dimanche
8
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

France. Macron et le mépris de classe
Yémen. «Un million de civils souffrent du choléra.» Or, le blocus est complet
Révolutions russes. «Les révolutions ne seront pas des moments ponctuels et synchroniques faits d’un avant et d’un après»
Etats-Unis. Lorsque les chiffres trompent…
Inde-Cachemire. «Transformer l’Inde en un Etat hindou»
Israël-Palestine. «Un nettoyage ethnique pour chasser les Palestiniens de la ville»
Etat espagnol. L’erreur historique des accords de gouvernement avec le PSOE

Archives octobre 2019

Que se passe-t-il en Bolivie?

Publié par Alencontre Le 31 - octobre - 2019

Evo Morales

Par Pablo Stefanoni

Les élections présidentielles du 20 octobre ont plongé la Bolivie dans une crise politique. Ce jour-là, le président Evo Morales a brigué un quatrième mandat dans la compétition la plus ouverte depuis son arrivée au Palacio Quemado [nom historique de la résidence présidentielle à La Paz, le terme «palais brûlé» a son origine dans l’incendie du bâtiment en 1875] en janvier 2006, avec 54% des voix. Depuis lors, le «premier président indigène» a triomphé, élection après élection, avec plus de 60% des voix et d’énormes avances par rapport à Lire le reste de cet article »

Italie-UE. L’autonomie différenciée comme instrument du développement inégal et de la dérégulation

Publié par Alencontre Le 31 - octobre - 2019

Par Rosario Marra et Dario Lopreno

Nous abordons le régionalisme différencié comme exigence stratégique et structurelle du capital. La question des racines européennes du débat est restée dans l’ombre jusqu’à ce jour. Le récent changement de gouvernement ne doit pas nous induire à baisser la garde, car non seulement la différenciation régionale est une exigence supranationale, qui dépasse largement le programme ou les positions de tel ou tel parti au sein des frontières nationales. Mais en outre, « expulsé par le barrage que lui a opposé le M5S dans l’ancien gouvernement Lega [1]-M5S [2], le régionalisme différencié revient par la fenêtre, suite aux tractations du M5S avec le PD [3] pour la formation d’un gouvernement » [4]. À noter que c’est le dirigeant du M5S qui, après avoir fait barrage sur la question contre la Lega, a proposé au PD sa remise à l’ordre du jour dans le cadre du programme du nouveau gouvernement. Lire le reste de cet article »

Algérie. 36e mardi du Hirak étudiant: une mobilisation sans faille

Publié par Alencontre Le 30 - octobre - 2019

Par Mustapha Benfodil

Le 36e acte du hirak des étudiants. Il est un peu plus de 10h. Un soleil éclatant darde ses rayons sur la place des Martyrs. La place se remplit petit à petit de manifestants matinaux. La police est également présente en force.

La foule s’élargit rapidement. Elle s’agglutine devant l’une des deux bouches du métro de Sahate Echouhada. De prime abord, on constate qu’il y a plus de monde que les derniers mardis. Sans doute l’effet Novembre qui promet pour ce vendredi une mobilisation exceptionnelle [le 1er novembre 1954 est publié le premier appel adressé par le Front de libération nationale au peuple algérien, en liaison Lire le reste de cet article »

Livre. Plongée dans la genèse du capitalisme 

Publié par Alencontre Le 30 - octobre - 2019

Par Michel Husson 

Dans le troisième tome de son ouvrage, Le premier âge du capitalisme, le sociologue Alain Bihr poursuit son travail d’analyse des processus à l’œuvre dans la naissance du capitalisme.

Le sociologue Alain Bihr publie le dernier tome de son ouvrage, Le premier âge du capitalisme 1415-1763, coédité par les éditions Page 2 (Lausanne) et Syllepse. Il s’agit d’une œuvre monumentale qui propose une nouvelle lecture de la genèse du capitalisme.

Une somme !

L’ensemble des trois tomes (le dernier est publié en deux volumes) est impressionnant : plus de 3000 pages, dont 40 de bibliographie (en petits caractères). Le premier tome décrit l’expansion commerciale et coloniale de l’Europe occidentale à partir du XVe siècle ; le second montre comment, sur la base de cette expansion, l’Europe a pu parachever la transition entre le féodalisme et le capitalisme.

D’abord, parce que les Anglais se sont tournés vers le commerce international pour se procurer certaines ressources ou matières premières, comme le coton. Ainsi, ils n’avaient plus besoin de les produire sur leur sol, libérant autant de terres pour d’autres cultures et de main-d’œuvre pour d’autres secteurs. Cette stratégie, plus que le progrès technique, serait à l’origine de la croissance de la productivité en Angleterre. La deuxième explication tient aux sources d’énergie : le charbon était facilement exploitable sur l’île britannique, alors que le Jiangnan en était dépourvu.

