mercredi
23
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Alexis Tsipras (à gauche) et Antonis Samaras à droite

Par Panagiotis Grigoriou

Décidément Salamine [voir l’article publié sur ce site en date du 24 mai 2012 «La crédibilité de Syriza» et quel régime ?] est à l’honneur ce dernier temps. On comprend pourquoi car il y a urgence. Pierre Khalfa [de la Fondation Copernic en France], dans un article paru au journal Le Monde (édition électronique du 25 mai 2012 ), souligne l’évidence historique de ce mai-juin 2012: « (…) Avec ce vote, les Grecs sont en train de mettre de nouveau en œuvre ce que leurs ancêtres avaient découvert: face à ce qui était présenté comme inexorable, ils ont décidé par eux-mêmes. Le peuple grec a commencé à reprendre son destin en main. Jadis, Xerxès, roi des Perses, avait voulu punir les Grecs de leur insolence pour s’être révoltés contre sa domination. Aujourd’hui, la réaction de la plupart des dirigeants européens le rappelle étrangement. Des mesures de rétorsion ont immédiatement suivi le résultat des élections. Le FMI a remis à plus tard une nouvelle tranche de prêt à la Grèce, d’un montant de 1,6 milliard d’euros, qui devait être versée fin mai et l’agence de notation Fitch a abaissé les notes de long terme de la dette d’Athènes. L’annonce de nouvelles élections législatives pour le 17 juin a suscité des déclarations menaçantes. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a ainsi déclaré à propos du Mémorandum: “C’est un programme d’aide préparé de façon très minutieuse, et on ne peut pas le renégocier.” La directrice générale du FMI, Christine Lagarde a renchéri : “Si les engagements n’étaient pas tenus, il y a des révisions appropriées à faire.” (…) C’est dire que la rupture de la Grèce avec les politiques néolibérales aurait un impact qui dépasserait très largement ce pays. Comme il y a 2 500 ans, les Grecs ont une nouvelle bataille de Salamine devant eux, mais l’ennemi n’est plus à l’extérieur de l’Europe, mais en Europe même, car ce sont les classes dirigeantes européennes qu’il faut vaincre

À Salamine même, et en attendant le dénouement imminent de… l’évidence historique, les habitants jouent aux cartes dans les cafés de bord de mer, à deux pas du monument à la gloire de ces si lointains combattants, de la grande bataille navale. Leur monument, oublié sur sa colline qui domine la baie du chantier naval et des épaves, reçoit parfois la visite des écoliers et de quelques rares touristes. Hier, par exemple, trois classes d’un collège publique du Pirée s’y sont rendues, ce qui devient rare en ce moment, car depuis l’arrivée des nouveaux «Perses-Troïkans» [allusion à la Troïka :FMI, BCE, UE], nos écoles sont en… cale sèche.

Ces Perses d’aujourd’hui, ne sont pas les Iraniens de Téhéran bien entendu, car cette fois-ci l’invasion est venue de l’Ouest avec les complicités intérieures et endogènes adéquates. Comme jadis et comme toujours. L’histoire ne se répète pas, sauf qu’elle a un sens.

Ainsi, au dernier Conseil de l’UE [Union européenne] de cette semaine, on a formulé à l’encontre du peuple grec un ultimatum, relevant du néocolonialisme, désormais sans déguisement aucun. On commence vraiment dans ce pays à y voir Suse [la capitale, au Ve siècle avant notre ère de l’empire perse achéménide] du côté de Bruxelles. Surtout que ce chantage bancocrate s’adresse directement aux citoyens grecs, car, pour une fois, ils seraient en train de se transformer en électeurs réels: «Vous devez élire le gouvernement de notre choix, afin de poursuivre notre politique, laquelle vous a été imposée déjà par la ruse, le mensonge, la corruption de vos élites dont nous nous en occupons depuis longtemps, et en fin de compte, par ce coup d’État déguisé et permanent, opéré depuis les élections de 2009 que nous avons provoqué, accélérant ainsi, la mise en œuvre de l’EuroTINA [1] chez vous, et chez nos autres sujets, tous piégés dans cet univers concentrationnaire que constitue l’Union Européenne ». Voilà en somme, les termes du chantage en légère paraphrase. Dans la mesure où, toute liberté de la presse n’est pas encore supprimée, telle est également l’analyse sans déguisement non plus, d’une partie de notre presse (Avgi, Iskra.gr, To Pontiki).

