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août 2017

A l'encontre

La Brèche

France. «Les primes de famine, c’est chez McDo!»

Publié par Alencontre le 6 - avril - 2017

Gilles Bombard, CGT McDonald’s Ile-de France, dans le restaurant McDo, rue Parmentier (Paris, en octobre 2016)

Le mercredi 26 octobre 2016 des salarié·e·s de l’enseigne de restauration rapide et des militants de diverses organisations ont manifesté à Paris pour revendiquer haut et fort des hausses de salaire et la fin de l’évasion fiscale pratiquée par le groupe.

«Frite par frite, nugget par nugget, nous reprendrons le fric à McDonald’s!» «McDo, escroc, faut partager le magot». Pendant deux heures, une cinquantaine de salariés grévistes de l’enseigne de restauration rapide, des militants, entre autres, de la CGT, de SUD, du NPA, de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France), accompagnés d’un clone bouffon de Ronald McDonald, ont sillonné les rues de Paris avec ce slogan.

Deux exigences: des salaires à 13 euros de l’heure – beaucoup d’étudiants sont contraints de travailler pour se payer des études – et la fin de la fraude fiscale du groupe. En effet, pour le syndicat étudiant (UNEF), il ne s’agit plus seulement de se battre pour un salaire de 13 euros de l’heure, à l’image du mouvement Fight for 15 dollars aux Etats-Unis, mais de remettre en cause la «logique» de ce type de transnationale.

En octobre 2016 à l’occasion de blocage du McDo – qui fait face à la gare du Nord à Paris – Gilles Bombard, secrétaire général de la CGT McDonald’s Paris-Ile-de-France, met en cause un système d’optimisation fiscale qui permettrait à l’enseigne de restauration rapide de transférer un quart de ses bénéfices au Luxembourg, où le taux de l’impôt sur les bénéfices est inférieur à celui qui a cours en France (Les InRocKs, 27 octobre 2016). Le 25 mars 2017, Jean-Luc Mélenchon manifeste aussi son soutien aux grévistes de MacDo. Il reprend leur slogan et entre autres les arguments déjà exposés par le réseau ReAct. (Réd. A l’Encontre)

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Le Canard enchaîné, daté du 5 avril, ne se limite pas aux costumes de Fillon. Il explique les mécanismes de l’optimisation fiscale de McDo. Voici ses explications didactiques.

Par Isabelle Barré

Après un an de grèves perlées et plusieurs blocages de restaurant, la CGT [McDonald’s Paris-Ile-de-France] prévoit de nouvelles actions le 5 avril, pour obtenir des hausses de salaires.

Car la fiche de paie des 73’000 salariés de McDonald’s ressemble plus à une feuille de salade défraîchie qu’à un burger juteux. Pas de prime le dimanche ni le soir jusqu’à minuit, pas de 13e mois, et des salaires au ras du smic. Mieux, l’immense majorité des salariés ne touche aucune prime de participation aux bénéfices, alors que le groupe empoche des profits gras comme un Big Mac: près de 300 millions en 2015 en France, pour 4,7 milliards de chiffre d’affaires.

Déprime de participation

Sollicité par l’ONG ReAct, un grand cabinet d’experts-comptables a passé au crible les comptes d’un millier de restaurants entre les années 2006 et 2015. Un boulot de fourmi, et un constat accablant: si la participation avait été versée, les salariés se seraient partagé 419 millions d’euros de bénéfices en dix ans – 40 millions par an! En moyenne, chaque employé s’assoit ainsi sur un bonus annuel de 969 euros. C’est-à-dire plus d’un mois de salaire, pour ces nantis, beaucoup étant embauchés 24 heures par semaine et payés 780 euros par mois… Et ces veinards n’ont pas la frite?

La prime de participation est pourtant obligatoire dans toutes les entreprises de plus de 50 salariés. Oui, mais voilà: la plupart des restos sont loués à des franchisés. Résultat, le géant du fast-food est saucisonné en autant de petites boîtes de 25 à 30 salariés. Un montage artificiel, estime un expert-comptable interrogé par «Le Canard»: «Les franchisés possèdent trois ou quatre restaurants, en moyenne. Ils devraient donc créer une untié économique et sociale qui permette de franchir le seuil des 50 salariés.» Mais ils s’en gardent bien. Et rien n’oblige à le faire… sauf si les salariés le réclament. «Ça arrive très rarement, constate Gilles Bombard, de la CGT Ile-de-France, car le turnover est énorme.» Seulement 15% des enseignes régalent ainsi leurs salariés.

Pour un partage plus équitable du gâteau, la CGT réclame aussi «une relocalisation des profits», dont une partie s’envole vers le Luxembourg via des «redevances» versées par les franchisés. Entre 2009 et 2015, plus de 7 milliards de recettes seraient ainsi partis vers le grand-duché, explique le rapport de l’ONG. Un système parfaitement légal, se défend McDo. Le fisc a tout de même réclamé au groupe une ardoise de 300 millions d’euros, révélait «L’Express» en avril 2016. Depuis un an, et suite à une plainte d’élus syndicaux pour blanchiment de fraude fiscale, le parquet national financier enquête lui-même pour vérifier que ce circuit est bien digeste. Miam!

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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