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	<title>A l&#039;encontre</title>
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	<description>La Brèche</description>
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		<title>Les Israéliens iraient-ils vers un mouvement de protestation sociale plus dur et plus audacieux?</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2012 16:59:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Israël]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Dahlia Scheindlin Contrairement à ce qui se passait l&#8217;été dernier [voir sur ce site, entre autres, l’article de Moshe Machover, «Les protestations secouent Israël»], la protestation sociale «Occupy Israel» du samedi soir 12 mai 2012 contenait des discours explicitement anti-gouvernementaux et un langage se référant à la défense des droits humains universels. Pourrait-il s&#8217;agir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/DSC_1448.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8756" title="DSC_1448" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/DSC_1448-300x193.jpg" alt="" width="376" height="242" /></a>Par Dahlia Scheindlin</strong></p>
<p><strong></strong>Contrairement à ce qui se passait l&#8217;été dernier [voir sur ce site, entre autres, l’article de <a href="http://alencontre.org/moyenorient/israel/les-protestations-secouent-israel.html" target="_blank">Moshe Machover, «Les protestations secouent Israël»</a>], la protestation sociale «Occupy Israel» du samedi soir 12 mai 2012 contenait des discours explicitement anti-gouvernementaux et un langage se référant à la défense des droits humains universels. Pourrait-il s&#8217;agir du début d&#8217;une rébellion civile?<strong> <span id="more-8755"></span><br />
</strong></p>
<p>Environ 5000 personnes se sont réunies sur la place Rabin à Tel-Aviv pour initier une nouvelle série de protestations sociales. Il s&#8217;en dégageait un élan énergique de colère, un souffle indiscipliné et tumultueux. Au lieu d&#8217;un rassemblement traditionnel devant la municipalité, la protestation se déroulait de manière inédite sur une portion de la place laissée libre, ce qui donnait à ce rassemblement un air désinvolte. Plusieurs personnes faisaient résonner des tambours pour attirer l’attention. Les orateurs devaient dès lors hurler des textes peu sophistiqués dans une sono de mauvaise qualité. Ils devaient faire taire les gens qui scandaient des slogans. Par rapport aux énormes mobilisations de l&#8217;été passé, dont le mot d&#8217;ordre était «<em>Le peuple exige la justice sociale</em>», cette nouvelle manifestation avait un air un peu déplacé, et il s&#8217;en dégageait une impression de plus grande authenticité.</p>
<p>La saison non officielle de protestations estivales n&#8217;a pas encore vraiment démarré. Le motif de cette protestation était plus de fêter le premier anniversaire du mouvement international «<em>Occupy</em>» que de dénoncer de nouvelles blessures sociales. Pourtant la participation était beaucoup plus massive que lors d&#8217;autres protestations récentes. La manifestation de la semaine dernière contre le nouvel accord pour un gouvernement de coalition [pacte d’union entre le premier ministre Benyamin Nétanyahou et le chef de l'opposition Shaul Mofaz], celle d&#8217;il y a quelques semaines (sorte de marche de protestation sans message précis) et celle contre une attaque contre l&#8217;Iran – toutes ces protestations semblaient réunir davantage de flics et de blogueurs que de manifestants, qui chaque fois n&#8217;étaient qu&#8217;au nombre d’une centaine. Le samedi 12 mai, on avait l&#8217;impression d&#8217;un nuage orageux qui, pour faire image, se serait déchargé avant une décharge électrique, sans attendre le signal du départ.</p>
<p>L&#8217;été passé je décrivais la frustration que je ressentais devant ce que je voyais comme un message superficiel, fourre-tout. La revendication pour une <em>«Justice sociale»</em> avait une signification différente pour chacun et était trop facilement diluée. L&#8217;insistance exaspérante sur le fait que le mouvement n&#8217;était pas politique me paraissait absurde et le refus de rattacher les questions sociales avec le conflit israélo-palestinien m’apparaissait comme une insulte.</p>
<p>Surtout j&#8217;étais irritée par le ton plaintif d&#8217;enfant pleurnichard qu&#8217;utilisaient les manifestant·e·s dans l’expression de leurs revendications adressées au gouvernement, au lieu de demander sa tête.</p>
<p>Hier soir, pour la première fois, beaucoup de gens ont remplacé le mot d&#8217;ordre <em>«Le peuple demande la justice sociale»</em> par <em>«Le peuple exige une rébellion civile</em>!». Comme j’arrivais sur la place, une vague de «<em>Bibi go home»</em> [Bibi se rapporte à Nétanayahou] déferlé. Des pancartes raillaient les dirigeants gouvernementaux.</p>
<p>Bien sûr, il n&#8217;y a pas tout à coup eu des appels à mettre un terme à l&#8217;occupation des Territoires. Mais, pendant la première onde de manifestations, je ne me souviens pas d&#8217;avoir vu, comme cette fois-ci, des pancartes mentionnant les droits humains et la reconnaissance de la diversité [reconnaissance des droits des Palestiniens]. Le terme même de «droits humains» a été tellement corrompu dans ce pays comme étant issu d’une conspiration de la gauche qu’il y a là la première indication que cette notion est en train de se modifier et pourrait acquérir à nouveau sa signification universelle.</p>
<p>Le fait que les orateurs étaient inconnus et ne ressemblaient en rien aux jeunes branchés  de l&#8217;été passé était frappant. Je trouve la critique de Gideon Levy [dans son article de <em>Haaretz</em> du 13.5.2012 où ce dernier compare ce rassemblement à Woodstock] comme ayant une tournure franchement élitiste. Moi aussi j&#8217;ai vu Daphni Leef [une des leaders du mouvement en 2011] qui se frayait un chemin dans la foule, alors qu&#8217;une autre génération de citoyens et citoyennes rayonnait en racontant leurs histoires. J&#8217;ai trouvé que c&#8217;était plutôt un bon signe.</p>
<p>Ces personnes ont reçu un fort soutien des participant·e·s lorsqu&#8217;elles se vantaient de n&#8217;avoir aucun appui d’un parti ou aucune affiliation partisane; et de ne recevoir aucun soutien financier. Elles recueillaient des contributions dans des bouteilles qui circulaient, cela pour couvrir les frais de la soirée. C&#8217;est un rappel du fait qu&#8217;au-delà de tous les commentaires bien-pensants concernant l&#8217;accord – conquérant ou machiavélique – de coalition gouvernementale, la fraction présente de la société se sent surtout laissés sur le bord du chemin. Mais cette fois, au lieu de mendier l’attention des responsables gouvernementaux, les citoyens et citoyennes laissaient les politiciens sur le côté. Et là encore, c&#8217;est une bonne chose: j&#8217;attends de voir les politiciens se bousculer pour tenter de les rattraper au lieu de passer leur temps à trouver des moyens de les faire taire.</p>
<p>Un parti a manifesté sa présence lors de cette protestation, c&#8217;est le Meretz [1]. Ce parti pourrait être à la source d&#8217;une véritable opposition au nouveau gouvernement. Il est difficile de faire confiance au Parti travailliste vu son acceptation de faire le jeu de Nétanayahou, avant d&#8217;être exclu par l&#8217;accord de coalition. Ce week-end (12-13 mai), le quotidien <em>Haaretz</em> a publié un excellent entretien – qui n&#8217;a curieusement pas encore été traduit – avec Zehava Gal-on, dirigeante insuffisamment appréciée du Meretz. Elle met en évidence quelques réflexions courageuses sur des thèmes d&#8217;actualité tels que la loi Tal [loi qui permet aux hommes ultraorthodoxes, Haredim, de différer indéfiniment le service militaire; la Cour suprême l’a invalidée]. N&#8217;ayant pas à subir des pressions de la coalition et n&#8217;ayant pas grand-chose à perdre, le Meretz pourrait être le parti qui fixe la barre – ou repousse les limites – pour le discours de l&#8217;opposition.</p>
<p>En résumé, que ce soit à cause des sentiments à vif d&#8217;une foule protestataire très diversifiée, des messages anti-gouvernementaux plus explicites qui étaient difficiles à contenir, la présence naissante d&#8217;un discours intégrant l’universalité des droits humains ou simplement l&#8217;ampleur des protestations, la mobilisation du samedi 12 mai dégageait une impression nouvelle. La bulle fiévreuse de l&#8217;été passé semble être en train de laisser la place à quelque chose de plus dur, de moins contrôlé et de moins indulgent. (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>______</p>
<p>[1] Le Meretz est un parti laïque, qui se dit socialiste. Il adhère à l’Internationale social-démocrate. Le terme «meretz» signifie «énergie». C’est un parti sioniste qui soutient l’Initiative de Genève (signée en décembre 2003) signée par Yossi Beilin, initiative placée sous la bénédiction de l’ex-conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, dont le titre était le suivant: deux peuples, deux Etats. L’Initiative de Genève laissait totalement de côté la question des réfugiés. Du côté palestinien, la personnalité de relief était Yasser Abd Rabbo (connu sous le nom de Abou Bachar), ancien membre du comité exécutif de l’OLP et qui eut le rang de ministre de l’Information dans le gouvernement de Mahmoud Abbas. (Réd.)</p>
<p>______</p>
<p>Dahlia Scheindlin a publié cette chronique sur le site <em>+972 </em>en date du 13 mai 2012. Elle conduit une recherche sur «les Etats de facto non reconnus». Son jugement très positif sur le Meretz renvoie à sa sensibilité politique. Un tel point de vue doit être pris en compte pour juger de la dynamique et des limites du mouvement social et politique qui se place sous l’étiquette de Occupy en Israël.</p>
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		<title>Grèce: le pouvoir des Troïkans, depuis l’aube…</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 19:28:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grèce]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Panagiotis Grigoriou «L&#8217;Aube Dorée» fut un hôtel légendaire au pays lumineux qu&#8217;était la Grèce des années 1960, tout du moins pour les représentations collectives, car la réalité est souvent bien plus sombre qu&#8217;elle n&#8217;y paraît, à travers le miroir déformant de la mémoire. Situé sur l&#8217;île de Poros, l&#8217;hôtel s&#8217;est rendu célèbre par le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/13052012-08.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8740" title="13052012-08" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/13052012-08-300x168.jpg" alt="" width="300" height="168" /></a>Par Panagiotis Grigoriou</strong></p>
<p>«L&#8217;Aube Dorée» fut un hôtel légendaire au pays lumineux qu&#8217;était la Grèce des années 1960, tout du moins pour les représentations collectives, car la réalité est souvent bien plus sombre qu&#8217;elle n&#8217;y paraît, à travers le miroir déformant de la mémoire. Situé sur l&#8217;île de Poros, l&#8217;hôtel s&#8217;est rendu célèbre par le cinéma populaire et commercial grec de l&#8217;époque, car certaines scènes inoubliables ont été réalisées dans ses locaux, et notamment, la comédie burlesque: «<em>Bien mieux que Marlon Brando</em>»,<span id="more-8739"></span> entièrement tournée dans cet hôtel en 1964, mettant en scène le grand acteur comique Thanassis Veggos. Ce dernier a incarné mieux que tout autre acteur de la période, l&#8217;archétype du travailleur-pauvre face aux transformations de la société des années 1950-1960. C&#8217;est ainsi que Thanassis Veggos, fut le comique le mieux apprécié par le public grec, et ceci jusqu&#8217;à nos jours. «<em>Allons-y tous à l&#8217;Aube Dorée</em>» fut une phrase célèbre prononcée par Veggos, lors d&#8217;une séquence du film restée depuis dans les annales de la mémoire filmique populaire.</p>
<div id="attachment_8743" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/13052012-02.jpg"><img class=" wp-image-8743" title="13052012-02" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/13052012-02-300x237.jpg" alt="" width="300" height="237" /></a><p class="wp-caption-text">Thanassis Veggos, dans le film de 1964, tourné à l&#39;hôtel «L&#39;Aube Dorée»</p></div>
<p>Il faut préciser que Veggos fut déporté sur l&#8217;île de Makronissos [un camp de concentration] entre 1948 et 1950 pour des raisons politiques, sa famille et lui-même étaient de gauche. Depuis, il n&#8217;a jamais démenti cet engagement, jusqu&#8217;à sa mort – le 3 mai 2011 –, même si souvent il a préféré rester discret.</p>
<p>Son décès, certes attendu, a beaucoup marqué les esprits. Les Athéniens par milliers sont venus assister aux obsèques, gens plutôt pauvres d&#8217;ailleurs comme lui dans ses rôles. Toujours travailleur, dénonçant la corruption et finalement escroqué par les autres et peut-être bien, par la «grande histoire» après coup. Vers la fin de sa vie, dans ses rôles en homme alors âgé, il avait été choisi pour des interprétations d&#8217;une sensibilité troublante car tragique, par le metteur en scène Theo Angelopoulos, par exemple dans «Le regard d&#8217;Ulysse».</p>
<p>Tout cinéphile se souvient ainsi d&#8217;un monologue du personnage incarné par Veggos, en réalité par lui-même, et par tout grec capable appréhender le destin collectif, au-delà des apparences, parfois trompeuses : «<em>Tu sais quoi ? La Grèce est en train de mourir. Nous mourons en tant que peuple. Nous avons terminé notre cycle. Je ne sais même plus depuis combien de temps tout cela, tant de milliers d&#8217;années à travers les ruines et les statues brisées&#8230; et nous mourons. Mais autant mourir, vaut mieux mourir rapidement. Car l&#8217;angoisse dure trop longtemps, faisant ainsi tant de vacarme</em>».</p>
<p>Je me souviens de son enterrement, la messe a eu lieu dans une église sous l&#8217;Acropole, au quartier du temple de Thésée. J&#8217;y étais et nous étions plusieurs milliers à y assister. Comme tous ces autres anonymes, je me remémorais aussi une autre scène, dans un de ses films des années 1960, tournée justement, devant cette église. Nous nous disions alors que nous perdons nos acteurs et poètes, au sens littéral du terme (la poésie c&#8217;est la création), de cette autre Grèce.</p>
<p>Il n&#8217;y a rien de plus évident que la disparition physique de tous, les poètes, les réalisateurs, les écrivains ou les musiciens, n&#8217;échappent pas à cet ultime sonnet de leur existence, et en d&#8217;autres circonstances, ces disparitions auraient été rangées par la seule taxinomie de l&#8217;inévitable. Seulement voilà, par un «temps Troïkan» [allusion à la dictature économique et sociale de la Troïka], la déconstruction de tous nos univers familiers, allant de celui de la démocratie et jusqu&#8217;à notre sphère privée et interpersonnelle, s&#8217;est imbibée de toutes ces disparitions et, par la même occasion, d&#8217;une signification eschatologique.</p>
<p>«<em>Nous les perdons ainsi, et par ces disparitions, toute une époque s&#8217;en va&#8230; Nous la regrettons tous finalement, mais elle s&#8217;achève, comme nos vies jusqu&#8217;à présent&#8230; Pourrions-nous alors réinventer la suite?</em>», voilà donc, pour ce qui relève de la commune <em>doxa </em>de cette année si rapide, entre le décès de Veggos et la « résurrection » de mai 2012.</p>
<p>J&#8217;observe depuis une semaine, c’est-à-dire depuis les élections du 6 mai 2012, que la petite phrase de Thanassis Veggos, extraite du film de 1964 (à propos de «L&#8217;Aube Dorée», l&#8217;hôtel), tourne en boucle sur la sphère de l&#8217;internet grec. Cela s&#8217;appelle jouer avec l&#8217;anachronisme, sauf que le sous-entendu implique la nouvelle  «Aube dorée», qui n&#8217;est plus un hôtel de rêve pour les classes moyennes montantes, mais plutôt, une brasserie&#8230; munichoise, mais du côté d&#8217;Athènes.</p>
<p>Ce qui est intéressant (et dangereux) dans le glissement des représentations tient justement de cette récupération implicite (souvent récusée aussitôt), de la petite phrase prononcée jadis dans ce film. Récupération, parce que Thanassis a incarné avant tout une figure populaire stéréotypée, un type idéal presque, mais aussi, parce que l&#8217;Aube Dorée de Poros se situerait selon la géographie de l&#8217;inconscient collectif, dans une Grèce «lumineuse, simple et intacte», en somme, « avant l&#8217;arrivée des étrangers», comme on entend souvent ici ou là dans le café du commerce, si bien rempli ces derniers temps, vu le chômage déjà. [Allusion, assez explicite, à la campagne raciste anti-immigrés des néonazis de «L’Aube dorée».]</p>
<p>Dans les quartiers populaires du Pirée, à part SYRIZA, on a aussi voté pour l&#8217;Aube dorée et son auberge, à hauteur de 11% [5,7%à l’échelle nationale]. Dans la même dynamique du dynamitage des liens «démocratiquement paisibles» de l&#8217;avant-crise, les résultats électoraux du KKE (PC grec) sont en baisse à Athènes et dans ses faubourgs. Et ceci aussi était prévisible : «<em>J&#8217;ai toujours voté KKE, car j&#8217;ai toujours voulu maintenir dans ce pays un vrai parti ouvrier, au cas où, un jour j&#8217;en aurais besoin, dans un moment critique disons. Eh bien, ce moment critique est arrivé, et le KKE est aux abonnés absents</em>», a déclaré un électeur, déclaration reproduite par le journal <em>Avghi</em> (Aube), ce dimanche 13 mai 2012.</p>