Petros Papakonstantinou, éditorialistes à iskra.gr, souligne de même, sans fioritures:«Ceux qui croient encore que l’Union Européenne est la solution et non pas de problème se promènent dans les nuages. Et pour revenir sur terre, il suffit de lire le communiqué du récent Conseil de Bruxelles, imposant une fois de plus, le diktat des Gauleiter [2] (sic) au protectorat méditerranéen. Récemment, le Ministre français des Affaires étrangères, le socialiste Laurent Fabius, a sévèrement prévenu les Grecs, que leur souhait de rester dans la zone euro, n’est pas compatible avec un vote en faveur des partis politiques qui les conduiraient hors zone euro. Pour faire court, je dirais que certes, il y a eu le passage de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais l’hybride franco-allemand Merkozy s’est mué en Merkhollande (sic), sauf que le message adressé aux indigènes rebelles ne change point: Vous devez élire un gouvernement… Samarelos (sic), c’est-à-dire de Samaras (Nouvelle Démocratie), Venizélos (PASOK) et de toute autre tendance, mais pro-mémorandum. Dans le cas contraire, préparez-vous à vous faire hara-kiri.»

Je tiens à préciser, que le site iskra.gr n’est pas un forum pour illuminés, mais un espace de débat politique ouvert, officiellement lié à l’aile gauche de SYRIZA et créé à l’initiative de son député, Panagiotis Lafazanis, (les hellénophones trouveront d’ailleurs une facette de ma modeste contribution au débat politique en cours, sous forme d’article:   «Lutte toxique»).

L’hebdomadaire satyrique To Pontiki (« La Souris », 25 mai 2012) note avec un brin d’humour, que «le Président français a offert un cadeau inestimable à Evangelos Venizélos, le recevant de manière quasi-officielle, outrepassant même tout protocole, car François Hollande a reconduit le chef du PASOK sur le perron de l’Élysée, ce qui prouve à quel point, les socialistes français, se considèrent en opposition frontale face à SYRIZA. Les sociaux-démocrates Allemands ont d’ailleurs offert ce même cadeau à Venizélos, se montrant au même moment très sévères vis à vis de SYRIZA, lui refusant toute ouverture possible dans la re-négociation du Mémorandum [contrairement aux cadres du PS en France, leurs homologues du SPD ont reçu Alexis Tsipras et sa délégation à Berlin]. Depuis les instances dirigeantes du PASOK, on fait remarquer que ces dernières semaines, la social-démocratie européenne s’en inquiète de la montée brusque de SYRIZA et de sa gauche radicale en Grèce. Ainsi, et agissant dans l’urgence, on soutient le PASOK coûte que coûte, dans un processus de réaction faisant face à un courant politique en plein essor, et surtout, désormais capable de faire douter sur la possibilité dont disposeraient les partis socialistes quant à garantir la pérennité de l’édifice de l’Europe sociale. Surtout qu’en France, à la prochaine échéance électorale, les amis d’Alexis, ne doivent pas se renforcer au détriment du vote PS, c’est aussi une autre évidence.»

Effet «Cipralex»? dans To Pontiki du 24 mai 2012

Mais voilà que le protectorat se rebiffe, c’est qui est perceptible désormais dans l’air du temps, y compris du côté de Salamine, où on continue certes à jouer aux cartes ou à suivre un match de basket à la télévision au café du coin, comme si de rien n’était, et pourtant… SYRIZA, comme nous le rappelle avec brio notre hebdomadaire satyrique, serait d’abord un antidépresseur à usage collectif, le «Cipralex», avant même toute efficacité politique avérée.

