mercredi
23
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Rédaction
A l’Encontre

En date du 17 mai 2012, les salariés de deux sociétés – Trac-Piste et Trafic Air Service – ont initié un mouvement de débrayage dans l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle (Val d’Oise, Paris). Il s’agit de bagagistes et d’agents de piste. La grève engagée par les 300 salariés est directement liée au remplacement de ces deux sociétés par la firme Swissport, ayant son siège à Zurich et contrôlée par un fonds d’investissement (PAI Partners). Swissport est présente dans 187 aéroports et 38 pays, avec quelque 35’000 salariés au total. En effet, Air France, tous les trois ans, fait un appel d’offres pour ce qui a trait aux activités sur le tarmac.

Les contrats proposés par Swissport, qui entrait en activité le 5 juin 2012, impliquaient : une baisse du salaire mensuel de 200 euros, la perte de primes annuelles de qualité et de la période estivale à hauteur de 1000 euros et une flexibilisation accrue des horaires. La grève a été initialement déclarée par l’Intersyndicale, soit la CGT, Force ouvrière, SUD Aérien et la CFDT. La direction de Swissport s’est refusée, en mai, à toute discussion avec les représentants de grévistes, prétextant qu’elle n’entrait en fonction que le 5 juin. Le 9 juin 2012, le mouvement continuait sur la base de deux débrayages par jour aux heures de pointe.

Le quotidien Le Parisien (9 juin 2012) citait la réaction de grévistes : «Après douze ans où j’ai travaillé dur, je me sens vraiment sacrifié mais je ne peux pas accepter les conditions de Swissport. J’y perds trop. Alors je préfère être licencié», affirme un agent de piste de 34 ans. Un autre insiste sur les horaires et l’organisation du travail : «Nous allons être obligés de voyager entre plusieurs terminaux, tard le soir. Il va falloir qu’on assure le fret en plus du trafic voyageurs, dénonce Eric. Je suis divorcé. Je ne veux pas voir encore moins mes enfants.» Cette grève s’inscrit dans le cadre plus général de la réorganisation de la gestion de l’ensemble des activités de ce hub, de la sécurité aux activités sur le tarmac. Un processus que l’on a vu aussi en Allemagne (voir sur ce site, notamment, «Francfort: une grève test»).

Fin juin, les délégués syndicaux dénonçaient les mises à pied de trois de leurs collègues «sans causes réelles ni sérieuses, mais uniquement comme moyen de pression psychologique pour faire peur à leurs collègues!». Et ils continuaient dans leur déclaration intitulée «Swissport: la lutte continue» (26 juin 2012): «Eh bien, cela ne marchera pas! Nous maintenons toujours les mêmes revendications pour lesquelles nous nous sommes mis en grève régulièrement depuis le 18 mai. Lors de la dernière AG du 25 juin, la majorité des salariés sont déterminés et ont décidé de poursuivre le mouvement, une heure de grève le matin, et une heure de grève l’après-midi. La direction de Swissport n’imaginait certainement pas que le transfert des salariés de Trac-Piste et Trafic Air Service allait se passer ainsi; cette direction est en train de s’épuiser financièrement (elle fait venir tous les jours des cars entiers d’intérimaires pour passer la charge) et psychologiquement (la hiérarchie stresse à mort…)!»

Les syndicalistes envisagent dès fin juin la situation qui interviendra à l’occasion des «grands départs», vols chargés, Jeux olympiques. Ils soulignent qu’«Air France met la pression à Swissport pour trouver une issue à ce conflit; beaucoup d’agents d’Air France ainsi que des pilotes rapportent à la compagnie des prestations dégradées du fait du manque de qualifications à l’œuvre durant les heures de grève».

La direction de Swissport n’engage pas de négociations, par contre elle signifie à quatre syndicalistes qu’ils ne seront pas engagés par Swissport. La réaction des grévistes et des syndicats est immédiate. Ils engagent une procédure juridique pour la défense collective de tous les salariés. «L’objectif est de faire appliquer par les tribunaux le respect de loi pour les salariés transférés: • l’intégration de l’ensemble des salariés; • les salariés Trac-Piste et Trafic Air Service sont donc en droit d’exiger la poursuite de leur contrat par le nouvel employeur dans les mêmes conditions que chez le précédent employeur s’agissant notamment de leur rémunération, de leur qualification, de leur droit à prime et à leur ancienneté; • par la suite, individuellement, chaque salarié pourra demander des dommages-intérêts correspondant au préjudice subi lors du transfert et après. La lutte se mène sur tous les fronts, sur le terrain et dans les tribunaux, il ne faut négliger ni l’un ni l’autre et nous nous réjouissons que tous nos collègues comprennent cette démarche… La lutte ne sera gagnée que si nous tenons bon et au bout de cette lutte ce ne sont pas seulement nos acquis que nous aurons préservés mais notre dignité.»

La combinaison de la mobilisation (les grèves d’une heure le matin et d’une heure l’après-midi) et de l’appel au Tribunal de grande instance de Bobigny a débouché sur une victoire. L’ordonnance du tribunal du 30 juillet 2012 contraint Swissport à appliquer strictement l’article L.1224-1 du Code du travail. Cela implique que les contrats de travail des salariés transférés doivent l’être avec «toutes leurs conséquences de droit» (salaires, rémunérations, primes, accords collectifs). Le tract du 1er août de SUD Aérien précise: «Cette décision [du tribunal] est applicable sous astreinte pour Swissport dans les cinq jours suivant le rendu de l’ordonnance d’un montant de 300 euros par jour de retard et par salarié.» Les délégués de SUD Aérien insistent sur le fait qu’une telle victoire est le fruit d’une action collective développée à divers niveaux: grèves sur le lieu de travail,plainte devant les tribunaux, utilisation d’Internet et d’autres moyens de diffusion de l’information et de la mobilisation, interpellation des pouvoirs publics et patronaux (action devant le siège de l’organisation patronale, le Medef, initiative en direction du préfet du Département 93, du Ministère des transports, etc.).

Néanmoins,les délégués de SUD Aérien concluent: «Nous avons gagné une belle bataille, mais la guerre n’est pas finie.» Et de suite ils insistent sur deux questions qui révèlent la continuité d’une stratégie syndicale de lutte: 1° la mise en garde contre la possibilité pour Swissport de modifier les «usages» (planning, etc.), en vue de désorganiser les salariés et d’imposer leur solution par une autre voie; 2° l’importance décisive d’obtenir la réintégration des quatre collègues licenciés. En outre, SUD Aérien, face à la politique de précarisation de l’ensemble des statuts des salariés des plateformes aéroportuaire, revendique: «un statut du travailleur de l’aérien, seule garantie pour casser cette spirale régressive qui mène ces salariés du transport aérien vers un précariat généralisé». A cela s’ajoute une initiative en direction du gouvernement pour dénoncer les multiples initiatives policières dans les zones aéroportuaires qui visent à réprimer des salariés et qui s’articulent avec la politique de licenciement de syndicalistes.

Cette lutte pourrait être un sujet de réflexion pour les syndicalistes qui, en Suisse, ont affaire avec Swissport et d’autres sociétés de sous-traitance, à Genève (Cointrin) ou à Zurich (Unique). L’invitation d’un délégué de SUD Aérien pour une soirée d’explications et de transfert d’expérience de cette lutte serait une idée ne pas négliger, ou plus exactement à retenir.

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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