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Egypte. Des procès: lesquels? Moubarak et les Frères musulmans?

Publié par Alencontre le 21 - septembre - 2013

2013-635150806088466497-846_485x310Par Aliaa Al-Korachi

En ce 3 août 2011, les yeux se tournent vers les images télévisées d’un box grillagé, dans lequel est allongé sur une civière le président déchu Hosni Moubarak. A ses côtés, ses fils Alaa et Gamal, l’ancien ministre de l’Intérieur Habib Al-Adely et six de ses adjoints. Tous sont accusés de meurtre de manifestants et de corruption. A l’époque, les Egyptiens espèrent tourner la page de l’ancien régime politique et de ses pratiques autoritaires. Deux ans plus tard, le 14 septembre 2013, le spectacle est presque le même. Nous sommes toujours à l’Académie de la police, mais Hosni Moubarak, assis dans un fauteuil roulant, porte des lunettes de soleil et apparaît plus reposé. Et pour cause: le «procès du siècle» est sur le point d’échouer. Il faut tout recommencer depuis le début, car l’ancien président a fait appel du verdict d’emprisonnement à perpétuité prononcé en première instance.

Les caciques innocentés

Pis, de nombreux ministres du régime Moubarak ont été blanchis de des accusations de corruption et d’enrichissement illégal. Le dernier premier ministre de Moubarak, Ahmad Nazif, le ministre du Tourisme, Zoheir Garana, et les deux anciens ministres du Logement, Ibrahim Soliman et Ahmad Al-Maghrabi, ont ainsi été innocentés. Outre Safouat Al-Chérif et Zakariya Azmi, de nombreuses figures de proue du Parti national démocrate, ex-parti au pouvoir, ont été aussi libérées. Pour clore cette série désolante, tous les policiers et de hauts responsables sécuritaires accusés du meurtre de manifestants ont été innocentés. Le dernier acquittement en date est celui des quatorze accusés – comptant parmi eux dix policiers –, poursuivis pour la mort de dix-sept manifestants tués à Suez lors de la journée la plus sanglante de la révolution de janvier 2011.

Des enquêtes défaillantes

D’après le juriste Abdallah Khalil, les acquittements ne sont pas contestables du point de vue juridique. Il était inévitable que ceux-ci soient prononcés, en raison des irrégularités ayant entaché les investigations. En outre, les enquêtes n’ont pas réuni suffisamment d’éléments concluants. Le «manque de preuves» est une phrase récurrente dans les verdicts. «Beaucoup de responsables sont restés en fonction plusieurs mois après la révolution avant d’être arrêtés, explique Abdallah Khalil. Ils ont eu tout le temps de détruire les preuves de leurs crimes.»

Comme l’a indiqué un procureur lors d’une audience, «les appareils de sécurité de l’Etat n’ont pas coopéré avec le Parquet dans ses enquêtes». Pour Abdallah Mogazi, ex-député et avocat d’une famille de martyrs, il était stupide de la part du Parquet de charger les officiers de police de collecter des preuves pouvant accuser leurs dirigeants. «Nous n’étions pas dans une situation normale, il ne fallait donc pas recourir à des procédures normales, analyse-t-il. La révolution exigeait de nouveaux mécanismes et de nouveaux outils juridiques pour juger le régime qu’elle avait renversé.»

Après Moubarak, les Frères

Pour Mohamad Zarea, directeur de l’Organisation arabe pour la réforme pénale, les crimes de l’ancien régime dépassent de loin les faits jugés devant les tribunaux. Par exemple, la corruption de la vie politique n’a pas été jugée. «Le code pénal ne prévoit pas de sanction pour ce genre de corruption, précise-t-il. Pour la juger, il faut donc utiliser plusieurs chefs d’accusation reflétant différents aspects de cette corruption, comme la fraude lors des élections, la vente des biens du secteur public, la torture, etc. Mais cela n’a jamais été fait.» Mohamad Zarea considère aussi que les plaintes présentées ne concernaient pas ces sujets: «On a perdu du temps en jugeant le régime sur ses derniers jours de pouvoir, en particulier les dix-huit jours qui ont précédé sa chute. Les autres accusations, elles, étaient d’importance négligeable, comme l’affaire des cadeaux d’Al-Ahram ou celle des palais présidentiels.»

Alors que la page du procès du régime de Moubarak n’est pas encore tournée, le pays en ouvre actuellement une autre: celle de l’année au pouvoir des Frères musulmans. Comme ceux de l’ancien régime, leurs responsables sont accusés de meurtres et d’incitation à la violence. Mais il semble que Mohamed Morsi et ses hommes risquent plus gros que ceux de Moubarak. «Les preuves accusatrices sont innombrables, note Mohamad Zarea. De plus, les appareils de l’Etat se mobilisent pour régler leurs comptes avec les Frères musulmans, avec lesquels ils sont entrés en conflit dès le premier jour.» Bref, l’Egypte n’en a pas fini avec les procès politiques. (Al Ahram, 18 septembre 2013)

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