus grande aberration d’une vue de soi-même que celle-là.»</em> Face à quelque risque que ce soit qui pourrait troubler le conformisme établi autour du dogme que l’histoire a fonctionné pour le mieux, et en réalité de la seule manière possible, on voit immédiatement se produire en réaction un mouvement de consensus qui rétablit l’ordre. Là aussi, «il n’y a pas d’alternative».</p>
<p>Gregorio Peces Barba, qui quand ça l’arrange se vante d’avoir été un ami d’Enrique Ruano, a passé comme chat sur braise sur son souvenir dans son éloge funèbre d’hier pour Fraga Iribarne. Le souvenir d’Enrique Ruano aurait endommagé la marche de l’autel sur laquelle il place Fraga comme «homme d’Etat». Quelle définition splendide. Elle est parfaite ainsi, au singulier, sanctionnant par là l’équivalence entre l’Etat du franquisme et l’Etat de la Transition. Fraga a pu servir ces deux Etats sans grandes contradictions, et à des postes de grandes responsabilités, précisément parce qu’ils ont des fondements communs, parce que l’«Etat démocratique» est né taché de la boue et du sang de la dictature.</p>
<p>«Un démocrate», chante le chœur unanime. Dans le discours du pouvoir, «homme d’Etat» et «démocrate» sont des termes équivalents. Combien Jacques Rancière avait raison quand, dans son interview au quotidien <em>Publico</em> du 15 janvier 2011, il revendiquait la nécessité de repenser <em>«complètement ce que signifie la démocratie, dans le sens fort du terme»</em>. Et d’ajouter: <em>«La démocratie n’est pas une forme d’Etat. C’est la réalité d’un pouvoir du peuple qui ne peut jamais coïncider avec une forme d’Etat.»</em> Le langage du mouvement du 15-M revient à dire la même chose de manière terre à terre: <em>«Ils l’appellent démocratie et ça ne l’est pas.»</em> Cela fait un moment qu’on ne l’entend plus massivement. L’exaltation posthume de Fraga nous rappelle à quel point il faudrait réoccuper les rues, qui devraient être les nôtres.</p>
<p>La haine est un sentiment inquiétant, même quand elle est justifiée. Même avec cette inquiétude, je hais Manuel Fraga Iribarne. Tant qu’ont été et que seront au pouvoir ces gens, ces «hommes (et femmes) d’Etat», qui se sont réunis en «communion démocratique» pour rendre hommage à l’un des leurs, nos morts ne reposeront pas en paix.</p>
<p>PS: J’ai écrit ce billet en souvenir d’Enrique Ruano, ami et camarade; c’était deux synonymes dans ces temps-là.</p>
<p>(Traduction <em>A l&#8217;Encontre</em>)</p>
<p>______</p>
<p>[1] Enrique Ruano Casanova (1948-1969), militant du Frente de Liberacion Popular (FLP – Front de libération populaire), un des groupes politiques qui luttèrent contre le franquisme. Il a probablement été assassiné par la Brigada Politico Social (police politique du régime franquiste) qui l’avait arrêté trois jours avant sa chute mortelle d’un immeuble. – Réd.</p>
<p>[2] Julian Grimau Muños (1911-1963), membre du comité central du Parti communiste espagnol, a été arrêté en 1962 et torturé par la police politique franquiste, puis condamné à mort et assassiné par le régime. En 1963, divers actes de dénonciation de la condamnation de Grimau ont eu lieu. Ils furent stimulés par des membres du Parti communiste espagnol, des membres d’un petit groupe Action communiste. A Lausanne, le mur se situant en face de la cathédrale et devant les Escaliers du marché portait une inscription de «Non à l’exécution de Grimau». Une inscription qui avait pénétré la pierre poreuse. – Réd.</p>
<p>[3] Alfonso Guerra, né en1940, fut l&#8217;alter-ego de Felipe Gonzales depuis leur prise de contrôle du PSOE au fameux congrès de Suresne, puis vice-président du gouvernement de 1982 à 1991 quand il dut démissionner pour une affaire de corruption. Il incarnait la face bureaucratique sociale-démocrate du néo-libéral Felipe Gonzales. Il pose depuis quelques années au vieux sage centre-gauche du PSOE dans lequel il n&#8217;a jamais perdu l&#8217;influence que lui donne sa fraction «guerriste». – Réd.</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6633&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/europe/espagne/fraga-un-homme-detat-un-homme-de-cet-etat.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Uruguay. Le travail domestique à Punta del Este</title>
		<link>http://alencontre.org/ameriques/amelat/uruguay/uruguay-le-travail-domestique-a-punta-del-este.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/ameriques/amelat/uruguay/uruguay-le-travail-domestique-a-punta-del-este.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 16:46:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
		<category><![CDATA[Uruguay]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6627</guid>
		<description><![CDATA[Par Mariana Contreras Derrière les éclats de la saison estivale – l’été de l’hémisphère sud – dans cette ville touristique d’Uruguay, fréquentée, entre autres, par de riches Argentins et réservée aux nantis, des femmes pauvres, qu&#8217;elles soient du pays ou étrangères, avec ou sans papiers, continuent à devoir plier l&#8217;échine. «Oui patronne» est la seule [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_6628" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/PuntaDelEsteYate.jpg"><img class="size-medium wp-image-6628" title="PuntaDelEsteYate" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/PuntaDelEsteYate-300x208.jpg" alt="" width="300" height="208" /></a><p class="wp-caption-text">Punta del Este (Uruguay)</p></div>
<p><strong>Par Mariana Contreras </strong></p>
<p>Derrière les éclats de la saison estivale – l’été de l’hémisphère sud – dans cette ville touristique d’Uruguay, fréquentée, entre autres, par de riches Argentins et réservée aux nantis, des femmes pauvres, qu&#8217;elles soient du pays ou étrangères, avec ou sans papiers, continuent à devoir plier l&#8217;échine. <em>«Oui patronne»</em> est la seule phrase qui leur est consenti de prononcer. Elles subissent des abus, des mauvais traitements, des comportements délictueux ou illégaux de la part des employeurs. Par contrainte ou par crainte, elles se taisent.<span id="more-6627"></span></p>
<p>On leur a raconté qu&#8217;en venant elles verraient la mer dans un pays dont beaucoup parmi elles connaissaient à peine le nom. On leur a dit qu&#8217;elles viendraient travailler, mais que ce serait comme des vacances. Chaque été, on peut compter par dizaines les travailleuses domestiques qui arrivent à Punta del Este aux côtés des touristes, en majorité argentins. Elles sont paraguayennes, boliviennes, péruviennes. Elles s&#8217;étaient rendues en Argentine pour chercher du travail. Elles ont passé par les ateliers de couture clandestins, par les bidonvilles de Buenos Aires. Elles sont restées sans travail, «ancrées» dans un pays qui n&#8217;était pas le leur.</p>
<p>Certaines travaillent à l&#8217;année pour leurs patrons, d&#8217;autres ont commencé à travailler pour eux à peine quelques mois avant d&#8217;aller «<em>en vacances»</em>, et d&#8217;autres ont été directement «<em>embauchées»</em> pour la saison. Elles traversent la frontière uruguayenne en tant que touristes et travaillent ensuite clandestinement. Elles n&#8217;ont pas d&#8217;autorisation légale et leurs patrons ne paient pas leurs cotisations sociales. Elles ne bénéficient donc d&#8217;aucune prestation. ni de protection (accidents, maladie) durant leur séjour. A leur arrivée, l&#8217;argent qu&#8217;on leur avait promis est souvent réduit de moitié. Elles n&#8217;ont pas de jour de congé ni de repos: pendant la journée elles nettoient, font la cuisine, s&#8217;occupent des enfants. Pendant la nuit aussi.</p>
<p>Dans certains cas leurs employeurs en sont arrivés à leur séquestrer les papiers et les téléphones portables, à leur interdire de sortir de l&#8217;appartement et à leur rationner la nourriture. La majorité de ces femmes supportent tout cela sans rechigner  parce qu&#8217;elles n&#8217;ont aucun moyen de rentrer en Argentine ou dans leur pays, parce qu&#8217;elles savent qu&#8217;elles sont en infraction et parce qu&#8217;elles ne connaissent absolument pas leurs droits. Il est arrivé que des travailleuses soient abandonnées sans recevoir l&#8217;argent qui leur était dû et sans avoir la possibilité économique de rentrer chez elles.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Welcome home</strong></span></p>
<p>A partir de 19 heures plus de 40 personnes sont réunies au siège des vendeurs ambulants  de Maldonado. Il y a entre autres des femmes de ménage, des portiers et des travailleuses domestiques dont les syndicats font partie de la Fédération uruguayenne d&#8217;Employés de Commerce et de service (FUECYS). C&#8217;est la Fédération de Maldonado qui a rendu publiques les plaintes déposées par ces «étrangères», qui sont en situation plus ou moins irrégulière. Pour cette Fédération syndicale, c&#8217;est monnaie courante pendant l&#8217;été de recevoir des renseignements concernant des «étrangères» travaillant en situation d&#8217;exploitation dans tel ou tel immeuble.</p>