Un autre mécanisme est également à l’œuvre : les mines anglaises avaient tendance à se remplir facilement d’eau et nécessitaient de continuelles opérations de pompage. Or, pour actionner ces pompes, on recourait à des machines à vapeur, elles-mêmes alimentées au charbon. C’est ainsi que l’exploitation de ce dernier conduisit au perfectionnement des machines à vapeur et à l’augmentation de leur rendement. Pour la petite histoire, les pompes étaient auparavant actionnées par des chevaux, et c’est de là que vient le choix du cheval-vapeur comme unité de mesure de puissance.

Une critique de Kenneth Pomeranz

Cette analyse de Kenneth Pomeranz est intéressante en ceci qu’elle montre que la révolution industrielle naît d’une combinaison (assez aléatoire) de contraintes géologiques, de ressources extérieures, de mise à disponibilité d’une force de travail et de progrès technologiques. Pourtant, selon Alain Bihr, la question reste « mal posée » par l’Américain, à tel point que son raisonnement « présuppose en définitive ce qu’il se proposait d’expliquer : le parachèvement des rapports capitalistes de production. Ce qui en fait un raisonnement circulaire ».

Cette critique sévère permet de bien illustrer la méthodologie d’Alain Bihr, quand il examine en détail les obstacles à l’émergence du capitalisme industriel en Chine. Le premier se situe « du côté des rapports entre la propriété foncière et l’Etat », qui ont pour conséquence que les propriétaires « n’ont nul intérêt à se préoccuper d’améliorer le rendement de “leurs” terres ». Le second obstacle découle des entraves institutionnelles au développement du capital marchand et à l’aversion des dirigeants chinois à l’encontre du commerce extérieur. Pour le sociologue, « c’est en se fermant au commerce extérieur maritime dans la première moitié du XVe siècle, que la Chine a laissé passer sa chance historique de voir se parachever en elle les rapports capitalistes de production qui avaient commencé à s’y former ». Mais, ajoute-t-il, ce facteur renvoie lui-même aux rapports de production internes et, en définitive, au « régime spécifique de propriété qui a continué à y prévaloir ».

Le scalpel et la théorie

Un moyen de cerner les spécificités de l’approche d’Alain Bihr est d’examiner les critiques qu’il adresse aux travaux de Fernand Braudel et Immanuel Wallerstein, ces grands théoriciens de l’économie-monde. Il pointe par exemple la conception du capital chez Braudel, qui est réduit « soit à un ensemble de choses (par réification), soit à une série de dispositions subjectives (par personnification) » et, par conséquent, ignore le rapport social qui lui confère la capacité de se valoriser. Une autre critique porte sur la réduction du capital à l’argent, dans Civilisation matérielle, économie et capitalisme XVe-XVIIIe siècle, l’historien français décrivait « l’argent qui va de main en main, qui stimule l’échange, règle les loyers, les rentes, les revenus, les profits, les salaires – cet argent qui s’engage dans les circuits, en force les portes, en anime les vitesses, cet argent est un bien capital ».

Ces assimilations fautives (que l’on retrouve aujourd’hui chez Thomas Piketty) conduisent Braudel à réduire le capital au seul capital marchand, repérant ainsi des formes de capitalisme dans des villes marchandes médiévales. « Les conditions préalables à tout capitalisme dépendent de la circulation, on pourrait presque dire, à première vue, d’elle seule », écrit-il. Enfin, il néglige les rapports inégaux instaurés par l’expansion commerciale et coloniale.

C’est dans sa conclusion finale qu’Alain Bihr résume l’essentiel de sa thèse autour du concept de « protocapitalisme mercantile ». Il s’agit pour lui du processus qui, « en dépit de la persistance de multiples traits précapitalistes » conduit « pour la première fois dans l’histoire, à la prédominance de la valeur comme forme autonomisée et fétichiste du travail social ». En d’autres termes, la loi de la valeur devient « le mécanisme général englobant l’ensemble des activités socio-économiques ainsi que leur déterminant régulateur ».

Une lecture marxiste

On retrouve ici la lecture marxiste que propose le sociologue, et qui peut sembler très abstraite. Mais c’est l’occasion de souligner à nouveau la force essentielle de l’ouvrage, à savoir sa capacité à utiliser cette grille de lecture marxiste en la nourrissant d’analyses concrètes et en se gardant de vouloir l’imposer de force aux réalités observées.