<p>Et ce n&#8217;est pas parce que <em>Avghi </em>est le quotidien proche de SYRIZA que ce témoignage n&#8217;a pas la valeur d&#8217;un «indicateur statistique qualitatif», bien au contraire je crois. On apprend aussi par la presse faisant suite aux analyses du vote du dimanche dernier (6 mai 2012), que le vote des policiers, par exemple, dans sa moitié au moins, s&#8217;est exprimé en faveur de l&#8217;Aube dorée (enquête publiée par le quotidien <em>tovima.gr</em>). Pas étonnant, car ces prolétaires-prétoriens au salaire mensuel s&#8217;élevant à 800 euros, ne lisent pas Cornelius Castoriadis dans leurs cars de CRS, pour autant que je sache.</p>
<p>Depuis dimanche dernier, nous revoilà plongés dans le flottement incessant du temps présent. Gouvernables? Esclaves? En dehors de la zone euro? Sur le marché du vendredi on y vendait encore de tout, l&#8217;espoir et l&#8217;incertitude sifflaient à toutes les oreilles:«<em>Nous en avons marre, fallait que ça s&#8217;arrête</em> [le Mémorandum], <em>ce n&#8217;est plus possible</em>».</p>
<p>Des employés auprès des vendeurs de fruits et légumes parfois étrangers, «des Pakistanais» comme on dit souvent dans la rue pour «aller vite», servirent deux hommes âgés, visiblement inquiets par la situation, néanmoins stoïques : «<em>Tiens, tu viendras chez moi en cas de guerre Yannis, j&#8217;ai un jardinet de ville et un sous-sol</em>».</p>
<p>Car les rumeurs, les menaces, la désinformation et les intimidations courent les rues et les marchés. Déjà les médias officiels ou «alternatifs» (sur internet), les journaux qui s&#8217;autoproclament «pluralistes», tous s&#8217;adonnent à la «catastrophologie» ces dernier jours, reproduisant inlassablement ce même message: «<em>Attention nous sommes en danger, à ce point&#8230; ingouvernables</em>», comme si la «gouvernance» de la Troïka [BCE, UE, FMI] demeure notre seule option. Pourtant, les Grecs sont de plus en plus nombreux à penser qu&#8217;une autre orientation, douloureuse aussi certes, reste envisageable.</p>
<p>Ce qui ne rassure pas semble-t-il, Daniel Cohn-Bendit, qui ne déclare pas autre chose (que les adeptes de la Troïka), ces derniers jours : «<em>Il ne faut pas laisser les Grecs décider par eux-mêmes, car il y a risque de coup d&#8217;Etat militaire</em>». Et le coup d&#8217;État des Troïkans n&#8217;est-il pas plus inquiétant ?</p>
<p>En tout cas, certains ex-détails issus du méta-monde politique Bruxellois ne passent plus inaperçus désormais. C&#8217;était encore sur le marché de vendredi 11 mai, entre deux barquettes de fraises et une première pastèque du Péloponnèse, que deux vendeurs s&#8217;interrogèrent sur l&#8217;attitude des écologistes grecs (leur formation n&#8217;a pas réussi d&#8217;entrer au Parlement, avec 2,9%): «<em>Mais ces gens ne peuvent pas décider seuls, se positionner pour, ou contre le Mémorandum, finalement car ils doivent demander l&#8217;avis à leur centrale, c&#8217;est à Paris, je crois, qu&#8217;elle siège la centrale de l&#8217;Écologie.</em> »</p>
<p>Ce premier week-end de l&#8217;après SYRIZA, un léger séisme a secoué la ville de Salonique, très tôt ce matin (de 4,1 sur l&#8217;échelle de Richter), après le séisme politique d&#8217;il y a une semaine. Certains y voient un «signe», d&#8217;autres en rajoutent, car ils se disant informés sur «<em>la quantité de fluor qu&#8217;on nous jette dans l&#8217;eau potable du réseau de la capitale</em>», une voisine a même «établi» le lien «évident», entre tous ces événements, les signes de l&#8217;Apocalypse et les chats qui se bagarrent sans répit depuis deux semaines dans le quartier, jour comme nuit, «<em>c&#8217;est d&#8217;une autre dimension qu&#8217;il s&#8217;agit, vous la verrez bientôt</em>», a-t-elle déclaré lors d&#8217;une réunion de copropriété dans un immeuble athénien.</p>
<p>A l&#8217;ordre du jour, comment se débarrasser (ou se départager), certains meubles entreposés en sous-sol dans les parties communes, par un ancien locataire qui a dû déménager à la hâte, après expulsion, il y a un an et sans laisser de traces. C&#8217;est lors de cette réunion, que Dimitri, le voisin dentiste et son épouse enseignante  ont annoncé officiellement leur déménagement: «<em>Nous ne pouvons plus faire face au loyer, même si le propriétaire a accepté un rabais de 25%. Nos revenus sont en chute libre, moins 60% en un an, nous irons habiter un appartement appartenant à mon beau-père, inoccupé jusque-là car sans chauffage</em> » a précisé Dimitri.  Avant de rajouter: «<em>Mais quoi qu&#8217;il arrive, ce week-end nous serons de sortie, comme si de rien n&#8217;était </em>».</p>
<p>En effet, j&#8217;ai remarqué que de nombreux Athéniens ont décidé de sortir ce week-end,  «<em>pour vivre et pour s&#8217;amuser</em>». Au soir ou durant une partie de la nuit, et enfin dimanche dès midi, le 13 mai, sur les plages, presque bondées. Car il y a un petit goût «d&#8217;avant quelque chose»: <em>«Profitons-en aujourd&#8217;hui, car demain&#8230; qui sait?</em>» Et sur les plages, on lisait attentivement les journaux, y compris, afin de comprendre le sens de la victoire de François Hollande.</p>
<p>Sauf que désormais les lieux publics sont «ouverts» à tous les vents. Ainsi samedi 12 mai, sur une place athénienne, de jeunes âgés entre 16 et 20 ans, n&#8217;avaient plus honte de crier : «<em>Chryssi Avghi </em>[Aube Dorée]<em> oui, et pour toujours</em>», la présence d&#8217;une caméra lors d&#8217;un reportage a provoqué chez eux de l&#8217;excitation: «<em>Journalistes, vendus, porcs&#8230; </em>».</p>
<p>Les tabous et les peurs tombent avec le système du bipartisme népotiste [de la Nouvelle Démocratie et du PASOK]. La social-démocratie dans sa version balkanisée, triomphante aux élections de 2009, n&#8217;est qu&#8217;un cadavre politique.: «<em>Le PASOK est pourri, il faut tout casser</em>», a même déclaré Evangelos Venizélos [ex-ministre des Fiances et leader du PASOK pour les élections] récemment. Il vient de dissoudre toutes les organisations (déjà fantômes) de son parti dans l&#8217;indifférence générale.</p>
<p>Chez SYRIZA on demeure confiant, mais inquiet. L&#8217;épreuve est rude. Des rumeurs ici ou là, font état de la «<em>présence d&#8217;espions dans les partis et mouvements anti–Mémorandum  et ceci depuis longtemps. On les préparait justement pour ainsi agir pour le jour le plus long&#8230; en vue de le raccourcir</em> ». Et SYRIZA n&#8217;échappe pas à ces rumeurs. L&#8217;espionite, la Grosse Bertha (alias «la sortie de la zone euro»), les grandes manœuvres des forces aéronavales turques en mer Égée lors d&#8217;un exercice cette semaine, les «<em>menaces de coup d&#8217;État</em>», tout y est.</p>
<p>C&#8217;est Août 1914, plus la République de Weimar. Sauf qu&#8217;on a toujours de l&#8217;électricité et internet, c&#8217;est peut-être là, la seule différence.</p>
<p>Ce dimanche soir 13 mai, K. Papoulias, notre chef «d&#8217;État» [Président], est en train de réunir les chefs des partis pour une ultime tentative en vue de former un gouvernement, coûte que coûte, c&#8217;est aussi le sens de l&#8217;ultimatum, depuis l&#8217;autre Europe.</p>
<p>Surtout que durant cette semaine, le pays «doit» rembourser une certaine somme aux «créanciers». Cette semaine encore, entre en vigueur l&#8217;abolition des Conventions collectives pour l&#8217;ensemble du secteur privé.</p>
<p>Les marchés s&#8217;en émeuvent (du remboursement). Papadémos, le banquier Premier-ministre dramatise davantage : <em>«Nous allons tout droit vers une catastrophe économique »</em>, a déclaré récemment. Sauf que l&#8217;argument devient usé: « <em>De toute façon, on nous prépare pour de salaires de 200 euros par mois, donc on s&#8217;en fiche, que cela explose, l&#8217;euro, tout, basta&#8230;. </em>»</p>
<p>Sur le site de «Tourisme grec», on découvre une présentation de l&#8217;hôtel de Poros sous son ancien nom. Pour éviter tout amalgame avec la&#8230; brasserie politique homonyme. Les propriétaires ont changé le nom de l&#8217;hôtel en 2002,  «<em>justement pour éviter toute confusion avec l&#8217;organisation d&#8217;extrême-droite</em> », ont-ils précisé les gérants de l&#8217;établissement, (journal <em>To Vima</em> – 21/08/2011). Le nouveau nom de l&#8217;hôtel est: <em>«Golden View»,</em> c&#8217;est vrai&#8230; qu&#8217;en politique, il vaut mieux anticiper.</p>
<p>Ce dernier temps, une nouvelle marque de café soluble «<em>made in Greece</em>» a fait son apparition sur les étalages des supermarchés, son prix est très abordable tandis que le goût rappelle vraiment les années 1970 ; son nom commercial : «le café doré» («Golden Cofee»)&#8230; décidément.</p>
<p>Pas de «solution» pourtant politique ce soir dimanche 13 mai à 22h, pour un régime visiblement soluble. Le président Carolos Papoulias a reçu 90 minutes, en fin de matinée, puis durant la soirée, les dirigeants des partis politiques pour tenter de les convaincre de former un gouvernement de coalition. La coalition, l&#8217;empire&#8230; et les voyants qui nous laissent leur publicité sur les pare-brise, nous rappelant quelque part que l&#8217;avenir n&#8217;est jamais gratuit.</p>
<p>«<em>Tiens</em> – s&#8217;est exclamé un passant hier, sur une place d&#8217;Athènes – <em>SYRIZA invite tout le monde à sa réunion publique demain soir lundi, c&#8217;est pour analyser et débattre. À l&#8217;ordre du jour, les résultats des élections et la nouvelle situation, cela fait depuis mes lointaines années passées à l&#8217;Université que je n&#8217;ai pas assisté à une réunion politique, j&#8217;irai</em>».</p>
<p>Dimanche soir , Alexis Tsipras vient de déclarer à l&#8217;issue des rencontres entre les chefs des partis et le Président de la République: «<em>Ce qu&#8217;on demande à SYRIZA n&#8217;est pas un accord, mais la complicité dans un crime. Et cette complicité, nous ne pouvons pas l&#8217;accorder. Je demande la publication des comptes rendus des débats d&#8217;aujourd&#8217;hui lors des réunions au Palais présidentiel, ainsi, les citoyens pourront tirer leurs propres conclusions</em>», prévient-il</p>
<p>Dans la rue on entend certains cris (dans la nuit du dimanche 13 mai au lundi 14 mai), c&#8217;est parce que l&#8217;équipe d&#8217;Olympiakos du Pirée s&#8217;offre sa deuxième Euroligue de basket en battant le CSKA Moscou, puis, pour demain lundi, une alerte météo vient de tomber, tempête en mer Égée, force du vent 9 sur l&#8217;échelle de Beaufort, et toujours pas de gouvernement formé. (14 mai 2012)</p>
<div id="attachment_8745" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/13052012-09.jpg"><img class="size-medium wp-image-8745" title="13052012-09" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/13052012-09-300x168.jpg" alt="" width="300" height="168" /></a><p class="wp-caption-text">Café soluble «made in Greece»</p></div>
<p>____</p>
<p>Panagiotis Grigoriou, anthropologue, vit à Athènes.</p>
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		<title>Grèce: le vent tourne; la suite sera longue et incertaine</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 21:46:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grèce]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Panagiotis Grigoriou Dans la rue, on peut désormais sourire au temps. Les mots planent partout, la moindre phrase devient significative, et surtout, elle sonne juste: «On les aura&#8230;», «Ils ont peur maintenant&#8230;», «Nous ne savions plus comment faire, mais nous trouverons le chemin&#8230;. ». Comme ces femmes, travaillant à l&#8217;accueil au sein d&#8217;une entreprise athénienne : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/20110615-0600.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8733" title="20110615-0600" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/20110615-0600-300x169.jpg" alt="" width="354" height="199" /></a>Par Panagiotis Grigoriou</strong></p>
<p>Dans la rue, on peut désormais sourire au temps. Les mots planent partout, la moindre phrase devient significative, et surtout, elle sonne juste: «<em>On les aura&#8230;</em>», «<em>Ils ont peur maintenant&#8230;</em>», «<em>Nous ne savions plus comment faire, mais nous trouverons le chemin&#8230;. </em>». Comme ces femmes, travaillant à l&#8217;accueil au sein d&#8217;une entreprise athénienne : «<em>Il est temps de montrer nos dents à l&#8217;Europe; il y a en a assez, mais nous n&#8217;irons tout de même pas sortir de l&#8217;euro, l&#8217;euro ce n&#8217;est pas mauvais en somme, non </em>» La réponse, par une de ses collègues n&#8217;a pas tardé: <span id="more-8732"></span>« <em>Qu&#8217;ils aillent se faire&#8230;. et leur euro avec, ce n&#8217;est pas le nôtre. Je travaille à temps plein pour 700 euros par mois déjà, et toi Dora, tu touches déjà moitié moins</em>». Et Dora le confirme: «<em>Je viens d&#8217;être embauchée à temps complet pour 350 par mois, je le vois venir, tout le monde sera au même tarif&#8230; </em>». <em>«Si c&#8217;est celui-là notre avenir, alors nous revoterons SYRIZA ».</em><em></em></p>
<p>Les heures tournent. Samaras, grand perdant de ces élections aussi, n&#8217;a pas réussi à former un gouvernement. Les journalistes se déchaînent sur la nécessité « <em>d&#8217;un gouvernement responsable </em>». Les rumeurs les plus folles circulent sur Internet, les fausses nouvelles aussi, la guerre psychologique reprend de plus belle. La bancocratie n&#8217;est pas vaincue, et elle est encore capable d&#8217;inventer: « <em>Attendons-nous à des surprises de taille de leur part</em> », me disait une personne, militante au parti SYRIZA. Au KKE [PC] par contre, les camarades communistes sont amers : «<em>SYRIZA, prendra la place du PASOK dans la social-démocratie, Kouvelis avec sa «Gauche Démocratique» le fait presque déjà; nous ne sommes pas de la dernière pluie au PC, comment veulent-ils annuler ou même rafistoler le Mémorandum sans quitter l&#8217;UE, et sans priver les capitalistes du vrai pouvoir politique et économique, car le pouvoir gouvernemental à lui seul, ne peut pas suffire </em>». C&#8217;est ainsi que le KKE a rejeté la proposition d&#8217;Alexis Tsipras, mardi 8 mai, encore une fois, c&#8217;est «non».</p>
<p>Samaras de la vieille droite, n&#8217;a pas pu former un gouvernement le lundi 7 mai, ainsi, il s&#8217;est souvenu qu&#8217;il était «<em>parmi les premiers à critiquer le Mémorandum</em>». Les médias affolés suggèrent des «<em>solutions car le pays a besoin d&#8217;être gouverné</em>», ainsi, ces journalistes – perroquets de leurs patrons, insistent sur le «<em>drame dans lequel nous sommes plongés</em>» depuis dimanche. Sauf qu&#8217;ils omettent de dire que nous sommes toujours gouvernés, mais par les agents des Troïkans. Car il y a le feu: lundi déjà, on a noté «<em>l&#8217;arrivée à Athènes, de la «Task Force» de la Commission Européenne pour coordonner la réalisation des réformes et pour auditer les ministères. Elle est composée par 30 à 40 personnes, lesquels, vont contrôler les finances publiques, et surtout l&#8217;exécution du budget. Ces agents, se sont installés dans les ministères, d&#8217;où ils contrôleront les recettes et les dépenses de l&#8217;État, une par une. Au même moment, on est en train de former le nouvel Observatoire Permanent du Mémorandum (Permanent Monitoring) dans l&#8217;urgence. Le chef de cette structure séjournera de façon permanente à Athènes et ses membres, seront en contact direct avec les équipes installées au sein des ministères, en temps réel. C&#8217;est une équipe parallèle à celle du FMI; cette dernière est d&#8217;ailleurs hébergée dans un bâtiment appartenant à la Banque de Grèce</em> » (quotidien <em>TA NEA</em> – 8 mai 2012).</p>
<p>Seulement, les Grecs savent désormais que cette fameuse «banque centrale» n&#8217;appartient pas à l&#8217;État et ne sert pas l&#8217;intérêt commun (évidemment). Alexis Tsipras et son parti SYRIZA le savent également. Sa lettre adressée aux bancocrates, c&#8217;est-à-dire aux dirigeants de l&#8217;UE, nous a fait sourire encore davantage : « <em>Nous ne reconnaissons pas les signatures des dirigeants PASOK et Nouvelle Démocratie, nous ne reconnaissons plus le Mémorandum et les Traités entre la Troïka et la Grèce, car non seulement ces actes sont illégaux, mais désormais, le peuple dans son immense majorité les désavoue</em>». Panagiotis Lafazanis, député SYRIZA, prévient même, que la présence de la Troika en Grèce est illégale, ses agents doivent quitter le pays rapidement.</p>
