jeudi
24
mai 2018

A l'encontre

La Brèche

Par Odile Benyahia-Kouider

Les détails les plus réjouissants de cet événement avaient été soigneusement dissimulés par l’Elysée. C’eût été dommage!

Le 25 octobre, le président Macron a convié au Château le gratin de la finance mondiale, représenté par les dirigeants de BlackRock, le plus gros investisseur du monde [plus de 5000 milliards d’euros d’actifs en fin 2016], et par 21 gestionnaires de fonds. Certes, Europe1 (26/10) et Le Monde (31/10) avaient évoqué un dîner. Mais pas par le menu.

Un document, tombé dans le bec du Canard, livre des détails inédits sur cette rencontre, qui s’apparente en réalité à un mini-sommet. Les agapes élyséennes n’ont pas duré que le temps d’une petite soirée: elles se sont étalées sur toute la journée. Et, comme rien n’est trop beau pour ces messieurs de Wall Street, le Président a mis à leur disposition le salon Murat – au rez-de-chaussée de palais de l’Elysée, s’il vous plaît!

Une première: jusqu’alors, aucun président n’avait osé privatiser le lieu, qui abrite le Conseil des ministres depuis Georges Pompidou, au profit d’un groupe financier américain.

Bon appétit, Mister President

Barrée d’un «Confidential – Not for distribution» («Confidentiel – ne pas distribuer»), la note du président de la fiesta, signée Larry Fink, le président fondateur de BlackRock, et Philipp Hildebrand [1], vice-président, promet «des conversations uniques et dynamiques». «Il s’agit, insistent les rédacteurs, d’un moment charnière pour la France et pour l’Europe, et nous discuterons toute la journée de la vision de transformation du président Macron avec des représentants de son cabinet qui éclaireront leurs priorités clés.» Quelle chance ils ont, Macron et son cabinet! D’ailleurs, ils n’ont pas hésité à mobiliser les grands moyens de l’Etat. Et à faire défiler devant les financiers – outre le Président de la République – cinq ministres dont le premier d’entre eux.

Arrivée à 12h30, la délégation, conduite par Larry Fink, a été gratifiée d’un «déjeuner introductif» avec Edouard Philippe à l’Hôtel Matignon, suivi, en dessert, d’un topo de Muriel Pénicaud sur l’«évolution du marché du travail». Miam!

A 14h45, tout ce petit monde a été transféré sous «escorte officielle» au palais de l’Elysée. Recruté par BlackRock, l’ex-ministre britannique George Osborne a régalé l’assistance de ses «réflexions géopolitiques et perspectives de marché» avant que les officiels français se pressent dans le salon Murat pour des exposés de 45 minutes.

Agendas fantômes

La procession a débuté avec le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui a livré «[sa] vision de l’économie française et l’agenda des réformes». La ministre des Transports, Elisabeth Borne, s’est ensuite exprimée sur l’ «investissement dans les transports et les infrastructures», après quoi Benjamin Griveaux, alors sous-ministre de Bercy [depuis le 24 novembre 2017, il est porte-parole du gouvernement], a exposé les «opportunités en France pour les investisseurs globaux». Le tout s’est achevé par la fameuse réception officielle en présence d’Emmanuel Macron, flanqué de Bruno Le Maire et Benjamin Griveaux. Quelle bringue!

Le plus amusant, c’est que lesdits ministres se sont bien gardés d’inscrire ces rendez-vous à leurs agendas officiels respectifs. Sans doute étaient-ils un peu gênés aux entournures. Pourtant un concours de révérences au Château, quoi de plus naturel? (Le Canard enchaîné du 6 décembre 2017)

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[1] Philipp Hildebrand a été membre du directoire de la Banque Nationale Suisse dès 2003; il en devient président en 2010. Il démissionne en 2012 suite à une présomption de délit d’initiés dans une opération de change faite par sa femme. Depuis octobre 2012, il est vice-président de BlackRock. (Réd. A l’Encontre)

[2[ Chancelier de l’Echiquier (finances et trésor) de 2010 à 2016 dans le gouvernement Cameron et fidèle supporter du géant bancaire HSBC, dont les nombreuses pratiques plus que douteuses ont été exposées dans un remarquable documentaire diffusé le 20 novembre 2017 sur la RTS intitulé «Les gangsters de la finance». (Réd. A l’Encontre)

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