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La Brèche

France. Au FN, on s’étripe sans bruit

Publié par Alencontre le 28 - novembre - 2014

«.C’est Marine Le Pen et moi [Florian Philippot] qui définissons la ligne»

«.C’est Marine Le Pen et moi [Florian Philippot] qui définissons la ligne»

Par Anne-Sophie Mercier

Au Front national (FN), on ne voit qu’une seule tête: tous derrière Marine! «Le jour où il y aura des divergences sur le fond politique, c’est là où il faudra s’inquiéter, mais ce n’est pas le cas», a claironné la présidente, il y a une semaine. Ambiance Bisounours, donc. Tout baigne.

Vraiment? Les couloirs du siège du parti, à Nanterre, bruissent pourtant d’affrontements au sommet, et pas toujours très courtois.

Premier sujet de dissension: les relations avec Israël. Les discussions sur le sujet ont été si violentes qu’Aymeric Chauprade, conseiller de Marine pour la politique étrangère, a été brutalement placardisé. Il devait pourtant être nommé vice-président du FN et entrer, à l’issue du congrès de Lyon (le 29 novembre), dans le saint des saints du parti, le bureau exécutif (neuf membres). En cause: un manifeste de politique étrangère, publié le 11 août 2014. Marine l’avait jugé excellent… dans un premier temps.

Le front bas

«A moins qu’il ne soit gouverné par un antisémitisme obsessionnel, un patriote français ne peut chercher à former contre Israël, et avec l’extrême gauche pro-palestinienne, la racaille de banlieue et les islamistes une alliance à la fois contre nature et sans issue politique», écrit Chauprade. Fureur de Gollnisch, dont on connaît les positions peu «sionistes» [1]. Mais aussi protestations de Philippot [Florian Philippot, né en 1981, député européen FN, il a connu une trajectoire politique mouvementée, mais avec une «logique souverainiste», allant de Chevènement à Pasqua-De Villiers pour terminer – ou commencer – comme stratège de la campagne de Marine Le Pen en 2011] et du très influent Frédéric Chatillon, soucieux, eux, de ne pas heurter l’électorat musulman frontiste.

Non seulement Chauprade, tête de liste aux élections européennes en Ile-de-France, n’aura aucun des postes promis, mais Philippot s’est arrangé pour qu’il n’accueille même pas les délégations étrangères présentes au congrès. La présidente a cédé.

Marine Le Pen et Aymeric Chauprade

Marine Le Pen et Aymeric Chauprade

Cette mise au placard intervient après l’étalage de divergences lors de l’université d’été du FNJ (Front national de la jeunesse), début septembre, à Fréjus. Chauprade avait soutenu les frappes contre Daech (l’Etat islamique), tandis que Philippot s’était déclaré partisan d’un simple soutien logistique à l’armée américaine. Même absence d’unité sur la question de la reconnaissance de la Palestine, soutenue par Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot, refusée par Aymeric Chauprade et Gilbert Collard [avocat, député du Gard et secrétaire général du Rassemblement Bleu Marine]. Deux députés, deux lignes!

L’affaire Pierre Ducarne a été une nouvelle occasion pour la direction du FN de se déchirer. Ce militant, tête de liste aux municipales à Nancy, avait affiché, il y a quelques semaines, son soutien à un collectif homosexuel. Convoqué devant la commission des conflits du FN, soutenu par Philippot, il n’a écopé d’aucune sanction. Fureur de Bruno Gollnisch et d’une partie de l’appareil frontiste, proche des cathos intégristes. Marine a gardé le silence.

Maxence Buttey, tête de liste FN à Noisy-le-Grand, converti à l’islam et éjecté du parti, début novembre, a été réintégré, quelques jours plus tard, sur la pression de Florian Philippot. Marion Maréchal-Le Pen s’y est vigoureusement opposée.