<p>Nous ne connaîtrons pas toutes les suites de l&#8217;histoire ce soir même (9 mai). Le système prépare sa «solution», un plan «B» peut-être avec l&#8217;aimable participation de Fotis Kouvelis (Gauche démocratique) dans un deuxième temps, qui sait? Ou encore une autre «nouveauté». Sauf que les ingrédients d&#8217;un autre futur sont déjà dans la marmite. Dans la logique instaurée par le «Mémorandisme réel», dépasser et surtout désamorcer les politiques de rigueur, puis, explorer une autre orientation économique et géopolitique pour la Grèce, oblige à sortir des traités. Ce n&#8217;est pas encore très clair, mais à travers l&#8217;opinion publique on désigne déjà «l&#8217;Europe», comme initiatrice de ces politiques, et pas qu&#8217;en Grèce. Ce n&#8217;est pas encore clair certes, mais nous y sommes déjà. «<em>Il faut former un grand parti pro-européen</em>», répète Venizélos (PASOK); et il sait pourquoi.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas impossible, sauf que SYRIZA veut mobiliser le peuple et créer un front de gauche encore plus large et peut-être pas uniquement de gauche. J&#8217;entends autour de moi de gens qui se disent fiers de SYRIZA, «<em>pour notre dignité retrouvée</em>», c&#8217;est déjà un pas vers la liberté. D&#8217;autres, par contre, avouent une certaine inquiétude, comme cette personne hier matin pendue sur son mobile, dans une rame du RER (métro) athénien : «<em>Ah, oui je sais, il n&#8217;a pas été élu député, de toute façon c&#8217;est la catastrophe donc c&#8217;est fichu, mon affaire ne marchera pas&#8230; </em>»</p>
<p>L&#8217;ancien ordre politique s&#8217;effondre. Sur les ondes de la radio Real-FM, lundi 7 mai, dans l’après-midi, lors d&#8217;une émission, les deux animateurs ont fait lire les messages des auditeurs à l&#8217;antenne. Pour plus d&#8217;un tiers, ces messages concernaient l&#8217;Aube dorée [les néonazis]. Les auditeurs, tantôt ont exprimé leur indignation, tantôt les messages de sympathie n&#8217;ont pas non plus manqué:«<em>Je ne suis pas fasciste, mais j&#8217;ai voté pour eux, j&#8217;en ai assez de ces voleurs des partis politiques, des occupants de notre pays et des immigrés clandestins qui occupent nos villes</em>». Le raisonnement peut tourner en boucle sans entraves, sa «simplicité» également tournera en boucle, car on ne bâtit pas un projet de société humaniste qu&#8217;à partir de la seule partition du désespoir et du rejet. Il en faudra davantage, à la fois dans la sphère du réel (et de l&#8217;action), puis, dans la composition de l&#8217;imaginaire collectif, sauf qu&#8217;un tel imaginaire ne se fabrique pas en une campagne électorale après trente ans de népotisme, de corruption et de consumérisme. «<em>J&#8217;ai participé au mouvement des indignés, l&#8217;été dernier. Finalement, le Mémorandum m&#8217;a obligé à partir. Je vous téléphone depuis Dubaï, j&#8217;y suis car c&#8217;est ici que j&#8217;ai enfin trouvé du travail, disons correctement rémunéré. Je ne souhaite cet exil pour personne, et l&#8217;Aube dorée est une honte pour notre pays, j&#8217;ai honte d&#8217;être Grec, tout en partageant la joie des amis de SYRIZA</em>», a ajouté un autre auditeur qui suivait l&#8217;émission sur Internet.</p>
<p>Fait significatif, à un certain moment de l&#8217;émission, la co-animatrice, a informé son collègue, «<em>que le standard est submergé d&#8217;appels «insistants» de certains membres de l&#8217;Aube dorée</em>». «<em>Fais attention à ce que tu dis</em>», a-t-elle lancé s&#8217;adressant à son collègue. «<em>Ne t&#8217;inquiètes pas, je connais certains de ces garçons de l&#8217;Aube dorée, car ils aiment la nuit comme moi&#8230; Les mecs sont intéressants&#8230; Certes, je suis en désaccord politique avec eux, mais nous échangeons sur bien d&#8217;autres points</em>», a aussitôt précisé le principal animateur, l&#8217;air pourtant gêné, car ceci devint audible, rien que par le timbre de sa voix. Évidemment, il y a urgence, car entre «les mecs intéressants» des quartiers du Pirée, et ceux, tout autant «intéressants», générateurs de la politique dictée à Bruxelles ou à Wall Street, il y a de quoi faire, surtout lorsqu&#8217;on considère qu&#8217;entre le fascisme bancocrate et son <em>alter ego</em> de l&#8217;Aube dorée, une autre réalité doit se construire.</p>
<p>Notre paysage politique change enfin. Samaras et sa droite sous la panique, aspire à réunifier toutes les formations du «bloc européen», pensant aux prochaines élections. «<em>Un piètre politicien, comme son copain de chambrée, Papandréou </em>[Samaras et Papandréou ont été dans la même chambre lors de leurs études universitaires aux Etats-Unis: Amherts College] <em>du temps de leurs études sur le campus de l&#8217;Université américaine, décidément cette Amérique&#8230;. </em>», telle fut la pensée du jour, sous un abri bus, le premier lundi de la rentrée de l&#8217;espoir, et tout le monde a ri.</p>
<p>«<em>Nous abrogerons les engagements du Mémorandum</em>» a déclaré le député SYRIZA Panagiotis Lafazanis («Radio Flash» – 8 mai), «<em>Nous n&#8217;irons pas faire entrer par la fenêtre ce que le peuple a fait sortir par la porte</em>», a rajouté Nadia Valavani (élue SYRIZA à Athènes), interviewée par les journalistes de la «Radio skai» lundi également.</p>
<p>Il est évident qu&#8217;autour de SYRIZA, un nouveau mouvement s&#8217;organise déjà. «<em>Je soutiendrai de toutes mes forces Alexis Tsipras dans ses efforts de former un gouvernement qui abrogera le Mémorandum et qui aura comme but, la reprise en main de la souveraineté nationale de notre patrie. Je lance un appel à tous les patriotes et à tous les esprits créatifs de notre pays, il faut contribuer pour que la Grèce retrouve le chemin de l&#8217;autonomie, du progrès et de la renaissance</em>», a déclaré Mikis Theodorakis (quotidien AVGI, proche de SYRIZA, dans son édition du 8 mai).</p>
<p>L&#8217;empire contre attaquera sans doute, dès demain, mais il a perdu une première bataille psychologique. Nous savons que nous pouvons déjà faire basculer les places boursières, rien que par le vent qui tourne. La suite sera plus longue et plus incertaine&#8230; (9 mai 2012)</p>
<p>_____</p>
<p>Panagiotis Grigoriou tient un blog. Il est anthropologue.  Il vit en Grèce.</p>
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		<title>Le mur après 10 ans (VI) : Qu&#8217;est-ce que la lutte a obtenu?</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 20:25:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>

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		<description><![CDATA[Haggai Matar Le fait de rappeler les 10 ans passés depuis la construction du mur implique également de commémorer les presque 10 ans de luttes contre sa construction, comme nous l&#8217;avons décrit dans l’article précédent. Lorsqu&#8217;on examinera ce à quoi a abouti la construction du mur, on devra aussi se demander ce que la lutte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8727" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/IMG_0629_fix-1.jpg"><img class="size-medium wp-image-8727" title="IMG_0629_fix-1" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/IMG_0629_fix-1-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Des Palestiniens &quot;regarde&quot; le début de la construction du mur à Wadi a-Rasha</p></div>
<p><strong>Haggai Matar</strong></p>
<p>Le fait de rappeler les 10 ans passés depuis la construction du mur implique également de commémorer les presque 10 ans de luttes contre sa construction, comme nous l&#8217;avons décrit dans l’article précédent. Lorsqu&#8217;on examinera ce à quoi a abouti la construction du mur, on devra aussi se demander ce que la lutte contre sa construction a accompli. Cela surtout au vu du prix élevé payé par tant de personnes, alors que le mur ne suit toujours pas Ligne verte [ligne de démarcation datant de 1949].<span id="more-8726"></span></p>
<p>La première réponse, la plus évidente, est simple: dans beaucoup de villages, les soulèvements ont permis de modifier le tracé du mur et de regagner une partie des terres, sur décision soit de l&#8217;appareil de sécurité, soit de la Cour suprême. Mais lorsqu&#8217;on pose la question à des militants palestiniens reconnus sur ce qu’ils ont gagné, leurs réponses sont beaucoup plus liées à des principes. Certains mentionnent la création d&#8217;une alternative non-armée pour l&#8217;ensemble de la lutte palestinienne, d&#8217;autres soulignent l&#8217;importance des liens que cette lutte a permis de forger entre des Israéliens et des Palestiniens, liens qui ébranlent profondément la séparation politique que le mur cherche à imposer. Certains mentionnent également la solidarité internationale pour la cause palestinienne suscitée par ces manifestations. Malgré le fait que ces actions se poursuivent depuis une décennie, aucun de ces militants n&#8217;envisage de passer à la résistance armée.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>«Montrer au monde que nous sommes non pas les terroristes mais bien les victimes de la terreur»</strong></span></p>
<p>«<em>Depuis que notre lutte a commencé, la réponse de l&#8217;armée a été brutale: beaucoup de moutons et de poules sont morts à cause des grenades à gaz lacrymogène tirées dans les basses-cours; des personnes ont été blessées et arrêtées, le prix était trop élevé – alors j&#8217;ai décidé d&#8217;arrêter de manifester» </em>explique Sharif Khaled, un des principaux militants des protestations de Jayous qui ont duré de septembre 2002 jusqu&#8217;en 2004. Elles ont brièvement repris en 2008, lorsqu’Israël a déplacé le tracé du mur sur des terres appartenant au village, en en rendant qu’une partie.</p>
<p><em>« étaient avant tout un instrument permettant aux gens d&#8217;exprimer leurs sentiments. Elles nous ont également permis d&#8217;entrer en contact avec des militants israéliens et étrangers. Mais l&#8217;armée n&#8217;en a tenu aucun compte, c&#8217;est la raison pour laquelle nous n&#8217;avons pas pu continuer. Je pense néanmoins que c&#8217;était – et reste encore – la meilleure manière de transmettre un message à Israël. Même si on a mis un terme à nos manifestations, c&#8217;est grâce à elles que nous continuons à rencontrer des Israéliens, que nous avons davantage de soutien lors des procédures judiciaires et que nous sommes interviewés par des journalistes du monde entier, tout comme vous </em>[les Israéliens]<em>. Et tout cela fait aussi partie de la résistance non-violente et est un moyen de faire connaître notre message</em>».</p>
<p>Raad Amer, un des fondateurs de la tente de protestation de Mes&#8217;ha en 2003, ajoute : «<em>L&#8217;idée d&#8217;accepter la participation d&#8217;Israéliens et d&#8217;activistes internationaux et de camper avec eux en 2003, au plus fort de la deuxième Intifada, a été un défi important, et cette initiative a eu un grand succès grâce au respect et à la compréhension commune des besoins des différents participants. On peut aussi ajouter que cela a permis d&#8217;attirer l&#8217;attention internationale au moment de la guerre en Irak, d&#8217;obtenir le soutien de la Cour internationale de Justice et de promouvoir des actions non-violentes contre l&#8217;occupation</em>.»</p>
<p>Dans le village de Ma&#8217;asara, les résidents ont protesté contre le mur toutes les semaines pendant plus de cinq ans. Au début ce sont surtout les femmes qui manifestaient et engageaient des actions directes pour stopper les bulldozers. Mais avec le temps la construction du mur dans cette région a été stoppée; maintenant les manifestations sont centrées surtout sur des longues conférences trilingues adressées à la fois aux militants qu&#8217;aux soldats qui sont sur place. Ici les organisateurs sont fermement engagés dans la non-violence. Et ils ne jettent pas de pierres aux soldats même s&#8217;ils attaquent les manifestations.</p>
<p>Selon Um-Hassan Beirjieh, une des principales activistes femmes du village: «<em>Ce à quoi nous tenons le plus dans cette lutte c&#8217;est la possibilité de faire entendre notre voix dans le monde, d&#8217;insister sur le fait que nous ne sommes pas des “terroristes” mais plutôt les victimes de la terreur. Après cinq années de manifestation, nous pouvons constater le soutien croissant dont nous bénéficions dans le monde: on montre de plus en plus que c&#8217;est l&#8217;armée israélienne – et pas nous – qui est à l&#8217;origine de la violenc. C&#8217;est là un message que nous continuerons à envoyer par l&#8217;intermédiaire de nos manifestations aussi longtemps qu&#8217;il y aura sur nos terres des colons qui nous empêchent de former un Etat indépendant. </em>»</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Du football par-dessus le mur à Bil&#8217;in</strong></span></p>
<p>Parmi toutes les localités qui ont repris l&#8217;appel contre le mur, il en est une qui est devenue célèbre à l’échelle internationale et qui, aujourd&#8217;hui, plus qu&#8217;aucune autre symbolise la lutte populaire: le village de Bil&#8217;in. Les raisons de cette place centrale que Bil&#8217;in a prise dans la lutte contre le mur sont multiples. Il y a les manifestations hebdomadaires qui y ont été conduites durant plus de sept ans; le documentaire primé <em>Bil&#8217;in Habibti</em> (Bil&#8217;in mon amour) qui y a été réalisé; ou encore les deux membres d&#8217;une même famille, Bassem et Jawaher Abou-Rahm, qui ont été assassinés par l&#8217;armée alors qu&#8217;ils manifestaient pacifiquement. Il y a aussi l&#8217;incroyable inventivité qui s&#8217;est manifestée dans les protestations au cours des années.</p>
<p>Pour résumer certaines des trouvailles qui ont émaillé les luttes à Bil&#8217;in, il faut mentionner les tentatives de jouer au football avec les soldats de l&#8217;autre côté du mur lors de la coupe du monde de foot afin de contrefaire une publicité diffusée par Cellcom, un des principaux opérateurs israéliens de téléphones mobiles. Les costumes pour le déguisement faisaient allusion au film populaire Avatar [film américain de science-fiction]. L’enfermement de militants palestiniens dans des cages qui étaient fixées au sol sur le passage des bulldozers. Des compétitions de cerfs-volants. La construction d&#8217;un grand modèle de bateau après «l&#8217;incident de la flottille» [attaque par l’armée israélienne contre la flottille visant à briser le blocus de Gaza, en mai 2010]. Des cortèges de nuit avec des bougies en réponse aux raids nocturnes de l&#8217;armée [entre autres sur Gaza]. Le survivant de l&#8217;Holocauste qui est venu jouer au piano sur le tracé du mur. L&#8217;organisation d&#8217;une conférence annuelle sur la non-violence en invitant, entre autres, «les Aînés» : Desmond Tutu et Jimmy Carter. Les manifestations à Bil&#8217;in se sont poursuivies chaque semaine jusqu&#8217;à ce jour, même après que la Cour suprême a décidé qu’une partie des terres devait être rendue.</p>
<p>Il faut cependant souligner que contrairement à Ma&#8217;asara, la plupart des manifestations à Bil&#8217;in finissent par des jets de pierres contre les soldats lorsque ces derniers attaquent les manifestations non-violentes avec des grenades de gaz lacrymogène. Récemment il a été prouvé devant le tribunal que lorsque les Palestiniens évitent de lancer des pierres, des agents provocateurs des forces de sécurité israéliennes le font à leur place.</p>
<p>«<em>Il y a beaucoup de raisons de poursuivre notre combat</em>» explique Mohammed Khatib, un des dirigeants du comité populaire local. «<em>Ce sont les victoires qui nous ont donné l&#8217;espoir, mais il y a aussi le soutien que nous recevons dans le village, la coopération avec les Israéliens et les militants internationaux, ainsi que l’impact que nous avons sur l&#8217;ensemble de la lutte</em> <em>palestinienne qui est actuellement en train d&#8217;adopter notre stratégie.</em></p>
<p><em>Une autre raison est que Bil&#8217;in est maintenant un symbole national qui doit être maintenu. Mais la lutte continue surtout parce que nous n&#8217;avons pas encore atteint nos objectifs: non seulement une partie de nos terres se trouve encore de l&#8217;autre côté du mur, mais l&#8217;armée ne nous permet pas de construire quoi que ce soit sur les terres qui nous ont été rendues: tout ce que nous construisons est immédiatement démoli. Il s&#8217;agit donc d&#8217;une lutte contre l&#8217;ensemble de l&#8217;occupation, et celle-ci est loin d&#8217;être terminée</em>.»</p>
<p><em>«Notre rêve est qu&#8217;un jour nous puissions créer un parc sur ces terres, avec un centre d’études académiques consacré au combat non-violent et à des études sur la paix. Ce serait également un beau coin où les familles pourraient se promener dans un beau paysage, avec des animaux partout. Nous espérons que nous aurons notre propre Etat libre et que nos enfants ne vivront pas la vie que nous avons connue sous l&#8217;occupation. N&#8217;est-ce pas une raison suffisante pour poursuivre le combat?»</em> (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
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		<title>Le temps du changement?</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 10:37:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Mazin Qumsiyeh Alors que les prisonniers politiques palestiniens font la grève de la faim, Israël continue sa politique coloniale avec la même violence. A Ramallah, en Cisjordanie, plusieurs dizaines de manifestants ont bloqué l’accès aux bureaux de l’ONU, mercredi 9 mai 2012. Ils souhaitaient ainsi attirer l’attention de l’organisation et de son secrétaire général Ban [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Mazin Qumsiyeh</strong></p>
