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mars 2019

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La Brèche

France. Rungis: la régularisation des sans-papiers en vue…

Publié par Alencontre le 28 - mars - 2017

Par Kareen Janselme

Au pied de la tour de Rungis, une haie d’honneur de fanions CGT accueille toujours les soutiens aux grévistes et les salariés du centre administratif, occupé depuis douze jours (16 mars) maintenant [voir l’article sur ce site en date du 20 mars]. Chaque matin, les travailleurs sans papiers du MIN – le marché d’intérêt national – rangent leurs matelas et leurs couvertures, nettoient le hall d’accueil tout en veillant à la table d’où débordent les 126 dossiers de ces migrants en attente de régularisation.

«Nous tenons à saluer la grève générale en Guyane, en souhaitant qu’elle s’étende à la métropole pour gagner des droits pour tous!» lance Cédric Quintin, de la CGT du Val-de-Marne, en préliminaire d’une conférence de presse convoquée hier pour faire pression sur les derniers employeurs encore revêches à l’octroi de Cerfa (éléments du contrat de travail justifiant une demande de carte de séjour). «Un ou deux employeurs roulent avec le frein à main, ironise Philippe Jaloustre, de l’Union Départementale CGT du Val-de-Marne. Aujourd’hui, nous pouvons montrer à tout le monde que tous nos dossiers sont prêts. Il manque juste quelques documents d’employeurs pour que tous ici récupèrent un récépissé de titre de séjour avec une autorisation de travail.» Le processus est enclenché, certains dossiers bouclés, mais le mouvement ne s’arrêtera qu’avec la régularisation des 126 grévistes. Pas un de moins.

Les donneurs d’ordres «n’ont pas le choix, ils sont coincés»

«Ces employeurs, souvent de grosses boîtes d’intérim, on les connaît, confie Raymond Chauveau, ancien coordinateur CGT du mouvement des travailleurs sans papiers de 2006 à 2009. Ils étaient déjà là dans les mouvements précédents. Nous savons tous qu’il faut du temps, de la patience. De toute façon, ils n’ont pas le choix, ils sont coincés. C’est inéluctable car la détermination des travailleurs est forte!» Une fois les attestations des derniers employeurs obtenues sur la vingtaine d’entreprises concernées, une cinquième réunion multipartite devrait prendre place sur le site de la grève. Soit 25 personnes autour d’une même table rassemblant les entreprises donneuses d’ordres ou temporaires, la préfecture (accompagnée par des membres de la direction du travail), les propriétaires de la tour Semmaris [société gestionnaire du marché de Rungis] occupée et les représentants des sans-papiers.

Tenaces, les grévistes restent confiants. «On n’est pas fatigué», assure Mansour, reprenant le slogan chanté un peu plus loin par une trentaine de manifestants-grévistes à la voix quelque peu éraillée à force d’entonner leur nouvel hymne depuis deux semaines. Venu du Sénégal, le jeune homme de 27 ans réside en France depuis 2009.

«La vie est tellement dure. Ça fait du bien d’être tous ensemble ici»

Habitué du travail intérimaire et précaire, il n’arrivait plus «à payer (son) loyer, (sa) bouffe, ou à envoyer quelque chose au pays». Alors, il s’est lancé sans hésitation dans la grève comme Bamamadou, son adversaire de «mariage», jeu de cartes plus connu à Rungis sous le nom de bataille. «La vie est tellement dure. On ne gagne pas assez d’argent pour vivre bien. Ça fait du bien d’être tous ensemble ici.» Les travailleurs sans papiers ne sont pas seuls. Les visites de soutien se succèdent et viennent nourrir le mouvement. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a passé quelques heures à leurs côtés jeudi dernier, tout comme le réalisateur Marcel Trillat [entre autres du film: 300 jours de colère qui relate le combat pour l’emploi des salarié·e·s d’une filature près de Lille], qui est resté avec eux pour la projection de l’un de ses films, évoquant une action de grève filmée de l’intérieur. De quoi entretenir discussions et réflexions sur l’engagement, la lutte, les droits.

Avant-hier soir, c’était au tour de l’Union des jeunes révolutionnaires burkinabés de montrer leur œuvre, entraînant un long échange en bambara sur la vie d’ici et de là-bas. Le mur du hall d’accueil de la tour Semmaris en garde encore le vestige: un drap bleu pâle d’hôpital punaisé au mur. Face à cet écran improvisé, l’accueil officiel de la tour Semmaris s’est recroquevillé à l’intérieur du PC de sécurité. Les travailleurs sans papiers sont dans la place. (Article publié dans L’Humanité, en date du 28 mars 2017, titre A l’Encontre)

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PS: La grève a été suspendue le 9 avril, au bout de 24 jours, autour d’une barbecue de lutte et de solidarité. UN mot d’ordre: «On vit ici, on reste ici!» Etape suivante: la distribution des permis de travail.

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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