L’Etat, c’est elle

Quant au virage «étatiste» imposé par la présidente et son mentor, Florian Philippot, il passe mal auprès des troupes de Gollnisch. Ce dernier intervient régulièrement pour rappeler que le programme économique du FN doit être d’abord axé sur la «restauration des libertés économiques». Il est soutenu par Thibaut de la Tocnaye, un des conseillers de Marine.

On ne s’ennuie donc pas au FN. Mais ces joyeuses empoignades sont pour l’instant sans conséquence, puisque la présidente tient son parti d’une main très démocratique. A titre d’exemple, pour le congrès de Lyon, où seront élus la présidente et les membres du comité central, les opérations de dépouillement seront placées «sous contrôle d’un huissier de justice». Lequel? Pour l’instant, mystère. Pourra-t-on contester les résultats? Jeter un œil sur les bulletins? Appelé par Le Canard, Jean-François Jalkh, chargé des questions électorales au Front, assure qu’il n’y aura «rien à contester». Pas comme au précédent congrès, à Tours. «Tout n’avait pas été parfait», concède-t-il. Mais du passé faisons table rase…

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Philippot prépare ses arrières

La déclaration de Marine Le Pen à l’AFP, le 21 novembre, fait des vagues au Front national. La présidente du FN a affirmé que l’ordre d’arrivée à l’élection au comité central du parti n’avait «absolument aucune importance».

Cette élection se déroule au sein du parti depuis le 15 septembre et sera close le 27 novembre, deux jours avant le congrès de Lyon. Elle a toujours été considérée comme le meilleur baromètre de la popularité des dirigeants du FN. Chacun tente d’y obtenir un maximum de voix pour rafler une vice-présidence, un parolat ou simplement un fauteuil.

Explication d’un membre éminent du parti: la déclaration de Jeanmarine [contraction: Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen] lui a été soufflée par Florian Philippot. Le numéro 2 du FN craint fort que sa popularité auprès des siens ne soit pas indexée sur son omniprésence dans les émissions des chaînes d’info continue.

Redoutant d’arriver loin derrière Marion Maréchal-Le Pen, qu’il a réussi, au terme d’une rude bataille, à priver de parole au congrès, le vice-président du FN a pris les devants et concocté ces «éléments de langage» pour Marine.

«De toute façon, rien ne changé, s’est-il rassuré dernièrement, en petit comité. C’est Marine Le Pen et moi qui définissons la ligne.»

Voilà qui a le mérite de la clarté, mais qui va encore faire de la peine à papa Le Pen. (Publié dans l’édition du 26 novembre 2014 du Canard enchaîné)    

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Emprunt russe du FN: l’intermédiaire a été bien payé

Par Anne-Sophie Mercier

Pourquoi diable une banque russe, en l’occurrence la First Czech-Russian Bank, a-t-elle accepté de prêter 9 millions d’euros au Front national, un parti situé à des milliers de kilomètres de son siège social (Moscou), soumis à des règles juridiques différentes, alors que sa présidente reconnaît elle-même que ledit parti offre peu de garanties? Dans Le Monde (25 novembre), Marine Le Pen, d’habitude plus grande gueule, a en effet, expliqué que le FN ne recevait que 5 millions d’euros de financement public, pas d’immobilier, et que les banques françaises ne s’étaient pas bousculées.

Le Canard a joint, lundi soir (le 24 novembre), l’intermédiaire qui a permis l’obtention de ce prêt, l’eurodéputé FN Jean-Luc Schaffhauser. «Si nous n’avions pas eu cette avance, estime-t-il, nous étions littéralement asphyxiés.» Le Front national comptait d’abord obtenir cette somme auprès d’une banque d’Abu Dhabi, mais les négociations ont échoué au dernier moment. Ce n’est pas encore cette fois que le FN dira du bien des Arabes. Une banque genevoise s’est retractée, elle aussi au dernier moment, «pour des raisons d’image», explique Schaffhauser. Le FN s’est alors tourné vers les amis russes et la First Czech-Russian Bank.

