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Palestine-Israël. «Destruction, sans permis de reconstruction»

Publié par Alencontre le 20 - novembre - 2014
Police israélienne sur l’esplanade d’Al Aqsa

Police israélienne sur l’esplanade d’Al Aqsa

Entretien avec Jean-Paul Chagnollaud

Les menaces de Benyamin Netanyahou ont été mises à exécution. La nuit dernière à Jérusalem-Est, les forces de sécurité israéliennes ont détruit la maison d’un Palestinien auteur d’un attentat le mois dernier. C’est toujours dans cette partie orientale de Jérusalem que deux assaillants palestiniens ont tué mardi 18 novembre 2014 cinq Israéliens en visant une synagogue. Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques à l’université de Cergy-Pontoise, directeur de directeur de l’Iremmo (Institut de recherche et d’étude sur la Méditerranée et le Moyen-Orient) donne son analyse de la politique présente de l’Etat sioniste.

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Pensez-vous que ces mesures fortes, comme la destruction des habitations des terroristes présumés, sont des mesures qui vont dans le sens de l’apaisement?

Jean-Paul Chagnollaud: Bien sûr que non! Il est clair que cette répression qui touche à la punition collective, puisqu’on va toucher aussi sa famille, va forcément avoir des effets négatifs. C’est-à-dire qu’il y aura des gens qui ont envie de se venger. Nous sommes donc dans une spirale malheureusement très classique des violences et des représailles – et des représailles et des violences – donc ça va évidemment accentuer encore le malaise profond que les Palestiniens ressentent.

Atlas des Palestiniens: Un peuple en quête d'un Etat (2014) de Jean-Paul Chagnollaud et Pierre Blanc

«Atlas des Palestiniens: Un peuple en quête d’un Etat» (2014) de Jean-Paul Chagnollaud et Pierre Blanc

Ce qui s’est passé dans cette synagogue est évidemment absolument condamnable. Il n’y a pas de question là-dessus! Mais par ailleurs, il faut comprendre quel est le cœur du problème. C’est bien entendu la situation que le gouvernement Netanyahou impose à Jérusalem-Est. C’est-à-dire auprès de 300’000 Palestiniens qui sont sous occupation et, en aucune manière, maîtres de leurs destins. Ils n’ont même pas la possibilité de pouvoir se loger décemment, puisque la plupart du temps les permis de construire – on va prendre quelque chose de très concret – leur sont refusés. Donc il est évident, contre la judaïsation de la ville et ces interdictions multiples, il y a des tensions majeures qui vont évidemment continuer.

Est-ce que justement, réprimer en quelque sorte ceux qui ne sont pas responsables de cette violence, ce n’est pas de la part de l’Etat hébreu un aveu d’impuissance?

Je crois qu’on est dans une impasse totale! Parce que la question fondamentale c’est qu’on ne peut pas contrôler une ville par l’occupation comme si de rien n’était. C’est-à-dire qu’on ne peut pas s’attendre de la part des 300’000 Palestiniens à ce qu’ils acceptent – et la judaïsation de Jérusalem-Est – et la colonisation à outrance – et l’occupation. Donc bien entendu il y a une question politique.

Or le gouvernement nationaliste, très nationaliste de Netanyahou, veut rester dans ce déni de réalité. Il impose l’idée que Jérusalem est la capitale initiée d’Israël, ce qui n’est reconnu par aucun Etat au monde! Pas même les Etats-Unis ! Donc il y a une question politique. Et tant que ce gouvernement israélien refuser de débattre du statut de Jérusalem pour laisser une place à un Etat palestinien à côté d’Etat d’Israël, on aura très régulièrement ce type de tension, de frustration, et par conséquent de violence.

Et j’ajouterai un mot:  ce sont des violences qui sont des violences erratiques. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas structurées autour d’une organisation politique. Ce sont des réactions de tel ou tel petit groupe voire de tels ou tels individus qui n’en peuvent plus, qui n’ont plus d’avenir et qui font n’importe quoi, jusqu’à aller attaquer – et ça c’est évident et je vous répète extrêmement condamnable, plus que condamnable même – des croyants dans leurs synagogues.

Précisément avec un profil des assaillants, un solitaire quasi insaisissable?