<p>Les femmes de ménage sont en général recrutées par l&#8217;administration d&#8217;un de ces grands immeubles. Ces femmes font les lits, nettoient les salles de bain, passent l&#8217;aspirateur et mettent de l&#8217;ordre dans les appartements. Elles travaillent à deux. On estime que chaque femme de ménage nettoie entre huit et dix appartements par jour. C&#8217;est dans ces allées et venues qu&#8217;elles entrent en contact avec les travailleuses domestiques «informelles» engagées par les propriétaires ou les locataires des appartements.</p>
<p>Le matin où les journalistes de l’hebdomadaire de Montevideo, <em>Brecha, </em>se sont rendus à Maldonado, Marita – une femme de ménage – avait aidé une cuisinière depuis 4 heures du matin et elle se sentait mal, ce qui n&#8217;a pas empêché ses patrons de l&#8217;appeler en urgence à 11h. Ils ont précisé: «<em>Il s&#8217;agit d&#8217;appartements qui coûtent un million de dollars, et qu&#8217;on loue à 25&#8217;000,00 dollars par mois»</em>, sommes qui donnent une idée de leur mesquinerie.</p>
<p>César Teijón, délégué départemental de la FUECYS et membre du Syndicat unique de Travailleurs d&#8217;Immeubles de Maldonado (SUTEM), a raconté qu&#8217;il avait récemment été en contact avec une travailleuse paraguayenne à laquelle on interdisait de sortir de l&#8217;immeuble. La communication avec elle avait cessé abruptement. Depuis lors, il n&#8217;avait plus eu de ses nouvelles.</p>
<p>Quelques semaines auparavant, des syndicalistes ont également eu un contact avec une travailleuse péruvienne de 30 ans. Ses employeurs l’accusaient d’avoir cassé l&#8217;ordinateur, raison pour laquelle ils avaient décrété qu&#8217;ils ne lui verseraient plus de salaire jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils aient récupéré la somme équivalant au prix d&#8217;un appareil neuf.</p>
<p>Deux jours avant l&#8217;arrivée des journalistes de <em>Brecha</em> à Maldonado, un travailleur avait rapporté qu&#8217;une autre Péruvienne était partie à Buenos Aires avec un billet que la famille pour laquelle elle travaillait lui avait laissé. Cette famille était partie, sans l&#8217;avertir, en lui laissant un billet valable plusieurs jours plus tard. La Péruvienne a trouvé un gîte auprès d&#8217;une femme de ménage uruguayenne. Les syndicalistes ont affirmé, avec une amère ironie, aux journalistes de <em>Brecha :</em> «elle a eu de la chance». En effet, il arrive qu&#8217;après avoir pu prendre un jour de congé, des femmes reviennent pour constater que la famille pour laquelle elles travaillent a décampé. Elles sont nombreuses à venir grossir les bidonvilles en périphérie et on les trouve ensuite en train de vendre des objets lors des foires.</p>
<p>César Teijón a également rapporté que plus d&#8217;une «étrangère» vient travailler à Punta del Este avec l&#8217;espoir d&#8217;obtenir de l&#8217;argent qui leur permettra d&#8217;engager des avocats pour défendre des fils qui sont en prison, par exemple, pour avoir transporté de la drogue. Si on ajoute cela au manque de contacts dans le pays, la confiscation par l’employeur des passeports ainsi qu’une «culture» très pénétrée de l&#8217;idée que «<em>lorsqu&#8217;on est pauvre il faut souvent plier l&#8217;échine devant les gens nés dans un berceau doré»</em>, selon l&#8217;expression résignée d&#8217;une travailleuse qui attendait d&#8217;être conseillée après la réunion, on comprend mieux que les domestiques doivent souvent subir une quantité d&#8217;humiliations.</p>
<p>On peut probablement trouver des situations analogues – ou encore pire – dans les résidences et les domaines autour de Punta del Este (dans les localités de José Ignacio, Manatiales ou La Barra), où les femmes n&#8217;ont même pas un contact quotidien avec des femmes de ménage ou des travailleurs qui viennent de l&#8217;extérieur. C&#8217;est un monde à part.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Le lendemain matin</strong></span></p>
<p>Juan Andrés Roballo, directeur de l&#8217;Inspection Nationale du Travail a confirmé à <em>Brecha</em> qu&#8217;aucune plainte concrète sur la situation des travailleuses domestiques exploitées n&#8217;était encore parvenue à une institution. On ne sait donc pas non plus qui sont les employeurs coupables, au-delà du fait évident qu&#8217;il s&#8217;agit de personnes ayant un pouvoir d&#8217;achat élevé.</p>
<p>D&#8217;après Roballo, cette question renvoie à des ramifications multiples. Différentes. D&#8217;un côté, il peut y avoir des irrégularités au niveau de l&#8217;emploi (enregistrements auprès de la BPS [Banque de prévoyance sociale] avec des salaires sous-déclarés, travail au noir, non-paiement des primes diverses, etc.). D&#8217;un autre côté il y a peut-être des situations de maltraitance (employeurs qui invectivent les travailleuses ou les agressent) ; ce qui peut éventuellement constituer un délit. Il existe,  en plus, un autre chapitre, également délictueux: la retenue de documents ou l&#8217;obligation de rester à la maison. Chacun de ces thèmes implique non seulement des travailleuses «étrangères» mais aussi des nationaux. «<em>La première chose dont nous avons besoin pour pouvoir agir, ce sont des directives»</em> explique Roballo. Sans elles, il est impossible de procéder à des inspections et, le cas échéant, d&#8217;en informer la justice ou l&#8217;organe de l&#8217;Etat compétent.</p>
<p>Au SUTEM et au Syndicat Unique de Travailleuses Domestiques (SUTD) on explique qu&#8217;il est impossible d&#8217;officialiser beaucoup de plaintes, parce qu&#8217;il n&#8217;existe pas de réseau pour soutenir ces personnes (et en particulier les «étrangères») une fois que la procédure est engagée. Lorsque la plainte est déposée, il y a de fortes chances pour que la travailleuse concernée se retrouve sans travail. Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une travailleuse de l&#8217;intérieur du pays ]au sens qui ne vient pas de Montevideo] ou d&#8217;une étrangère : «<em>nous devons prévoir un logement, de la nourriture, un billet de retour, et actuellement nous ne pouvons pas compter là-dessus»</em>, explique Teijón. Il arrive aussi que la peur pousse la personne concernée à se rétracter. Il est alors difficile de vérifier les faits.</p>
<p>Sonia, une des représentantes du SUTD a évoqué le cas d&#8217;une travailleuse uruguayenne qui a pris contact avec le syndicat: «<em>elle disait qu&#8217;elle devenait folle parce que depuis décembre on ne l&#8217;avait pas laissé sortir. Nous avons suivi ce cas avec la police, qui a confirmé que la personne travaillait effectivement dans l&#8217;immeuble indiqué; nous y sommes allées et nous avons pu lui parler, mais bizarrement elle a ensuite reculé et nous a dit qu&#8217;elle ne travaillait plus là. Quelques jours plus tard, elle est venue au syndicat pour s&#8217;excuser, pour confirmer que tout ce qu&#8217;elle avait dit était vrai, mais qu&#8217;elle avait subi de telles pressions et se sentait si mal qu&#8217;elle a finalement renoncé à porter plainte. Ses employeurs sont une famille anglaise»</em>.</p>
<p>Pour tenter de tisser un réseau, la FUECYS de Maldonado a contacté le bureau des Migrations, où on leur a dit que si la travailleuse était entrée légalement, la question n&#8217;était pas de leur compétence. Au Consulat du Pérou on a expliqué aux représentants de FUECYS que le consulat ne disposait pas de logements, même si à Montevideo il pouvait se coordonner avec des institutions. Ne disposant pas d&#8217;une politique de rapatriement pour leurs compatriotes, le Consulat ne pouvait se charger des retours. Au Ministère des Relations étrangères la réponse a également été négative: «<em>si la personne est légale et sans problèmes juridiques, nous ne pouvons ni l&#8217;expulser, ni la faire sortir du pays»</em>.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>«Ils nous prennent pour des esclaves»</strong></span></p>
<p>Diva a renoncé à sa sieste chez elle au bidonville Kennedy pour répondre aux questions de <em>Brecha</em> dans un coin de la cour, à l&#8217;abri du soleil. Elle est brésilienne et a environ 60 ans. Elle habite en Uruguay depuis 40 ans. Petite et corpulente, elle a des cheveux gris pris dans une longue tresse. C&#8217;est une de ces femmes que plus rien ne peut surprendre. Elle avait 9 ans lorsqu&#8217;elle a commencé à travailler en s&#8217;occupant d&#8217;enfants d&#8217;estivants riches sur la plage.</p>
