mardi
22
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Syrie. L’arme chimique sème la mort

Publié par Alencontre le 5 - avril - 2017

Dossier

Omar Ouahmane, correspondant de la radio France Culture dans la région (Moyen-Orient), présentait de la sorte, lors des informations de 7h30, le 5 avril 2017, le bombardement sur le village syrien de Khan Cheikhoum: «Il était un peu après 6 heures du matin lorsque le village de Khan Cheikhoun est visé par un premier bombardement. Le gaz toxique se répand en quelques minutes. Des dizaines d’habitants meurent dans leur sommeil.

Ammar Salmo, l’un des responsables des Casques blancs: «Nous avons découvert des corps sans vie allongés sur le sol. Il y avait des blessés partout. Certains vomissaient, d’autres suffoquaient, ils avaient de la mousse dans la bouche. Nous les avons aspergés d’eau pour essayer de les ranimer avant de les amener à l’hôpital.» Mais, peu après, cet hôpital où viennent d’être acheminés des blessés est à son tour pris pour cible. «L’hôpital était plein de blessés quand un avion a survolé la zone avant de lâcher sa bombe. Il a frappé l’hôpital où les blessés de l’attaque chimique avaient été amenés. Une partie de l’hôpital a été détruite. Puis c’est notre centre, le centre des Casques blancs, qui a été détruit par un raid aérien. C’était la panique totale, c’était de la folie.» Certains témoins filment avec leur téléphone portable, d’autres relèvent des échantillons pour prouver l’attaque chimique. «Nous avons ramassé des morceaux d’obus, de la terre, des vêtements des victimes pour les faire analyser. Ce sont les preuves qu’une attaque chimique a bien été menée aujourd’hui dans cette zone.» L’ONU a ouvert une enquête et s’est déclarée déterminée à identifier les responsables.»

Nous publions ci-dessous, sous forme de «dossier», divers articles qui illustrent – si ce verbe peut être utilisé en l’occurrence – la politique d’un régime dictatorial, à la violence sans rivage. Une barbarie à laquelle est exposée la très grande majorité de la population de la Syrie, barbarie qui est doublée par celle des forces djihadistes. (Réd. A l’Encontre)

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Après l’attaque, l’hôpital de Khan Cheikhoun a été bombardé à deux reprises

Par Caroline Hayek

«J’ai été témoin de toutes sortes de bombardements depuis le début de la guerre, mais ce qui s’est passé (hier), c’est autre chose», témoigne Amer*, un habitant de Khan Cheikhoun contacté par L’Orient-Le Jour. Vers 7 heures du matin, cette petite ville sous contrôle rebelle et jihadiste, située dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, a été frappée par un bombardement à l’arme chimique, imputé à Damas, selon l’opposition et les puissances occidentales. Plus de 100 civils ont péri dans l’attaque, dont 25 enfants, et plus de 400 autres ont été blessés, selon les dernières estimations de l’Union des organisations syriennes de secours et soins médicaux (UOSSM). L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a néanmoins fait état d’un bilan moins lourd, mais tout de même affligeant: 58 morts et quelque 170 personnes blessées. Des «obus à l’arme chimique» ont été largués sur les habitations, à quelque 300 mètres de la maison de Amer. Ce dernier a aussitôt conduit sa femme et son fils, légèrement affectés, à l’hôpital avant de regagner le centre de soins de santé dans lequel il travaille. Des photos et des vidéos de militants circulant sur les réseaux sociaux montrent des corps sans vie, dont des enfants, d’autres en état de suffocation. «Les secouristes viennent de sortir sept enfants et une femme, tous morts asphyxiés dans une cave, sans que personne ne s’en soit rendu compte», raconte Amer, en larmes.

Probablement du gaz sarin

La nature du gaz chimique utilisé lors de l’attaque n’a pas été pour l’heure déterminée, mais plusieurs sources médicales s’accordent pour dire qu’il s’agirait de gaz sarin. «Les symptômes observés correspondent à une présence de ce gaz: pupilles dilatées, de la mousse sortant de la bouche, perte de conscience et ralentissement du rythme cardiaque», rapporte un membre du personnel médical d’un hôpital à Idleb, relayé par des activistes de l’opposition via WhatsApp.