Je crois que c’est ça. C’est que si on connaît un tant soit peu la ville – je la connais assez bien – on voit bien que ces jeunes sont perdus! Beaucoup! Ils n’ont pas de boulot. Et puis en plus il faut bien comprendre pour vos auditeurs que les Palestiniens de Jérusalem-Est sont soumis un statut d’une très grande précarité. Ils ont des cartes de résidence qui sont délivrées par les autorités d’occupation: Israël. Ces cartes de résident leur permettent de rester chez eux en quelque sorte, dans la ville. Mais s’il leur arrive tel ou tel incident, on leur retire cette carte de résident. Par conséquent ils sont obligés de quitter l’endroit où ils ont toujours vécu, où leur famille est présente depuis des générations! Donc c’est vraiment un statut extrêmement précaire qui rend encore plus difficile leur vie quotidienne!

Cette situation est tendue également du côté des villes arabes israéliennes?

Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud «Déni de politique et violence au Moyen-Orient» (octobre 2004)

Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud «Déni de politique et violence au Moyen-Orient» (octobre 2004)

C’est un autre sujet qui est très complémentaire, effectivement. C’est que ce qui s’est passé il y a quelques jours ou quelques semaines. La police a tué un jeune Arabe israélien, ça montre aussi un malaise énorme, qui est la fracture dans la société israélienne elle-même, entre les Juifs israéliens, les Arabes israéliens.

Les Arabes israéliens ont le sentiment – et ce n’est pas seulement un sentiment, c’est que ça renvoie à une réalité – d’être vraiment des citoyens de seconde zone. Jamais la police n’aurait tiré sur un manifestant juif! Alors qu’ils ont tiré sur un manifestant arabe israélien! Et là, c’est une fracture profonde. Et bien entendu, le fait de réclamer et d’exiger sans arrêt l’idée d’un Etat juif ça veut dire que dans un Etat juif il y a une partie des citoyens – je parle d’Israël cette fois-ci, bien entendu – qui ne se reconnaissent pas dans cet Etat juif! Ils sont Arabes. Une démocratie doit prendre en compte l’ensemble des citoyens, qu’ils soient Arabes ou qu’ils soient Juifs.

Mardi, il y a eu la reconnaissance justement, de l’Etat palestinien par le Parlement espagnol. A Paris, le vote est programmé pour le 28 octobre. Comment ces processus en Europe peuvent influencer ces tensions récurrentes?

Je crois que c’est très important que ça se passe en Europe, parce que c’est quand même là que ça se joue beaucoup, avec les Etats-Unis, bien entendu. C’est l’idée qu’il existe quelque chose qui s’appelle «le droit international». Et le droit international, le fait de reconnaître l’Etat de Palestine est un rappel au droit international qui dit très clairement qu’on ne peut pas acquérir de territoire par la force.

Par conséquent ni Gaza, ni la Cisjordanie, ni Jérusalem-Est, ne peuvent être placés sous la souveraineté israélienne. Ce sont des territoires occupés. Donc ce processus est important. Ça peut faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il accepte enfin de vraies négociations. C’est-à-dire faire des compromis fondamentaux. (19 novembre 2014)

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La punition collective

Par Murielle Paradon

Sept morts, cinq Israéliens et deux assaillants palestiniens. Le bilan de l’attaque contre une synagogue de Jérusalem s’est encore alourdi ce mercredi 19 novembre, un policier étant décédé des suites de ses blessures. L’Etat hébreu est sous le choc et déterminé à agir: l’armée et la police ont détruit la maison d’un Palestinien, auteur présumé d’un attentat commis le 22 octobre dans une station de tramway, à Jérusalem.

Détruire les maisons de terroristes présumés, c’est aussi détruire celles de leurs familles qui vivent au même endroit. Cette mesure fait débat en Israël: est-ce vraiment dissuasif pour éviter de futurs attentats ou, au contraire, contre-productif dans la mesure où cela crée de la colère chez les Palestiniens?

Ce mercredi 19 novembre 2014, le gouvernement israélien n’a pas hésité à mettre en application ses menaces en détruisant la maison d’un Palestinien, Abdelrahmane Shalodi, auteur présumé d’un attentat commis le 22 octobre dans une station de tramway à Jérusalem. La famille de ce Palestinien, qui habite sur place, dénonce ce qu’elle appelle une punition collective. Pour elle, cela crée de la haine chez les plus jeunes qui n’auront qu’une envie: se venger et commettre peut-être eux aussi, des attaques contre les Israéliens. [Les conditions de répression permanente suscitent des réactions erratiques de vengeance qui ne font sens que resituées dans ce contexte.]

«Diplomatie pornographique»

Mais Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, assume : il souhaite réagir d’une main de fer, en renforçant les mesures de sécurité. La presse de droite va dans son sens. Le site Ynet suggère même, pour éviter de futurs attentats, de mobiliser l’armée en plus de la police à Jérusalem, surtout dans les quartiers arabes, et de multiplier les détentions préventives d’agitateurs connus des services de sécurité.