<div id="attachment_6629" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/18154915_Dom__sticas_1_OB__Small_.jpg"><img class="size-medium wp-image-6629" title="18154915_Dom__sticas_1_OB__Small_" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/18154915_Dom__sticas_1_OB__Small_-300x233.jpg" alt="" width="300" height="233" /></a><p class="wp-caption-text">«Oui patronne»....</p></div>
<p>Ensuite, lorsqu&#8217;elle a déménagé à Rocha, des gens venaient chez elle à la recherche de domestiques. En faisant référence à ses 14 enfants, ils disaient à sa mère: «<em>A quoi cela te sert-il d&#8217;en avoir autant? Donne-moi en une&#8230;</em> <em>Et moi je me proposais d’abord parce qu&#8217;on avait si faim..</em>.». Maintenant, elle ne travaille plus, en partie à cause d&#8217;une thrombose de la jambe et en partie pour des questions «d&#8217;esthétique»: personne ne veut plus engager des personnes âgées et obèses. Elle a également travaillé comme domestique à la campagne. Ses employeurs lui assuraient qu&#8217;ils conservaient sa paie pour la lui remettre quand elle partirait; elle a subi des fausses accusations de vol et plusieurs enfermements. Elle est aussi au courant des «étrangères» qui travaillent dans de mauvaises conditions ; c&#8217;est une histoire qui remonte à longtemps. Elle a discuté avec l&#8217;une d&#8217;entre elles qui lui a dit «<em>nous ne recevons pas d&#8217;argent parce que nous sommes venues voir la mer»</em>.</p>
<p>L&#8217;année passée des «employeurs»  sont venus au bidonville Kennedy en offrant 4&#8217;000 pesos [environ 200 dollars] pour travailler comme domestique. Parfois ils offrent 12-13&#8217;000 pesos, pour ne payer finalement que 7&#8217;000 pesos. Et comme tout cela se passe «au noir», il est difficile pour les gens de porter plainte ou d’émettre une revendication. «<em>Maintenant c&#8217;est un peu mieux parce qu&#8217;il y a des syndicats et que le gouvernement a fait des lois, mais ils continuent à invectiver et à frapper»</em> explique-t-elle, avant d&#8217;ajouter: «<em>C&#8217;est bien que les étrangères travaillent, moi-même j&#8217;en suis une, mais quand ils vont les chercher en masse</em>&#8230;».. Elle faisait référence aux discours de Mujica [l’actuel président de l’Uruguay] sur la nécessité d&#8217;engager une main-d&#8217;œuvre étrangère qualifiée. Pour elle, c&#8217;est contradictoire: «<em>Comment peut-on avoir de la main-d&#8217;œuvre qualifiée, ici, si les gens ne gagnent que des salaires minimums ou quand ils travaillent 24 heures par jour? Quand vont-ils pouvoir se qualifier</em>?»</p>
<p>En esquivant les flaques d&#8217;eau croupie des chaussées de Kennedy, Diva nous conduit à la maison d&#8217;une voisine. «<em>L&#8217;autre jour, elle me parlait des hurlements et des coups que lui infligeait sa patronne»</em>. Mais la voisine en question explique depuis la porte de sa maison que maintenant il n&#8217;y a plus de hurlements: elle a été licenciée, une semaine plus tôt. Elle travaillait de manière intermittente depuis quatre étés pour une famille argentine. Son horaire était de 9 à 15 heures; même si elle ne partait jamais avant l&#8217;heure, on ne lui a jamais payé les heures supplémentaires et elle n&#8217;a jamais eu un congé. Elle encaissait 600 dollars et n&#8217;a jamais été déclarée. «<em>La patronne passait les doigts sur les meubles pour voir s&#8217;ils étaient propres ; elle hurlait quand elle trouvait qu&#8217;une chemise était mal repassée ou qu&#8217;un drap  avait été mal lavé. J&#8217;ai enduré et enduré encore, mais si elle me disait que quelque chose était mal je répondais que non. Elle n&#8217;a pas pu me dominer, et elle m&#8217;a fait dire par l&#8217;intermédiaire de l&#8217;intendante que je ne devais plus y aller parce qu&#8217;elle avait besoin de quelqu&#8217;un qui dorme sur place</em>.»</p>
<p><em>«Ils te prennent pour une bonniche, une esclave»</em> disait Diva un peu plus tôt. Et c&#8217;est justement ce que n&#8217;a pas supporté Daisy qui vit dans le bidonville derrière La Cilsa. L&#8217;année dernière elle a travaillé comme femme de chambre au Season Tower [immeubles d'appartements de luxe à Punta del Este] à côté de l&#8217;Hôtel Conrad. Son horaire était de 9h à 17h, avec une demi-heure pour manger. Son salaire était de 12&#8217;000 pesos nominaux. «<em>Nous devions apporter nous-mêmes la nourriture et l&#8217;eau, et si quelqu&#8217;un d&#8217;un appartement nous offrait une pâtisserie, il fallait que nous demandions permission à l&#8217;employée pour la manger»</em> raconte Daisy. Avant de partir du travail, on les fouillait (corps et sacs, etc.) pour s&#8217;assurer qu&#8217;elles n&#8217;avaient rien pris. Daisy est une de ces femmes fortes, qui affrontent ce qu&#8217;elles estiment être injustes. Elle dit: «<em>Ils te crachent dessus toute la journée, je préfère manger du pain dans les poubelles et conserver ma dignité»</em>.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Suivant d&#8217;où «on vient»…</strong></span></p>
<p>Le tarif conventionnel pour les travailleuses domestiques est de 7&#8217;975 pesos pour 44 heures hebdomadaires [soit 410 dollars, moins de 400 CHF]. Pendant la pleine saison, les tarifs varient selon les employeurs. Une des revendications du syndicat est la suivante: pendant la pleine saison, les salaires doivent plus élevés pour toutes, sinon les travailleuses employées à l&#8217;année se trouvent désavantagées par rapport à celles employées durant la saison estivale. Pendant l&#8217;été, les salaires varient, mais d&#8217;après les observations recueillies par <em>Brecha</em>, ils se situent autour de 12&#8217;000 pesos (bruts), soit 617 dollars. Si les personnes sont enregistrées, les salaires sont en général déclarés comme étant plus bas.</p>
<p>Pendant la pleine saison, les domestiques, les femmes de chambre et les portiers travaillent le plus souvent sept jours par semaine. Tous les travailleurs et les travailleuses avec lesquels <em>Brecha </em>s&#8217;est entretenu ont confirmé que, même si c&#8217;est contraire à la loi, il n&#8217;existe aucun repos pendant la saison.</p>
<p>D&#8217;après une représentante du syndicat, il arrive pendant l&#8217;été que certaines travailleuses domestiques atteignent des salaires de 20’000 à 30&#8217;000 pesos lorsqu&#8217;elles habitent sur place. Dans certains cas, les barèmes sont respectés, dans d&#8217;autres – et c&#8217;est le cas pour beaucoup d’«étrangères – lorsqu&#8217;elles vont chercher leur paie, elles la trouvent réduite de moitié.</p>
<p>Un travailleur a raconté que dans l&#8217;immeuble où il exerce ses fonctions, deux Paraguayennes reçoivent 700 dollars par mois entre les deux (leur employeur est un patron industriel argentin du coton), alors qu&#8217;une Uruguayenne est payée 1&#8217;500 dollars.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Contrôles de la Banque de Prévoyance sociale</strong></span></p>
<p>Depuis 45 jours le PBS a effectué 1&#8217;840 inspections, dont mille étaient focalisées sur le travail domestique, a expliqué le président de l&#8217;institution, Ernesto Murro. Les fonctionnaires ont reçu 17 plaintes pour cause d&#8217;irrégularités, dont 16 ont été confirmées. Aujourd&#8217;hui, une négociation est en cours avec les employeurs sur les modalités de la régularisation.</p>
<p>Murro a signalé qu&#8217;au cours de cette dernière année il y a eu une augmentation de l&#8217;immigration de travailleuses boliviennes, péruviennes et paraguayennes, entre autres. Elles sont employées majoritairement en tant que travailleuses domestiques. Si la travailleuse vient au pays en tant que touriste et est engagée dans «une activité professionnelle», il lui faut demander un permis de résidence temporaire, ce qui est prévu dans les conventions bilatérales (entre pays). Cet accord n&#8217;a pas encore été ratifié avec le Pérou.</p>
<p>La BPS a proposé au Mercosur que les travailleuses domestiques puissent se déplacer sans difficultés dans les pays membres et rester en travaillant jusqu&#8217;à une année (actuellement la période est de trois mois). Si la travailleuse est régularisée dans son pays d&#8217;origine, les cotisations sociales continueront à être versées. Mais si elle est «au noir», alors elle devra être régularisée en Uruguay et les cotisations sociales seront versées ici. (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p><strong>_______</strong></p>
<p>Cet article est paru dans l’hebdomadaire uruguayen <em>Brecha</em>, en date du 10 février 2012.</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6627&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/ameriques/amelat/uruguay/uruguay-le-travail-domestique-a-punta-del-este.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Brésil. Le Parti des travailleurs (PT), 35 ans après…</title>