Ainsi, l’institution progressive de la loi de la valeur comme mécanisme régulateur est analysée à partir du processus de la « fixation progressive de prix de marché comme normes objectives, indépendantes des déterminations des acteurs économiques (de leur volonté, de leur caprice, de leur mérite, de leur histoire personnelle, etc.) ». Se crée alors « une norme à laquelle chacun peut certes se référer (notamment comme pivot d’un calcul économique, d’une prévision, etc.), mais qui s’impose aussi désormais à lui avec la force d’une détermination objective (d’une sorte de loi naturelle) à laquelle il doit se soumettre ».

On pourrait ici inverser la formule de Marx (« L’anatomie de l’homme est la clef de l’anatomie du singe »). C’est en effet une expérience de pensée à laquelle nous invite Alain Bihr. En examinant minutieusement la genèse du capitalisme, il dévoile les éléments fondamentaux de son fonctionnement en tant que système aujourd’hui installé.

La loi de la valeur s’impose

L’auteur va d’ailleurs plus loin, en montrant que la prédominance de la loi de la valeur a des effets sur l’organisation sociale : « Les rapports entre les producteurs revêtent normalement une forme contractuelle [et] les personnes prennent la forme de sujets juridiques ». Enfin, « l’Etat tend à revêtir la forme de pouvoir public impersonnel, d’Etat de droit, en devenant lui aussi en définitive un sujet juridique, fétichisé à ce titre également ». Telle est la « conséquence lointaine de la prédominance de la valeur comme forme et médiation sociales ».

Alain Bihr avance enfin cette formule puissante selon laquelle, la prédominance progressive de la loi de la valeur conduit à une inversion fondamentale : la richesse devient la condition de la puissance politique, alors qu’elle était « le fruit de la puissance politique » dans les modes de production précapitalistes. C’est pourquoi le protocapitalisme est mercantiliste en ce sens qu’il vise à rendre l’Etat et son prince plus puissants ; mais c’est l’expansion commerciale et coloniale de l’Europe occidentale, au détriment du reste du monde, qui lui a permis de devenir « le berceau du capitalisme » au cours des temps modernes.

Lire l’ouvrage d’Alain Bihr, et réfléchir avec lui sur la naissance du capitalisme, est en même temps une clef pour comprendre ce qu’il est aujourd’hui. (Publié dans Alternatives économiques, le 29 octobre 2019)

Argentine. Macri et Alberto Fernández: une transition ordonnée sous le contrôle du FMI

Publié par Alencontre Le 29 - octobre - 2019

Alberto Fernandez et Cristina Kirchner

Par Eduardo Castilla

Dans les premières heures de ce dimanche, avec 96 % bureaux de vote examinés, le Front de tous (Frente de todos) a remporté 48,03% des voix contre 40,44% à Ensemble pour le changement (Juntos por el Cambio). Dans une élection hyper-polarisée – où deux forces ont obtenu à elles deux près de 90% des voix – Alberto Fernández [avec comme candidate à la vice-présidence Cristina Fernández de Kirchner] est devenu président. Le soutien électoral au Front de tous, comme cela s’est produit lors du PASO [élections primaires du mois d’août], a exprimé l’énorme rejet Lire le reste de cet article »

Débat. «Capital et idéologie»: un titre en trompe-l’œil

Publié par Alencontre Le 29 - octobre - 2019

Par Alain Bihr

Après Le Capital au XXIe siècle (Le Seuil, 2013), qui a connu un succès mondial [1], Thomas Piketty vient de publier un nouvel ouvrage qui prend la suite et complète le précédent, Capital et idéologie (Le Seuil), qui a immédiatement bénéficié d’une large couverture médiatique. Fort de mille deux cents pages, ce dernier affiche une ambition théorique certaine, au-delà du remarquable appareil statistique sur lequel il s’appuie, mis de surcroît en ligne à la disposition du public, qui  n’exclut cependant ni la clarté de l’exposé (en dépit de quelques néologismes, il n’est nullement jargonnant et se lit Lire le reste de cet article »

Etats-Unis. Les travailleurs de GM acceptent un contrat bien qu’il soit peu satisfaisant

Publié par Alencontre Le 28 - octobre - 2019

Par Chris Brooks

La grève des travailleurs de l’automobile contre General Motors a pris fin ce week-end après six semaines d’organisation de piquets, les travailleurs ayant voté en faveur de la ratification d’une convention collective à laquelle manifestement ils n’adhéraient que de manière partielle, mais qui a été acceptée par un vote favorable de 57% d’entre eux Lire le reste de cet article »

«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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