<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/271906_des-palestiniens-manifestent-en-solidarite-avec-khader-adnane-en-greve-de-la-fin-depuis-30-jours-en-cisjordanie-le-15-fevrier-2012.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8709" title="271906_des-palestiniens-manifestent-en-solidarite-avec-khader-adnane-en-greve-de-la-fin-depuis-30-jours-en-cisjordanie-le-15-fevrier-2012" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/271906_des-palestiniens-manifestent-en-solidarite-avec-khader-adnane-en-greve-de-la-fin-depuis-30-jours-en-cisjordanie-le-15-fevrier-2012-300x189.jpg" alt="" width="380" height="240" /></a>Alors que les prisonniers politiques palestiniens font la grève de la faim, Israël continue sa politique coloniale avec la même violence. </strong><strong>A Ramallah, en Cisjordanie, plusieurs dizaines de manifestants ont bloqué l’accès aux bureaux de l’ONU, mercredi 9 mai 2012. Ils souhaitaient ainsi attirer l’attention de l’organisation et de son secrétaire général Ban Ki-moon sur la situation des grévistes de la faim palestiniens dans les prisons israéliennes. Dans ce contexte dramatique, </strong><strong>Mazin Qumsiyeh explore ce qui peut – et doit – changer dans l’orientation du combat mené par les Palestiniens et les Palestiniennes.<span id="more-8708"></span></strong></p>
<p>Les prisonniers et prisonnières politiques palestiniens illégalement détenus dans les geôles israéliennes sont en grève de la faim et certains sont proches de la mort. La population de ces grévistes comprend 200 prisonniers enfants, 27 membres du Conseil législatif palestinien, et 456 prisonniers de Gaza pour lesquels aucune visite de la famille n&#8217;a été permise depuis 2007 [1].</p>
<p>Pendant ce temps, la colonisation s&#8217;est poursuivie à un rythme incessant. Ramzy Baroud et Jeff Halper soutiennent qu&#8217;Israël est en train d&#8217;«arranger» le dénouement qui constitue un scénario de «fin de jeu» pour saisir la plupart de la Bande de Gaza et nous cantonner dans de petits îlots [2-4]. Pourtant, à en juger à partir de ma recherche sur le projet Sioniste soigneusement planifié, de tels plans ne sont pas des fins de jeu, mais des bornes kilométriques qui donnent aux sionistes le temps de consolider leurs gains en vue de préparer la prochaine étape d&#8217;expansion à la manière précisément dont Ben Gourion le décrivait à son fils en 1937.</p>
<p>David Ben Gourion [1886-1973, premier Premier ministre de l’Etat hébreu] a expliqué lucidement comment le nouvel Etat d&#8217;Israël, une fois établi sur une partie des terres convoitées, serait une base d&#8217;expansion et de croissance stable dans le futur, avec ou sans l&#8217;accord des «Arabes» [5]. J&#8217;ai mesuré à quel point ceci a peu changé au cours de 75 années qui ont suivi. L&#8217;Israël colonial continue à étaler sa couverture et à s&#8217;étendre avec ou sans l&#8217;accord d&#8217;«Arabes» conciliants. Les Arabes conciliants existaient en 1937 – conduits par Ragheb Al-Nashashibi [maire de Jérusalem en 1920, sur l’opposition entre les familles Husseini et Nashashibi on peut se rapporter au Tome II de l’ouvrage d’Henry Laurens, <em>La question de Palestine, 1922-1947</em>] – et existaient en 1967 et en 2012. Il y a également eu des Arabes intellectuels et honnêtes à travers notre histoire.</p>
<p>La colonisation sioniste n&#8217;est pas dirigée par l&#8217;émotion ou l&#8217;action peu rigoureuse. Elle se déroule comme l&#8217;avait instruit le père fondateur de sionisme politique Theodore Herzl en 1897: <em>«Nous devons chercher et prendre possession du nouveau pays juif par le moyen de tous les expédients modernes.»</em> Les expédients modernes défendus par Herzl incluent des structures méthodiques planifiées pour déloger le peuple natif (avec ou sans l&#8217;accord de certains Arabes) et créer un grand Etat juif.</p>
<p>Herzl était resté vague sur la taille de «l&#8217;état requis», mais Ben Gourion et les gens de son époque pensaient possible d&#8217;aller aussi loin que les terres entre le Nil et l&#8217;Euphrate.</p>
<p>Les plans des colonisateurs sont remarquablement similaires et connus à partir des carnets de bord de Herzl en 1897, de la lettre de Ben Gourion à son fils en 1937, du plan Allon de 1967 [voir à ce sujet l’article de Gilbert Achcar, «Le sionisme et la paix. Du plan Allon aux accords de Washington», <em>in L’Homme et la société</em>, octobre-décembre 1994] et des accords d&#8217;Hebron de 1997. C&#8217;est un plan d&#8217;expansion sans certains Arabes qui y consentent ou parfois avec des Arabes qui l&#8217;acceptent. Ces accords, comme les traités que certains Amérindiens avaient été signés avec le gouvernement des Etats-Unis dans sa phase d&#8217;expansion, ont été et sont violés car ils ne sont rien d&#8217;autre que des outils de consolidation d’un projet [6]. Je pense que, comme ces chefs amérindiens, certains Palestiniens et Palestiniennes pensent qu’ils font pour le mieux dans des circonstances difficiles.</p>
<p>La plupart des «dirigeants» des Amérindiens n&#8217;avaient pas conceptualisé ou compris la vraie nature des notions et des émotions qui conduisirent la «poussée» vers l&#8217;Ouest des colons blancs aux Etats-Unis. Ils n&#8217;ont pas creusé minutieusement dans les notions de destinée manifeste, du sentiment d&#8217;être les élus et du racisme qui caractérisaient leurs oppresseurs. On pourrait dire que l&#8217;idéologie des Amérindiens étaient à l&#8217;exact opposé de leurs colonisateurs et qu&#8217;ils ont donc supposé que les blancs dominants sont en définitive des êtres humains et qu&#8217;ils pourraient traiter avec eux en tant qu&#8217;égaux.</p>
<p>La paix, pour les autochtones, est un moyen d&#8217;obtenir leur liberté, de vivre dans la dignité et surtout faire enlever la botte de la colonisation qui écrase leur nuque. La paix pour les colonisateurs est un moyen pour que leurs victimes cessent de remuer sous leurs bottes. Pour aller vers cela, ils ont mis au point des plans ingénieux, dont une force de sécurité préventive palestinienne. N&#8217;importe quel être humain rationnel peut voir cette imposition et ce déséquilibre dans le rapport de forces dans les infos quotidiennes. Ainsi les gens sont tenus hors des décisions, que ce soit sur des «négociations», sur la «réconciliation nationale», qu&#8217;elles se passent ou non à l&#8217;ONU, ou qu&#8217;elles portent sur comment ils peuvent être effectivement libérés. Désespérés et embarqués sur un navire sans boussole ni gouvernail, le peuple maugrée, bout «à l’intérieur» et finalement se révolte.</p>
<p>Les besoins et les désirs des colonisateurs ainsi que des colonisé·e·s ne sont pas les mêmes. Les occupants et les colonisateurs veulent de nouvelles possibilités pour avancer à travers la consolidation et le renforcement du statu quo ce qui leur permet de s&#8217;étendre encore plus. Nous, le peuple colonisé et occupé, voulons l&#8217;arrêt et effectivement invertir ce processus d&#8217;injustice. Nous, les Palestiniens et Palestiniennes, voulons retourner dans nos maisons et sur nos terres et vivre pacifiquement comme nous l&#8217;avons fait depuis des millénaires. Nous insistons sur le retour et l&#8217;autodétermination. Nous insistons sur le fait que le pays doit demeurer multi-éthnique, multi-religieux et multi-culturel. Ce n&#8217;est pas un conflit de frontière, ni une dispute à propos du contrôle illégal de sites religieux par Israël. A l&#8217;image de la lutte en Afrique du Sud sous l&#8217;apartheid, c&#8217;est une lutte qui oppose deux visions de la région: l&#8217;une est une vision de racisme et d&#8217;apartheid, l&#8217;autre est une vision de justice et d&#8217;égalité.</p>
<p>Des actes sporadiques de résistance populaire héroïque ne suffisent pas à faire se rejoindre la paix et la justice. La coordination et l&#8217;action jointes doivent se réaliser. Ce qui l&#8217;en empêche est un système développés par les occupants et accepté par certains parmi le peuple occupé. Le bénéfice personnel économique maintient le statu quo.</p>
<p>Ce qui est réalisé avec le soutien de l&#8217;Autorité palestinienne (AP) n&#8217;est rien de moins que de permettre à cette occupation d&#8217;être la plus profitable de l&#8217;histoire (plusieurs milliards de dollars coulent chaque année vers les coffres israéliens grâce à l&#8217;occupation). Le «business» entre Israéliens et Palestiniens est réalisé par exemple dans la zone C [7].</p>
<p>Voici le plan économique de Netanyahou et des autres. Celles et ceux qui peuvent penser perturber le statu quo sont recherchés et punis. La plupart des Palestiniens d&#8217;excellents diagnosticiens et l&#8217;ont bien compris. Mais je crois que beaucoup n&#8217;ont pas encore commencé à articuler les solutions ou les idées pour nous sortir de cette ornière dans laquelle le processus d&#8217;Oslo (qui a réellement débuté avec le programme en 10 points en 1974) nous a plongé. Cela ne va pas être simple et demande des sacrifices. Mais les personnes qui ont perdu leurs illusions et qui pensent qu&#8217;ils ont un salaire ou un emploi et qu&#8217;ils pensent qu&#8217;il ne vaut mieux pas faire tanguer la barque devrait y réfléchir à deux fois. Elles devraient penser à la façon dont leurs enfants et leurs petits-enfants vivront sous un système de racisme et d&#8217;oppression. Cela vaut autant pour les Israéliens et les Israéliennes que pour les Palestiniens et les Palestiniennes.</p>
<p>La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) nous donne espoir. Shimon Peres [président et à diverses reprises Premier ministre, travailliste historique qui a rejoint Kadima en 2005], l&#8217;architecte de l&#8217;arsenal d&#8217;armes de destruction massives en Israël et un criminel de guerre a un jour expliqué: <em>«Dans le but d&#8217;exporter, vous avez besoin de biens de consommation mais aussi de bonnes relations&#8230; </em>[Si] <em>l&#8217;image d&#8217;Israël empire, le pays va commencer à subir des boycotts. Il y a déjà un boycott artistique contre nous et des signes d&#8217;un boycott financier non déclaré qui commencent à émerger.»</em></p>
<p>Des figures internationales qui ont œuvré contre l&#8217;apartheid en Afrique du Sud ont soutenu de manière convaincante des raisons pour lesquelles ceci peut aider dans l&#8217;Israël de l’apartheid [8]. Mais BDS est un simple outil et certainement pas suffisant pour réaliser le changement requis. Il y a besoin d&#8217;un programme structuré venant du peuple qui comprend une articulation entre une vision d’avenir et des buts concrets. Dans mon livre, <em>Partageons la Terre de Canaan</em>, publié en 2004 [<em>Sharing the Land of Canaan</em>, Pluto Press], j&#8217;ai soutenu précisément un tel programme pour sortir d’un Etat d&#8217;apartheid et atteindre un Etat pour tous ses citoyens. Ces notions ont convaincu largement les intellectuels et les militants de divers horizons politiques et religieux. Pour arriver à cette vision, nous avons besoin d&#8217;organisation.</p>
<p>L&#8217;organisation demande une direction visionnaire issue organiquement d&#8217;une population qui se soulève et mûrit. Nous ne devrions pas nous empêcher de pousser nos dirigeants existants et s&#8217;ils ne veulent pas bouger alors créer une direction alternative. Toutes les factions ont des directions en panne d&#8217;idées et vieillissantes et toutes les factions ont des individus plus jeunes, énergiques et dévoués (mais marginalisés). Clairement, le statu quo est mortifère pour nous et ne peut pas durer. Nous savons de par l&#8217;histoire que le peuple va se soulever et <strong>exiger</strong> le changement.</p>
<p>Est il temps pour les voix éparpillées de se retrouver ensemble dans un tonnerre d&#8217;indignation qu&#8217;on ne peut ignorer? Pouvons nous organiser des rencontres et discuter publiquement du chemin à suivre? Alors que de nombreuses personnes ont débattu par exemple de l&#8217;échec de <em>«la solution à deux Etats»</em> et de certains projets articulés ayant trait au futur, nous avons besoin de plus que cela. Pouvons-nous, en tant que peuple de la région de 1948, en Cisjordanie et en exil, créer les mécanismes et les structures qui nous emmènent où nous décidons d&#8217;aller? Pouvons nous convaincre le monde et même les Israéliens et les Israéliennes que nous voulons sérieusement travailler pour un avenir de paix, de justice et de prospérité pour chacun et chacune? Les voix du négativisme ne doivent pas dominer dans cette étape critique. Cette conversation doit être ouverte à tout le monde de bonne volonté venant de toutes les factions et des indépendants.</p>
<p>Bien que cela doive s&#8217;initier entre Palestiniens et Palestiniennes, nous devons ensuite impliquer nos soutiens de confiance du monde entier. Nous avons en effet les ressources: financières, intellectuelles, émotionnelles et physiques. Que les personnes douées pour l&#8217;organisation organisent, que celles compétentes dans le travail des médias fassent le travail des médias. Que celles et ceux qui sont doués pour les réseaux sociaux fassent cela. Que les gens doués pour la musique écrivent des chansons pour la révolution. Imaginons si nous pouvons avoir même 5% ou même 1% des Palestiniens autour du monde comme participants dans un effort organisé. Le changement qui pourrait advenir peut être monumental.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, le monde respecte celles et ceux qui se respectent eux-mêmes et qui luttent pour leurs droits. Nous n&#8217;avons pas à avoir honte en tant que Palestiniens et que Palestiniennes, même si 7 millions d&#8217;entre nous sont des réfugiés ou des personnes déplacées. Nous pouvons être très fiers de notre histoire [9]. Nous ne pouvons pas baisser les bras maintenant que la crise de la Palestine a pesé sur la conscience du monde et alors que le «printemps arabe» est en mesure de changer toute la réalité géopolitique du Moyen-Orient.</p>
<p>Même si nous échouons et n&#8217;atteignons pas nos objectifs cette fois, l&#8217;esprit positif qui en résulterait enrichirait nos vies. Cela débriderait la créativité et l&#8217;énergie que nous savons posséder. Le changement peut et doit advenir car notre lutte est existentielle pour 11,5 millions de Palestiniens dans le monde et pour nos enfants et petits-enfants nés et à naître. Chacun et chacune d&#8217;entre nous a un rôle à jouer et a les aptitudes et d&#8217;autres ressources pour contribuer. Même si nous commençons doucement et à un petit nombre, cela va grandir, car nous n&#8217;avons pas d&#8217;autre choix. Mettons-nous y tout de suite. (Traduction <em>A l&#8217;Encontre</em>)</p>
<p>_____</p>
<p>[1] lien en anglais: <a href="http://www.alhaq.org/documentation/weekly-focuses/569-palestinian-prisoners-near-death" target="_blank">http://www.alhaq.org/documentation/weekly-focuses/569-palestinian-prisoners-near-death</a></p>
<p>[2] Ramzy Baroud – Israël complote un jeu de la fin (en anglais) <a href="http://www.foreignpolicyjournal.com/2012/05/03/illegal-settlements-bonanza-israel-plots-an-endgame/" target="_blank">http://www.foreignpolicyjournal.com/2012/05/03/illegal-settlements-bonanza-israel-plots-an-endgame/</a></p>
<p>[3] Jeff Halper émet l&#8217;hypothèse qu&#8217;Israël pourrait annexer la zone C avec l&#8217;accord de l&#8217;autorité palestinienne (en anglais) <a href="http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2012/04/2012428124445821996.html">http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2012/04/2012428124445821996.html</a></p>
<p>[4] Susan Abulhawa répond à Jeff Halper (en anglais): <a href="http://www.alternativenews.org/english/index.php/topics/opinion/4369-time-for-change.html#.T6RigYJSHIA.twitter">http://palestinechronicle.com/view_article_details.php?id=19274</a></p>
<p>[5] Lettre de Ben Gourion à son fils, envoyée le 5 octobre 1937. La traduction (en anglais) est ici : <a href="http://www.palestine-studies.org/files/B-G%20Letter%20translation.pdf">http://www.palestine-studies.org/files/B-G%20Letter%20translation.pdf</a></p>
<p>[6] Les accords d&#8217;Oslo ont constitué un excellent outil d&#8217;Israël pour consolider sa position et ont permis le «contrôle des civils» par Israël, en violation avec les conventions de Genève, dans plus de 60% de la zone C de la Cisjordanie. Au cours de négociations ultérieures, une fuite a permis de savoir combien de personnes comme Saeb Erekat voulaient continuer à remettre ces zones à Israël. Voir le lien suivant (en anglais): <a href="http://www.aljazeera.com/palestinepapers/" target="_blank">http://www.aljazeera.com/palestinepapers/</a></p>
<p>[7] La zone C est une zone de la Cisjordanie définie par les accords d&#8217;Oslo. Elle est contrôlée et administrée par Israël. D&#8217;après wikipedia (en anglais): en.wikipedia.org/wiki/West_Bank</p>