		<link>http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-le-parti-des-travailleurs-pt-35-ans-apres.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-le-parti-des-travailleurs-pt-35-ans-apres.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 10:30:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brésil]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6619</guid>
		<description><![CDATA[Par Paulo Passarinho Le Parti des Travailleurs (PT) a fêté ses 32 ans, le 10 février 2012. Ce jour-là, en 1980, au Colegio Nossa Senhora de Sion à São Paulo, le mouvement pro-PT parvenait à son objectif: celui de répondre aux exigences imposées par le régime militaire pour la création d’un parti politique. Ce mouvement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_6620" class="wp-caption alignleft" style="width: 294px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/bresil.jpg"><img class="size-full wp-image-6620" title="bresil" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/bresil.jpg" alt="" width="284" height="177" /></a><p class="wp-caption-text">Dilma Rousseff et Lula</p></div>
<p><strong>Par Paulo Passarinho</strong></p>
<p><strong></strong>Le Parti des Travailleurs (PT) a fêté ses 32 ans, le 10 février 2012. Ce jour-là, en 1980, au Colegio Nossa Senhora de Sion à São Paulo, le mouvement pro-PT parvenait à son objectif: celui de répondre aux exigences imposées par le régime militaire pour la création d’un parti politique. Ce mouvement réunissait alors les segments les plus divers de la société, des salariés, des étudiants, des intellectuels, des communautés ecclésiales de base, des leaders combatifs du mouvement syndical et des militants provenant de diverses organisations de gauche (organisations encore clandestines, en raison de la dictature militaire, qui se prolonge jusqu’en 1985, date à laquelle a lieu l’élection de Tancredo Neves).</p>
<p>Au moment le plus symbolique de cette soirée historique, Apolônio de Carvalho [1912-2005: figure emblématique du Parti communiste brésilien], Mário Pedrosa [1900-1981: homme de lettres et journaliste] et Sergio Buarque de Hollanda [1902-1982: historien réputé et journaliste] sont entrés enlacés dans le salon où avait lieu la réunion de fondation officielle du PT. Ces hommes représentaient des décennies de militantisme politique et intellectuel en faveur des travailleurs et ils renouvelaient les espérances et les expectatives de Brésiliens qui voulaient parier sur la création d’un instrument de lutte important pour l’émancipation de notre pays et de notre peuple.</p>
<p>Depuis cette date, beaucoup de choses ont changé, au Brésil et au sein du PT lui-même.</p>
<p>Au cours de la décennie des années 1980, le PT s’est affirmé en tant que principale référence partidaire auprès des mouvements sociaux, principalement dans des secteurs s’identifiant à la Centrale Unique des Travailleurs (CUT) et au Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST), deux organisations qui ont également été créées à cette époque. A partir des élections municipales de 1988, avec la victoire de Luiza Erundina à la mairie de São Paulo (et celle de Maria Luiza Fontenelle, en 1985 déjà, à la mairie de Fortaleza), le PT commence à prendre un chemin délicat sur lequel il cherchera désormais à rendre ses objectifs politiques compatibles avec les limites de l’institution en vigueur.</p>
<p>Avec la défaite de Lula face à Collor lors des élections présidentielles de 1989 et l’ascension du projet néolibéral dans le pays, les mouvements sociaux entrent dans une étape de résistance contre la nouvelle hégémonie qui s’exprime dans la société, ce qui a des conséquences importantes pour la construction elle-même du PT.</p>
<p>Passons sur cette trajectoire pétiste [adjectif formé sur PT-iste] et sur la période de contre-réformes de l’ère FHC [Fernando Henrique Cardoso, président de 1995-2003]. Le PT qui arrive au gouvernement fédéral en 2003 est complètement différent de ce que l’on pourrait imaginer d’un parti se prétendant – dans sa phase d’affirmation en tout cas – pour la défense d’une nouvelle éthique dans la pratique politique et pour des transformations structurelles de l’économie et de la société brésilienne.</p>
<p>Toutes les causes politiques historiques du PT ont été abandonnées et perverties sans cérémonie au nom de ce que l’on a appelé la gouvernabilité. Que ce soit la réforme agraire [dont le responsable plus que défectueux, lors du premier gouvernement Lula, fut Miguel Rossetto, adhérant à la tendance Démocratie socialiste du PT, courant lié à la IVe Internationale ; son entrée au gouvernement a été saluée par un dirigeant dit historique de ce courant : Livio Maitan – voir à ce propos <em>Inprecor</em> N° 480, mars-avril 2003- réd.], la réforme fiscale en faveur du monde du travail, la réforme urbaine, la révision des privatisations délictueuses opérées par FHC, par Itamar Franco [le vice-président qui a succédé à Collor, après sa destitution, en 1992, et qui présidera le Brésil de décembre 1992 à  décembre 1994] et Collor, le contrôle démocratique des entreprises d’Etat ou le changement de modèle économique au moyen d’une  nouvelle politique macro-économique.</p>
<p>Pour justifier une métamorphose d’une telle ampleur, il a été prétendu que le rapport de forces dans la société ne permettait pas de changements substantiels sur le plan politique et dans la conduite de la politique économique encore moins. La politique d’alliances qui a conduit Lula à la présidence a aussi été un argument utilisé pour empêcher la mise en place d’un programme de gouvernement un tant soit peu réformiste qui permette d’affronter les contre-réformes de FHC.</p>
<p>En fait, c’est à l’intérieur du PT lui-même que la corrélation des forces s’est substantiellement altérée. La subordination de l’ensemble du parti – à d’honorables exceptions près – aux options et préférences de Lula est devenue la règle, indéniable étant le charisme de celui-ci, sa popularité et sa capacité à être démonstrativement proche des plus pauvres, ce qui  leur permet de s’identifier aux origines sociales de l’ex-métallo (venu du Nord-Est).</p>
<p>En ce qui concerne la politique d’alliances, j’ai moi-même entendu de la bouche du vice-président de Lula, José de Alencar, qu’il n’avait jamais été consulté – ni même informé à l’avance – des raisons qui avaient conduit les «pontes» pétistes, Lula en tête, à annoncer, sur sol nord-américain, la nomination de dirigeant international de la Bank of Boston, Henrique Meireles, à la présidence de la Banque Centrale du Brésil.</p>
<p>Une autre explication ou justification que l’on entend également, particulièrement dans des secteurs où l’on a encore la coquetterie de se présenter comme étant des forces de gauche appuyant les gouvernements pétistes, c’est que ceux-ci seraient des «gouvernements au sein desquels l’affrontement entre options fort opposées existerait («governos em disputa», pour reprendre littéralement la formule brésilienne). Est-ce par naïveté effrayante ou par opportunisme éhonté? La vérité est que s’il y a eu à un moment quelconque une quelconque dispute, alors c’est la gauche qui a perdu dans chacune d’elles. Ou bien, comme aime à le rappeler un de mes amis, l’unique dispute d’une certaine importance que nous ayons pu relever dans le cadre du gouvernement Lula fut celle entre les groupes financiers Bradesco et Itaú pour le leadership du très lucratif marché bancaire brésilien (obligataires, entre autres), qui fut encore plus privilégié dans la période post-2002 que sous l’ère FHC.</p>
<p>Toutes ces considérations doivent être rappelées pour la raison que dans la semaine même où le PT commémore une nouvelle année d’existence, une preuve neuve et non équivoque  de son total et radical virage vers la droite a été confirmée. Je me réfère au commencement du processus de privatisations des principaux et plus rentables aéroports brésiliens. Le transfert des aéroports principaux du pays (service public essentiel et facteur de sécurité nationale) à la gestion privée et leur gestion opérationnelle à des entreprises étrangères incarnent, une fois pour toutes, la nature politique des gouvernements pétistes post-2002.</p>
<p>Plus pathétique que l’action de privatisation en elle-même, qui est évidemment totalement injustifiable, c’est l’effort fait par les dirigeants et leaders pétistes pour chercher à nier une quelconque ressemblance avec les privatisations de l’ère FHC. Arguant du fait que les concessions ne signifient pas privatisations, ces tristes figures ont permis que d’ex-dirigeants toucans [sociaux-démocrates qui du parti de FHC] sortent de l’ostracisme politique pour expliquer que les services publics, de fait, ne pouvaient être privatisés comme s’ils étaient des «Vale do Rio Doce» [du nom de la plus grande entreprise productrice de minéraux de fer du Brésil, qui a été privatisée, et qui a un important développement international]. En raison d’un dispositif constitutionnel, ces services doivent être exécutés directement par l’Etat ou par des concessions accordées à l’initiative privée au travers de contrats précis et pour un temps défini.</p>
