lundi
20
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

5199Par Sophie W.

27’741 médecins assistants ont voté en faveur d’une action de grève en réaction à la modification de leurs conditions de travail envisagée par le gouvernement [1].

Cela représente plus de 76% des 37’155 médecins assistants ayant pris part au vote. Parmi eux, 99,4% envisagent de participer aux actions liées à la grève tandis que 98% souhaitent y prendre part activement. Cet appel retentissant à la grève de la part des médecins assistants donne à la British Medical Association (BMA, association faîtière des médecins au Royaume-Uni) un mandat très strict pour s’opposer aux mesures du Ministère de la santé (Department of Health) du gouvernement britannique [le ministre de la Santé est Alistair Burt; le secrétaire d’Etat est Jeremy Hunt].

La grève se déroulera les deux premières semaines de décembre d’après le calendrier suivant:

  • 1er décembre 2015, de 8h à 17h, les interventions médicales se limiteront au service des urgences;
  • 8 décembre 2015, de 8h à 17h, jour de grève généralisée;
  • 16 décembre 2015, de 8h à 17h, jour de grève généralisée.

Qu’est-ce que cela signifie pour les médecins assistants?

L’horaire de travail sera maintenu lors de la première date. Cela signifie que les médecins assistants seront présents dans les services des urgences et seront à disposition auprès des patients seulement pour les situations exigeant une intervention médicale immédiate. Les opérations non urgentes, planifiées d’avance, seront en revanche reportées.

Les médecins assistants ne se rendront par contre pas dans les hôpitaux lors des deux mobilisations qui suivront. Ils ne seront donc pas présents pour effectuer des interventions d’urgence. Les médecins assistants seront tenus de transférer les patients à l’équipe médicale des urgences ou à d’autres personnels compétents.

Les recommandations du BMA stipulent que tous les jeunes médecins au bénéfice d’un contrat auprès du système de santé publique (National Health System) sont libres de participer à la mobilisation. En effet, le droit de grève s’applique à tous les médecins assistants, aux médecins généralistes (General Practitioners, GPs), aux médecins suppléants, aux médecins en congé maternité ainsi qu’aux médecins en maladie. Seuls les médecins employés par l’armée ne peuvent pas entrer en grève.

Qu’est-ce que cela signifie pour les patients?

Les hôpitaux seront très chargés durant ces deux semaines, comme traditionnellement. La prise en charge dans les urgences sera comparable, lors du premier jour de grève, à celle du jour de Noël – avec cependant la différence qu’il n’y aura ni décorations, ni chants de Noël. Le personnel soignant et infirmier sera par la suite amené à prendre en charge les soins non effectués par les médecins assistants lors des deux jours de mobilisation qui suivront.

Voici le mot d’ordre des médecins assistants lors de leur campagne syndicale: #notfairnotsafe [ce que l’on pourrait traduire ainsi: il n’est pas possible d’assurer la sécurité des patients si les conditions d’emploi ne sont pas équitables]. Ce mot d’ordre se réfère aux nouvelles conditions contractuelles proposées par le gouvernement, lesquelles sont jugées trop exigeantes par les médecins assistants. En dépit de certaines concessions apparentes, les médecins assistants estiment qu’elles ne permettent pas une protection suffisante contre les heures supplémentaires, ce qui comporte des risques pour la santé des patients. [Le Dr Mark Holland, président de la société des urgentistes, indique que les employeurs du NHS ne prennent pas en compte la spécificité du travail aux urgences 24 heures sur 24, The Guardian, 19 novembre 2015.]

Dès que la grève a été déclarée, le Ministère de la santé a repris ce mot d’ordre à son compte, en le renversant. Burt et Hunt affirment que ce sont les mobilisations des médecins assistants qui vont mettre en péril la santé des patients.

Il est vrai que plusieurs médecins ont des réserves quant à leur entrée en grève. Quand vous pratiquez en tant que médecin, vous faites serment de soigner les patients, sans entreprendre des actions qui pourraient leur être nuisibles. Ainsi, pour beaucoup d’entre eux, le fait de ne pas se rendre au travail leur donne le sentiment d’exposer la santé des patients à des risques inutiles.

