dimanche
16
juin 2019

A l'encontre

La Brèche

La grogne sociale peut s’étendre

Publié par Alencontre le 27 - décembre - 2007

Par Chérine Abdel-Azim

Incontestablement, l’année 2007 est celle de la grogne sociale. Le mouvement commence en février avec l’entrée en grève de 27 000 ouvriers de l’entreprise de filature et de tissage Ghazl Al-Mahalla, qui réclament leur part dans les profits annuels de l’entreprise.

En mars et avril, 9 000 ouvriers des minoteries du Caire et de Guiza organisent plusieurs sit-in à cause de la réduction des quotas de farine distribués aux minoteries publiques au profit des minoteries privées. Un mois après, 6 000 ouvriers de l’entreprise Bolivar organisent deux sit-in pour réclamer les 7 % des bénéfices des actions de l’entreprise qui leur sont consacrés, et exiger une augmentation des primes mensuelles de 22 à 60 livres égyptiennes (4,5 CHF et 12 CHF).

Quoique limités, d’autres sit-in se succèdent : conducteurs et ouvriers de métro souterrain, éboueurs et autres. Selon un rapport publié par le Centre de la terre pour les droits de l’homme, 283 protestations ont eu lieu pendant les 6 premiers mois de l’année 2007 dans les secteurs public, privé et le secteur des affaires.

Quant aux chiffres du ministre du travail, ils signalent 50 sit-in, 32 grèves et 13 manifestations pour la même période.

La fin de l’année a été marquée par l’un des plus grands mouvements de protestation : à peu prés 10 000 fonctionnaires des impôts fonciers, ont organisé un sit-in dans le quartier de Qasr Al-Aïni au centre-ville, en face du Parlement, réclamant entre autres une augmentation immédiate de leur salaire.

La plupart des mouvements de protestation se sont achevés sur une réponse favorable de la part du gouvernement.

Mais, qu’est-ce qui a nourri une telle grogne ouvrière ? « Les représentants syndicalistes des ouvriers nommés par le gouvernement ne peuvent pas s’exprimer au nom de ceux-ci. Les partis et les forces politiques ont échoué à communiquer avec eux. C’est ainsi qu’ils n’ont trouvé d’autre solution que de protester sous la direction de certains dirigeants non politisés pour réclamer leurs droits », explique à Al-Ahram Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS).

Il montre que le gouvernement est tombé dans une «grosse erreur» lorsqu’il a écarté les vrais leaders de tous les syndicats car ces derniers, selon lui, pouvaient être le point de rencontre entre l’Etat et les ouvriers tout en étant capables de contrôler ces mouvements et de les «coordonner».

D’autre part, c’est la pauvreté et les revendications salariales qui ont aussi été à l’origine de tels mouvements. Tous les indices montrent que la grogne ouvrière n’est pas sur le point de s’arrêter avec la fin de 2007. Au contraire, elle semble être prête à s’étendre davantage.

* Correspondant de l’hedomadaire Al-Ahram

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire




Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org