<p>Il paraît qu’en termes de privatisation, les néo-pétistes ont encore beaucoup à apprendre des pourris de la social-démocratie. De mon côté, j’espère que ceux qui maintiennent encore un minimum de cohérence, parmi ceux qui se considèrent encore à gauche et qui continuent à être prisonniers du PT et de ses gouvernements, rompent définitivement avec ce parti et avec l’actuel gouvernement dirigé par Dilma Rousseff (qui a été choisie par Lula)</p>
<p>Il est important de rappeler à ces secteurs qu’après neuf années de gouvernements dirigés par le PT, les tâches pour construire un véritable programme «démocratique et populaire» qui soit conforme à l’essence véritable du PT sont plus complexes aujourd’hui qu’en 2002.</p>
<p>Le processus de privatisation et d’ouverture de notre économie aux capitaux transnationaux est beaucoup plus intense et s’est enraciné bien plus profondément dans le pays. Nous avons donc beaucoup plus de travail devant nous et nos adversaires se sont nettement fortifiés. L’économie brésilienne se trouve aujourd’hui beaucoup plus dénationalisée, l’Etat est beaucoup plus endetté et les mouvements sociaux beaucoup plus affaiblis par la cooptation de ses dirigeants. Assez d’illusions. Il est l’heure de se libérer des fantasmes et des mystifications. (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>*Paulo Passarinho est économiste et présentateur du programme de radio Faixa Livre. Son article a été publié dans l’hebdomadaire <em>Correio da Cidadania</em>, en date du 10 février 2012 et traduit en espagnol par <em>Correspondencia de Prensa.</em></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #800000;"><em>*****</em></span></strong></p>
<h3><strong>Les riches et le «logement populaire»</strong></h3>
<p>Le dimanche 22 janvier 2012, quelque 1800 soldats de la police militaire occupaient la communauté Pinheirinho, à Sao José dos Campos, une ville de 300&#8217;000 habitants située à 90 kilomètres à l’est de Sao Paulo. La soldatesque a envahi les maisons de fortune, matraquant, pillant et tirant des balles de caoutchouc. Un sénateur a dénoncé un cas de viol. Les 9000 habitants du Pinheirinho furent expulsés manu militari. Certains purent récupérer quelques biens. Le Pinheirinho est un ancien terrain public accaparé par un milliardaire, Naji Nahas, condamné pour corruption et blanchiment d’argent sale. Des familles sans logis occupaient ce terrain depuis huit ans. Il fut transformé en un quartier populaire. Nahas fit tout pour récupérer ce terrain. Pinheirinho jouxte des quartiers bourgeois. Najas mobilisa les politiciens: du gouverneur de l’Etat au maire de Sao José dos Campos. En effet, le terrain va acquérir une «plus-value» à l’occasion de la Coupe du monde de 2014.</p>
<p>De son côté, la communauté a mené une bataille pour la reconnaissance officielle de son installation, donc de l’organisation de sa vie quotidienne. La Justice fédérale avait donné raison aux habitants. Mais un juge local – sous contrôle des pouvoirs locaux et des riches – a pris une décision qui a permis l’intervention des forces de police. Les grands médias ont applaudi.</p>
<p>Dilma Rousseff, dans la tradition du PT dans de tels cas – le gouverneur et le maire sont de droite –, a dénoncé «l’acte de barbarie», mais elle s’est dite contrainte de respecter les décisions de l’Etat et de la mairie. Vive le fédéralisme!</p>
<p>Les 9000 sans-logis sont parqués, sous surveillance militaire. Et le gouverneur comme le maire de Sao José promettent de construire à la périphérie de Sao José quelque 5000 habitations, dont 1000 seront réservés aux expulsé·e·s et matraqué·e·s de Pinheirinho. Le gouvernement du PT se refuse à accéder à la revendication des habitant de la communauté: récupération du terrain et construction, sous leur contrôle, de toutes les maisons nécessaires. La droite officielle a mis le PT sous pression: elle dénonce le rôle prétendu des «gauchistes» qui ont, heureusement, appuyé les exigences de la communauté. Ce genre d’arguments, la direction du PT comme le gouvernement PT de Dilma Rousseff les comprennent fort bien. L’examen des faits sociaux, économiques et politiques effectifs n’entre dès lors pas en considération. Il faut savoir gouverner avec et pour les riches, tout en ayant de la compassion pour les pauvres. (C.-A. Udry)</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6619&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-le-parti-des-travailleurs-pt-35-ans-apres.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Obama, les démocrates et les mesures de répression</title>
		<link>http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/obama-les-democrates-et-les-mesures-de-repression.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/obama-les-democrates-et-les-mesures-de-repression.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 19:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6615</guid>
		<description><![CDATA[Par Eric Ruder Les coups de matraque de la police, l’odeur des gaz lacrymogènes et le spectacle d’arrestations de masse sont devenus par trop familiers dans plusieurs villes des Etats-Unis, lors de l’automne 2011 et durant cet hiver 2012. Ces pratiques ont constitué la réponse des autorités à la montée du mouvement Occupy et à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/2830290474_93e77c4550_b.sm-a.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-6616" title="2830290474_93e77c4550_b.sm-a" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/2830290474_93e77c4550_b.sm-a-300x218.jpg" alt="" width="300" height="218" /></a>Par Eric Ruder</strong></p>
<p>Les coups de matraque de la police, l’odeur des gaz lacrymogènes et le spectacle d’arrestations de masse sont devenus par trop familiers dans plusieurs villes des Etats-Unis, lors de l’automne 2011 et durant cet hiver 2012.</p>
<p>Ces pratiques ont constitué la réponse des autorités à la montée du mouvement <em>Occupy</em> et à sa mise en question de la richesse et des privilèges politiques des 1%. Les choix tactiques du mouvement <em>Occupy </em>impliquaient l’installation de campements pacifiques, ainsi que l’organisation de manifestations de masse. <span id="more-6615"></span>Ces deux types de pratiques sont censés être garantis par le Premier amendement [de la Constitution, datant de 1791]. Cet amendement est connu sous le nom de <em>Bill of Rights</em>. Il interdit au Congrès des Etats-Unis – et, de fait, à la législation des différents Etats et aussi aux pouvoirs des exécutifs et des instances judiciaires – d’adopter des lois qui limitent la liberté d’expression, celle de la presse ou, encore, le droit de «s’assembler pacifiquement».</p>
<p>Toutefois, en quelques semaines, les exécutifs municipaux des villes de la côte Est à la côte Ouest des Etats-Unis ont envoyé la police antiémeute – qui faisait un usage régulier de ses menottes en plastique qui coupent la circulation sanguine aux poignets, qu’elle sortait des gilets pare-balles – harceler et arrêter les manifestant·e·s du mouvement <em>Occupy </em>et les expulser des rues.</p>
<p>Sous le couvert de préoccupations portant sur la <em>«santé et la sécurité publiques»</em>, tous les maires ont ordonné à la police d’évacuer les campements. Cette justification sonne étrangement aux oreilles puisque, année après année, ces mêmes maires ont pratiqué des coupes budgétaires dans les finances des hôpitaux publics, réduit les aides sociales pour le chauffage, ainsi que fermé des centres pour sans-logis. Des pratiques qui ont réellement mis en danger la «santé et la sécurité publiques», et cela pour des millions d’Américains.</p>
<p>Le nombre total d’arrestations d’activistes du mouvement <em>Occupy</em> s’élève maintenant à 6477, depuis le 17 septembre 2011.</p>
<p>Le traitement dont le mouvement <em>Occupy</em> a été l’objet par les élus et l’application de la loi par ceux-ci envoient aux activistes un message sans aucune équivoque: «Vous avez tout à fait le droit à la liberté d’expression, mais si vous essayez d’en faire usage, nous ferons tout ce que nous pourrons pour vous en empêcher!»</p>
<p>Cette attaque implique également des élus – dont la plupart d’entre eux sont membres du Parti démocrate, lequel clame son soutien aux droits des travailleurs – qui utilisent toutes les ressources de la loi pour s’assurer de pouvoir sévir à volonté contre les manifestant·e·s.</p>