Cependant, il n’existe pas d’évidences qui suggéreraient que pour un médecin le fait de prendre part à l’action de grève augmenterait ces risques. En effet, une méta-analyse (établie en prenant en considération un certain nombre de cas) montre que durant une action de grève le risque encouru par les patients soit restait le même, soit même diminuait (allant donc dans le sens du serment prêté par les médecins). Cette étude repose sur des actions de grève allant de 9 à 17 jours consécutifs [2]. Or, ce qui propose le BMA, ce sont trois jours de grève repartis sur trois semaines.

Dans la discussion entre en ligne de compte également la question de la sécurité des patients sur le long terme. Mais si le Ministère de la santé se dit autant concerné par le bien-être des patients, pourquoi persiste-t-il à supprimer les garde-fous existants? Les médecins assistants estiment qu’ils sont contraints d’entreprendre une action de grève pour assurer la protection de leurs patients; ils ne sont donc pas prêts à passer au compromis sur des nouvelles conditions contractuelles si celles-ci réduisent la sécurité des patients.

Que pouvons-nous faire pour soutenir les médecins assistants?

Nous devons soutenir la grève des médecins assistants, mais aussi comprendre leurs inquiétudes.

Jusqu’à présent, le BMA n’a pas encore donné d’informations sur les actions et les piquets de grève qui se dérouleront lors des trois jours de mobilisation [3]. Nous devons toutefois nous y rendre pour apporter notre soutien – y compris en prenant part aux manifestations régionales ou nationales qui se dérouleront à ces occasions.

Chacun pourrait faire appel aux services du NHS, mais aurait quelque difficulté à trouver un médecin assistant avec qui s’entretenir, pour ceux manifestant leur scepticisme sur la nécessité de la grève. C’est pourquoi les médecins traitants ont pris l’initative d’effectuer une campagne #talktothedoctors («parle à ton médecin») pour développer un soutien public avant les actions de grève.

Dans ce même esprit, les étudiant·e·s de médecine basés à Londres ont planifié un long jour d’action, dans le but de soutenir la grève en distribuant des tracts et des badges devant les entrées des métros et en engageant une campagne dans les réseaux sociaux en direction des usagers du NHS.

Tout cela est une belle démonstration de force contre l’austérité de ce gouvernement qui s’attaque à la plus grande ressource du NHS: le personnel sanitaire qui travaille pour l’institution.

Le gouvernement continue de négliger les infrastructures, il brade et privatise les richesses publiques pour que le secteur privé puisse s’en accaparer pour faire des profits. Nous ne nous laisserons pas démoraliser par ce gouvernement qui intimide les médecins assistants.

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Sophie W. est étudiante en médecine; l’article est paru sur le site RS21

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[1] Le gouvernement de David Cameron prévoit une rédifinition de la semaine de travail pour les médecins assistants incluant dans l’horaire de travail ordinaire (qui n’est donc pas soumis à une majoration de salaire) le travail du samedi ainsi que jusqu’à 22h tous les jours, sauf le dimanche. L’amplitude horaire du travail ordinaire passe ainsi de 48 heures (7h à 18h du lundi au vendredi) à 90 heures (de 7h à 22h du lundi au samedi). Ce changement des conditions contractuelles des médecins assistants s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’ouvrir le NHS (National Health Service) sept jours par semaine pour tous les services médicaux sans distinction, mais dans un contexte de coupures budgétaires massives. Le NHS est tenu d’économiser £22 milliards d’ici à 2010 et le gouvernement n’a décidé de lui verser qu’environ la moitié des £8 milliards promis dans le budget 2016-2020. Depuis Thatcher la politique budgétaire a consisté à réduire le financement du NHS pour mettre en cause cette conquête de l’après-guerre et ouvrir le secteur de la santé aux capitaux privés. Cette contraction budgétaire permet de dénoncer la dégradation des services au public du NHS dont l’histoire a été un pilier de la recherche médicale dans le pays. [Réd. A l’Encontre]

[2] What are the consequences when doctors strike?, BMJ, novembre 2015, http://www.bmj.com/content/351/bmj.h6231 [Réd. A l’Encontre]

[3] Des piquets de grève ont déjà été annoncés depuis la rédaction de cet article dans les régions suivantes: North East London (The Royal London, Whipps Cross, Royal Holloway, Greenwich Charing Cross Hospital), West London (Ealing Hospital), Cambridge (Addenbrookes), Oxford (John Radcliff), Brighton (Royal Sussex Hospital). [Réd. A l’Encontre]

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