<p>[8] Desmond Tutu, sur le besoin de désinvestir contre l&#8217;apartheid d&#8217;Israël (lien en anglais) : <a href="http://www.tampabay.com/opinion/columns/justice-requires-action-to-stop-subjugation-of-palestinians/1227722" target="_blank">http://www.tampabay.com/opinion/columns/justice-requires-action-to-stop-subjugation-of-palestinians/1227722</a></p>
<p>[9] Résistance populaire en Palestine: une histoire d&#8217;espoir et d&#8217; «empowerment» (lien en anglais) : <a href="http://www.qumsiyeh.org/popularresistanceinpalestine/" target="_blank">http://www.qumsiyeh.org/popularresistanceinpalestine/</a></p>
<p>_____</p>
<p>Mazin Qumsiyeh enseigne et fait de la recherche dans trois universités en Palestine : Bethléem, Birzeit et Al-Quds. Son dernier livre, publié chez Pluto Press, Londres, en 2011, s’initule : <em>Popular Resistance in Palestine: A History of Hope and Empowerment.</em><em></em></p>
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		<title>Le tremblement de terre politique du 6 mai 2012</title>
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		<pubDate>Sat, 12 May 2012 21:00:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Grèce]]></category>

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		<description><![CDATA[Editorial de DEA Lors des élections [législatives] du 6 mai 2012, le principal mot d’ordre de SYRIZA (Coalition de la gauche radicale, une formation qui réunit des partis et des organisations réformistes et révolutionnaires) a été confirmé: «Subversion en Grèce – Message à l’Europe». Ce résultat constitue, avant tout, un bouleversement du statu quo. Le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/AP111108118261.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8705" title="AP111108118261" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/AP111108118261-300x200.jpg" alt="" width="336" height="224" /></a>Editorial de DEA</strong></p>
<p>Lors des élections [législatives] du 6 mai 2012, le principal mot d’ordre de SYRIZA (Coalition de la gauche radicale, une formation qui réunit des partis et des organisations réformistes et révolutionnaires) a été confirmé: <em>«Subversion en Grèce – Message à l’Europe».</em></p>
<p>Ce résultat constitue, avant tout, un bouleversement du statu quo. Le peuple a massivement voté contre le parti de droite Nouvelle Démocratie (ND) ainsi que contre le parti social-démocrate PASOK. Ces deux partis étaient les «gardiens» du «mémorandum»<span id="more-8704"></span> (soit l’accord de «prêt à la Grèce» conditionné à un ensemble de mesures contre les travailleurs et travailleuses qui a été signé par le FMI, la Commission européenne et le Banque centrale européenne – la «troïka») et les principaux partenaires du gouvernement du «technocrate» Loukas Papadémos [1]. Le troisième membre de ce gouvernement biparti, l’organisation d’extrême droite LAOS, a été écrasé avec eux, le rejetant hors du prochain parlement [le LAOS n’a pas obtenu les 3% des suffrages, le seuil nécessaire pour entrer au parlement].</p>
<p>Le dirigeant de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, déclarait avant les élections que l’objectif de son parti était de remporter une majorité gouvernementale par ses seules forces. Au final, la ND a perdu 1,1 million de voix, soit 15% du total de voix si on compare ce résultat avec celui de 2009. Il convient de souligner que le résultat de 2009 constituait une chute record et il était alors considéré comme une défaite écrasante par ce parti.</p>
<p>Le dirigeant du PASOK, Evangelos Venizelos, espérait que son parti gagnerait au moins la première place. Il a perdu au final 2,2 millions de voix, soit un tassement de 13,18% par rapport aux 43,92% des élections de 2009. Le PASOK est arrivé finalement en troisième place, derrière la coalition SYRIZA.</p>
<p>L’instrument de base que le peuple a massivement utilisé pour manifester son déplacement vers la gauche a été de voter pour SYRIZA. Les résultats de la Coalition de la gauche radicale [SYRIZA] sont passés de 4,6% (315&#8217;000 voix) en 2009 à 16,8% (1,1 million de voix) en 2012. SYRIZA a été récompensé pour sa politique radicale de gauche: un NON fort et clair aux deux mémorandums et aux accords de prêt conditionnés, des dénonciations permanentes des intérêts et options les banquiers, la revendication d’une imposition des riches, etc. La coalition a été récompensée pour sa politique unitaire, dirigée contre les véritables ennemis et évitant la «guerre civile» au sein de la gauche. Elle a surtout été récompensée parce qu’elle n’a pas hésité à défier les chantages de Samaras et de Venizelos: SYRIZA affirmait la nécessité de renverser le gouvernement immédiatement et mettait en avant perspective nécessaire d’un gouvernement de la gauche [opposé aux mémorandums].</p>
<p>Le Parti communiste [KKE] a maintenu son influence à un même niveau. De 517&#8217;249 voix en 2009, il a atteint actuellement 536&#8217;072 voix. Dans un contexte marqué par des luttes importantes et un tournant massif vers la gauche, cette «croissance» est négligeable. Il y a ainsi une «leçon» à retenir pour la direction [la secrétaire générale se nomme Aleka Papariga] du Parti communiste de ces résultats électoraux du 6 mai. Cette dernière a choisi de diriger principalement ses critiques contre SYRIZA et – surtout – à fait savoir, haut et fort, au peuple que tous les efforts qu’il pourrait réaliser pour changer, aujourd’hui, son existence – et non pas dans une espèce de «pouvoir populaire» [formule emblématique des PC historiques] dans un futur distant – était une illusion dangereuse…</p>
<p>Les gains électoraux d’ANTARSYA – Front de la gauche anticapitaliste grecque, la coalition de certaines organisations d’extrême gauche – sont également très limités. De 24&#8217;687 voix (0,36%) en 2009, elle en a atteint 75&#8217;439 (1,1%) en 2012. Dans un contexte de luttes majeures et d’une radicalisation continue du peuple, cette coalition d’extrême gauche a échoué dans sa tentative de réaliser un <em>«grand bond en avant»</em> pour ce qui a trait à son influence et à son rôle politique. Elle a échoué à faire ce qu’ont réussi les néonazis (Aube Dorée &#8211; Chryssi Avgi), l’aile «radicale» de la droite.</p>
<p>C’est le côté le plus sombre de ces élections, la forte hausse de l’Aube Dorée, qui n’est pas simplement une organisation d’extrême droite, mais des néonazis durs [voir la vidéo de la conférence de presse de son Führer, Nikolaos Michaloliakos, sur ce site <em>A l’Encontre-TV</em>]. Les disciples d’Hitler sont parvenus à obtenir 440&#8217;000 voix (6,97%). Cette bande de voyous (qui se présente comme une force contre le mémorandum alors qu’elle était et qu’elle est et qu’elle sera toujours un chien de garde fidèle de la classe dominante) a désormais la possibilité (et les moyens financiers) d’accéder au statut d’un parti politique et de devenir ainsi une menace encore plus sérieuse contre les immigré·e·s, la gauche et le mouvement des travailleurs. S’opposer à cette force devient dorénavant une des tâches fondamentales pour le mouvement de résistance et la gauche. L’effort pour faire reculer les nazis doit être une lutte consciente, organisée et permanente.</p>
<p>Ces résultats électoraux constituent, dans l’ensemble, un coup de poing dans l’estomac du système. Ils ont provoqué une paralysie sans précédent du personnel politique de la classe dominante qui survient au moment où l’intensification de la crise socio-économique mondiale exige d’eux qu’ils agissent plus rapidement et plus décisivement contre les travailleurs. Ces résultats soulèvent également la possibilité d’une croissance des résistances de «ceux d’en bas». Ils ouvrent simultanément la possibilité d’un bouleversement plus radical du statu quo depuis que la revendication d’un «gouvernement de la gauche» reçoit le soutien d’une partie décisive de la population.</p>
<p>Voici un fait qui ne peut être ignoré. SYRIZA est arrivée au premier rang parmi les voix (suffrages) de la classe laborieuse (autant dans le secteur public que dans le secteur privé), parmi les chômeurs et les chômeuses, parmi les électeurs et électrices âgés de 18-34 ans et de 35-54 ans. C’est aussi le premier parti dans les quartiers populaires d’Athènes et du Pirée [qui est aussi un centre industriel et pas seulement un port, à 12 km du centre d’Athènes].</p>
<p>Ces résultats constituent un «message» pour l’Europe. Un message qui n’est pas isolé, c’est une chose qui a été prouvée lors de l’élection présidentielle en France. Les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont répondu de façon contradictoire à ce message. Espérant, d’un côté, contrôler la situation après les élections, ils essayent d’effrayer les gens, les menaçant du «chaos» si l’Etat grec ne respecte pas les engagements signés par Samaras et Venizelos. De l’autre, ils manœuvrent, essayant de laisser ouverte une espèce de «négociation». Ils affirment qu’ils pourraient être disposés à discuter certains «réajustements» des mémorandums, en prolongeant, par exemple, les mesures d’austérité – en termes de part du déficit dans le PIB – sur trois ans, plutôt que sur deux ans, de sorte à les rendre plus «légères». Ils pourraient négocier une politique nouvelle, qui combinerait l’austérité avec des promesses de mesures de «relance».</p>
<p>La chancelière allemande A. Merkel et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble sont en réalité terrifiés. Ils se rendent compte que la Grèce pourrait effectivement devenir le «maillon faible» de la chaîne européenne de l’austérité. La gauche doit être attachée à cette perspective européenne.</p>
<p>Les résultats du 6 mai 2012 ne viennent pas de nulle part. Ce bouleversement politique plonge ses racines dans la vague soutenue de luttes des années dernières: les grèves générales massives, les manifestations militantes et les occupations de places. Il plonge ses racines dans l’expérience politique accumulée du peuple, de la révolte des jeunes de décembre 2008 à l’explosion militante de la colère de la classe laborieuse dans les rues d’Athènes en février 2012.</p>
<p>Le rôle joué par SYRIZA dans la cristallisation de cette dynamique a consisté à lui donner une expression politique. Ce rôle ne doit toutefois pas être ignoré et ne le peut pas.</p>
<p>L’establishment a déjà tenté de renverser ou d’écraser cette dynamique, en la menaçant de la perspective d’une «absence de gouvernablité» et en faisant le forcing pour un gouvernement de «salut national», incluant tous les partis.</p>
<p>La coalition SYRIZA adopte la bonne position en refusant un tel scénario et en résistant à toutes les pressions et chantages. Elle devra poursuivre sa résistance jusqu’à la fin. Le plan de la «troïka» peut être renversé d’une manière favorable aux travailleurs uniquement par un effectif gouvernement de gauche. Un tel gouvernement annulera le mémorandum et les accords de prêts comme un premier pas vers un programme «social d’urgence». Les «mots clés» de ce programme doivent être: salaires, retraites, éducation publique, santé publique, solidarité organisée pour les sans-emploi. Afin de trouver les moyens financiers pour une telle politique sociale, ce gouvernement arrêtera de payer les dettes aux requins grecs et internationaux, nationalisera le système bancaire et mettra en œuvre une imposition élevée sur les bénéfices des entreprises et sur les riches.</p>
<p>Les deux partis officiels vont inévitablement entrer dans une crise profonde. Au sein de la ND il y a déjà des voix qui s’élèvent pour demander la décapitation de Samaras. Au sein du PASOK, même Theodoros Pangalos (un cadre historique et de haut rang, député depuis 1981, loyal au parti et fameux pour son langage brutal contre ses rivaux lorsqu’il le défend) s’est demandé, en public, s’il cela faisait sens que le PASOK existe encore.</p>
<p>La gauche pouvait ébranler «par en bas» ce système politique pourri. La direction du Parti communiste, tant qu’il insiste pour «rester tranquillement au bord de la route», porte une responsabilité historique en fournissant à Samaras et à Venizelos un gilet de sauvetage. Même si cette attitude ne change pas, SYRIZA n’a aucune raison d’être effrayée par la perspective de nouvelles élections. [De tout récents sondages – 10 mai 2012 – donnent à SYRIZA 27,7% des voix, à la ND 20,3%, au PASOK 12,6%, aux Grecs indépendants, issus de la ND, 10,2%, au KKE 7%, à l’Aube Dorée 5,7% et à la Gauche démocratique – scission de Synaspismos  lors du 6ème Congrès sous l'impulsion de Fotis Kouvelis , puis rejoint en mars 2012 par six députés du PASOK - 4,9%]</p>
<p>Dans cette perspective, nous répétons une fois encore notre appel pour un front uni de la gauche, autant dans les luttes que sur le champ électoralo-politique, de toutes les forces de gauche et particulièrement de nos camarades d’ANTARSYA.</p>
<p>En ce sens, DEA [Gauche ouvrière internationaliste] participe activement au combat que SYRIZA mène et nous sommes actuellement fiers de nos choix. Nous saluons et remercions tous et toutes les camarades qui nous ont choisis sur les listes de SYRIZA [en mettant une croix à côté des noms de nos candidats] et nous nous engageons, une fois encore, à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir SYRIZA dans sa direction radicale de gauche, laquelle est également le souhait de la vaste majorité de ses membres et de ses ami·e·s. (Ce texte est l’éditorial publié dans l’hebdomadaire de DE, Gauche ouvrière internationaliste. Traduction de<em> A l’Encontre</em>)</p>
<p>______</p>
<p>[1] Papadémos a été directeur de la Banque centrale de Grèce entre 1994 et 2002; puis vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), jusqu’en 2010. Il sera nommé par le président K. Papoulias en tant que premier ministre et prendra la tête d’un gouvernement d’unité nationale en novembre 2011, suite à la démission de G. Papandréou (PASOK). Ce gouvernement est soutenu par le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), la Nouvelle Démocratie (ND) et l’Alerte populaire orthodoxe (LAOS). (Réd.)</p>
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		<title>Brésil: l’ancien et le nouveau latifundium</title>
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		<pubDate>Sat, 12 May 2012 17:28:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Osvaldo Russo Le Brésil est un pays d’origine colonial-esclavagiste qui a adopté depuis les premiers temps de sa «découverte» le régime des capitaineries héréditaires comme forme d’appropriation de son territoire. La Loi Aurea [la loi d’abrogation de l’esclavage du 13 mai 1888] fut signée et la République proclamée, mais la terre ne fut pas pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8697" class="wp-caption alignleft" style="width: 358px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/231_620_465.jpg"><img class=" wp-image-8697" title="231_620_465" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/231_620_465-300x224.jpg" alt="" width="348" height="260" /></a><p class="wp-caption-text">Culture de la canne à sucre: une force de travail au statut d&#39;esclave existe encore</p></div>
<p><strong>Par Osvaldo Russo</strong></p>
<p>Le Brésil est un pays d’origine colonial-esclavagiste qui a adopté depuis les premiers temps de sa «découverte» le régime des capitaineries héréditaires comme forme d’appropriation de son territoire. La Loi Aurea [la loi d’abrogation de l’esclavage du 13 mai 1888] fut signée et la République proclamée, mais la terre ne fut pas pour autant distribuée aux esclaves.</p>
<p>Aujourd’hui, le Brésil présente une concentration foncière élevée dans toutes les régions du pays et, malgré les récentes avancées dans les politiques sociales – l’augmentation réelle du salaire minimum notamment et le transfert d’une fraction de la richesse vers les plus pauvres – il y a encore d’immenses poches d’extrême pauvreté dans les campagnes et dans les villes (16 millions de personnes, parmi lesquelles presque la moitié réside dans la zone rurale). <span id="more-8696"></span>Le président de l’IPEA (Institut de Recherche en Economie Appliquée), Márcio Pochmann, a raison lorsqu’il affirme que les réformes agraires et du système d’imposition sont nécessaires pour garantir une «soutenabilité» au Plan Brésil Sans Misère, lancé par Dilma Rousseff en juin 2011.</p>
<p>Le Recensement Agropécuaire [production agricole et élevage] de 2006 révèle que les petites propriétés (possédant moins de 10 hectares) occupent à peine 2,7% de la surface occupée par des établissements ruraux. Les grandes propriétés (de plus de mille hectares) occupent quant à elles le 43% de la surface totale. Mais, quantitativement, les petites propriétés représentent le 47% du total des exploitations rurales dans le pays, alors que les latifundia correspondent à peine au 0,9% de ce total. Le soja, qui constitue le produit symbolique de l’agronégoce, est la culture qui s’est le plus répandue dans le pays durant la dernière décennie. Dans la période allant de 1995, date du recensement antérieur, et le recensement de 2006, la production du soja a augmenté de 88,8%. Cela a continué.</p>
