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18
juin 2019

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La Brèche

Migrations. «Le pacte mondial» ne «changera rien pour les migrants»

Publié par Alencontre le 18 - décembre - 2018

Louise Arbour, juriste canadienne, «est représentante spéciale pour
les migrations» auprès du Secrétaire général de l’ONU et a présidé
le «Pacte mondial pour les migrations»

Claire Rodier, propos recueillis par Marie Verdier

«Depuis de longues années, l’ONU essaie de créer des plateformes de discussion et de rapprocher les positions des Etats sur les migrations. Ce Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, adopté à Marrakech [le 10 décembre 2018 par 165 pays], est le plus petit dénominateur commun entre les pays. Il ne changera rien pour les migrants. C’est bien parce qu’il ne remet nullement en cause leurs politiques que tant d’Etats l’ont signé.

Le texte, qui n’est pas juridiquement contraignant, réaffirme que les Etats sont souverains en matière de migrations. Et l’on ne voit vraiment pas comment la justice pourrait s’en revendiquer. A l’instar de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui, dans son article 13, affirme que «toute personne a le droit de quitter tout pays», mais sans dire un mot sur le droit de franchir une frontière. Elle est depuis 1948 sans application effective.

En rappelant dans le préambule du pacte que les migrations sont «facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable», l’ONU ne formule pas une opinion mais fait état d’un constat – à savoir que la mobilité est favorable à l’économie – qui se base sur une montagne d’études. Ces évidences ont cependant exacerbé l’hostilité à l’encontre des migrant·e·s. Elles ont libéré une sorte d’hystérie conspirationniste de la part de l’extrême droite qui agite un chiffon rouge imaginaire dans plusieurs pays et ont même légitimé des paroles ouvertement racistes et xénophobes de la part de plusieurs dirigeants politiques. A tel point que nous, les ONG, si critiques sur le contenu et l’utilité du pacte, sommes contraintes de le défendre. Alors même qu’il ne peut enrayer la dégradation continue de la situation des migrants.

Le pacte peut bien afficher dans ses objectifs le fait de sauver des vies, de retrouver les disparus, ou de ne recourir au placement en rétention administrative qu’en «dernier ressort», au nom de la souveraineté, les Etats, à commencer par ceux de l’Union européenne, mènent des politiques migratoires contraires aux ambitions proclamées. Ainsi les opérations de surveillance ont-elles succédé aux opérations de sauvetage, et les morts en mer ont augmenté.

L’enfermement des migrant·e·s est devenu prépondérant. Au moment où elle signe le pacte, la France [les autorités suisses, après avoir copiloté les réunions, diplomatie onusienne et intérêts de la «place de Genève» obligent, ne «s’associent pas à ce pacte» face aux attaques délirantes contre ce Pacte anodin qui fusent] met en œuvre le doublement de la durée de rétention, passée à 90 jours, depuis l’entrée en vigueur de la loi Collomb le 10 septembre 2018. Et ce au nom d’une dite «crise migratoire» qui n’existe pas. Un peu plus de 100’000 arrivées, cette année, sont dérisoires au regard des plus de 500 millions d’habitants de l’UE. La crise des «gilets jaunes» a bien montré que la question des migrants n’était pas centrale comparée aux enjeux économiques et sociaux. (Propos publiés dans La Croix, le 18 décembre 2018)

Claire Rodier est juriste, directrice du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop.

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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