dimanche
15
septembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Pablo Casado (PP) et Albert Rivera (Cs): «condamnés à s’entendre»,
mais Vox surgit

Par Kiko Llaneras

Les élections andalouses ont apporté deux nouveautés: un virage à droite et l’apparition de Vox sur le flanc de l’extrême droite. Les deux tendances se sont confirmées ce vendredi avec le premier baromètre CIS (Centro de Investigaciones Sociologicas) après les baromètres andalous: le centre dirigé par le sociologue José Félix Tezanos observe une forte hausse de PP (Parti Populaire), de Ciudadanos (Cs) et de Vox. Bien que le PSOE reste la principale force dans l’intention de vote direct avec 21,3%, ses rivaux augmentent fortement: le PP à 14,1% et Cs à 13,2% (les deux avec des augmentations de deux points). Vox est également en croissance, bien qu’il tombe en dessous du seuil de 3 % pour le vote direct [dans l’élection du sénat, le vote direct ne concerne qu’une partie des futurs élus].

 

 

Les données représentent un virage à droite de l’électorat en Espagne. En novembre 2018, le bloc de gauche (PSOE et Podemos) devançait la somme de PP, Ciudadanos et Vox de six points d’intention de vote direct; cette différence tombe en décembre 2018 à seulement deux points. Le sondage publié ce vendredi 4 janvier 2019 a été réalisé du 1er au 12 décembre. Ce virage vers les partis conservateurs a été souligné par d’autres sondages: avec la moyenne de dizaines de sondages récents, le PSOE apparaît comme la force dominante avec 24% des voix, suivi du PP (21%), Ciudadanos (19,5%), Unidos Podemos (16%) et Vox (9,5%). En d’autres termes, la somme de PP, Cs et Vox représenterait environ 50% du vote estimé et améliorerait le résultat de 2016 de quatre points. La gauche du PSOE et de Unidos Podemos, d’autre part, est laissée à trois ou quatre points et tombe à 40% des intentions de vote estimées.

Ces changements rétablissent l’équilibre entre la gauche et la droite selon la situation d’il y a un an, lorsque les Cs sont devenus la première force et ont permis d’accroître le total avec le PP de plus de 50% des voix. Puis vint la motion de censure contre le gouvernement de Rajoy, ce qui catapulta le PSOE de Sanchez et modifia le poids spécifique des deux blocs.

La montée de la droite est un signe de changement dans l’humeur de l’électorat. Bien que Ciudadanos gagne certains électeurs du PSOE, le tassement à gauche est également dû à un manque de motivation: il y a plus d’indécis parmi les électeurs du PSOE et de Podemos que parmi ceux du PP et de Ciudadanos (Cs).

Depuis La Moncloa (résidence du premier ministre), vous pouvez lire ces données de deux façons. Avec un parti pris optimiste, l’Exécutif peut compter sur son électorat pour se réactiver à l’approche des élections. Mais cela peut aussi être inquiétant: parfois la démobilisation se transforme en abstention, comme ce fut le cas lors des dernières élections andalouses.

Estimation de la qualité des leaders, sondage de novembre 2018

L’enquête demande également qui est préféré comme président du gouvernement, un classement mené par Pedro Sánchez (PSOE), élu par 24% de ceux et celles qui répondent. Il est suivi, en deuxième position, et avec 10 points de moins, par le leader de Ciudadanos, Albert Rivera (14%), et de très près, en troisième position, par Pablo Casado (PP), avec 13,1% de soutien. Pablo Iglesias (Podemos) se classe quatrième avec 9,8%. Complétez les six noms des présidents avec le chef de Vox, Santiago Abascal, qui choisit 0,9%, et Alberto Garzón, Izquierda Unida, avec 0,5%.

L’irruption de Vox

Les enquêtes les plus récentes confirment que Vox n’était pas seulement un phénomène andalou. Si, en septembre 2018, seule une personne sur 100 en Espagne avait l’intention de voter pour le parti d’extrême droite, le baromètre du CIS porte ce chiffre à 2,7%.

De plus, il y a lieu de croire que la CIS ne mesure pas avec précision la force de Vox. Bien que 6,5% des Andalous aient voté pour Vox lors des élections du 2 décembre, seuls 4,2% des Andalous ont déclaré dans l’enquête du CIS – réalisée quelques jours plus tard – qu’ils avaient l’intention de voter pour ce parti lors d’hypothétiques élections générales. Il est possible que la différence soit due au type d’élection, mais il semble plus plausible que l’écart soit dans les modalités du sondage lui-même, soit parce qu’il n’y a pas d’électeurs Vox dans l’échantillon ou parce qu’une partie des électeurs préfère cacher son vote. L’autre signal qui renforce Vox est la moyenne des sondages, ce qui porte son vote estimé à 9,5%.

Enfin, le sondage du CIS fournit des détails sur 80 partisans de Vox. C’est un échantillon petit, mais utile pour tracer son profil. Vox aurait plus de soutien de la part des hommes (66%) que des femmes (34%), comme le soulignent certaines enquêtes en Andalousie, et serait assez transversal en termes d’âge, de niveau d’études ou de taille de la municipalité. Ses forces, par contre, sont concentrées dans certains territoires. Vox semble avoir plus de soutien à Madrid (où il atteint 3,8% des intentions de vote direct), dans Comunidad Valenciana (3,9%), l’Andalousie (4,2%) et Castilla-La Mancha (6,8%); et beaucoup moins au Pays Basque et en Catalogne (0,9%) et Galice (1%). Le profil idéologique devient également plus clair: ses électeurs se déclarent pour la plupart de droite et viennent principalement du PP (46%), des Cs (21%) et rarement du PSOE ou de Unidos Podemos (6%). (Article publié dans le quotidien El Pais, du samedi 5 janvier 2019, page 15; traduction A l’Encontre)

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 «Vox: l’extrême droite exige de limiter les mesures
contre la violence machiste»

Par Isabelle Piquier

Limiter les mesures contre la violence machiste en échange d’une alliance politique : c’est ce qu’exige le parti d’extrême droite Vox du Parti populaire (PP, droite) et de Ciudadanos (centre droit), qui espèrent prendre le pouvoir en Andalousie.

