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juin 2019

A l'encontre

La Brèche

France. «Nous n’en pouvons plus de cette monarchie républicaine»

Publié par Alencontre le 10 - août - 2017

Par Philippe Frémeaux

Le journal Le Monde vient de consacrer un éditorial très critique à l’égard de la pétition qui s’insurge contre la reconnaissance officielle d’un statut de «première dame» à l’épouse du président de la République. C’est une chose de clarifier les moyens mis au service de la ou du compagnon du président ou de la présidente, c’en est une autre d’officialiser un statut de première dame. Il semblerait d’ailleurs qu’il n’en soit désormais plus question, Emmanuel Macron ayant sans doute compris qu’il risquait de perdre encore en popularité en s’obstinant à vouloir institutionnaliser un tel statut.

Soyons clair, la critique adressée à un éventuel statut de première dame n’est pas dirigée contre Brigitte Macron intuitu personae. Je me suis d’ailleurs élevé durant la campagne contre les critiques sexistes dont elle avait été l’objet. L’enjeu concerne nos institutions et leur pratique: nous n’en pouvons plus de cette monarchie républicaine! Nous avons élu une personne, pas une famille royale!

Des exemples en dehors de l’Hexagone

Le Monde, qui ne parle d’ailleurs que de «l’épouse» du président (et non «du conjoint»), laissant entendre que le président serait nécessairement un homme, va chercher des exemples très contestables dans notre histoire récente – ainsi, au-delà de la très belle personne qu’était Danielle Mitterrand, avouons que le ménage à trois auquel elle participait sans broncher publiquement avait tout de même un côté assez rétro.

Mieux vaudrait regarder ce qui se passe ailleurs en Europe et notamment en Allemagne. Monsieur Merkel a-t-il un statut de «premier homme»? Et Monsieur May? Madame Zapatero, quand son mari était président du conseil de l’Espagne, a-t-elle arrêté sa carrière d’artiste lyrique? Les exemples sont légion et ont en commun d’être situés dans des pays où l’Etat est incarné par un président sans pouvoir (l’Allemagne) ou par un roi ou une reine qui n’en a guère plus. Faudra-t-il donc rétablir la royauté en France pour faire de notre pays une vraie république démocratique? A comparer la pratique du pouvoir en France et dans les pays scandinaves, on serait tenté de répondre par l’affirmative!

Société d’ordres

Enfin, à ceux qui estimeront que tout ceci est une querelle subalterne qui masque des sujets bien plus importants, tels que les ordonnances modifiant le code du Travail ou le démantèlement de l’ISF, je dirai: pas du tout. La façon dont le pouvoir politique s’incarne, dont il se met en scène est tout sauf une question secondaire. Le président est un homme comme les autres, il est à notre service. Nous l’avons élu pour diriger le pays, et nous le renverrons au terme de son mandat s’il ne nous donne pas satisfaction. Tout ce qui tend à en faire un être d’exception, un dieu de l’Olympe, au-delà des responsabilités éminentes qui sont les siennes, vient affaiblir l’idéal d’égalité qui est au cœur de la promesse démocratique républicaine.

A accorder un statut particulier aux dirigeants politiques, en donnant à croire qu’ils sont hors du commun, au sens le plus strict, on légitime une société d’ordres, y compris dans le champ économique. Pourquoi alors s’étonner que les rois et reines et autres princes et princesses qui dirigent nos entreprises s’imaginent eux aussi avoir tous les droits et se versent des revenus mirifiques, qui échappent à l’entendement du commun des mortels? (Chronique d’Alteréco, 10 août 2017)

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1 commentaire

  1. Sacrilège dit:

    Ceux et celles qui dirigent nos entreprises ne s’imaginent pas avoir tous les droits, ils les ONT!
    en particulier grâce à des politiques qui depuis 35 ans au moins passent leur temps à « libérer » l’ « économie » ….

    Ecrit le 12 août, 2017 à 2017-08-12T20:25:41+01:000000004131201708

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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