lundi
25
juin 2018

A l'encontre

La Brèche

La Libye fait face à une situation difficile. C’est peut-être la première fois dans l’histoire que nous pouvons observer une révolution pacifique qui, depuis le premier jour, doit faire face à des tirs à balles réelles, d’artillerie lourde et à des attaques de bliadés ainsi que d’avions, cela sur l’ensemble du pays. Sur l’autre versant, nous constatons aussi la décision des puissances coloniales d’intervenir militairement, sous le prétexte de protéger la population civile grâce à la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, en application de la résolution 1793 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Dans ce contexte, il semble que nous faisons face à deux options désagréables: soit nous approuvons l’intervention coloniale, avec toutes ses conséquences désastreuses sur la révolution libyenne et sur l’avenir de la région ; soit nous rejetons cette intervention sans offrir de stratégie réaliste et efficace afin de soutenir la révolution libyenne qui s’affronte aux massacres de civils par Kadhafi et ses mercenaires.

Mais, en réalité ceux qui, actuellement, soutiennent la révolution libyenne et espèrent sa victoire, devraient s’opposer résolument à l’intervention coloniale en Libye, faite sous n’importe quel prétexte.

Si nous examinons de plus près l’intervention étrangère, on peut noter que, dès le premier jour, il était clair que la zone d’exclusion aérienne ne conduirait pas à un changement des rapports de forces en faveur des insurgés. Cela parce que la menace la plus grande était celle exercée par l’artillerie et les blindés et non pas par les avions. D’ailleurs, on a vu que les forces de la coalition ont frappé les forces militaires terrestres de Kadhafi dès le premier jour de l’intervention.

Ces développements suscitent de sérieux risques. Il est inévitable que cela conduira à tuer des civils en quantité. Il est aussi évident que Kadhafi ne tombera pas facilement. Dès lors, il est plus vraisemblable que la guerre durera fort longtemps. Cela peut, à son tour, modifier la situation et faire changer «l’opinion publique» en faveur de Kadhafi, comme l’indiquent des reportages de médias sur la population de Tripoli qui rejette l’attaque de l’Occident. Kadhafi pourrait, dans ce contexte, se profiler comme un héros qui résiste aux puissances coloniales, ce qui lui assurerait une relative popularité dans quelques villes ; à cela s’ajoute donc la possibilité d’une division régionale croissante de la Libye.

Finalement, tout cela pourrait conduire à transformer une guerre populaire contre des mercenaires en une guerre civile au sens strict du terme. Les articles des médias sur les réactions de protestation de la population de Tripoli face à l’intervention militaire occidentale doivent être analysés aussi sous cet angle.

En outre, nous savons tous que les puissances coloniales qui ont attaqué Kadhafi conduisent cette guerre sur la base de calculs strictement égoïstes. Ces Etat sont les mêmes qui ont soutenu Kadhafi et qui comptaient sur lui, il y a peu. Nous savons de même que l’intervention occidentale a pour but de renforcer le contrôle sur le pétrole libyen et de conforter la présence impérialiste dans une région qui connaît des expériences révolutionnaires représentant une menace sérieuse pour les intérêts occidentaux.

A la lumière de cette situation, la révolution libyenne fait face au risque suivant: le passage d’une guerre contre un régime répressif à une guerre entre des forces soutenues par l’impérialisme et des forces qui lui sont hostiles. L’ironie est qu’une telle situation peut se terminer par une réconciliation entre les puissances impérialistes et Kadhafi, s’il est prouvé que les rapports de forces penchent en faveur de ce dernier, de manière analogue à ce qui se passe actuellement en Afghanistan.

Nous devons mettre l’accent sur une donnée certaine: la guerre en Libye et l’intervention coloniale vont aboutir au massacre de milliers de civils, une situation semblable à celle de l’Irak.

Cela ne signifie pas que l’autre option – soutenir les insurgés, exercer une pression populaire dans le monde arabe sur les gouvernements et sur les puissances occidentales afin qu’ils renforcent la pression sur Kadhafi et utilisent d’autres moyens que la guerre pour l’affaiblir, par exemple mettre hors service son système de communication – est une chose facile. Mais, c’est un choix révolutionnaire correct. Il est apte à protéger les révolutions libyenne et arabes sur le long terme.

Et nous devons avoir à l’esprit que, dans tous les cas de guerres révolutionnaires ou de résistances face au colonialisme les rapports de force militaire n’étaient pas en faveur des révolutionnaires. Néanmoins, cela n’a pas empêché une victoire, comme le démontre l’exemple du Vietnam et du Liban [face à l’occupation israélienne].

Dès lors, nous appelons à mettre fin immédiatement à l’attaque de la coalition et nous appelons à renforcer le siège contre Kadhafi, cela en plus du soutien populaire arabe – en Tunisie et en Egypte, en priorité – à la révolution libyenne. (22 mars 2011 – traduction A l’Encontre)

 

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