De nombreux blessés avaient été envoyés plus tôt dans la journée dans la grande ville rebelle et jihadiste, située à moins d’une heure en voiture, alors même que l’hôpital de Khan Cheikhoun était bombardé, à deux reprises, provoquant la panique générale ainsi que d’importantes destructions. Le manque de médicaments et de machines à oxygène à Idleb a contraint le staff médical à envoyer les victimes vers l’hôpital de Bab al-Hawa, situé à la frontière avec la Turquie. «De nombreux blessés ont pu franchir la frontière pour être soignés en Turquie, parmi eux ma sœur, mon oncle et ma tante, ainsi que leurs cinq enfants», poursuit Amer, qui déplore la perte de 18 autres membres de sa famille. Les avions poursuivaient en début de soirée leur échappée mortelle, parachevant de provoquer la terreur des habitants endeuillés.

Feu vert américain

L’attaque a provoqué une vague d’indignation au sein de la communauté internationale alors même qu’une conférence internationale, organisée à Bruxelles, sur l’avenir de la Syrie se tient aujourd’hui. Le Conseil de sécurité de l’ONU a annoncé qu’il se réunira en urgence aujourd’hui pour examiner les circonstances des frappes ayant visé Khan Cheikhoun. L’attaque à l’arme chimique contre les populations civiles de Khan Cheikhoun n’est pas sans rappeler le massacre de la Ghouta, imputé au régime, qui avait fait, le 21 août 2013, plus de 1400 morts et plus de 3000 blessés selon l’OSDH. Le gouvernement syrien a toujours démenti utiliser des armes chimiques et a ratifié la Convention sur l’interdiction des armes chimiques en 2013. Les Etats-Unis avaient menacé d’intervenir militairement en Syrie avant de renoncer après la signature d’un accord avec la Russie, l’allié de Damas, qui prévoyait un démantèlement de l’arsenal chimique syrien. Mais depuis, des dizaines d’attaques chimiques ont été constatées, notamment lors du siège d’Alep-Est fin 2016, lorsque des barils de chlore avaient été largués sur les quartiers sous contrôle rebelle. En début de soirée, l’armée syrienne a une nouvelle fois balayé les accusations, démentant «catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun» hier, via l’agence officielle SANA. «Le régime veut juste tuer le plus de Syriens possible par vengeance», estime un activiste alépin réfugié dans la province d’Idleb. «Le régime est continuellement renforcé par le silence de la communauté internationale», estime quant à lui Amer. Jeudi dernier, l’administration américaine a reconnu de manière claire ne plus faire une priorité du départ du président syrien Bachar el-Assad.

Après les déclarations sans équivoque du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, avait affirmé vouloir travailler avec des pays comme la Turquie et la Russie pour trouver une solution politique de long terme en Syrie, plutôt que de se focaliser sur le sort du président syrien. «Ces déclarations américaines, c’était, pour moi, comme pour signaler un feu vert au régime», conclut Amer*. (Article publié dans le quotidien libanais L’Orient-Le jour, en date du 5 avril 2017) – *Le prénom a été modifié.

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Une attaque contre Khan Sheikhun, près d’Idleb

Par Areeb Ullah et Alex MacDonald

Jusqu’à cent personnes, dont des enfants, selon les secours, ont été tuées et des centaines d’autres ont été intoxiquées ce mardi lors d’une frappe aérienne qui a relâché des «gaz toxiques» dans une ville du nord-ouest de la Syrie.

Des témoins ont évoqué des corps éparpillés dans une zone résidentielle de la ville de Khan Sheikhun (Idleb), après la dispersion tôt ce matin de ce que les médecins et spécialistes pensent être un puissant agent neurotoxique tel que le gaz sarin.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a déclaré que de nombreuses victimes étaient mortes d’asphyxie et des effets du gaz.

Suite à l’attaque, de nombreuses victimes suffoquaient et avaient de l’écume à la bouche, ont déclaré les secouristes. Les images des victimes avec des pupilles rétrécies suggéraient également l’utilisation d’un agent neurotoxique comme le gaz sarin.