<p>A Chicago, où l’OTAN et le G8, club des gouvernements les plus puissants du monde, doivent se réunir dans le cadre d’un sommet conjoint en mai 2012, le maire de la ville, Rahm Emanuel, est allé le plus loin [Rahm Emmanuel a été élu maire de Chicago en février 2011, il est entré en fonction en mai 2011; représentant démocrate de 2003 à 2009 du 5<sup>e</sup> district de l’Illinois à la Chambre des représentants; il a été chef de cabinet de Barack Obama de janvier 2009 à octobre 2010]. Parmi les propositions qu’il a soumises au Conseil municipal en figurent notamment deux: le fait pour deux personnes de porter une banderole ou pour d’autres de faire usage d’un mégaphone, cela sans avoir obtenu une autorisation – laquelle doit faire l’objet d’une demande précise un mois avant son utilisation –, constituerait une violation de la loi.</p>
<p>Le soir du réveillon, Barack Obama a signé le National Defense Authorization Act, donnant au président le pouvoir de détenir des citoyens américains pour une durée indéfinie sans qu’il soit porté de charges contre eux. Il s’agit là d’une nouvelle étape des attaques contre les droits et les libertés civiles, lesquelles ont été inaugurées par la fameuse <em>«guerre contre le terrorisme»</em> de George W. Bush, mais qui a été poursuivie par l’administration démocrate de Barack Obama.</p>
<p>Au cours de la même période, le gouvernement fédéral a déboursé plus de 34 milliards de dollars pour équiper les polices locales, comme si elles étaient des petites armées, avec du matériel de type militaire. Sous le couvert de préparer ces corps de police à des <em>«scénarios de lutte contre le terrorisme»,</em> même des villes endormies comme Fargo – Etat du Dakota du Nord – ont acquis des véhicules blindés, des fusils d’assaut et des casques Kevlar [marque déposée pour certaines fibres synthétiques très résistantes utilisées notamment par l’armée]. Le comté de Montgomery, au Texas, a déployé récemment un drone de surveillance – avion sans pilote – d’un coût de 300’000 dollars, du même type que ceux utilisés par l’armée américaine au Pakistan et en Afghanistan.</p>
<p>Personne ne peut sérieusement considérer que Fargo constitue une cible pour des «terroristes». Surgit alors la question: pourquoi des villes avec des budgets en crise voudraient donc supporter de telles dépenses, énormes, pour acheter et entretenir de tels arsenaux.</p>
<p>La réponse: c’est l’émergence d’un puissant mouvement social à une époque de crise sociale qui constitue précisément une «menace» contre laquelle il convient de se préparer.</p>
<p>Les politiciens utilisent invariablement chaque possibilité pour remercier <em>«nos femmes et nos hommes portant l’uniforme»</em> de protéger les <em>«libertés qui nous sont chères»</em>. Combien de fois ce type de rhétorique a-t-il été utilisé pour jeter l’opprobre sur ceux qui critiquent la guerre?</p>
<p>L’ironie réside toutefois dans le fait que les déploiements militaires des Etats-Unis à l’étranger se sont toujours accompagnés de <em>restrictions </em>des libertés civiles dans le pays. En effet, le gouvernement fédéral se prépare à répondre aux mobilisations populaires contre ses objectifs de guerre – et à la nécessité d’opérer des coupes budgétaires, afin de financer les dépenses militaires – par des arrestations, des infiltrations [policières] et l’emprisonnement des «fauteurs de troubles».</p>
<p>Au cours de la Première Guerre mondiale, le socialiste Eugene Victor Debs [1855–1926] a été emprisonné en raison des discours passionnés qu’il a prononcés contre la guerre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement a adopté des lois visant les radicaux, comme le Smith Act [1]. Au cours de la guerre contre le Vietnam, le FBI a espionné, infiltré et semé la discorde au sein des mouvements opposés à la guerre, se battant pour les droits civils [des Afro-Américains] et pour le Black Power.</p>
<p>En vérité, tout au long de l’histoire américaine, la promesse à <em>«la vie, la liberté et à la recherche du bonheur» </em>figurant dans la Déclaration d’Indépendance [des Etats-Unis, texte datant de 1776] n’a jamais été offerte de bonne grâce, mais a plutôt été concédée à contrecœur. Dès le début [de l’histoire des Etats-Unis indépendants], les «Pères fondateurs» eurent peur du «règne des foules» et ont cherché à restreindre le droit de vote des hommes – et uniquement des hommes – en le réservant autant que possible à des propriétaires, comme eux-mêmes, auxquels on pouvait faire confiance pour leur «juste discernement».</p>
<p>Au cours de la Révolution américaine, John Adams [second président des Etats-Unis entre 1797 et 1801] mit en garde contre toute tentative <em>«d’étendre la qualité d’électeurs. Sinon, il n’y aura pas de limite </em>[…]. <em>Les femmes demanderont à voter. Les jeunes hommes entre 12 et 21 ans penseront que leurs droits ne sont pas suffisants, et chaque homme, qui n’a pas même un sou, revendiquera une capacité égale que tout autre homme à se prononcer sur les actes de l’Etat. Cela aboutira à confondre et à détruire toutes les distinctions ainsi qu’à abaisser tous les rangs à un même niveau.» </em>[Lettre à James Sullivan, 26 mai 1776].</p>
<p>Alexander Hamilton, un autre «Père fondateur», a exprimé son accord avec l’approche d’Adams. <em>«Toute communauté est divisée entre le petit nombre et la multitude»</em>, a-t-il écrit. <em>«Le premier est composé des riches et des bien nés; le second de la masse du peuple.» </em>La solution avancée par Hamilton: tandis que les masses <em>«turbulentes</em>, dépourvues de propriété, <em>«jugeront ou formuleront les lois rarement»</em>, les riches devront disposer d’une <em>«part distincte et permanente dans le gouvernement </em>[des affaires du pays]<em>».</em></p>
<p>Cette aversion d’une démocratie pleine et entière n’est pas le propre des démocrates auto-proclamés d’Amérique. <em>«Le suffrage universel mettrait en danger tous les buts pour lesquels un gouvernement existe»</em>, a écrit l’historien britannique du XIXe siècle et politicien conservateur Lord Macaulay. Il ajoutait : <em>«Et il serait complètement incompatible avec l’existence de la civilisation.»</em></p>
<p>Pour saisir la relation complexe entre démocratie et capitalisme, une mise en perspective historique serait nécessaire. Ce n’est pas l’heure de la faire ici. Mais un élément peut être souligné: il ne faut pas confondre de manière simpliste démocratie et droits démocratiques. Dans ce système, la propriété privée énorme et concentrée – des grandes banques, assurances jusqu’aux grandes firmes industrielles ou de distribution – s’élève comme une limite nette à l’extension des droits démocratiques de la majorité salariée. D’où la vive réaction répressive face à ceux et à celles qui, tendanciellement, mettent en question le pouvoir gigantesque – économique, donc aussi politique – du 1%. (Traduction et édition par la rédaction de <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>______</p>
<p>[1] Passé en 1940, sous  F.D. Roosevelt, le <em>Smith Act</em> – ou <em>Alien Registration Act</em> – impliquait: 1° la poursuite pénale contre ceux et celles affirmant qu’il fallait renverser le gouvernement; ce qui permit d’arrêter des socialistes-révolutionnaires, des communistes (staliniens) et aussi quelque fascistes. 2° A cela s’ajoutait l’obligation pour tous les résidents qui n’étaient pas citoyens de s’inscrire auprès de l’administration gouvernementale; plus de 4,7 millions ont dû le faire. Le traitement appliqué aux résidents – y compris citoyens – d’origine japonaise est plus connu: camps d’internement, etc.</p>
<p>Ces mesures ne doivent pas étonner les Suisses qui ne réalisent pas que le Contrôle des habitants, comme institution helvétique et patriotique, n’a d’égal que des institutions analogues sous le régime nazi et stalinien. Ce Contrôle des habitants obligeait, il n’y a pas si longtemps, d’un «Fribourgeois» allant vivre à Genève de se déclarer, quasi sur le champ, au Contrôle des habitants de Genève. Il y recevait un permis d’établissement pour Suisse, renouvelable!</p>
<p>Quant à la facette du Contrôle des habitants «réservée» aux «étrangers» et à la «police des étrangers» qui l’accompagne, elles font du <em>Alien Registration Act</em> une mesure plus que «convenable». Or, son caractère anti-constitutionnel a été reconnu (aux Etats-Unis), en 1957. Mais, il n’a pas été abrogé. (Réd.)</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6615&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/obama-les-democrates-et-les-mesures-de-repression.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Eternit et Holcim, la saga actuelle de transnationales helvétiques</title>
		<link>http://alencontre.org/suisse/eternit-et-holcim-la-saga-actuelle-de-transnationales-helvetiques.html</link>
		<comments>http://alencontre.org/suisse/eternit-et-holcim-la-saga-actuelle-de-transnationales-helvetiques.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 14:19:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Suisse]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://alencontre.org/?p=6597</guid>
