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décembre 2017

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La Brèche

Russie. Les journalistes indépendants, «une cinquième colonne»

Publié par Alencontre le 4 - décembre - 2017

Tatiana Felguengauer

Par Benjamin Quénelle

Six semaines après l’attaque, Alexeï Venediktov est toujours sous le choc. Lundi 23 octobre, un inconnu armé d’un couteau a réussi à pénétrer dans ses bureaux de la rédaction d’Echo de Moscou, l’un des rares médias indépendants en Russie au ton régulièrement critique contre le Kremlin de Vladimir Poutine. «Une attaque similaire à celle en France chez Charlie Hebdo», s’insurge Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio et figure-phare de la presse libre à Moscou.

Depuis dix ans, un garde du corps se déplace en permanence à ses côtés comme une ombre. Ce lundi matin-là, le solide gaillard a neutralisé l’inconnu visiteur qui, venu pour tuer, a eu le temps de planter son couteau dans le cou de Tatiana Felguengauer, 32 ans. La jeune femme, l’une des présentatrices vedettes de la radio, a été touchée sur six centimètres de profondeur. Elle doit sa survie au courage du garde du corps et à la rapidité des secours. «Un miracle…», reconnaît Alexeï Venediktov.

Tatiana Felguengauer aurait pu finir comme les plus de 300 journalistes russes assassinés depuis 1994 en Russie. Comme Dmitri Kholodov, jeune reporter du quotidien populaire Moskovski Komsomolets, première victime de cette macabre liste, mort en ouvrant un colis piégé. Il enquêtait sur la corruption dans l’armée. Comme Anna Politkovskaïa abattue à coups de revolver en 2006 en bas de son immeuble. Elle avait multiplié les reportages d’investigation en Tchétchénie dans Novaïa Gazeta. Ce magazine, connu et célébré pour son indépendance, a aussi la plus meurtrie des rédactions russes, avec six journalistes tués depuis 2000. Non pas sur des fronts militaires ou sur d’autres théâtres de conflit. Mais en temps de paix et dans l’habituel exercice de leur métier.

Face aux risques et au climat d’impunité, le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Dmitri Mouratov, vient de prendre une décision radicale: armer ses journalistes. «Je vais les envoyer en formation, signer un accord avec le ministère de l’Intérieur et acheter des armes non létales. Plus d’autres moyens de sécurité dont je ne veux pas parler. On ne me laisse pas le choix», a déclaré Dmitri Mouratov, dépité mais combatif. Cette décision choc est loin de faire l’unanimité dans les rédactions indépendantes à Moscou. «Nous ne sommes pas une banque mais une salle de rédaction libre!», insiste Alexeï Venediktov. Seule concession à la sécurité depuis l’attaque contre Tatiana Felguengauer: la mise en place de portes vitrées spéciales à l’entrée de la radio.

«Le vrai problème, ce ne sont pas les mesures de sécurité. C’est le fait que la police ne retrouve pas les commanditaires de tous ces assassinats. La justice ne les punit pas. Et, en amont, les télévisions publiques maintiennent la propagande de haine contre les journalistes indépendants», fustige Alexeï Venediktov. Après l’attaque à Echo de Moscou, les autorités et les médias au service du Kremlin l’ont certes condamnée. Mais ils l’ont qualifiée de simple cas isolé et ont présenté comme «fou» l’homme au couteau immédiatement arrêté sur place. Quelques jours avant, la chaîne d’information continue, télévision contrôlée par le Kremlin, avait pourtant diffusé un long reportage accusant nommément Tatiana Felguengauer d’être pro-occidentale.

Régulièrement, les télévisions publiques ciblent ainsi les leaders de l’opposition libérale, les dirigeants d’ONG dérangeantes et les rédacteurs en chef des médias critiques, accusés de participer à une «cinquième colonne» contre la Russie. Certains, dont plusieurs journalistes menacés, ont préféré quitter le pays. «Tant que la propagande entretiendra cette haine contre nous, nous vivrons dans une sorte de climat de guerre civile voulue par le Kremlin pour opposer frontalement la majorité à ceux qui critiquent le pouvoir», s’inquiète Anton Jelnov, l’un des principaux journalistes politiques de Dojd, une télévision indépendante diffusée uniquement sur internet. (Article publié dans Le Soir du 4 décembre 2017)

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