Le gouvernement syrien a affirmé qu’il n’avait pas utilisé d’armes chimiques, «que ce soit par le passé ou à l’avenir». La Russie a, quant à elle, déclaré qu’elle n’avait mené aucune opération sur la ville ce mardi. [Le 5 avril, la version publiée est la suivante: «Selon les données objectives du contrôle russe de l’espace aérien, l’aviation syrienne a frappé près de Khan Cheikhoun un grand entrepôt terroriste», déclare dans un communiqué le ministère russe de la Défense, qui affirme que cet entrepôt contenait des «substances toxiques», RFI, 5 avril 2017, 7h44]

Témoignant pour Middle East Eye depuis Idleb, Ibrahim al-Seweid, 26 ans, a raconté qu’il était arrivé sur le site de l’attaque vers 11h, environ trois heures après la frappe initiale. «J’ai découvert des corps éparpillés dans toute la zone. L’hôpital local n’était prêt pour un tel nombre de victimes.»

«Ils ont touché une zone résidentielle, les victimes étaient en grande majorité des civils. Il était évident qu’il s’agissait d’une sorte d’attaque chimique à l’apparence des victimes, ils avaient de l’écume aux lèvres.»

«Je n’ai pas pu rester longtemps, personne n’a pu: des avions survolaient encore la zone et nous craignions une nouvelle attaque.»

Un militant local a indiqué à MEE que les travailleurs de la protection civile et les journalistes qui sont arrivés assez vite sur le site ont été également touchés et emmenés à l’hôpital, quinze à Maarat al-Numan et deux à Kafranbel. Toutefois, il semble certain que le bilan est plus lourd.

Un responsable local de la défense civile a déclaré à l’agence de presse hostile au gouvernement all4Syria que la zone cible était des terres basses, entraînant davantage de blessures et de décès puisque l’agent chimique s’est fixé dans des zones concentrées.

Une roquette a ensuite frappé un hôpital de la ville alors que les médecins traitaient les victimes. L’entrée du bâtiment a été touchée, faisant s’effondrer les décombres sur les médecins qu’on avait vus plus tôt arroser un flux constant d’arrivants pour éliminer les résidus chimiques.

Le présentateur, Yaman Khateeb, a indiqué plus tard dans un poste sur Facebook: «Il y avait une petite fille qui avait inhalé des gaz toxiques et était soignée par un médecin à l’hôpital de Khan Sheikhun.»

«Je regardais son père prier Dieu de la sauver, mais les avions l’ont achevée.»

Shajul Islam, un médecin britannique travaillant à Idleb, a déclaré dans une vidéo postée sur YouTube que cet hôpital avait été «submergé» par les patients affectés par «une sorte de produit chimique».

«Il ne s’agit pas de chlore. On ne sent pas l’odeur du chlore sur ce patient», explique-t-il dans la vidéo qui contient des images explicites et doit être visionnée avec prudence.

«Il ne s’agit pas de chlore, nous avons subi de nombreuses attaques au chlore. Ce patient a clairement les pupilles rétractées», a-t-il précisé, en référence à un symptôme des agents neurotoxiques.

Le gouvernement syrien nie toute implication

Le gouvernement syrien du président Bachar al-Assad a renoncé à ses réserves de sarin après un accord négocié par les Etats-Unis et la Russie suite à une attaque au gaz sarin dans la Ghouta, en dehors de Damas, en 2013, qui avait tué des centaines de civils.

Damas nie l’utilisation d’armes chimiques et a, à son tour, accusé les rebelles d’utiliser des armes interdites.

Ce même jour, des activistes ont partagé des images de nombreux cadavres, affirmant qu’il s’agissait des victimes, rappelant l’attaque de 2013.

Dan Kaszeta, un spécialiste britannique des armes chimiques auprès de Strongpoint Security, a confié à Middle East Eye que bien qu’il soit difficile de diagnostiquer les causes à distance, il était «hautement probable» que du gaz sarin ou un autre agent neurotoxique ait été utilisé.

«Les rapports initiaux et les vidéos montrent qu’il ne s’agit pas de chlore. De nombreux médecins, qui examinent de près les victimes, affirment que du sarin ou un autre agent neurotoxique a été utilisé. C’est hautement probable.»

Le gouvernement d’Assad a reconnu avoir les capacités de fabrication du sarin et du VX», a-t-il poursuivi, ajoutant que le tabun, un autre agent neurotoxique, pouvait être fabriqué plus facilement.

Une enquête de l’ONU réclamée

La coalition nationale de l’opposition de la Syrie a demandé une enquête de l’ONU sur l’attaque.