C’est un jeu de mots, le médicament existe vraiment, c’est de l’escitalopram, appartenant à la classe des médicaments appelés inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS). Il s’utilise pour traiter la dépression, le trouble obsessif-compulsif (TOC) et l’anxiété généralisée (AG). Car, si on y réfléchit bien, c’est aussi cela la gauche réelle, de la bonne humeur aux antipodes de l’austérité et de sa tristesse intraveineuse.

Dans cette petite localité de Salamine sur sa côte Est, la dernière épicerie-café à l’ancienne a fait faillite, se transformant depuis l’hiver dernier en habitation de fortune pour un retraité vivant seul. Il s’agissait bel et bien d’un de ces établissements que l’on trouvait partout en Grèce avant la C.E.E., pour le plus grand bonheur des voyageurs avant-gardistes, des géographes et des ethnologues, toujours amateurs (et inventeurs) d’exotisme. Aux dires des voisins, il semblerait que c’est depuis les élections du 6 mai 2012 que ce retraité, à part nourrir le chat légué par l’épicier, écoute désormais sa musique populaire assez fort, du chant rebetiko [en vogue depuis les années 1920], et qu’en plus, mais c’est alors un comble, il se met à danser tout seul. Je ne sais pas si c’est vraiment que depuis les élections, mais en tout cas, c’est exact qu’à la tombée de la nuit, le vieux se met à danser. Effet «Cipralex»?

Et avec SYRIZA, le vieux de Salamine et nos autres souris et chats, l’Europe se met aussi à danser. Les heures sont graves et on en tire le meilleur profit, entre un verre d’ouzo et deux déclarations de Tsipras [SYRIZA] ou de Wolfgang Schäuble [ministre des Finances de l’Allemagne], c’est selon. Le piège tendu aux peuples par la construction européenne, (celle en vigueur en tout cas, car nous n’avons pas d’autre sous la main), se referme sur eux.

C’est soit «les marchés», soit la démocratie, il n’y aura plus rien d’autre entre eux. Par un lapsus révélateur lors d’une interview accordée au journaliste Nikos Hadjinikolaou (24 mai 2012), Adonis Georgiadis, récent transfuge de l’extrême droite du LAOS au parti de Samaras, s’est demandé si vraiment «nous devons conserver la démocratie coûte que coûte», pour aussitôt, tenter de noyer son petit pois(s)son fasciste. La question du journaliste était: « Devons-nous conserver l’euro coûte que coûte?»

Notons, que Samaras se vante que son parti, la Nouvelle Démocratie, se présenterait «comme étant la seule force authentiquement pro-européenne en Grèce, garantissant l’avenir européen du pays, ainsi que son maintien, au sein de la famille de l’euro, loin des aventures promises par la gauche irresponsable». La Nouvelle Démocratie de Samaras, un parti devenu la déchetterie du recyclage politique, entre les libéraux en échec électoral (Dora Bakoyannis) [3] et les ex-députés fascisants du LAOS, ce dernier, étant désormais un parti en voie de disparition, car compromis, depuis son «aimable participation» à la «gouvernance» Papadémienne [Lukos Papadémos, l’ex-vice président de la BCE et ancien de la banque centrale de Grèce, premier ministre qui démissionna en mai 2012, suite aux élections du 6 mai et à l’échec de la formation d’un gouvernement, et qui était entré en fonction en novembre 2011].

La Troïka et l’Europe des «marchés» ne nous disent plus autre chose que ce piètre politicien, Adonis Georgiadis. La social-démocratie sait que tôt ou tard elle va se voir ôter son dernier masque, se montrant aux yeux de ses électeurs à visage découvert enfin, mais à ses risques et périls. Ou sinon, elle changera, risquant de toute façon sa propre disparition, probablement programmée me semble-t-il de toute façon.

C’est déjà le cas du PASOK ici, qui d’ailleurs, s’apparente davantage à un parti baasiste [au Baas d’Irak-Syrie; la réalité étant qu’il s’agit du recyclage, en 1974 du vieux clan de la famille Papandréou], qu’au P.S. français ou le SPD allemand, je le précise encore une fois, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris.