Santiago Abascal, chef de Vox, «espagnoliste» et «machiste»…

Vox, qui a créé la surprise lors des élections régionales du 2 décembre en obtenant 11 % des voix et 12 sièges sur 109 – sièges qui garantiraient à la droite une majorité absolue au Parlement de Séville –, réclame aux deux formations qu’elles renoncent à un point de leur programme qui prévoit de «financer de façon adéquate la lutte contre les violences faites aux femmes».

«Lois idéologiques»

Pour la formation d’extrême droite, les mesures contre les violences machistes sont un «djihadisme de genre». Son président, Santiago Abascal, a dénoncé des «lois idéologiques, qui ne protègent pas la femme et poursuivent l’homme en tant qu’homme». Considérant qu’il s’agit d’une discrimination contre les hommes, il a demandé que l’on parle plutôt de «violence au sein de la famille».

«Nous avons beaucoup à dire et nous allons le dire», a déclaré M. Abascal sur son compte Twitter, en exigeant un «accord détaillé, par écrit et transparent » signé par « les deux partis qui veulent gouverner en Andalousie» et qui tienne compte de son programme.

Le Parti populaire, qui espère prendre le pouvoir pour la première fois en Andalousie après trente-six ans ininterrompus de gouvernement socialiste, semble prêt à s’allier avec une formation qui lui a pourtant ravi son électorat le plus conservateur. Son chef de file, Pablo Casado, a ainsi assuré, vendredi 4 décembre, qu’il était disposé à étendre aux hommes les aides aux victimes de violence domestique. «Un bon début», a répondu Santiago Abascal.

Les deux formations ont prévu de maintenir une première réunion de travail mardi 8 janvier à Séville. Le PP avait espéré célébrer l’investiture de son candidat, Juan Manuel Moreno, le 16 janvier, mais les négociations pourraient durer plusieurs semaines.

Pour Ciudadanos, en revanche, l’équation est nettement plus compliquée. La formation de centre droit ne veut en aucun cas se laisser photographier avec Vox, car elle craint de perdre des soutiens en Europe en s’associant à l’extrême droite, à moins de six mois des élections européennes.

Son secrétaire général, José Manuel Villegas, a affirmé qu’il ne négocierait « aucune mesure » autre que celles ayant fait l’objet d’un accord fin décembre avec le Parti populaire. Il a également accusé Vox de «chercher l’affrontement politique» et de «recourir aux insultes», pour l’obliger à négocier directement «sans se cacher» derrière le PP.

La proposition de l’extrême droite a suscité un tollé dans un pays où la lutte contre les violences sexistes est une cause nationale. L’Espagne est pionnière en matière de lutte contre la violence faite aux femmes. Une loi de 2004, novatrice dans le monde à l’époque, et votée sous le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, a doté le pays de bureaux d’aide aux victimes et de tribunaux spécialisés avec des compétences civiles et pénales.

Ces mesures ont été à nouveau entérinées en 2017 par un «pacte d’Etat» souscrit par tous les partis, sauf par la gauche radicale de Podemos, qui estimait qu’elles n’allaient pas assez loin.

«Il existe une violence et un mépris spécifiques contre les femmes et les filles dans le monde entier, ça s’appelle le machisme et le patriarcat. Personne ne peut masquer cette réalité», a tweeté vendredi Carmen Calvo, vice-présidente du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez.

«Ça n’est pas discutable, ne reculons pas», a ajouté la ministre, membre d’un gouvernement composé de 11 femmes sur 17 ministres.

L’entrée fracassante de Vox sur la scène espagnole a pris tout le monde de court. La formation s’oppose aux lois de mémoire historique qui, selon elle, «imposent une vision idéologique de l’histoire», ainsi qu’au mariage homosexuel ou au droit à l’avortement. Elle exige l’expulsion des migrants clandestins et l’interdiction à vie de les régulariser. Elle défend enfin d’importantes baisses d’impôts financées par une réduction «radicale» du nombre de fonctionnaires.

Une popularité difficile à évaluer

L’arrivée de l’extrême droite dans un parlement régional pour la première fois en quarante ans de démocratie a été tellement inattendue que les sondeurs ont du mal à évaluer la popularité réelle de cette jeune formation. Le parti a le vent en poupe dans certains sondages nationaux, qui lui prédisent des résultats élevés aux élections municipales, régionales et européennes du 26 mai, et à de possibles législatives anticipées, à l’automne. Dans une enquête publiée dans le quotidien El Mundo le 1er janvier, Vox est crédité de 12,9 % d’intentions de vote, ce qui serait décisif dans la formation d’un gouvernement conservateur.

Mais un autre sondage, réalisé par le Centre d’études sociologiques (CIS), estimait, trois jours plus tard, que Vox n’obtiendrait que 3,7 % des voix, seulement deux points de plus qu’en octobre, avant les élections andalouses. (Article publié dans Le Monde des 6 et 7 janvier 2018, page 3)

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