A l’opposé, le journal de gauche Haaretz accuse le gouvernement israélien de mener une « diplomatie pornographique ». Le gouvernement accuse les médias étrangers de défendre le terrorisme, écrit Haaretz. Au lieu de cela, il ferait mieux de mener sa propre introspection.

Des bombes lacrymogènes et des tasers électriques «pour se rassurer»

A Jérusalem en tout cas, un parfum de terreur flotte depuis l’attentat de mardi. Comme dans cette petite boutique située au centre de la ville, qui vend des surplus de l’armée et des équipements d’autodéfense. Depuis l’attentat, elle ne désemplit pas. Tout le monde veut se protéger d’éventuelles attaques. «Les gens achètent surtout des bombes lacrymogènes ou des tasers électriques, explique Yonathan, l’un des vendeurs. Les tasers, cela ressemble à une lampe de poche, explique l’homme, en montrant comment manipuler l’un d’eux. Voilà, c’est tout ce que l’on peut acheter légalement.»

Les autorités israéliennes ont annoncé que le port d’armes telles que les pistolets sera facilité, mais seulement pour ceux qui ont déjà un permis. Pour les autres, il ne reste que ces articles d’autodéfense que l’on trouve dans la boutique. «Moi, c’est la première fois que j’achète ce genre d’articles. Je le fais parce que j’ai peur, explique un client, qui a opté pour une bombe lacrymogène. Cela fait 22 ans que j’habite à Jérusalem, et il y a une atmosphère de peur qui règne ici en ce moment, c’est incroyable.»

Vengeances permanentes

Il n’est pas certain qu’une simple bombe lacrymogène puisse prémunir contre une attaque à la voiture bélier, par exemple. Mais, pris de peur, les habitants de Jérusalem cherchent à se protéger par tous les moyens. Cela fait un mois que la ville est sous tension. Plusieurs attentats ont été perpétrés par des Palestiniens, mais celui de mardi a été le plus meurtrier. Benyamin Netanyahou a promis de défendre ses citoyens contre cette «vague d’attaques terroristes», et a appelé les Israéliens à ne pas se faire justice eux-mêmes. Dans la nuit de mardi à mercredi, il y a eu des affrontements dans plusieurs quartiers arabes de Jérusalem-Est occupé.

Comment réagissent les Palestiniens de Jérusalem à ces annonces ? Au pied de la vieille ville, les habitants poursuivent leurs activités comme si de rien n’était, ou presque. L’attaque de mardi est sur toutes les lèvres. Beaucoup de Palestiniens craignent des représailles de la part d’extrémistes juifs. Jaco Fayez, un commerçant arabe, n’est pas surpris de cette escalade de la violence: «Vous savez, quand vous appuyez alors que le paquet est déjà complètement rempli, cela explose. C’est ce qui se passe en ce moment. Les Israéliens nous attaquent et nous empêchent de prier à al-Aqsa, cela a forcément un impact sur nos relations. Les vengeances israéliennes sont permanentes, pas seulement maintenant. Si rien ne change, il y aura d’autres attaques, c’est sûr.»

Certains n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école ce mercredi matin. Les forces de sécurité sont toujours présentes et les contrôles se multiplient. Un hélicoptère tourne au-dessus de la vieille ville. Plus de trace, en revanche, des affrontements de la nuit précédente. Et, chose étonnante, il y a aussi très peu de circulation sur les routes.

Une atmosphère de troisième Intifada règne sur Jérusalem

Un panier de courses à la main, Mohammad rentre chez lui. Après l’annonce des autorités israéliennes de faciliter le port d’arme pour les cas d’autodéfense, ce Palestinien de Jérusalem ne se montre pas plus inquiet que cela. Selon lui, le conflit en cours n’est pas nouveau. «Nous n’avons pas peur, assure-t-il. Nous sommes dans une lutte contre cette occupation depuis très longtemps. Les Israéliens risquent de répliquer, ils vont aussi certainement réagir, après ce qu’il s’est passé. Et d’une certaine façon, cela va devenir normal.»

Les forces de sécurité sont toujours présentes, les contrôles se multiplient. Un hélicoptère tourne au-dessus de la vieille ville. Une chaîne de télévision israélienne annonçait mardi soir que des vigiles pourraient être postés devant les cafés et les commerces juifs.

Une décision qui, si elle était appliquée, serait inédite depuis la dernière Intifada, au début des années 2000. Le président américain Barack Obama appelle Israéliens et Palestiniens à coopérer pour  «apaiser les tensions». De son côté, le Pape a dénoncé une «violence inacceptable contre un lieu de culte». (19 novembre 2014)

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