Sous cet angle, SYRIZA demeure la formation politique la plus européenne (par sa culture politique) chez nous… mais acculée, entre Marathon et Salamine. Marathon-Salamine est aussi une pièce d’opéra, composée en 1888 par Pavlos Carrer, les amateurs apprécieront! [4]

SYRIZA a aussi sans doute raison de ne pas désirer la sortie immédiate de la Grèce de la zone euro. C’est aussi une tactique qui consisterait à remettre les « Xerxomanes » du systémisme Troïkan et Européen (UE) à leur place, c’est-à-dire, face à leurs propres contradictions, euro compris. D’où sans doute leur rage dans le dénigrement de SYRIZA, mais peut-être aussi, leur désir à poursuivre… la guerre par d’autres moyens (?)

Un homme âgé de 60 ans, musicien au chômage a précipité sa mère (90 ans) dans le vide avant-hier, du 5ème étage de son immeuble, situé dans le quartier de Metaxourgeio à Athènes. Il s’est suicidé aussitôt se précipitant aussi dans le vide. La veille, un autre homme, s’est taillé les veines sur un banc public, toujours à Athènes, et ainsi retrouvé mort. On évoque désormais un chiffre de 3000 suicidé·e·s par «Troïkanocide». Et 1,5 million de chômeurs dans ce pays. En Italie, on comptabilise plus d’un suicide par jour, lié aussi à la «crise», ce qui ne passe pas inaperçu chez nous non plus.

Au FMI, au Conseil de Bruxelles et chez certains sociaux-démocrates européens (car il y a des exceptions me semble-t-il), on sous-estime cet ultime paramètre: le sang et la mort sont d’excellents catalyseurs politiques et moins contrôlables qu’on ne le pense finalement.

Pour le comprendre, il n’y a qu’à poser la question aux journalistes dépêchés lors des obsèques de Dimitri Christoulas, ce pharmacien, qui s’est tiré une balle dans la tête sur la place Syntagma, au matin du 4 avril 2012, j’y étais. [voir sur le site alencontre.org l’article du 10 avril 2012 qui transcrit le message laissé par Dimitri Christoulas]. (25 mai 2012)

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[1] Allusion la formule de Magaret Thatcher: There is no alternative – TINA – pour justifier qu’il n’y avait pas d’autre choix que les politiques dites néo-libérale. M. Thatcher a été élue en mai 1979 et est restée au pouvoir jusqu’en novembre 1990. (Réd.)

[2] Le Gauleiter est à l’origine le responsable politique régional du parti nazi (NSDAP). Il est responsable d’une région, le Gau, une subdivision territoriale de l’Allemagne nazie. Il devait conseiller les autorités administratives régionales; de fait, il détenait tous les pouvoirs. (Réd.)

[3] Ex-Maire d’Athènes (entre 2003 et 2006). Durant les Jeux Olympiques, elle a trempé dans l’ambiance de la corruption. Elle forma son propre parti en 2010, l’Alliance démocratique, en rompant avec la ND. Elle n’obtint pas les 3% lui permettant d’être élue au parlement grec. le 6 mai 2012. Elle vient de rejoindre, le 23 mai, la ND de Samaras, dans la perspective de former un «front uni» du secteur qui s’affirme junior partners grecs de la Troïka. (Réd).

[4] Ce compositeur grec est né en 1829 et a disparu en 1896; un de ses premiers opéras n’a pas pu être joué en Grèce, plus exactement à Zakynthos (île dans la mer Ionienne), car il aurait subi la «répression» anglaise, qui contrôlait l’île, dans la mesure où il y faisait allusion à la Guerre d’indépendance grecque; son opéra Marathon-Salamine, datant de 1888, a été joué en première mondiale en 2003 ! (Réd.)

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Sondage sur les intentions de votes en date du 18 mai 2012 (avec les biais possibles indiqués par les + et -)

 

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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