<p>Entre 1995 et 2006, il y a eu de nombreuses luttes sociales dans les campagnes, mais même ainsi la concentration de la propriété terrienne a augmenté. La concentration scandaleuse de terre au Brésil est le fait même de notre héritage colonial et esclavagiste. En 1995, il y a eu le Massacre de Corumbiara (Etat de Rondônia). L’année 1996 est celle du Massacre d’Eldorado dos Carajás (Etat du Pará). En 1997, il y a eu la Marche des 100 mille (une Marche organisée par le MST) qui a obtenu une audience nationale et internationale. La mobilisation sociale a été intense à partir de 1993, lorsqu’ont été promulguées la Loi Agraire et la Loi du «Rito Sumário» [procédure sommaire, simplifiée et concentrée dans le temps, soit un changement de dispositions – entre autres, art. 275 – du Code de procédure civile], deux lois qui ont réglementé le chapitre sur la réforme agraire dans la Constitution de 1988. Entre 1995 et 2002, malgré le fait que des installations [de familles] aient été effectivement réalisées, la criminalisation des mouvements sociaux a été grande, particulièrement celle du MST.</p>
<p>Il a été prouvé que la petite propriété emploie et produit beaucoup plus que le latifundium. Le Recensement Agropécuaire de 2006 confirme ce que les chercheurs et les militants disent: bien qu’ils représentent à peine plus de 30% du total des surfaces, les petits établissements emploient plus de 84% des personnes de ce secteur. Les chiffres montrent aussi que ces travailleurs font partie de l’agriculture familiale, dont les 12,8 millions de producteurs représentent le 77% des personnes occupées. Les informations de l’Institut Brésilien de Géographie et de Statistique (IBGE) révèlent encore que l’agriculture familiale est plus efficace dans l’utilisation de ses terres, générant une valeur de production de 677 reais (321 CHF) par hectare, alors que celle qui n’est pas familiale génère une valeur de 358 reais (167 CHF) par hectare.</p>
<p>Ces chiffres peuvent contribuer à ce que le gouvernement et la société se mobilisent et accélèrent les changements nécessaires dans les politiques en faveur des milieux ruraux, donnant plus d’importance à la réforme agraire et à l’agriculture familiale et paysanne. Cela doit se faire concrètement par l’allocation de plus grandes ressources budgétaires et financières à ce secteur et par l’adoption de nouveaux indices de productivité pour la réforme agraire, puisque les actuels sont vieux de 37 ans. [De ces indices dépendent, en partie, les décisions ayant trait à la possibilité d’exproprier – contre compensation – des fractions d’un latifundium car ne répondant pas aux indices de productivité; autrement dit des terres délaissées, parfois de mauvaise qualité.]</p>
<p>Les services publics de développement rural et d’assistance technique ont été fortement déstructurés tout au long des années 1990. La société Embrater [Entreprise Brésilienne d’Assistance Technique et d’Extension Rurale], aujourd’hui disparue, avait une culture de politique publique d’Etat tournée vers les intérêts nationaux et ceux de la majorité du peuple brésilien. La mise au rebut de l’assistance technique et de l’extension rurale fait partie de la politique néolibérale de liquidation de l’Etat promue sous les gouvernements de Collor [Fernando Collor de Mello, président de mars 1990 à décembre 1992, sera destitué pour corruption] et de FHC [président de 1995 à janvier 2003, deux mandats]. En plus de tout cela, la déstructuration de l’assistance aux petits agriculteurs a favorisé l’agronégoce.</p>
<p>L’expansion de la monoculture du soja (63,9% en surface), de l’élevage et de l’agronégoce, à côté de l’action criminelle des <em>grileiros </em>[<em>grilagem</em>: falsification de documents pour s’approprier illégalement des terres] et des <em>madeireiros</em> [coupeurs de bois, bûcherons], en Amazonie et au Centre-Ouest du Brésil, est responsable de l’avancée de la déforestation et de la concentration des terres dans la région. La culture de la canne à sucre a pris une ampleur préoccupante dans l’Etat de São Paulo et dans d’autres Etats également, ce qui peut conduire, s’il n’y a pas de réglementation, à une compétition avec la production d’aliments nécessaires à la population locale. Sans régulation, notre souveraineté alimentaire subira de graves préjudices.</p>
<p>D’un côté, le modèle agricole hégémonisé par l’agronégoce, avec l’utilisation d’agrotoxiques [divers produits utilisés dans l’agriculture et qui sont toxiques] et de semences transgéniques est responsable de l’empoisonnement de l’agriculture brésilienne. D’un autre côté, l’absence d’éducation environnementale, dans les écoles autant que dans les médias, crée un vide dans la conscientisation de la société, là où le profit prévaut sur la nécessité d’une alimentation saine pour la population brésilienne.</p>
<p>La logique de concentration foncière est endémique dans l’histoire brésilienne. Le recensement de l’IBGE montre que si dans 2600 municipalités la concentration a bel est bien diminué, cela n’a pourtant pas empêché la moyenne nationale de croître. Tous les chiffres confirment cette concentration tout au long des années 1990 et 2000, alors qu’un million de familles ont été installées du des terres au Brésil depuis la création de l’Incra [Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire] en 1970 (plus de 60% de ces installations ayant été effectuées de 2003 à aujourd’hui), et que le Pronaf [Programme de politique rurale lancé en 1995) ait crû de presque huit fois (passant d’un peu plus de 2 milliards de reais dans la période 2002-2003 à 16 milliards de reais prévus pour la période 2011-2012).</p>
<p>L’approbation du nouveau projet de Code Forestier par la Chambre des Députés (non seulement les environnementalistes et les travailleurs ruraux, mais la société brésilienne tout entière espère que la présidente Dilma utilise son pouvoir constitutionnel de veto) démontre la connexion existant entre le vieux et le nouveau latifundium prédateur. L’articulation d’intérêts entre l’agronégoce, les grandes entreprises transnationales d’intrants pour l’agriculture, les transnationale contrôlant le secteur alimentaire et les banques est préoccupante. Tout ci annule tout effort de distribution de la terre et d’appui à l’agriculture durable au Brésil.<br />
(Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>______</p>
<p>Osvaldo Russo est l’ex-président de l’Incra et le directeur d’Etudes et Politiques Sociales de la Compagnie de Planification du District Fédéral (Codeplan). Cet article a été publié dans <em>Correio da Cidadania </em>du 3 mai 2012.</p>
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		<title>JP Morgan: scandale historique à Wall Street</title>
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		<pubDate>Sat, 12 May 2012 11:30:53 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8685" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/b260982a-9b6a-11e1-b708-9fd22fe24a00-493x328.jpg"><img class="size-medium wp-image-8685" title="Day Two Of The World Economic Forum 2012" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/b260982a-9b6a-11e1-b708-9fd22fe24a00-493x328-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Jamie Dimon, au WEF, à Davos, en janvier 2012</p></div>
<p><strong>Dès l’annonce de la cavité creusée – dont la profondeur risque bien de dépasser les chiffres donnés actuellement – par les opérations spéculatives de JP Morgan, le coauteur, avec l’ancien patron de la FED de 1979 à 1987, Paul Volcker, n’a pas hésité à prendre un ton offensif. Ainsi, Carl Levin, sénateur démocrate du Michigan – corédacteur de la «Volcker Rule», actuellement examinée devant le Congrès et dont l’application, prévue pour juillet 2012, a déjà été repoussée –, a clamé: </strong><strong><em>«</em></strong><strong><em>L&#8217;annonce d&#8217;aujourd&#8217;hui nous rappelle le besoin d&#8217;établir des règles strictes et efficaces pour protéger les contribuables d&#8217;avoir à couvrir des paris très risqués.»<span id="more-8684"></span></em></strong><strong> </strong></p>
<p><strong>Une fois de plus, ces règles présentées comme devant, enfin, assurer la régulation des opérations bancaires apparaissent comme des filets troués. Et chaque fois, il faut un choc concret, soit des opérations normales des grands acteurs de la finance de marché, pour le confirmer. Car elles ne sont déclarées «anormales», «excessives» qu’une fois une perte très importante découverte. Avant, quand cela paie, tout est normal. </strong></p>
<p><strong>La «Volcker Rule» constituait pourtant une pièce maîtresse de la réforme Dood-Franck qui devait nettoyer les écuries de Wall Street. La Volcker Rule avait une fonction: éviter les prises de risques excessives – tout le problème, dans ce cadre même, réside dans la définition du terme risque et du qualificatif excessif! – dans le trading des banques pour leur compte propre. </strong></p>
<p><strong>Dans la novlangue bancaire, on parle de couverture, alors que, comme le certifie, avec la franchise d’un homme du milieu, Carl Levin, ces couvertures ne sont <em>«que des paris risqués qui ne devraient pas relever de l’activité des banques». </em></strong></p>
<p><strong>Par couverture, on entend une activité dont l’objectif est la recherche de protection contre les fluctuations de divers marchés (devises, obligations, denrées, etc.) par le biais de contrats à terme [1] et de produits dérivés (voir note plus bas).</strong></p>
<p><strong>L’affaire est si «grosse» que la présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), Shelai Bair, a avoué: <em>«Les régulateurs vont devoir regarder de plus près la définition des opérations de couverture.»</em> Depuis des années, des spécialistes de la finance, tout à fait respectables et du courant dominant, ont dénoncé les opérations de couverture comme déstabilisatrices et utilisant au profit de certains opérateurs une déstabilisation provoquée, d’autant plus si l’opérateur intervient dans un marché étroit sur lequel il dispose d’une position de force. </strong></p>
<p><strong>Ce qui est le cas de JP Morgan dans cette affaire, comme on le lira ci-dessous. Avec un assaut de sincérité de circonstance, Bart Chilton, de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), donc le régulateur des marchés à terme, affirme: <em>«Quatre ans après la chute de Bear Stearns, de Lehman Brothers et les centaines de milliards de dollars injectés dans les banques, nous constatons encore un besoin tenace que les régulateurs implémentent les réformes financières votées en 2010.»</em></strong></p>
<p><strong>L’opposition à la Volcker Rule utilise comme argument central: nous, les grandes banques, nous allons perdre de notre rentabilité. Le trou d’air chez JP Morgan, la banque modèle, va rendre plus difficile leur argumentation. Le patron de JP Morgan, Jamie Dimon, un ennemi déclaré de la Volcker Rule n’a pas hésité à déclarer, avec arrogance, que cet incident allait tomber à point pour <em>«être utilisé par un groupe d’experts là-bas</em> [au Congrès], <em>mais c’est la vie».</em> (<em>BBC, News, Business</em>, 11 mai 2012)</strong></p>
<p><strong>N’exagérons rien. Nous «pouvons faire confiance» à la capacité des grandes banques – entre autres celles qui ont le plus à craindre d’une régulation, même limitée, soit Goldman Sachs et Morgan Stanley – pour retarder toute réglementation un peu sérieuse. Et si un «gros accident» arrive: la FED, l’Etat et donc les contribuables passeront à la caisse. Il ne s’agit donc pas de réguler, il faut déprivatiser ceux qui ont une telle emprise sur des segments décisifs de l’économie. (C.A. Udry)</strong></p>
<p align="center"><span style="color: #800000;"><strong>*****</strong><strong></strong></span></p>
<p><strong>Par Martine Orange</strong></p>
<p>Les banquiers l’avaient promis. Ils avaient tiré les leçons de la crise financière. Plus jamais ils ne céderaient aux sirènes de la finance casino. C’en était fini des spéculations à outrance, des parties de poker sur les marchés, des inventions diaboliques. Les subprimes [2], CDO [3], CDS [4] et autres leur avaient servi de leçon. Ils ne se laisseraient plus entraîner dans des dérives risquant d’amener le monde entier au bord du gouffre. On ne les reverrait plus pris dans des scandales comme l’affaire Kerviel [Jérôme Kerviel opérateur de marché de la française Société Générale, accusé par cette dernière d’être à l’origine de pertes à hauteur de 4,82 milliards d’euros]. Désormais, ils renouaient avec les usages traditionnels de la banque.</p>
<p>Les différents gouvernements avaient écouté avec attention ces engagements, puis avaient décidé de remiser sagement l’essentiel des réglementations qu’ils envisageaient d’imposer au monde bancaire, sous la pression de l’opinion publique. Les banquiers avaient compris. Il n’était pas besoin d’en rajouter, affirmaient-ils, sensibles au lobbying intensif du monde bancaire pour éviter toute réforme dure. Mais les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent [une formule dont la paternité est attribuée à Henri Queuille, de Corrèze – comme Hollande, lui, en tant qu’élu – et ministre de la IIIe République, puis président du Conseil sous la IVe République; un radical-socialiste spécialisé dans le compromis, un peu comme Hollande].</p>
<p>Quatre ans après, il apparaît que rien n’a changé dans le monde de la finance. La première banque américaine, JP Morgan, vient d’annoncer une perte de 2 milliards de dollars, liée à des spéculations erronées sur des dérivés de crédit. C’est une des pertes de trading les plus élevées dans l’histoire de Wall Street. Et elle pourrait encore augmenter: la banque pourrait avoir à enregistrer un milliard de dollars de pertes supplémentaires, dans les semaines à venir.</p>
<p>Dans la panique, le président de JP Morgan, Jamie Dimon, a convoqué en urgence une conférence de presse, jeudi 10 mai, après la clôture de Wall Street, pour avouer ce formidable scandale. Sans trop s’étendre sur ce qui a amené à un tel scandale, il a reconnu une grave erreur pour la banque: <em>«Il y a eu une erreur manifeste du département investissement. Cette nouvelle stratégie était erronée, complexe, mal contrôlée, mal exécutée et mal suivie»</em>, a-t-il expliqué, tout en assurant que la solidité de la banque n’était pas en question.</p>
<p>Cet exercice d’autocritique a été particulièrement pénible pour Jamie Dimon. Jusqu’alors, JP Morgan avait la réputation d’être la banque la plus prudente de Wall Street, ce qui lui avait valu dans les années 2005-2006 de vifs reproches des analystes: selon eux, la banque ne prenait pas assez de risques et, pour ces raisons, était moins rentable que ses rivales. Puis, avec la crise financière, elle fut au contraire saluée par tous pour sa sagesse, pour avoir évité nombre des produits toxiques qui empoisonnaient les autres.</p>
<p>Son statut d’établissement bancaire très sûr lui permit de ramasser nombre de ses concurrents au bord de la faillite, pour une poignée de dollars. Elle récupéra ainsi à bon compte la banque d’investissement Bear Stearns [une banque considérée comme «admirable», renflouée par la FED; UBS a engagé, début 2012, Sam Molinaro qui était <em>chief financial officer</em> (CFO) quand Bear Stearns a implosé, en 2008], première banque à tomber en faillite en mars 2008, puis la banque Washington Mutual, soutenue à bout de bras par les fonds publics, avant de participer avec Goldman Sachs à la mise à mort de sa concurrente Lehman Brothers.</p>
<p>Grâce à ces prises, JP Morgan, qui avait déjà repris la Chase Manhattan dans les années 1980, est aujourd’hui la banque la plus puissante des Etats-Unis. Son président, Jamie Dimon, est considéré comme la figure de référence de Wall Street. Le banquier ne manquait jamais d’exhiber sa fameuse liste des règles de prudence du métier, devenue la table des lois de JP Morgan, qu’il conservait soigneusement dans la poche intérieure de sa veste. Se faire prendre, comme les autres, dans un scandale de trading est donc des plus humiliants.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>La baleine et les requins</strong></span></p>
<p>Toutefois, JP Morgan ne peut dire qu’il a tout découvert par hasard. Dès le 5 avril, le <em>Wall Street Journal</em> publiait une enquête sur les curieux paris du département investissement de la banque, basé à Londres. L’enquête y parlait d’une <em>«baleine londonienne»</em>, ayant pris des positions énormes sur le marché des dérivés de crédit [5], qui intriguait les hedge funds et les autres investisseurs habitués de ces marchés. La baleine avait fini par être repérée: il s’agissait d’un trader français, Bruno Michel Iksil, travaillant pour JP Morgan, qui lui avait fait gagner 100 millions de dollars l’année précédente.</p>
<p>Celui-ci avait pris, au nom de la banque, d’immenses positions sur de CDS [voir note 3]. Pour être précis, les paris se déroulaient sur un indice de dettes de grands groupes: le Markit CDX.NA.IG.9. Il ressemble si l’on veut au Cac 40 –qui comprend une liste pondérée de groupes cotés – mais pour les obligations. Retour à la magie de la créativité financière: face à cet indice, les financiers ont mis au point des CDS synthétiques, reproduisant la composition de l’indice, mais permettant de se couvrir sur l’ensemble et non d’acheter les garanties pour chaque groupe, ce qui est plus cher.</p>