«La Coalition nationale demande au Conseil de sécurité de convoquer une séance d’urgence, d’ouvrir une enquête immédiate et de prendre les mesures nécessaires pour que ses responsables, ses auteurs et ses partisans en soient tenus responsables», a déclaré l’organisme dans un communiqué.

«Ne pas le faire sera interprété comme une bénédiction envers le régime pour ses actions.»

Il a accusé le «régime du criminel Bachar» d’avoir mené l’attaque en utilisant des «obus contenant des gaz chimiques».

Peu après, la France a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité tandis que Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères de France, qualifiait l’attaque d’«ignoble».

Le ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, a déclaré que les responsables devraient «rendre des comptes».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a jugé l’attaque «inhumaine». Il a prévenu qu’elle risquait «de ruiner les efforts dans le cadre du processus d’Astana» afin de parvenir à la paix en Syrie, selon des sources présidentielles, sans mentionner les responsables de l’attaque.

Il y a eu plusieurs signalements récents par des militants de l’utilisation de produits chimiques par le gouvernement syrien, dans la province d’Alep et dans d’autres régions d’Idleb, malgré un prétendu cessez-le-feu.

Une conférence sur l’avenir de la Syrie, organisée par l’ONU et l’UE, débutera mardi à Bruxelles. – Reportage additionnel de Mohamed Shimale depuis Idleb. (Article publié dans MEE, mis en ligne le 4 avril 2017)

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«Le premier bombardement surprend la population
dans son sommeil»

Par Ammar Adullah

L’attaque chimique présumée a frappé, mardi tôt le matin, la ville de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idlib, en grande partie contrôlée par les jihadistes de l’ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui dans un précédent bilan avait fait état de 58 morts, dont onze enfants, la qualifie de «la deuxième attaque chimique la plus meurtrière du conflit en Syrie» après celle de l’été 2013, qui avait fait plus de 1400 morts. L’OSDH parle d’enfants «peinant à respirer sous leurs masques à oxygène, leur corps saisi de convulsions».

Citant des témoins oculaires et des secouristes, l’AFP rapporte que «les victimes ont les pupilles dilatées, des convulsions et de la mousse sortant de la bouche». L’hôpital où sont soignées les victimes a été gravement endommagé par des raids aériens, provoquant la fuite des médecins.

Un témoin raconte à RFI

Selon un contact de RFI sur place le premier bombardement surprend la population dans son sommeil. Il est 6h du matin, le village de Khan Cheikhoun dort encore lorsque l’aviation lâche ses bombes. Au sol un gaz toxique se répand rapidement. Des dizaines de personnes sont tuées sur le coup.

«Ce mardi matin vers 6h30 locale, il y a eu plusieurs bombardements aériens, raconte Abou El Haythem el Hour, militant de l’opposition syrienne basé dans la province d’Idlib, contacté par RFI. La ville de Khan Chaykhoun a été ciblée par l’aviation du régime de Bachar al-Assad. Du gaz toxique a été utilisé…». Plusieurs personnes sont rapidement décédées, mais il y a eu aussi des centaines de «civils intoxiqués par ce gaz qu’ils ont respiré».

«Toutes ces victimes sont conduites vers les hôpitaux. Le bilan devrait évoluer. Les gens ont été intoxiqués au gaz sarin», poursuit Abou El Haythem el Hour.

Nouveau raid aérien sur l’hôpital

Des centaines d’autres personnes n’arrivent plus à respirer. La protection civile, les secouristes des Casques blancs interviennent, ils évacuent les victimes vers un hôpital de cette région, sous contrôle rebelle.

Le 11 janvier 2017, un bombardement à Tafnaz, ville du gouvernorat d’Idlib

Quelques heures s’écoulent les avions de combat sont de nouveau dans le ciel de la province d’Idlib. L’hôpital où sont soignées les victimes est à son tour ciblé.

Toujours selon notre contact sur place, un militant de l’opposition syrienne, le gaz utilisé serait extrêmement toxique. Il affirme, catégorique: «Ce n’est pas du chlore. Les attaques au chlore on connaît ici en Syrie… C’est probablement du gaz sarin.»

Une information impossible à vérifier pour le moment, mais les photos des victimes qui circulent déjà sur Internet montrent des personnes à terre avec de l’écume blanche qui leur sort de la bouche.