Schaffhauser admet avoir touché environ 100’000,00 euros, «une rémunération liée au travail qui a été fait». Pour ce prix, il a actionné de vieilles connaissances russes, Alexander Vorobyev et Mikhael Plisyuk, deux proches du patron de la First Czech-Russian Bank. Les deux Russes sont aussi membres de l’Académie européenne, un think tank dirigé par Schaffhauser, dont le siège est à Strasbourg. Selon certaines sources, la rémunération globale de Schaffhauser avoisinerait les 450’000 euros, ce que nie l’intéressé.

Au FN, l’argent russe fait le bonheur de tous, et le bénéfice de quelques-uns. (Paru dans le numéro du 26 novembre du Canard enchaîné)   

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[1] Selon Rue89, en date du 27 novembre: «Lyon, fief de Bruno Gollnisch… et des groupuscules de l’extrême droite radicale. Marine Le Pen fait donc son congrès dans le fief du Lyonnais Bruno Gollnisch, qui a été son challenger malheureux pour prendre la succession de Jean-Marie Le Pen à la tête du parti au Congrès de Tours en 2011. Il n’est désormais plus dans le premier cercle des dirigeants frontières. Car Bruno Gollnisch, c’est l’anti-Marine Le Pen. Celui qui a tenté de freiner la «débiabolisation du parti» à laquelle Marine Le Pen tient tant. Lui, c’est le canal historique façon Le Pen père, avec lequel on a pu le voir poser pour une photo faisant une quenelle [la simagrée de l’antisémite Dieudonné].

Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch font le geste de la «quenelle» dans un restaurant à Strasbourg

Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch font le geste de la «quenelle» dans un restaurant à Strasbourg

Il a été, jusqu’à peu, enseignant à l’université Lyon III. Il en a été exclu pour des propos négationnistes, pour lesquels il a finalement été blanchi par la Cour de cassation. Le jour de la reprise des cours, il a pu compter sur une vingtaine de supporters, des membres du GUD, pseudo-syndicat d’extrême droite reformé à Lyon et qui n’hésite pas à faire le coup de poing à l’université et ailleurs [et des ratonnades en 2013, selon la presse de Lyon]. Le président du groupe FN à la région Rhône-Alpes (Gollnisch) entretient toujours de bonnes relations avec Alexandre Gabriac, conseiller régional alors que celui-ci a été exclu par les instances marinistes pour des photos le montrant faisant un salut nazi. Même s’il a créé son groupuscule «les Jeunesses nationalistes» (interdit en juillet 2013, par le ministère de l’Intérieur).

Deux autres de ses proches ont également été exclus du FN: l’ancien élu de Vénissieux et ancien président de l’Oeuvre française (également dissoute), Yvan Benedetti et le conseiller régional Olivier Wyssa. Liliane Boury pourtant proche d’Yvan Benedetti, siège toujours comme conseillère régionale. […] Bruno Gollnisch n’est plus lyonnais. Il est parti dans le Var, mais reste toujours conseiller régional Rhône-Alpes. Un de ses lieutenants, Christophe Boudot, l’a remplacé à la tête de la fédération FN du Rhône.

Il conduit la même politique de non-agression vis-à-vis des groupuscules de l’extrême droite radicale qui ont fait de Lyon une place forte de leurs idées et méthodes de terrain.

• C’est lui qui a décidé de ne pas placer la Liste FN à Vénissieux face aux ultranationalistes Benedetti et Gabriac, pourtant présentés officiellement comme infréquentables, qui avaient réussi à monter une liste. L’élection a depuis été invalidée par le tribunal administratif. Plusieurs colistiers – et notamment des personnes âgées – auraient été abusés.

• Comme sur le plan national, les liens avec les identitaires sont désormais assumés mêmes s’ils ne sont pas encore officiels. Le FNJ du Rhône se positionne comme «complémentaire» de l’action des jeunes identitaires (groupe d’extrême droite fort violent) qui a été embauché par le maire FN de Beaucaire pour s’occuper de la communication de la ville. (Rue 89, 27 novembre)

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