<p>Pendant que le trader de JP Morgan vendait à d’autres investisseurs ces CDS synthétiques, il prenait des positions inverses à ses clients, pariant que ces entreprises ne feraient pas faillite. Mais peu à peu, il ne cessa d’augmenter la mise, se constituant une position de plus en plus énorme, vite repérée par les habitués de ce marché très étroit. Ceux-ci commencèrent à multiplier les paris en sens inverse, persuadés qu’ils allaient faire tomber l’impudent. <em>«L’argent rapide a flairé le sang»</em>, écrivit dans une note un investisseur.</p>
<p>Lorsque le <em>Wall Street Journal</em> publia cette histoire très informée qui agitait le marché londonien, la réaction de JP Morgan fut immédiate: pas elle, pas cela. <em>«Notre département investissement est centré sur la gestion long terme des actifs de la firme et pas sur les profits à court terme»</em>, répondit la banque. Le président ajouta qu’il <em>«s’agissait d’une tempête dans un verre d’eau»</em>. La banque assurait qu&#8217;elle <em>«était très confortable»</em> avec les positions prises par son trader, qui entre-temps, avait, malgré tout, arrêté toute intervention. Moins d’un mois plus tard, JP Morgan est obligée d’annoncer une perte de deux milliards de dollars et potentiellement de trois.</p>
<p>Que s’est-il passé entre-temps? Les effets dopants des 1000 milliards d’euros généreusement accordés par la Banque centrale européenne se sont totalement dissipés. La crise de la zone euro a resurgi. Les marchés actions comme obligations se sont retournés. Connaissant désormais la dangereuse position de JP Morgan sur ce marché des CDS synthétiques, les hedge funds ont profité de ce changement de marché pour se déchaîner et acculer la banque. Dans le monde de la finance, les requins attaquent aussi les baleines.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Questions gênantes</strong></span></p>
<p>Le scandale, cependant, ne fait que commencer. Dès l’annonce des pertes, les différentes autorités de régulation de marché se sont emparées du dossier et ont commencé à poser quelques questions gênantes.</p>
<p>La première est de savoir s’il n’y a pas eu manipulation du marché. Les intervenants sur ce marché très étroit se comptent en effet en petites dizaines. JP Morgan y avait pris de telles positions qu’il en était devenu le maître du jeu, poussant de plus en plus l’indice à la hausse, pour son plus grand profit. Si le trader a pu spéculer ainsi pendant plusieurs mois, il est tentant de conclure que la banque était jusqu’alors largement gagnante et a couvert ses actions, jusqu’à ce que son jeu soit découvert. Dans l’affaire de la Société Générale, le trader Jérôme Kerviel avait enregistré 1,4 milliard d’euros de profits avant de perdre plus de 6 milliards [les estimations diffèrent encore aujourd’hui, selon les acteurs en jeu].</p>
<p>La deuxième question repose le problème du contrôle et de la «culture» des banques. Car, pour perdre 2 milliards de dollars, il faut en engager substantiellement plus. Comment expliquer que personne ne se soit alarmé de l’importance de tels engagements? La situation est d’autant plus surprenante que Jamie Dimon assurait que toutes les positions étaient étroitement contrôlées et atterrissaient au final systématiquement sur son bureau.</p>
<p>Cette affaire détruit à nouveau l’argumentaire des banques, lorsqu’elles assurent qu’elles n’ont pas besoin de nouvelles régulations. Deux hypothèses sont possibles qui, d’ailleurs, ne sont pas incompatibles. Soit, en dépit des procédures et des contrôles, des failles existent, ce qui prouve que ces établissements sont devenus si gigantesques qu’ils sont devenus incontrôlables. Il faut donc y remédier. Soit la «culture» des banques, malgré tous les discours publics, n’a pas changé: même au sein de la banque qui se présentait comme la plus «vertueuse», la spéculation sur les marchés reste l’activité privilégiée, assurant une rentabilité qu’elle ne peut trouver dans ses activités traditionnelles. Le cours de bourse et les stock-options [les gains des opérateurs] priment sur les autres considérations. Ce qui implique que les banques préfèrent canaliser l’argent pour leur propre compte plutôt que d’aider à financer l’économie.</p>
<p>Ce constat amène à une troisième question, encore plus délicate pour la banque. Car le département qui a couvert ces activités de trading est normalement chargé d’assurer les placements entre l’excédent des dépôts reçus et les crédits accordés. D’après l’agence Blomberg, les montants à gérer s’élèvent à 360 milliards de dollars. Comment expliquer que ce département ait mené des spéculations de marché? JP Morgan a-t-il enfreint la règle Volcker [ancien président de la FED, ex-conseiller d’Obama qui a proposé des règles pour limiter le trading pour compte propre des grandes banques américaines, avec une efficacité pas trop redoutée], qui stipule une stricte séparation entre les activités de dépôt et les activités de marché des banques. JP Morgan a-t-elle utilisé l’argent des déposants pour spéculer pour son compte propre ? Interrogé sur ce dernier point, Jamie Dimon s’est défendu avec la dernière des énergies: <em>«Il n’y a pas eu d’infraction à la loi Volcker, mais il y a eu infraction aux règles Dimon»</em>, a-t-il assuré.</p>
<p>Les révélations risquent de se multiplier dans les jours à venir. Jamie Dimon, banquier le mieux payé de Wall Street avec 23 millions de dollars de rémunération en 2011, aura certainement de grandes difficultés à se maintenir à la tête de l’établissement après ce scandale historique.</p>
<p>JP Morgan pourrait même être menacée, les autorités pouvant imposer une séparation de force entre la banque de dépôts et la banque d’investissement, s’il se confirme que la banque a violé la loi. Déjà, des sénateurs, favorables à une réglementation sévère pour les banques, ont redonné de la voix et demandent une application stricte de la loi Volcker, que les lobbies bancaires n’ont cessé d’attaquer.</p>
<p>L’affaire risque de déborder bien au-delà du seul cas de JP Morgan. Au moment où la crise de l’euro reprend avec une possible sortie de la Grèce de l’euro, prouvant que rien n’a été résolu en Europe, ce nouveau scandale à Wall Street illustre que dans le domaine de la réglementation financière, rien non plus n’a avancé. Les multiples G-8, G-20 et autres réunions au sommet n’ont permis aucune transformation: les responsables politiques, par aveuglement, ont refusé de toucher au système et se sont contentés de le retoucher à l’extrême marge. Quatre ans après le début de la crise financière, le monde en est toujours au même point. (Publié sur le site de <em>Médiapart</em>, le 11 mai 2010)</p>
<p style="text-align: left;" align="center"><span style="color: #800000;"><strong>________<br />
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<p><strong>[1]</strong> Contrats à terme: ils se négocient sur le marché à terme (<em>futures</em> en anglais) et doivent permettre de se prémunir contre les risques de changes, de taux d’intérêt, etc. Un exemple: une personne achète le 12 mai 2012, à un prix convenu le 12 mai, un produit (du café) livrable et payable dans six mois. Dans ce processus, trois acteurs interviennent. Le premier celui qui veut se protéger contre le risque (le vendeur de café pour être certain de son prix); il est en couverture de risque. Le deuxième, celui qui affronte le risque: c’est celui qui achète dès le 12 mai, car il prévoit une hausse des prix, c’est le spéculateur; il spécule sur la hausse. Le troisième: celui qui cherche à profiter de ce que le vocabulaire de la finance nomme les «imperfections temporaires du marché» et qui décide très vite des opérations qui lui font gagner des sommes importantes, sans risque. Un exemple: il vend à terme du café qu’il va livrer grâce à du café qu’il achète simultanément au comptant avec l’argent qu’il emprunte aujourd’hui. C’est un arbitragiste. Ces marchés doivent être fortement organisés pour qu’existe une crédibilité. Or, leur «désorganisation» est devenue un instrument de leur utilisation. (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p><strong>[2]</strong> Terme d’origine étatsunienne qui désigne des hypothèques à risque élevé. Elles sont été au centre de la crise de surproduction immobilière aux Etats-Unis. Les deux éléments <em><strong>sub</strong> et <strong>prime</strong> renvoient à: «sous» et à «standard de solvabilité», c’est-à-dire ce qui est normalement exigé par les banques pour permettre l’octroi d’un prêt hypothécaire. Or, «on prêtait à des gens sans emploi et sans revenu». (Rédaction A l’Encontre)</em></p>
<p><strong>[3]</strong> CDO – <em>Collateralized debt obligation</em>. En français: titre dérivé de titres. C’est un amalgame de titres divers qui est le résultat de plusieurs opérations de titrisation. C’est-à-dire de procédés par lesquels les banques et d’autres établissements financiers (fonds d’investissement, assurances), qui ont effectué divers types de prêts – qui arrivent à des échéances différentes –, se refinancent en mettant sur le marché de nouveaux titres de court terme, «adossés» à ces prêts, autrement dit «garantis» (sic !) par eux.<br />
L’objectif des produits comme les CDO est de procurer un rendement plus élevé à la tranche supérieure du produit structuré (étage de la pile amalgamée) et un rendement moins élevé à la tranche qui est censée être à l’abri du risque. (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p><strong>[4]</strong> CDS &#8211; Credit Default swap, en français Titre de garantie contre la défaillance (TGD). Les CDS ont été créés comme un instrument de protection contre le risque. Le TGD (CDS) est en réalité un instrument de spéculation. «Tout le monde» peut en acquérir, même sans détenir les titres assurés. Dans ce cas on parle de naked CDS, de TGD nu. Le vendeur de la protection, à l’autre pôle de celui qui a acquis le TGD, peut agir en qualité d’assureur et encaisser des primes de l’assuré sans avoir fait la moindre avance de fonds. Il ne sera contraint de verser au détenteur du TGD la somme assurée et de réunir alors les fonds nécessaires (au cas où il ne les détient pas déjà) que dans l’éventualité de la défaillance du titre pour lequel le client est assuré, à moins qu’il n’ait déjà revendu le TGD entre-temps. C’est ce qui s’est passé dans le cas de la «négociation» de la décote de la dette grecque. L’assuré ne peut pas suivre le passage d’une main à l’autre des TGD. Un champ spéculatif de poker players! (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p><strong>[5]</strong> Dérivé de crédit: c’est un titre qui découle de la titrisation (voir note 2) de créances. Par exemple: un titre adossé à des hypothèques, ou adossé à des prêts pour étudiants, etc. (Rédaction <em>A l’Encontre</em>)</p>
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		<title>Brésil: Conlutas réaffirme son pari</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 16:29:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8678" class="wp-caption alignleft" style="width: 340px"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/DSC00417.jpg"><img class=" wp-image-8678" title="DSC00417" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/DSC00417-300x225.jpg" alt="" width="330" height="248" /></a><p class="wp-caption-text">Congrès de Sumaré</p></div>
<p><strong>Par Ernesto Herrera</strong></p>
<p>Pour atteindre Sumaré (Etat de São Paulo) où allait se tenir le congrès de Conlutas, beaucoup de délégations ont dû effectuer un voyage épuisant. Certaines ont fait plus de 50 heures de bus. Mais malgré les milliers de kilomètres parcourus et les innombrables obstacles franchis, les délégations sont arrivées au bout de leur périple avec le sourire, pleines d&#8217;espoir et porteuses d&#8217;aspirations précises. Sandra Madalena Ferreira, militante de base du Syndicat de la chimie et la pharma de Goias (centre ouest du Brésil), par exemple, explique: « <em>Le rôle du syndicat est de se battre pour les droits des travailleurs, d&#8217;organiser à la base en vue de lutter pour ses droits. Voilà de principal objectif du Congrès. </em>» C&#8217;est aussi simple que cela.<span id="more-8677"></span></p>
<p>Le 1er Congrès national de la Centrale syndicale et populaire – CSP – Conlutas s&#8217;est réuni les 27, 28, 29 et 30 avril 2012. Le caractère et les objectifs de ce Congrès sont énumérés dans le préambule du règlement de fonctionnement : « <em>L&#8217;apparition de la CSP-Conlutas dans le paysage brésilien incarne une nouvelle expérience d&#8217;organisation des travailleurs et des travailleuses. La proposition d&#8217;intégrer dans une même organisation de front unique les syndicats et les mouvements populaires urbains et ruraux, ainsi que les mouvements d&#8217;étudiants et de lutte contre les oppressions symbolise à la fois la compréhension que nous accumulons et notre volonté d&#8217;unir tous les secteurs exploités et opprimés de notre classe en une lutte commune, de classe, contre le capital et ses agents.</em> »</p>
<p>Le Congrès s&#8217;est ouvert avec les présentations de rigueur et les salutations habituelles. Mais dans son message de bienvenue aux délégations, aux observateurs et aux invités internationaux, Sébastiao Cacau, au nom du Secrétariat exécutif, a déjà, à juste titre, défini la composition du Congrès: « <em>Sont réunis ici tous ceux toutes celles qui ont aidé à construire cet instrument de lutte de la classe travailleuse, encore petit mais actif et vigoureux. </em>» En effet, les militants sociaux étaient présents en nombre dans cette assemblée. Par exemple: les travailleurs du Consorcio Constructor Belo Monte de la région d’Altamira (Para) qui ont paralysé la construction du troisième barrage hydroélectrique du monde; les manœuvres de la construction civile [gros œuvre] de la région métropolitaine de Fortaleza (Ceara) qui feront grève le 7 mai; les ouvriers du Complexe Pétrochimique de Rio de Janeiro appartenant à Petrobras et qui ont conduit une grève victorieuse dans le pôle pétrochimique le plus important d&#8217;Amérique latine, qui constitue le principal projet du PAC du gouvernement PT (plan d’accélération de la croissance); les activistes du MTST (Mouvement des travailleurs sans toit) engagés dans la lutte des occupants du quartier Pinheirinho, à San José dos Campos (São Paulo). Sans compter une délégation des Pompiers de Rio de Janeiro qui ont mené une grève de dix jours lors du dernier Carnaval (février 2012) pour revendiquer des améliorations salariales et des conditions de vie dignes.</p>
<p>Il y avait bien entendu beaucoup d&#8217;autres activistes sociaux, membres de divers syndicats, de mouvements sociaux et de collectifs, qu’ils soient des salariés du secteur public, des professeurs [le syndicalisme universitaire est fort], des étudiants organisés syndicalement, des membres du mouvement noir naissant, des retraités actifs dans leurs associations, ainsi que des représentants des peuples indigènes, des défenseurs des droits humains, et des mouvements gays et lesbiennes. Et une représentation remarquée du Mouvement de femmes en lutte.</p>
<p>Tout au long du Congrès arrivaient des informations concernant la participation, ce qui a permis d&#8217;apprécier aussi bien l’ampleur que la diversité du camp de la résistance et des luttes sociales qui était réuni à Sumaré. Entre les délégué·e·s, les invités et les observateurs, 2280 personnes ont participé aux sessions, dont 1800 déléguées élus directement dans des assemblées de base représentant 114 syndicats (du secteur public pour la plupart); 2 associations classistes; 118 courants d’opposition syndicaux; un mouvement de lutte pour la terre; 11 mouvements populaires urbains; 4 collectifs de lutte contre les oppressions; une organisation étudiante. Par rapport au Congrès de fondation de Conlutas (qui s’était tenu dans le Minas Gerais en 2008), on a donc pu constater à la fois la convergence et l’adhésion de nouveaux syndicats et mouvements populaires, démontrant indubitablement une avancée de la CSP-Conlutas.</p>
<p>Ces mêmes chiffres révèlent également des faiblesses, surtout dans deux domaines: le secteur des travailleurs ruraux et les étudiants. Dans le premier cas, on a noté l&#8217;absence d&#8217;une représentation significative des travailleurs agricoles dans la mesure où le MTL (Mouvement Terre, Travail et Liberté, qui fait partie de la CSP-Conlutas) n&#8217;a qu&#8217;une très faible implantation et influence au sein du prolétariat rural qui continue à occuper des terres, à organiser des marches massives et lutte pour la Réforme agraire. La force décisive dans le secteur rural reste, sans l&#8217;ombre d&#8217;un doute, le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre). Dans le deuxième cas, la faiblesse est due au fait que l’ANEL (Assemblée nationale des étudiants – Libre, qui fait partie de la CSP-Conlutas) n&#8217;exprime pas un processus large de rupture avec l&#8217;UNE (Union nationale des étudiants), dominée par les partis alliés au gouvernement de Dilma Rousseff (PT), mais apparaît plutôt comme un réservoir de recrutement de jeunes organiquement liés au PSTU (Parti socialiste des travailleurs unifié).</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Un instrument encore petit mais très utile</strong></span></p>