L’OSDH indiquait de son côté que les personnes sont décédées en raison des effets du gaz, notamment par suffocation, mais qu’elle n’était pas non plus en mesure de donner la nature de ce gaz.

Des sources médicales dans la ville ont notamment fait état d’évanouissements, de vomissements et de présence de mousse dans la bouche des victimes.

La France demande une réunion d’urgence du Conseil de sécurité

La Coalition nationale, importante composante de l’opposition syrienne, accuse le «régime du criminel Bachar» d’avoir mené ce raid avec des «obus contenant du gaz chimique» et demande au Conseil de sécurité de l’ONU de convoquer une réunion urgente après ce crime et d’ouvrir une enquête immédiate».

Une demande relayée par la France en raison des soupçons d’attaque à l’arme chimique. La France a demandé la convocation d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU après une «nouvelle attaque chimique particulièrement grave» en Syrie, a annoncé mardi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.

Le président Hollande pointe, quant à lui, la «responsabilité morale» des «alliés» de Bachar el-Assad.

L’ONU veut «clairement identifier» les responsables de l’attaque

L’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura a assuré que l’ONU chercherait à ce que«les responsables soient clairement identifiés et rendent des comptes».

Mohammad Sabra, négociateur en chef de l’opposition, a lui affirmé que cette attaque «remet en cause» le processus de paix négocié entre le régime et les rebelles. Il regrette que «Les Nations unies [soient] incapables de faire respecter leurs résolutions, notamment la résolution 2118 relative à l’utilisation d’armes chimiques». [1]

Du côté de l’Union européenne, Federica Mogherini, sans l’accuser directement, fait porter une lourde part de responsabilité au régime baasiste de Bachar el-Assad. «Les armes chimiques sont le pire des crimes de guerre et ceux qui sont responsables devront en répondre. L’impunité n’est pas une option, particulièrement face à ces scènes terribles que nous voyons aujourd’hui. Et ce n’est peut-être pas un hasard, exactement au moment où la communauté internationale se réunit ainsi pour essayer de construire la paix, peut-être n’est-ce pas un hasard que de telles attaques se produisent précisément en même temps. Nous n’avons pas encore de preuves pour le moment mais j’ai déjà évoqué un principe que je veux répéter: il y a une responsabilité objective de tout régime de protéger ses propres populations civiles. Et pour le droit international, ce principe est valable dans tous les cas», a-t-elle déclaré. […] (Article publié sur le site de RFI, le 4 avril à 8h01)

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[1] Le 5 avril 2017, à 8h30, le site de RFI publiait l’article suivant, ayant pour titre «Une résolution présentée au Conseil de sécurité, après l’attaque», dont voici trois extraits:

«Les symptômes de l’exposition des victimes à des agents chimiques toxiques ne font pas de doutes, les images et les témoignages sont parlants, explique notre correspondant à Moscou, Paul Khalifeh. Cette attaque rappelle celle qui a visé la Ghouta orientale en août 2013, et qui a fait 1400 morts.» […] «Le texte qui devrait être voté condamne les attaques chimiques, demande au régime syrien de participer à l’enquête, mais il ne fait nullement mention de sanctions, ce qui le rend sans doute plus acceptable par Moscou. Une stratégie des «petits pas» pour engager une première base de travail avec les Russes.»

«Cette réunion devra aussi clarifier la position américaine en Syrie. Les déclarations très flottantes de l’ambassadrice Nikki Haley qui condamne un jour un criminel de guerre, puis assure le lendemain que Bachar el-Assad n’est plus une priorité pour le gouvernement américain ont pu être interprétées à Damas comme un blanc-seing offert au régime.»

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En Syrie, une attaque chimique tue des dizaines de civils

Par Delphine Minoui

L’horreur, dans ses pires apparats, a encore frappé la Syrie. Il est environ 6 heures du matin, ce mardi 4 avril, quand le village de Khan Cheikhoun, dans la province rebelle d’Idlib, au nord-ouest du pays, se réveille au bruit de bombardements aériens. Dans leur sillage, les avions répandent un manteau toxique qui asphyxie jusqu’à la mort les plus endormis. A la va-vite, les survivants contaminés sont évacués dans différents centres médicaux pour être soignés. Selon un premier bilan, donné par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), au moins 58 personnes, dont 11 enfants, ont été tuées par ce qui ressemble fortement à une attaque au gaz. Mais l’horreur est sans fin: quelques heures plus tard, les frappes reprennent de plus belle. Cette fois-ci, elles touchent l’un des hôpitaux où ont été transférés les blessés ainsi que le centre des Casques blancs, les volontaires de la Défense civile.

