jeudi
14
décembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Cédric Herrou

Par Cédric Herrou

Aujourd’hui, en cour d’appel d’Aix, j’ai été condamné à 4 mois avec sursis et à verser 1000 € de dommages et intérêt à la SNCF.

Pour rappel, j’avais été arrêté en octobre 2016 pour «aide à l’entrée et au séjour de personnes en situation irrégulière». Il n’y a eu aucune flagrance, et aucun passage de frontière d’octobre à ce jour. Nous nous étions installés dans des locaux de la SNCF, abandonnés depuis plus de 20 ans, avec un collectif d’associations dont Médecins du Monde et Amnesty International ainsi qu’une soixantaine de demandeurs d’asile. Notre revendication: la prise en charge des mineurs isolés par la protection de l’enfance et permettre aux demandeurs d’asile d’accéder à leurs droits. A aucun moment il ne s’agissait de «cacher» ou de «dissimuler» ces personnes, mais bien au contraire de les montrer pour tirer la sonnette d’alarme.

Force est de constater qu’un an plus tard, la situation n’a pas changé et a même empiré. J’ai actuellement chez moi de nombreux mineurs isolés qui attendent en vain d’être pris en charge par l’Etat français, et des demandeurs d’asile coincés sur mon terrain, qu’on empêche systématiquement d’accéder à leurs droits. S’ils sortent de chez moi, ils sont sûrs d’être arrêtés et d’être reconduits directement en Italie, sans autre forme de procès. Il est grave que le département des Alpes Maritimes, pourtant frontalier à l’Italie, ne dispose d’aucune infrastructure destinée à l’accueil des migrant·e·s.

Tous ceux qui veulent me faire passer pour un militant d’extrême gauche, un activiste no border, n’ont rien compris à la situation ici. Il ne s’agit pas d’être pro ou anti-migrants. Les empêcher de passer la frontière est utopique, et tout simplement impossible: tous passent. C’est justement pour cela que nous demandons un contrôle de ces flux, d’éviter la clandestinité des demandeurs d’asile. Notre combat juridique est respectueux des lois de la République française. C’est une lutte légale et juste, à l’image de la France, nation des droits de l’Homme.

Mais ma condamnation ce matin montre bien les limites de l’indépendance de la justice française, et la manipulation politique qui se joue dans les tribunaux. Tandis qu’à l’heure actuelle des bateaux d’extrême droite naviguent sur la Méditerranée pour couler les bateaux des ONG, on incrimine un paysan qui se substitue à la carence de l’Etat.

Nous alertons Monsieur le président de la République sur les dérives actuelles face au non-respect du droit d’asile dans le département.

Je n’ai pas le choix de ne pas continuer car je considère que c’est mon devoir de citoyen de protéger des personnes en danger. La menace d’emprisonnement ne saurait entraver la liberté que je défends. (Publié dans L’Humanité du 8 août 2017)

*****

Jackie Herrou: «Le pouvoir condamne Cédric par vengeance»

Entretien réalisé par Emilien Urbach

Cédric Herrou a écopé, hier en appel, de quatre mois de prison avec sursis, pour «?délit de solidarité?» avec les exilés. Sa mère réagit.

Sa grand-mère, italienne, est passée par les vallées transfrontalières pour immigrer en France. Sa mère, elle, a connu les geôles nazies. Jackie Herrou se dit «écœurée» par la condamnation de son fils, Cédric, pour être venu en aide à ceux qui fuient les guerres et la pauvreté. L’agriculteur est condamné à quatre mois de prison avec sursis et doit payer, à la SNCF, 1000 euros de réparation pour avoir tenté d’héberger, dans des locaux abandonnés appartenant à l’entreprise, des exilés africains. Ce verdict, qualifié d’«insupportable dérive politique de la justice» par la Ligue des droits de l’homme, suscite l’indignation. Europe Écologie-les Verts appelle à «amplifier le mouvement de solidarité» tandis que pour le Parti communiste français «c’est l’État qui doit être condamné, pas Cédric Herrou». Celle qu’on surnomme «Mama Herrou» fustige, pour sa part, l’aberration d’un tel jugement, assurant qu’il n’entame en rien la détermination des habitants de la Roya.

Votre fils a été condamné hier à une peine de prison. Comment réagissez-vous?

Jackie Herrou: En tant que mère, je suis soulagée, j’avais peur que ce soit pire, mais la réaction de la citoyenne est l’écœurement. J’ai l’impression que la justice a voulu contenter les dirigeants politiques en leur donnant un petit os à ronger. Cédric héberge encore de nombreux exilés chez lui. Ce sont pour beaucoup de jeunes mineurs qui doivent être pris en charge par l’État et qui ne le sont pas. La situation est aberrante. Le voilà condamné alors que les services de l’État lui demandent directement de pallier leur défaillance.

C’est-à-dire?

J.H. L’Aide sociale à l’enfance lui demande de prendre en charge les mineurs isolés qui arrivent chez lui. On demande à mon fils de les nommer, de faire des recherches sur leur identité, de les garder chez lui le temps que leurs services puissent monter dans la vallée pour les récupérer. Certains restent pendant plusieurs semaines. Il les nourrit, les loge, les soigne. Ils sont entièrement pris en charge par Cédric à la ­demande des services de l’État. Et le préfet le fait condamner en appel. C’est incompréhensible.

Le tribunal accuse Cédric d’agir de façon intéressée parce qu’il y aurait un caractère politique à sa démarche solidaire…

J.H. Bien sûr que Cédric fait un acte politique. Mais ce n’est pas un politicien. Il fait de la politique au sens le plus noble du terme. Comment faire autrement?

Un humaniste…

J.H Cédric est un garçon qui a toujours été très ouvert aux autres. Il a grandi dans le quartier populaire de l’Ariane, à Nice. Ses copains de jeux étaient des enfants de toutes origines. Je l’ai élevé comme ça. Cela ne m’étonne pas qu’ils viennent en aide aux gamins qu’ils croisent sur la route. Il faut voir dans quel état ils arrivent. Certains ont été torturés. C’est normal que Cédric en ait pris dans sa voiture pour les mettre à l’abri. Il ne le fait plus, d’ailleurs. Maintenant, ils viennent tout seuls. Ils savent qu’ils peuvent compter sur lui et sur les habitants de la Roya. Quand Cédric se lève le matin, il compte les nouveaux arrivants.

Pourtant, la police et l’armée quadrillent le secteur…

J.H. Oui, et j’imagine l’agacement des autorités. Le déploiement de force dans la vallée de la Roya est impressionnant. Et ça leur coûte de l’argent… On parle de 60?000 euros par jour pour barrer la route des exilés. Il en arrive, malgré tout, tous les jours. 220 personnes sont encore hébergées chez Cédric. On peut comprendre que nos dirigeants soient un peu vexés. Ils essaient de faire passer mon fils pour un voyou ou un profiteur par vengeance.

Quelle conséquence pourrait avoir cette condamnation sur la population de la vallée?

J.H. Certaines personnes vont se réjouir. Les solidaires subissent régulièrement le harcèlement de quelques groupuscules hostiles à l’accueil des exilé·e·s. Ce week-end, le pare-brise de la voiture d’une bénévole a été cassé et ses pneus crevés, devant le domicile de Cédric. Mais, dans leur majorité, les gens sont accueillants et, même si les plus actifs commencent à fatiguer, la solidarité va continuer. (Publié dans L’Humanité datée du 9 août 2017)

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