		<description><![CDATA[Par Charles-André Udry En date du 14 février 2012, nous avions, dans la foulée d’une introduction, reproduit sur ce site une enquête faite  – avec les limites soulignées par CAOVA – sur la trajectoire de Stephan Schmidheiny. En fait, une contre-enquête à ce qui est rapporté dans l’ouvrage de René Lüchinger et Ueli Burkhard Stephan [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_6609" class="wp-caption alignleft" style="width: 386px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/SchmStTh.jpg"><img class=" wp-image-6609" title="SchmStTh" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/SchmStTh-300x173.jpg" alt="" width="376" height="216" /></a><p class="wp-caption-text">Thomas Schmidheiny et Stephan Schmidheiny</p></div>
<p><strong>Par Charles-André Udry<br />
</strong></p>
<p>En date du 14 février 2012, nous avions, <a href="http://alencontre.org/europe/italie/la-metamorphose-dun-empire-enquete-sur-lex-roi-de-lamiante.html" target="_blank">dans la foulée d’une introduction,</a> reproduit sur ce site une enquête faite  – avec les limites soulignées par CAOVA – sur la trajectoire de Stephan Schmidheiny. En fait, une contre-enquête à ce qui est rapporté dans l’ouvrage de René Lüchinger et Ueli Burkhard <em>Stephan Schmidheiny: Sein langer Weg zu sich selbst</em>, publié par Stämpfli Verlag, en 2009 (288 pages, 39.90 CHF).</p>
<p>Cet ouvrage a servi de «source» et «d’inspiration» à une grande partie de la presse helvétique pour rendre compte du procès intenté contre les ex-propriétaires (le «Suisse» et le «Belge») d’Eternit à Turin, le 13 février 2012. Un procès qui s’est conclu, pour l’heure, par une sentence simple et claire: 16 ans de prison pour <em>«catastrophe sanitaire et environnementale»</em>. <span id="more-6597"></span></p>
<p>La <em>Basler Zeitung</em> du 14 février 2012 (p.3) et <em>Le Temps</em> du 14 février (p. 13) reprenaient ce conte biographique bien travaillé – une besogne de journalistes économiques ficelée sous le contrôle de Stephan Schmidheiny – afin de présenter les «valeurs» défendues par ce «grand industriel». Cette dernière qualification est tout à fait exacte.</p>
<p>Il faudrait d’ailleurs être stupide pour ne pas comprendre que des états d’âme, des regrets – mais ne parlons pas de résipiscences – puissent aller de concert avec le sens des affaires et les «contraintes» de la maximisation du profit dans un «environnement concurrentiel sur le marché mondial».</p>
<p>De plus, deux frères peuvent être différents, heureusement. Et les parallèles – en termes de traduction des contraintes de l’accumulation du capital – entre Thomas Schmidheiny (Holcim) et Stephan Schmidheiny (ancien propriétaire d’Eternit en Italie et ailleurs) n’en font pas des personnes aux traits intellectuels et psychologiques identiques. Ce ne sont pas des jumeaux homozygotes, qui même eux sont dissemblables. Thomas est né en 1945, Stephan en 1947.</p>
<p>Toutefois, les hasards de la temporalité font que deux «affaires» éclatent – l’une sous une forme pénale et l’autre juridico-syndicale – concernant les deux frères et leurs business d&#8217;hier, pour l’un, d’aujourd’hui pour l’autre. Commençons par le procès Eternit à Turin.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong><em>«Homicides volontaires»</em></strong></span></p>
<p>Ayant déjà informé sur l’essentiel, hier, nous voudrions rapporter la réaction d’une partie de la presse internationale, d’autant plus que les recours divers vont viser à «étouffer l’affaire». Et cela au moment où le procureur de Turin Raffaele Guariniello – suite aux preuves matérielles accumulées et ayant une connaissance proche des effets terrifiants d’un cancer de la plèvre – a déclaré la possibilité d’instruire un second procès pour <em>«homicides volontaires</em>». Car Guariniello considère que le procès Eternit est<em> «le plus grand procès au niveau mondial dans l’histoire sur la sécurité au travail». </em></p>
<p>Le quotidien catholique français <em>La Croix</em>, en date du 14 février, écrivait, sous la plume d&#8217;Anne Le Nir: <em>«En Italie, on dénombre, à ce jour, près de 3000 victimes de l’amiante, des ouvriers mais aussi des habitants des villages à proximité des quatre anciennes usines du groupe Eternit dans le pays. La plus ancienne (inaugurée en 1907) était celle de Casale Monferrato, dans le nord du pays, les autres étaient à Cavagnolo, Roubiera (nord) et Bagnoli (sud). Au début des années 1970, le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny (65 ans aujourd’hui) et le baron belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne (90 ans) prenaient la gestion en Italie des filiales de la multinationale Eternit, et ce jusqu’à leur faillite, en 1986. Jugés par contumace, depuis l’ouverture, en 2009, du premier procès en pénal du drame de l’amiante, ils ont été condamnés hier à seize ans de prison, assortis de plusieurs dizaines de millions d’euros à verser aux parties civiles. Ils peuvent faire appel et aller jusqu’à la cassation, ce qui repousse à plusieurs années le jugement définitif.»<br />
«Les deux hommes sont considérés comme les principaux responsables des milliers de morts et de malades enregistrés. Sans compter ceux à venir. Selon les autorités sanitaires italiennes, il y aura encore dans ce pays 50 décès par an liés à l’amiante, jusqu’en 2020… Dès le début des années 1960, on savait que l’amiante pouvait se révéler être un poison mortel. Mais les deux hommes d’affaires savaient aussi que les temps d’incubation étaient très lents et n’ont pris aucune mesure de sécurité.» </em></p>
<p>Et Anne Le Nir de rapporter une déclaration des familles qui démontre que non seulement le diable, mais aussi le cynisme patronal quotidien, propre à la «naturalisation» de l’exploitation, se cachent dans «les détails»: <em>«Des familles d’ouvriers se souviennent de certains détails qui apparaissent, aujourd’hui, comme des marques d’un certain cynisme: “On pouvait lire cet avertissement en bas des bulletins de salaire, raconte une veuve: “Ne fumez pas, le tabac vous fait mal!” Mais contre l’autre venin mortel, aucune indication, aucune prévention.” Pendant des années, les employés des usines ont respiré et touché de la poudre d’amiante, sans scaphandre, sans masque, sans gants…»</em></p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Deux temps longs: celui de l’incubation et celui du jugement</strong></span></p>
<p>Le quotidien économique français <em>Les Echos</em> – qui ne manque pas d’affirmer un soutien «informé» à Sarkozy et au MEDEF de Laurence Parisot – termine ainsi son article sur le procès Eternit:<em> «De l’autre côté des Alpes, les industriels qui contreviennent à la loi ont intérêt à bien se tenir. Le procureur Raffaele Guariniello n’est autre que celui qui avait obtenu, en avril 2011, seize ans de prison ferme pour le patron de la branche acier du groupe Thyssen-Krupp, après l’explosion d’un laminoir en Italie.»</em> (14 février 2012)</p>
<p>Il y a un peu d’exagération dans ces dires, lorsque l’on connaît le nombre fort important de morts par «accidents du travail» en Italie, sans que cela soulève des vagues. Mais il y a un grain de vérité qui renvoie, entre autres, à la lenteur extrême d’une procédure engagée en France sur les méfaits mortels de l’amiante.</p>
<p>A ce propos, il est utile de reproduire, ici, un entretien donné au quotidien <em>Le Parisien</em> (14 février 2012) par Alain Bobbio, secrétaire général de l’Association nationale des victimes de l’amiante (Andeva).</p>
<p><em>«<strong>Quel est votre sentiment après le verdict du tribunal de Turin?</strong><br />
Alain Bobbio: C’est une grande nouvelle pour toutes les victimes et leurs familles. Cette condamnation pénale à seize ans de prison ferme des deux dirigeants de la société Eternit est une première mondiale. Cette décision arrive après deux ans d’audience. Elle récompense la stratégie ambitieuse du procureur italien qui s’est attaque aux plus hauts dirigeants du groupe qui fabriquait et commercialisait l’amiante. Or, ils savaient que cela provoquait des cancers de la plèvre.<strong><br />
Comment ont réagi les victimes françaises de l’amiante qui étaient à vos côtés?</strong><br />
Il y avait un mélange de soulagement et de colère. Une délégation de 160 personnes était à nos côtés à Turin. Elles sont venues des régions de France où des ouvriers avaient été confrontés à l’amiante, notamment du Nord-Pas-de-Calais, de la région Rhône-Alpes et de l’Ile-de-France. Leur réaction est un certain réconfort après trente ans de lutte et en même temps une grande colère face à ceux qui ont provoqué leurs souffrances, en France.<strong><br />
Mais justement, comment expliquer la différence de traitement du dossier amiante des deux côtés des Alpes?</strong><br />