Montré du doigt, Damas fait la sourde oreille. Le régime syrien n’a toujours pas réagi de façon officielle, mais un haut responsable des services de sécurité affirme aux agences de presse que les accusations d’attaque chimique constituent une «calomnie».

Abonnés à la guerre de l’information qui dure depuis six ans, les pro-Assad s’évertuent eux aussi à crier au mensonge. L’armée russe, qui bataille en Syrie aux côtés des forces du régime, a pour sa part annoncé n’avoir mené aucun raid aérien dans la zone de Khan Cheikhoun. Les images relayées sur les réseaux sociaux n’ont pourtant pas été fabriquées. A la limite de l’insoutenable, elles montrent des corps d’enfants éteints, enveloppés dans leur pyjama ou modestement vêtus d’un caleçon, le visage aussi pâle qu’une coquille d’œuf.

Terrible défilé d’images 

Sur une vidéo filmée à Idlib et publiée sur YouTube, le docteur Shajul Islam affirme, catégorique: «Ceci n’est pas une attaque au chlore […] Nous soupçonnons fortement une attaque au gaz sarin.» Penché sur un patient, il constate un rétrécissement des paupières, qui constitue l’un des symptômes d’une intoxication à ce gaz particulièrement nocif. D’autres sources médicales font état d’évanouissements, de vomissement et de présence de mousse dans la bouche des victimes. De son côté, l’OSDH confirme que les personnes sont décédées à cause des effets du gaz, notamment par suffocation, mais n’est pas encore en mesure de préciser la nature de ce gaz.

Les témoignages recueillis auprès de sources fiables confirment également l’ampleur de la tragédie. «Quand je suis entré à Khan Cheikhoun, deux heures plus tard, je pouvais encore sentir l’odeur du gaz dans l’air. C’était le chaos et la panique», confie en toussotant le journaliste syrien Hadi Abdullah, contacté via l’application WhatsApp. Ses yeux piquent et son nez coule depuis qu’il a inhalé le gaz.

Avec son cameraman, Hadi Abdullah a tout filmé dans le moindre détail: les cratères creusés par les bombes, les secours tentant de ranimer les victimes, la bouche remplie d’écume blanche, et même les pigeons endormis à jamais par le gaz. Réagissant au terrible défilé d’images, la Coalition nationale, qui représente l’opposition syrienne, accuse le «régime du criminel Bachar» d’avoir mené ce raid avec des «obus contenant du gaz chimique» et appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à «convoquer une réunion urgente après ce crime et d’ouvrir une enquête immédiate».

Mohamed Sabra, le négociateur en chef de l’opposition affirme, lui, que l’attaque «remet en cause» le fragile processus de paix en cours de négociation entre le régime et les rebelles.

Pour les anti-Assad, il est urgent que ce genre de crime soit sanctionné. S’il reste impuni, c’est la porte ouverte à d’autres dérapages. C’est surtout fermer une fois de plus les yeux sur la violation par Damas de la résolution 2118 relative à l’utilisation d’armes chimiques.

Depuis le début du conflit syrien, deux produits ont été identifiés dans plusieurs attaques orchestrées principalement à l’initiative – présumée ou démontrée – du régime: le chlore et le gaz sarin. Celui-ci avait notamment été utilisé le 21 août 2013 dans différents quartiers de l’est de Damas. Le massacre qui aurait fait entre 300 et 1400 morts selon les différents rapports, avait alors suscité l’émoi de Washington qui s’était dit prêt à attaquer, avant de renoncer à l’offensive. Dans la foulée, un accord avait été trouvé avec le régime syrien pour la destruction de son arsenal chimique. Mais malgré la mise en place de ce programme, sous contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), les attaques au gaz n’ont jamais cessé, comme le rappelle le bombardement de mardi. «Nous implorons les gouvernements étrangers de faire pression sur le régime syrien», supplie le docteur Shajul Islam. (Article publié dans Le Figaro, en date du 5 avril 2017)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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