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La Brèche

Mohamed Dahlan, l’impossible retour

Publié par Alencontre le 10 - août - 2017

Mohamed Dahlan (gauche) et Mahmoud Abbas…

Par Baudoin Loss

L’ex-homme fort du Fatah à Gaza était devenu indésirable chez lui comme à Ramallah. Mais ses «amis» au Caire, à Abou Dhabi et ailleurs poussent un scénario inattendu qui le verrait rentrer triomphalement à Gaza.

Un scénario pourtant des plus improbables prend forme semaine après semaine au Proche-Orient. Mohamed Dahlan, ex-homme fort du Fatah (parti d’Arafat puis d’Abbas, présidents de l’Autorité palestinienne) pourrait revenir à Gaza pour y occuper les plus hautes fonctions. Cela alors qu’il a dû abandonner l’idée de revenir dans le petit territoire côtier en 2007, après le «coup» du Hamas. Remontons le temps. Mohamed Dahlan naît en 1961 dans le camp de réfugiés de Khan Younès, au sud de Gaza. Jeune, il entre au Fatah et combat l’occupation israélienne. Il fera souvent de la prison où il apprendra l’hébreu. Dans le giron de Yasser Arafat, il prendra du galon lorsque le chef de l’OLP rentre à Gaza en 1994 après les accords d’Oslo. Nommé à la tête de la sécurité préventive, il fait la chasse aux activistes du Hamas et du djihad islamique, qu’il emprisonne beaucoup, humilie souvent et torture parfois. Il devient un homme-clé, craint, proche des Américains comme des Israéliens.

Plus tard, après la victoire du Hamas aux élections de 2006, les choses se gâtent. Hamas et Fatah se déchirent. Le premier accuse le second d’avoir tenté d’orchestrer sous la houlette de Dahlan et avec l’aide américaine un coup de force en juin 2007 pour s’emparer du pouvoir à Gaza. Le Hamas prend les devants à la mi-juin et éjecte le Fatah au terme de quelques journées sanglantes. Dahlan se réfugie à Ramallah mais s’y dispute bientôt avec Mahmoud Abbas, qui le chasse du Fatah en 2011. Honni à Gaza comme à Ramallah, le Gazaoui maudit se retrouve en exil à Dubaï. Est-il fini?

Non! L’homme possède un carnet d’adresses pheéénomeénal. Normal pour quelqu’un dont George W. Bush parlait en disant «our guy» (notre homme). Dahlan devient le conseiller de l’ambitieux Mohamed ben Zayed, le prince héritier qui exerce en pratique le pouvoir à Abou Dhabi. Il est écouté à Riyad. Devient proche du maréchal Sissi au Caire. Il a gardé ses entrées à Washington et Avigdor Lieberman, le ministre israeélien de la Défense, l’adore. L’argent ne lui manque pas. La «rue» palestinienne dit qu’il avait puisé dans la caisse à Gaza. Invérifiable. Mais les princes du Golfe ne sont pas regardants s’agissant de leurs intérêts. Voilà le Palestinien nanti de millions de dollars qu’il peut dépenser dans les camps de réfugiés pour s’acheter une popularité qui reste néanmoins à prouver.

Les circonstances récentes vont l’aider à revenir au premier plan de l’actualité. Abbas d’abord. A 82 ans, le président de l’Autorité palestinienne (AP) a cru, naïvement, que l’Américain Trump était de son côté. Il joue le tout pour le tout, et décide de réduire d’un tiers les salaires des fonctionnaires à Gaza en avril, puis refuse en juin d’encore payer pour l’électricité. But: forcer le Hamas, exsangue, à renoncer au pouvoir. Mais les islamistes refusent de céder.

En même temps, le Qatar, seul Etat florissant à encore aider le Hamas et la population Gaza, devient la bête noire des Saoudiens, des Emiratis et des Egyptiens, qui décident de l’assiéger. Ce beau monde propose un plan à Dahlan, leur «guy»  se réconcilier avec le Hamas, malgré le sang de 2007, et partager avec lui le pouvoir à Gaza. La frontière égyptienne serait rouverte. Le Qatar serait chassé de Gaza et l’Egypte assoirait sa mainmise sur le territoire (et sa sécurité). Israeël serait rassuré et verrait Gaza plus encore se détacher de la Cisjordanie, diluant l’idée d’une Palestine indépendante.

Reste à voir si ce scénario, trop bien écrit, tient la route. Si oui, Dahlan ira loin. (Article publié dans Le soir du 10 août 2017)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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