En France, les empoisonneurs doivent être jugés. En Italie, la justice a été rendue, alors qu’en France le procès pénal n’a même pas commencé. Seize ans après les premières plaintes pénales, l’instruction confiée aux magistrats spécialisés du pôle santé publique s’enlise faute de moyens. En Italie, le parquet, indépendant du pouvoir politique, a joué un rôle moteur, alors qu’au contraire, en France, il a multiplié les obstacles afin qu’un procès ne puisse pas avoir lieu. Des poursuites contre six directeurs d’Eternit, en France, ont été annulées juste avant Noël par la cour d’appel de la chambre de l’instruction à Paris. A ce jour, en France, une catastrophe sanitaire qui pourrait faire 100&#8217;000 morts n’a toujours ni responsable ni coupable. Espérons que cela va changer!»</em></p>
<p>Pour ceux et celles qui croiraient qu’il s’agit d’une «erreur» touchant quelques milliers de personnes, il est conseillé la lecture du quotidien français, appartenant à l’avionneur Dassault, fabriquant du Rafale et ami de Sarkozy: <em>Le Figaro</em> du 14 février. Alors, ils pourront prendre conscience de la dimension de ce crime industriel en se souvenant des lignes qui concluent l’article sur le procès de Turin: <em>«Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), 125 millions de travailleurs sont exposés à l’amiante sur leur lieu de travail dans le monde entier et 90&#8217;000 meurent chaque année de maladies liées à l’amiante.» </em>La<em> Neue Zürcher Zeitung </em>dispose-t-elle de ces informations?</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Holcim: 100<sup>e</sup> anniversaire et contrats à durée très limitée</strong></span></p>
<p>Ce 15 février 2102, Holcim, un des trois géants mondiaux du ciment, fête son 100<sup>e</sup> anniversaire. A la tête de ce géant on trouve Thomas Schmidheiny; un vieil ami de la famille, Markus Akermann, en est le CEO.</p>
<p>Comme nous l’indiquions dans l’article consacré au procès Eternit de Turin, il aurait été injuste de ne cibler que l’écologiste, spécialiste aujourd’hui de la plantation sur des centaines d’hectares d’eucalyptus en Amérique latine: Stephan Schmidheiny.</p>
<p>Le grand frère, Thomas, ne doit pas être oublié. Des organisations syndicales en Inde, dans les villes de Jamul et de Rawan, dans l’Etat du Chhattisgarh, se rappellent à son bon souvenir. Dans <em>24 heures</em> du 14 février – quelle coïncidence! – Richard Etienne nous informe: <em>«Deux entreprises dont Holcim détient la majorité des parts depuis 2005, ACC et Ambuja Cement, sont accusées par le syndicat local Pragapisheel Cement Shramik Sangh (PCSS) d’abuser des contrats à durée déterminée. Les employés concernés, vu qu’ils sont engagés temporairement, ne peuvent guère se défendre: ils risquent de voir leur temps de travail et leur revenu réduits. Selon le PCSS, les deux filiales en profitent pour sous-payer ses collaborateurs </em><em>­</em><em>– souvent en dessous du salaire minimum indien –, leur confier les tâches les plus dangereuses, réduire leur temps de travail mensuel à quelques jours, les pousser à la retraite et les menacer s’ils tentent de se défendre. Environ 80% des collaborateurs de ACC et de Ambuja Cement subissent ces conditions aujourd’hui, selon le PCSS.» </em></p>
<p>Pas besoin d’être épidémiologiste ou médecin pour capter les effets de cette «utilisation des ressources humaines» sur la vie des salariés. Que ce soit le lieu de travail ou au travers des «effets collatéraux» de la paupérisation: conditions de logement, accès à l’eau et aux biens alimentaires dont les prix ne cessent de monter, ainsi que la possibilité d’obtenir des soins.</p>
<p>Ces modalités d’exploitation de la force de travail aboutissent à des morts «prématurées», sans mentionner les «accidents de travail». Mais le réservoir de travailleurs au chômage est suffisant pour «renouveler» ce que Marx appelle le «capital variable». La quantité de «demandeurs d’emploi» est indéterminée.</p>
<p>L’avocate du PCSS, Shalini Gera, indique: <em>«Cette part</em> [contrats à durée déterminée] <em>ne cesse de grandir depuis des dizaines d’années. La loi stipule pourtant que ce type de contrat est réservé à des situations exceptionnelles et que ces employés doivent être traités comme les autres.» </em>Richard Etienne souligne que Shalini Gera <em>«accuse Holcim de violer les règles de l ‘OCDE, dont la Suisse fait pourtant partie. L’ouverture des usines a forcé les populations voisines à se délocaliser et les rivières des alentours sont polluées. Personne n’a reçu de dédommagement.»</em> Le journaliste remarque qu’<em>«une plainte a été envoyée</em> <em>à</em> <em>Lukas Siegenthaler, du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Il se contente pour l’instant d’accuser réception et rappelle qu’il n’a pas de pouvoir de contrainte juridique.»</em></p>
<p>Une réponse plus helvético-administrative est difficile à imaginer. Peut-être que Serge Gaillard, ancien économiste de l’Union syndicale suisse (USS), aujourd’hui à la tête de la Direction du travail (sic) du Seco, pourrait suggérer à son collègue quelques idées ayant trait à une «flexibilisation civilisée du marché du travail». Pas comme en Suisse – où Holcim <em>«traite bien ses 1266 employés»</em>, comme l’écrit, par précaution professionnelle, Richard Etienne en conclusion de son article. Une gestion de la force de travail comme celle à l’œuvre en… Indonésie, où le holding Holcim disposera de trois usines en 2013. Un pays où, comme dans les autres régions, Holcim est spécialisé dans la mise sous pression de ses nombreux sous-traitants qui, eux, «traitent moins bien leurs salariés»… par tradition, donc!</p>
<p>Holcim réorganise son implantation de manière accentuée depuis la crise économique qui a éclaté, dès 2007. La part de la production dans les «pays émergents» (par rachat de firmes et construction de nouvelles unités) n’a cessé de s’accroître. Elle devient majoritaire dès 2008. La justification de Holcim, face aux revendications des travailleurs indiens, s’effectue dans la meilleure tradition des Schmidheiny: nous rachetons des firmes qui ont ses «traditions», nous ne pouvons pas changer ces «habitudes» du jour au lendemain. Comme pour l’amiante?</p>
<div id="attachment_6599" class="wp-caption alignleft" style="width: 210px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/pedrina2-debf3.jpg"><img class="size-full wp-image-6599" title="09CTCRA_090320FIFAUnions_CR" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/02/pedrina2-debf3.jpg" alt="" width="200" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Vasco Pedrina, en Afrique du Sud pour l&#39;IBB, en 2010, à l&#39;occasion du Mondial</p></div>
<p>Le pire, au moment où les travailleurs et les syndicats des usines indiennes se mobilisent, les membres des appareil syndicaux internationaux – entre autres l’IBB (Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois) à la direction de laquelle on trouve Vasco Pedrina, d’UNIA) – jouent la carte classique de la «compréhension».</p>
<p>Ainsi Marion Hellmann, de l’IBB, couvre la direction d’Holcim: <em>«Holcim, en rachetant ces usines indiennes, a hérité d’un problème ancien. Ils ne savent pas comment le gérer et s’y prennent mal.»</em> (<em>24 heures</em>, 14 février 2012)</p>
<p>Les héritiers Schmidheiny  – qui disposent d’une expérience de plus d’un demi-siècle en Afrique du Sud (sous l’apartheid), dans le Chili de Pinochet, dans le Brésil des militaires ou dans l’Indonésie de Suharto, ici dès 1971 – ne <em>«savent pas comment gérer»</em> de telles situations? Une simple famille d’apprentis sorciers hayekiens, pour se référer à la tonalité idéologique de la Fondation Max Schmidheiny?</p>
<p>En conclusion: on rêve de trouver des «responsables» syndicalistes aussi déterminés que le procureur Raffaele Guariniello de Turin. Car, en face, le patronat à la Thomas Schmidheiny et à l’Akermann se fait de plus en plus l’idéal-type de ceux qui savent être compétitifs dans le cadre de la mondialisation capitaliste; et cela, à tous prix, morts compris.</p>
<p>&nbsp;</p>
<img src="http://alencontre.org/?ak_action=api_record_view&id=6597&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://alencontre.org/suisse/eternit-et-holcim-la-saga-actuelle-de-transnationales-helvetiques.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
<!-- This Quick Cache file was built for (  alencontre.org/feed ) in 1.01484 seconds, on Feb 23rd, 2012 at 12:13 am UTC. -->
<!-- This Quick Cache file will automatically expire ( and be re-built automatically ) on Feb 23rd, 2012 at 1:13 am UTC -->
<!-- +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ -->
<!-- Quick Cache Is Fully Functional :-) ... A Quick Cache file was just served for (  alencontre.org/feed ) in 0.00136 seconds, on Feb 23rd, 2012 at 1:08 am UTC. -->
