dimanche
19
août 2018

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La Brèche

Miguel Blesa, président de Caja de Madrid;  à sa droite Miguel Rato (2009)

Miguel Blesa, président de Caja de Madrid;
à sa droite Miguel Rato (2009)

Par Alicia Gutiérrez de la rédaction infoLibre

Jeudi 16 mai 2013, Miguel Blesa a été arrêté par la Garde civile à Madrid), incarcéré, puis libéré sous caution le lendemain. Une première pour un patron d’une grande banque espagnole. La justice l’accuse d’administration déloyale pour avoir acheté, en 2008, la City National Bank de Floride, lorsqu’il était président de Caja Madrid et alors que la bulle immobilière avait déjà explosé en Espagne, avec ses conséquences pour les emprunteurs et les banques créditrices. Il est soupçonné de mauvaise gestion au sens large aussi.

En quasi-faillite, Caja Madrid, la caisse d’épargne contrôlée par la région de Madrid, a fusionné avec six autres caisses d’épargne fin 2010 pour former Bankia, symbole de la crise bancaire en Espagne, pour laquelle le gouvernement a dû demander des milliards d’aide à Bruxelles. Et un véritable scandale dans lequel est mis en cause Rodrigo Rato, ancien ministre de l’économie de José María Aznar [président du gouvernement  de 1996 à avril 2004] et ancien directeur du Fonds monétaire international [de 2004 à 2007 et président de Bankia du 3 décembre 2010 au 7 mai 2011], entre autres responsabilités…

Jeudi 23 mai 2013, la rédaction d’infoLibre a eu accès à la comptabilité du Parti populaire (PP) du président du gouvernement Mariano Rajoy. Et a découvert que ce même Miguel Blesa avait touché un demi-million d’euros de la part du Parti Populaire alors qu’il présidait Caja Madrid, semble-t-il pour des «prestations de conseil». Une double rémunération pour une double activité interdite par la loi. Voici l’article d’infoLibre.

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Miguel Blesa – président jusqu’en janvier 2010 de Caja Madrid et déjà mis en cause pour irrégularités – a reçu 594’000 euros du Parti populaire (PP) entre 1999 et 2006. C’est ce qui ressort de l’examen de la comptabilité officielle du parti, à laquelle infoLibre a eu accès. En 2007, date à partir de laquelle des données officielles figurent dans les enquêtes sur Caja Madrid, les rémunérations de Blesa comme président de la caisse d’épargne se sont élevées à 3,1 millions d’euros. En 2010, année de son départ, la banque lui a versé 3,5 millions.

Blesa et Aznar quand au PP tout baignait  dans le fric... à l'ombre

Blesa et Aznar quand au PP tout baignait
dans le fric… à l’ombre

Mercredi soir, le 22 mai 2013, des responsables de la comptabilité du parti «croyaient se souvenir» que ces paiements avaient été effectués pour des «prestations de conseil», même s’ils ont dit ne pas pouvoir préciser lesquelles. La loi sur les caisses d’épargne de la Communauté de Madrid interdisait déjà en 2003 aux présidents des caisses de mener quelque autre activité rémunérée que ce soit, sauf la gestion de leur propre patrimoine.

Miguel Blesa, qui a passé la nuit du jeudi 16 en prison mais a recouvré la liberté en moins de vingt-quatre heures après avoir payé la caution de 2,5 millions d’euros, s’est vu remettre par le Parti Populaire (PP du président Mariano Rajoy) une somme moyenne annuelle de 74’000 euros pendant ces huit années. Mercredi soir, infoLibre n’est pas parvenu à contacter Blesa, pas plus que son avocat ou un membre de son entourage.

Dans la comptabilité du PP, l’ancien président de Caja Madrid apparaît clairement, avec ses deux noms: Miguel Blesa de la Parra. L’addition des sommes notées entre 1999 et 2006 est précisément de 594’431 euros. Le dernier chiffre, dans la colonne «Solde Avoir», est de 19’652 euros. Ce qui ne peut signifier que deux choses: ou une erreur comptable ou que le parti devait cette somme facturée par Blesa fin 2006.

Ami de longue date de l’ancien président PP du gouvernement, José María Aznar, Blesa a connu une ascension fulgurante à partir de l’arrivée du parti au gouvernement en 1996. En septembre de cette année-là – et avec les voix des conseillers du PP, d’Izquierda Unida (Gauche unie) et du syndicat Comisiones obreras (CCOO) – Blesa a remplacé Jaime Terceiro à la présidence de Caja Madrid.

Après une longue décennie de pouvoir financier, l’étoile de Blesa s’est éteinte en 2009. Esperanza Aguirre, alors présidente (PP) de la Communauté de Madrid, a essayé de placer son vice-président Ignacio González à la tête de la caisse d’épargne. Le véto de Mariano Rajoy en personne a mis un terme provisoire à l’ascension d’Ignacio González, qui finira par succéder à Aguirre à la tête de la région, et a ouvert la voie à Rodrigo Rato. L’ancien vice-président et ministre de l’économie d’Aznar et ensuite directeur général du FMI a remplacé Blesa le 28 janvier 2010.

Toujours amis...

Toujours amis…

Si le juge Pablo Ruz, qui instruit l’affaire Gürtel, scandale lié au financement du PP via des dons d’entreprises privées, n’avait pas décidé d’enquêter sur lesdites «notes de Bárcenas», celles de l’ancien trésorier du parti impliqué dans ces financements, la comptabilité du PP serait restée dans cette opacité qui protège encore les partis politiques en Espagne.

Personne n’aurait su que Miguel Blesa a profité d’un «doublon salarial» –  au moins – en percevant des rémunérations comme président de Caja Madrid et comme «consultant et informateur» du Parti Populaire. (Traduction Laurence Rizet, édité par A l’Encontre)

 

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