lundi
24
juillet 2017

A l'encontre

La Brèche

topelementLe personnel de la fonction publique du canton de Genève a répondu massivement à l’appel à la grève lancé par le Comité de lutte des services publics [1]. L’assemblée générale l’avait confirmé. L’assemblée a été le poumon collectif de la mobilisation. Cette lutte s’opposait au budget antisocial et aux «mesures structurelles» imposés par le Conseil d’Etat réunissant les partis de droite (PLR, UDC, MCG, PDC) comme de «gauche», les Verts et le Parti socialiste [2]. Les trois journées de grève – du mardi 10 au jeudi 13 novembre – ont été un succès, certes avec des limites. Les salarié·e·s de tous les secteurs – de la santé à l’éducation en passant par le personnel de l’administration et les agents de police – ont organisé des piquets de grève et des assemblées sur les lieux de travail. Ils ont participé aux grandes manifestations le soir. Celle du mardi a réuni 12’000 personnes. C’est la plus importante manifestation de la fonction publique depuis 1992.

Une mobilisation d’ampleur, à consolider

• Le mouvement a exprimé une grande créativité et combativité. Plusieurs collectifs de salarié·e·s ont défilé avec des pancartes et des banderoles fabriquées pendant les piquets de grève. On y lisait des slogans dénonçant l’austérité et ses effets sur la dégradation des conditions de travail ainsi que sur la qualité du service au public. La liaison entre salarié·e·s et usagers a été établie, en particulier chez les enseignant·e·s du cycle d’orientation et du post-obligatoire. Dans ces deux secteurs, des groupes de parents et d’étudiant·e·s se sont organisés pour soutenir le personnel en lutte.

• Continuer sur cette voie: voilà la conclusion à tirer de l’expérience partagée. Car, plus que jamais, les atteintes aux services au public se traduisent par des attaques contre l’ensemble des salarié·e·s. Elles sont conjointes à celles menées dans le secteur privé. L’intensification du travail, la péjoration des services publics et leurs conséquences sur la santé sont ressenties dans le privé et le public. Les travailleurs et travailleuses du privé, confrontés à une diminution des salaires et à une intensité accrue du travail, ont besoin d’un ensemble de services publics. Or, ils se dégradent: crèches, soins, services administratifs, etc. Les salarié·e·s du public qui font aussi face à une intensification du travail, à une surveillance administrative tatillonne et à la difficulté de répondre aux exigences professionnelles auxquelles ils adhèrent – depuis les infirmières jusqu’aux enseignants – sont aussi des usagers!

• La présence des patients aux côtés du personnel des établissements de soins à domicile en est un exemple. Mais c’est la manifestation conjointe, le mercredi 11 novembre, entre le personnel de la fonction publique et les maçons – qui se battent pour une revalorisation salariale et le maintien du droit à la retraite à 60 ans vu leur état de santé – qui a donné le signal fort d’une possible et nécessaire jonction entre ces deux parties du salariat. L’occupation unie du pont du Mont-Blanc a représenté une forte action symbolique de convergence des salarié·e·s du public et du privé.

• Au-delà de contextes différents, les méthodes de «gestion des ressources humaines» (sic) provoquent stress, fatigue, atteintes à la dignité et sentiments que «l’on est pris pour un pion sur un échiquier». Le «plus et plus vite, avec moins» est devenu la règle. En un mot: les normes d’exploitation de la force de travail s’abattent sur tous et toutes. Et cela commence à être de plus en plus compris.

Après les cadeaux fiscaux, le chantage à la dette publique

Face à cette mobilisation d’ampleur, le Conseil d’Etat n’a pas bougé d’un millimètre. Il refuse les négociations sans préalables: il n’entend pas renoncer aux coupes budgétaires. Ceux et celles qui manifestent trop d’optimisme face au «signal d’ouverture» – suite à la rencontre du 20 novembre entre une délégation du Cartel intersyndical et le Conseil d’Etat – risquent de se tromper. Les «modernisateurs» continueront sur la voie de l’austérité budgétaire.

• A cela s’ajoute la loi dite Personal STOPproposée par le PLR. Elle a été adoptée le 13 novembre par la majorité du Grand Conseil. Cette loi impose le gel des effectifs du personnel de l’Etat tant que la dette publique ne diminue pas de 5 milliards de francs. En clair: pour engager, par exemple, une infirmière supplémentaire, un poste «équivalent» devra être supprimé dans un autre segment du service public. C’est ce qu’ils nomment «l’équilibre des comptes». En fait, il s’agit d’imposer le «déséquilibre» des services au public!