<p><strong></strong>Le cahier de Thèses qui a été distribué lors du Congrès contenait 15 documents différents. Les accords et les divergences y sont abondants et présentent une cartographie où se mêlent les expériences sociales, les perceptions tactiques ou les affinités politiques diverses. Toutefois, toutes se situent dans le camp de la lutte de classes, autrement dit dans une perspective que l’on pourrait qualifier d’anticapitaliste. C&#8217;est ce qui a fait la force du Congrès.</p>
<p>Aussi bien dans les réunions plénières que dans les groupes de travail, les débats avaient comme trait distinctif la démocratie, faisant honneur à un activisme social qui propose « <em>d&#8217;avancer dans l&#8217;organisation de base </em>» (mot d&#8217;ordre du Congrès) et mettant en pratique la « <em>démocratie ouvrière</em> » dans les syndicats et les mouvements populaires. Il n&#8217;y a pas eu de coup de force bureaucratique et chacun a pu émettre des critiques, polémiquer, montrer des rapprochements ou présenter des amendements.</p>
<p>Les contrastes n&#8217;ont pas manqué, en particulier en ce qui concerne le bilan de la rupture avec le Conclat (Congrès de la Classe travailleuse) qui a eu lieu en juin 2010, cela en rapport avec le processus interrompu d&#8217;unité entre Conlutas et l&#8217;Intersyndicale qui a débouché sur la CSP-Conlutas [2].</p>
<p>Pour une large majorité des délégués (clairement liée au champ d&#8217;influence du PSTU) la rupture du Conclat n&#8217;avait pas empêché d&#8217;avancer dans la construction d&#8217;une nouvelle centrale. Par contre, une minorité (autour de 12%) estimait que cette rupture avait constitué une « <em>défaite de la classe travailleuse brésilienne</em> » qui a aggravé la fragmentation des luttes et la division du syndicalisme combatif. Dans cette minorité se trouvaient les délégués du Bloc de Résistance socialiste-syndicale et populaire, de certains syndicats et mouvements populaires et une fraction de l&#8217;Intersyndicale qui a participé au Congrès.</p>
<p>La résolution qui a finalement été approuvée par la majorité du Congrès a réaffirmé le pari d&#8217;il y a deux ans: « <em>La fondation de la CSP-Conlutas, en unifiant les mouvements populaires, les étudiants et la lutte contre les oppressions en plus des syndicats, a constitué un pas en avant en ce qui concerne la réorganisation des secteurs combatifs des mouvements syndicaux et populaires brésiliens (&#8230;). Au cours de cette brève période de la vie de notre nouvelle centrale, la CSP-Conlutas a participé à plusieurs campagnes politiques, à des luttes dans des secteurs professionnels, à des élections syndicales et à des congrès, à des journées du mouvement populaire, à des luttes étudiantes, à des votes populaires, entre autres (&#8230;). Essentiellement nous considérons le bilan des activités de notre centrale comme étant assez positif. Il ne faut pas sous-estimer les limites de la situation politique de notre pays et, en particulier, le soutien majoritaire de la population aux gouvernements de Lula et de Dilma ainsi que le rôle d’appui des centrales syndicales [CUT en particulier] et politiques [le PT avant tout] au gouvernement. Dans ce contexte, le fait de continuer à exister et de progresser dans la consolidation d&#8217;un petit, mais très utile instrument pour les luttes des travailleurs et travailleuses, ainsi que du peuple pauvre, ne constitue pas un petit élément.</em> »</p>
<p>En ce qui concerne les défis qui se posent, le consensus a été plus large. La position majoritaire les résume en trois objectifs politiques: 1) préparer la centrale et les entités affiliées pour l&#8217;affrontement avec le patronat et les gouvernements, cela au plan fédéral, des Etats et des municipalités; 2) développer l&#8217;organisation de base dans les lieux de travail, de vie et d&#8217;études, dans la mesure où l&#8217;organisation de base est un présupposé pour l&#8217;exercice de la démocratie ouvrière et pour le combat contre la bureaucratisation; 3) poursuivre la recherche d&#8217;unité de tous les secteurs combatifs en une centrale syndicale, populaire, de classe.</p>
<p>Malgré toutes ses limites et ses faiblesses, le Congrès a enregistré un fait: la CSP-Conlutas constitue une force dynamique ayant une identité propre. Elle représente d&#8217;importants contingents de militants sociaux organisés dans des syndicats et des mouvements populaires. Même si elle est minoritaire dans l&#8217;immense « <em>monde du travail</em> » au Brésil et par rapport aux centrales syndicales satellites du gouvernement et de fait dociles face aux organisations patronales, la CSP-Conlutas n&#8217;est pas, comme le prétendent ses critiques malintentionnés, une expérience « <em>marginale</em> ». Elle n&#8217;est pas « <em>isolée</em> ». Au contraire, elle exprime un processus de réorganisation syndicale et populaire qui se développe dans une phase défensive des luttes et dans un contexte où les inégalités sociales deviennent de plus en plus insupportables pour la majorité des classes laborieuses et pour les couches les plus paupérisées.</p>
<p>Après la fin des travaux, le Congrès, à São Paulo, a trouvé une sorte de conclusion, le 1er mai, dans la rue. La CSP-Conlutas a appelé dans cette ville à une marche depuis l&#8217;avenue Paulista (icône du pouvoir financier) jusqu&#8217;à la populaire Place Republica, au centre de la ville. Dans la convocation on pouvait lire : « <em>Malgré la grande campagne prétendant que la crise n&#8217;a pas atteint le Brésil, que le nombre d&#8217;emplois a augmenté et que nous vivons bien mieux qu&#8217;avant, les travailleurs souffrent tous les jours : des journées au froid, avec des transports publics bondés, avec des soins précaires de santé, avec une éducation de mauvaise qualité et une spéculation immobilière absurde qui empêche la majorité des travailleurs d&#8217;avoir une maison. La croissance économique qui s&#8217;est faite au prix de la sueur des travailleurs n&#8217;a bénéficié qu&#8217;aux banquiers et aux patrons.</em> » Lors de ce 1er mai, se sont succédé des rassemblements et des discours. Les agents de la Police fédérale et quelques médias (<em>Estado de São Paulo, O Globo</em>; chaînes d’informations télévisées) ont annoncé la participation de <em>« plus de 4000 personnes</em> ». Les dirigeants de la CSP-Conlutas, prudents et réalistes, ont dénombré 2500. A peine une poignée, mais un poing levé en un geste de protestation et de rébellion militant.</p>
<p><span style="color: #800000;"><strong>Un internationalisme réciproque</strong></span></p>
<p>Au cours de ses deux années d&#8217;existence la CSP Conlutas a développé des contacts internationaux intenses en impulsant des campagnes de solidarité (Haïti, Palestine); en soutenant des luttes politiques et sociales (Egypte, Chili, Argentine, Espagne, Paraguay); en participant à des congrès, des séminaires et des débats (Etats-Unis, France, Italie, Suisse). Cette activité lui a permis des échanges fraternels avec diverses forces syndicales, dont beaucoup ont participé au 1er Congrès en tant qu&#8217;invitées.</p>
<p>Par ailleurs, et à l&#8217;occasion du Congrès de l&#8217;Union syndicale Solidaires (France), en juin 2011, des délégations de plusieurs pays ont convenu d&#8217;organiser une rencontre internationale dans le cadre du Congrès de la CSP-Conlutas. Cette dernière a eu lieu les 2 et 3 mai à São Paulo, sous la formule: « <em>Des voix multiples, une seule lutte </em>». Y ont participé 22 délégations d&#8217;Amérique latine et des Caraïbes, des Etats-Unis, du Canada, d&#8217;Europe et des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Il y a eu deux absences remarquées: la Grèce et le Venezuela.</p>
<p>Pour Christian Mahieux, responsable de l&#8217;Union syndicale Solidaires en France, la réunion avait une importance majeure pour impulser de manière efficace « <em>une coordination internationale des syndicats en lutte</em> » et avancer dans la construction d&#8217;un « <em>réseau mondial de syndicats, même si au début il est petit </em>». Dirceu Travesso, dirigeant de la CSP-Conlutas est allé dans le même sens, lors de la présentation.</p>
<p>Même si la possibilité d&#8217;une « <em>véritable internationale des syndicats </em>» est encore une perspective lointaine – entre autres raisons parce que la majorité des participants à la réunion ne représentaient pas leurs syndicats, mais appartenaient plutôt à des courants et des groupements d&#8217;opposition syndicale – on a avancé sur des thèmes beaucoup plus concrets. D&#8217;une part, la socialisation des diverses expériences de lutte dans chaque pays; d&#8217;autre part, la réalisation d&#8217;activités par secteur (santé, éducation, call centers, chemins de fer, immigrés, femmes).</p>
<p>La solidarité avec le soulèvement des peuples arabes était bien présente, aussi bien pendant le Congrès que lors de la rencontre internationale. Comme l&#8217;a souligné Fatma Ramadan, présidente du Syndicat indépendant des Travailleurs de Gizeh et membre de la Fédération des Syndicats indépendants d&#8217;Egypte: «<em> Le fait de rencontrer des délégué·e·s du monde entier qui luttent contre l&#8217;impérialisme, qui soutiennent les droits des peuples indigènes, qui discutent des accidents de travail et du problème des sans-logis, en faisant converger des objectifs politiques et des orientations sociales de classe, constitue une riche expérience que je peux ramener en Egypte en tant que propositions de lutte.</em> »</p>
<p>Enfin, la rencontre a approuvé une déclaration unitaire qui affirme dans ses conclusions: «<em> Nos organisations s&#8217;engagent à tenter de renforcer dans les luttes et dans les résistances un programme de classe contre l’exploitation et l&#8217;oppression, un programme anti-impérialiste, de défense des droits sociaux et des droits du travail, un programme de défense des ressources naturelles et de l&#8217;environnement. Nos organisations s’engagent à soutenir toutes les expériences d&#8217;organisation dans lesquelles la démocratie ouvrière, la participation de la base, se combine avec la défense des revendications concrètes au jour le jour et avec la nécessité de construire un autre ordre économique et social qui s&#8217;oppose, de manière radicale, à toute forme d&#8217;exploitation et d&#8217;oppression.</em> » (Traduction <em>A l’Encontre</em>)</p>
<p>_____</p>
<p>[1] Voir le bref article <a href="http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-le-parti-des-travailleurs-pt-35-ans-apres.html" target="_blank">«Les riches et les “logements populaires”»</a>, qui fait suite à l’article «Brésil. Le Parti des travailleurs, 35 ans après», publié en date du 16 février 2012 sur ce site.  (Réd.)</p>
<p>[2] Voir à ce propos l’article d’Ernesto Herrera <a href="http://alencontre.org/ameriques/amelat/conclat-un-recul-que-l%E2%80%99on-ne-peut-pas-occulter.html " target="_blank">«Conclat, un recul que l’on ne peut pas occulter»</a>, en date du 17 juin 2010. (Réd.)</p>
<p>[3] Voir sur ce site <a href="http://alencontre.org/moyenorient/egypte/les-travailleurs-de-lusine-de-siderurgie-bishay-en-action.html" target="_blank">l’intervention de Fatma Ramadan lors du Congrès de Conlutas en date du 10 mai 2012, en seconde partie de l’article consacré à la lutte des sidérurgistes de Bishay</a>. (Réd.)</p>
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		<title>«Payer peut nuire à la santé»: NON le 17 juin aux réseaux de soins intégrés!</title>
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		<pubDate>Thu, 10 May 2012 17:49:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alencontre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Benoit Blanc La loi sur les réseaux de soins intégrés a notamment pour effet d’accroître la part des dépenses de santé directement à la charge des assurés n’adhérant pas aux réseaux de soins: leur quote-part passera de 10% à 15% des frais, avec un plafond porté de 700 à 1000 francs par an. Ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/cancer_peau.jpg"><img class="alignleft  wp-image-8658" title="cancer_peau" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/cancer_peau-300x212.jpg" alt="" width="274" height="193" /></a>Par Benoit Blanc</strong></p>
<p><strong>La loi sur les réseaux de soins intégrés a notamment pour effet d’accroître la part des dépenses de santé directement à la charge des assurés n’adhérant pas aux réseaux de soins: leur quote-part passera de 10% à 15% des frais, avec un plafond porté de 700 à 1000 francs par an. Ce changement renforcera deux tendances régressives du système d’assurance maladie en Suisse: le fait, premièrement,  que les dépenses de santé directement à charge des ménages sont très lourdes et, deuxièmement, le fait que cette charge est socialement distribuée de manière régressive: elle est beaucoup plus pesante pour les personnes avec des bas ou des moyens revenus que pour celles avec des très hauts revenus. Mais un tel dispositif, générateur d’inégalités sociales, a-t-il aussi un effet sur la santé de la population? Une récente étude parue en France éclaire la question. <span id="more-8657"></span></strong></p>
<p>L’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) a publié en avril 2012 une étude intitulée <em>«Payer peut nuire à votre santé: une étude de l’impact du renoncement financier aux soins sur l’état de santé»</em> (Document de travail N° 47). Elle étudie deux questions: l’ampleur et la distribution du renoncement à des soins pour des raisons financières, d’une part, l’impact de ce renoncement sur la santé, d’autre part. Les données sont celles relevées en France par l’Enquête santé et protection sociale (ESPS), au cours des années 2000.</p>
<p>En France, 15,9% des personnes interrogées déclarent avoir renoncé à certains soins pour des raisons financières, au cours des douze derniers mois. Sans surprise, les soins dentaires (9,9%), l’optique (4,3%) et les visites chez un généraliste ou un spécialiste (3,5%) sont les plus fréquemment cités. Le renoncement aux soins pour des raisons financières se caractérise par un fort gradient social: 4,7% des personnes ne déclarant aucune dimension de précarité ont renoncé à des soins pour des raisons financières, contre  40% parmi celles déclarant au moins six dimensions de précarité. De même, plus la qualité de la couverture complémentaire privée est bonne et prend en charge de manière complète les soins non couverts par la sécurité sociale, moins il y a de renoncement aux soins. Le type de couverture par une assurance privée dépend bien entendu, lui aussi, de la situation sociale et financière des personnes concernées.</p>
<p>L’enquête ESPS réinterroge les mêmes personnes à un intervalle de quatre ans. Elle permet donc d’étudier la question de savoir si le fait de renoncer à des soins pour des raisons de santé est associé à un risque accru de voir sa santé se dégrader. La réponse est positive: 42,3% des personnes ayant déclaré avoir renoncé à des soins pour raison de santé ont vu leur état de santé se dégrader durant la période, contre 37,8% de celles qui n’ont pas renoncé à des soins. L’écart est statistiquement significatif. Cette différence se maintient lorsque l’on tient compte des autres facteurs susceptibles d’expliquer une détérioration plus rapide de l’état de santé, comme l’âge, l’état de santé au début de l’enquête, la situation sociale ou le type d’occupation.</p>
<p>L’intérêt de cette étude est de montrer que le renoncement à des soins pour des raisons financières correspond clairement à une sous-consommation de soins, qui a un impact négatif sur la santé. La quote-part dans la LAMal, comme le ticket modérateur français, est censée correspondre à un <em>«mécanisme de régulation de la demande par partage des coûts entre assureur et patient»</em>, dont l’effet devrait être de réduire la consommation «superflue» de soins, sans risque pour  la population. Or, pour les auteurs de l’étude de l’IRDES, celle-ci a <em>«démontré que ce mécanisme est médicalement aveugle, c’est-à-dire que la contrainte financière qu’il engendre s’applique à tous les biens médicaux, essentiels ou non»</em> (p. 16). Il n’est par contre pas aveugle socialement: les plus fragiles sont ciblés.</p>
<p>Ces résultats renforcent les motifs de voter NON le 17 juin à la loi sur les soins intégrés, qui accroîtra la charge des assurés. Ils confirment aussi que le système actuel d’assurance maladie, avec un quart des dépenses de santé financé directement par les assurés, combine injustice sociale et effets négatifs sur la santé pour des couches entières de la population, ayant des difficultés à faire face à des charges financières toujours plus lourdes. Un changement de système – combinant caisse unique, cotisations proportionnelles au revenu et très large prise en charge des soins par l’assurance, sans participation financière de l’assuré – correspond à une exigence sociale de base.</p>
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