• La question de la dette est utilisée par les autorités pour justifier, de manière comptable, leur politique anti-sociale. L’origine du gonflement de la dette n’est pourtant pas un secret. Elle se situe d’abord du côté des rentrées, donc des baisses d’impôts organisées depuis des années en Suisse comme dans tous les cantons.

A Genève, des baisses d’impôts pour les revenus élevés interviennent en 2000; la diminution de l’impôt sur le capital des personnes morales en 2007; la réduction de l’imposition sur les successions des entreprises en 2009. Tout cela a produit un manque de ressources pour l’Etat à hauteur d’un milliard de francs par an.

La troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIEIII) va diminuer encore les recettes. Au moins 500 millions de francs à partir de 2018.

• S’ajoutent à cette pénurie légalisée divers scandales financiers. Souvenons-nous de ladite «mauvaise gestion» de la Banque cantonale de Genève (BCGE). Les ex-dirigeants, Marc Fues et René Curti, ont été reconnus coupables par le Tribunal Correctionnel en 2011 (décision confirmée par le Tribunal fédéral en 2013) de «faux dans les titres». Cette «affaire» a été «résolue» par un refinancement d’urgence de la BCGE. Il a coûté au moins 2,5 milliards de francs aux contribuables, soit pas loin d’un quart du montant actuel de la dette publique!

• D’un côté: des cadeaux fiscaux faits pour les grosses fortunes, les revenus des spéculateurs immobiliers, les profits des banques, assurances et autres sociétés de trading du pétrole ou de commodities. De l’autre côté: attaque aux salaires, aux conditions de travail et passage à la caisse fiscale pour les petits et moyens revenus. En un mot: une machine à transférer des revenus du Travail au Capital. Comme partout.

• Or, l’augmentation de la population du canton implique des besoins accrus à satisfaire dans tous les services au public. C’est à ce moment que le gouvernement collégial – appuyé par le patronat – les comprime et en externalise certains (rentables) vers le privé!

• La dégradation des services publics est ainsi assurée. Prenons deux exemples. Les infirmières – mais aussi les aides-soignantes, les transporteuses de patients ainsi que les laborantines et les nettoyeuses – savent bien ce que signifie la surcharge de travail et les conséquences dramatiques qu’elle a sur leur santé, mais aussi sur la vie quotidienne de leurs patients.

Des cas ouverts de stress au travail, de burn out se répandent parmi les enseignant·e·s ou le personnel administratif. Par exemple, des employé·e·s des Offices régionaux de placement (ORP) sont contraints de travailler en sous-effectif et de gérer jusqu’à 180 dossiers «par tête». Le «traitement» des dossiers devient, de plus en plus, impersonnel, quasi semblable à un travail à la chaîne. Ces «catégories» du personnel ont dénoncé à plusieurs reprises cette situation, dont les sans-emploi paient de même le prix.

Grève, manifestation et référendum s’épaulent mutuellement

Le ras-le-bol collectif de larges secteurs de la fonction publique s’est exprimé lors des trois journées de grève et des manifestations: bloquer la dégradation des conditions de travail s’est conjugué avec la défense de la qualité du service au public. Un premier pont a été jeté avec le secteur privé, en plus de celui déjà bâti en direction des usagers.

• En agissant sur le lieu de travail, la démonstration peut être faite de «ce qui ne va pas», des besoins qui existent et ne sont pas satisfaits, du lien qui unit salarié·e·s et usagers. La force mobilisée quotidiennement dans le travail peut s’exprimer sous une forme qui met l’exécutif collégial devant une réalité crue, qu’il feint d’ignorer. Et les directions des services verront qu’il n’est pas «convenable» de se soumettre aux diktats «d’en haut»! Sur le lieu de travail puis en assemblée, les expériences peuvent être échangées. Ainsi se dessineront mieux les exigences communes qui nous rassemblent.

• En manifestant dans la rue, la jonction peut être consolidée avec un secteur significatif de la population. Certains médias tentent d’intoxiquer «l’opinion publique» avec des formules de sergents-chefs telles que: «le public est pris en otage». Or, ce sont les politiques d’austérité antisociales qui vont prendre effectivement en otage la majorité des usagers. Et cela, sur la durée.

• Il ne s’agit pas de donner une priorité unilatérale à l’action référendaire ou aux diverses formes d’action directe (grève, manifestation). Les deux se combinent pour améliorer le rapport des forces lors des négociations et gagner la bataille référendaire contre la loi Personal STOP. (MPS, 25 novembre 2015)

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[1] Feuille distribuée par le Mouvement pour le socialisme (MPS) lors de l’assemblée générale du personnel de la fonction publique le mercredi 25 novembre 2015.

[2] PLR : Parti libéral-radical, UDC : Union démocratique du centre, MCG : Mouvement Citoyens genevois, PDC : Parti démocrate-chrétien.

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