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Catalogne. Parler de tout, sauf des pauvres

Publié par Alencontre le 9 - septembre - 2015

1340616559446Par Andreu Missé

La Catalogne est l’une des régions les plus riches d’Europe. Cependant, sa richesse est toujours plus mal distribuée. L’augmentation du chômage et de la pauvreté parallèlement aux coupes dans les investissements publics a provoqué une augmentation constante de l’inégalité. Les politiques restrictives du gouvernement de la Generalitat ont accentué la détérioration sociale et celle des conditions de vie quotidiennes, lesquelles sont particulièrement difficiles pour une partie importante de la population catalane, surtout les enfants.

Le plus lamentable est que ces graves problèmes – ceux du chômage, en particulier celui de longue durée, la pauvreté, les coûts élevés du logement, la faim des enfants ou les coupes budgétaires dans les services sanitaires et l’enseignement – ne font pas partie des thèmes prioritaires du débat politique. Le gouvernement d’Artur Mas a passé près de cinq ans à tourner le dos aux plus pauvres, un collectif qui ne cesse de croître. Au cours de l’actuelle campagne électorale [du 27 septembre], ces problèmes urgents et réels pour des millions de personnes sont restés éclipsés par un débat théorique et idéologique sur l’indépendance.

La dégradation sociale dont souffre la Catalogne ne peut être exclusivement attribuée à la crise. Les politiques gouvernementales ont beaucoup à voir avec les conditions de vie des citoyens. La Catalogne dispose d’un niveau de revenu parmi les plus élevés d’Europe. Selon les dernières données d’Eurostat, publiées en mai 2015, qui renvoient à 2013, le PIB par tête (en parité de pouvoir d’achat) de Catalogne s’élevait à 29’400 euros, ce qui équivaut à 111% de la moyenne européenne. Un niveau supérieur à la moyenne espagnole (94%), similaire à Berlin et à la Finlande (113%), mais au-dessus de toutes les régions de France, à l’exception de l’Ile de France (Paris) et plus élevé également que d’autres territoires significatifs comme l’Ecosse (100%), la Toscane (Florence) (107%) et le Piémont – Turin. (106%). Madrid atteint 128%, en grande partie en raison de son statut de capitale comme c’est le cas d’autres villes européennes: Londres (325%), Bruxelles (207%), Stockholm (179%), Paris (175%), Prague (173%) ou Vienne (159%).

Ce niveau élevé de développement économique ne correspond pas à la forte détérioration sociale qui frappe un quart de la population catalane. La crise a laissé des cicatrices qui sont très difficiles à soigner. La Catalogne réelle, avec son augmentation croissante de l’inégalité et de la pauvreté, a peu à voir avec les discours officiels et reste largement inconnue.

Le manque de réponse du gouvernement catalan à la réalité sociale crue de la Catalogne a été souligné par la Mesa del Tercer Sector – formée de 32 fédérations d’organisations sociales – et le Consell Assessor de Polítiques Socials i Familiars (CAPSIF). Ce dernier, organisme créé par la Generalitat pour conseiller le gouvernement en matière de développement de «l’Etat de bien-être» (Estado de bienestar), a exprimé des reproches pour le manque d’intérêt du gouvernement catalan pour les affaires sociales. Le CAPSIF, présidé par Teresa Crespo, a souligné qu’il ne suffit pas de célébrer le Sommet économique et social en 2013, ni une réunion avec le Consell Assessor per a la Reactivació Econòmica i el Creixement en 2014 afin de discuter des ressources nécessaires à mobiliser pour faire face à la pauvreté.

Le panorama social que décrit le CAPSIF et ses réflexions sont aussi parlants que peu suspects de manque d’objectivité. Dans son dernier document, de juin dernier, il affirme: «L’inégalité augmente en Catalogne tout comme le nombre de personnes, familles et d’enfants qui rencontrent des difficultés à subsister dignement. Cela devrait être aujourd’hui et à l’avenir la priorité du gouvernement de Catalogne.»

Le chômage et l’apparition desdits travailleurs pauvres constituent les facteurs qui contribuent le plus à l’augmentation de la pauvreté.

Selon la dernière enquête de la population active pour le deuxième trimestre de cette année, il y a 726’000 chômeurs en Catalogne. La réduction du chômage de 5,7% au cours de l’année dernière est moins rapide que dans l’ensemble de l’Espagne (-8,4%). Une étude du syndicat UGT donne une image plus approfondie du chômage en soulignant que 312’000 de ces chômeurs ont passé plus de deux ans sans travail et que plus de 200’000 plus de trois ans dans une situation de désespoir complet.

Le chômage est sans doute l’un des facteurs qui a le plus contribué à l’augmentation de la pauvreté, laquelle est passée de 19,2% en 2010 à 19,8% en 2013, soit 2,4 points de moins qu’en Espagne, selon l’INE (Institut national de statistiques). Un autre indicateur de la pauvreté, le taux AROPE, acronyme signifiant un risque de pauvreté ou d’exclusion, qui prend en compte d’autres indicateurs, donne un taux de pauvreté plus élevé, 24,3%. C’est-à-dire qu’un quart de la population catalane est pauvre et que les enfants figurent parmi ceux dont la situation est la plus défavorisée.

En Catalogne, on compte 34’000 familles sans revenus avec des enfants ou des personnes dépendantes à charge, selon la Mesa del Tercer Sector. Cette entité a demandé au gouvernement d’Artur Mas une allocation mensuelle de 465 euros pour ces familles. Le gouvernement catalan affirme qu’avant de créer de nouvelles aides, il faut faire confluer celles qui existent.

En ce qui concerne la pauvreté, il faut souligner l’apparition, suite à la crise, desdits travailleurs pauvres en raison de l’effondrement des salaires qui, dans le cas des jeunes, ont diminué de 29%. En Catalogne, le taux de travailleurs risquant la pauvreté atteint 12,2% contre 10,6% en Espagne et 8,7% dans la zone euro, selon l’INSOCAT (Indicateurs sociaux établissant la comparaison entre la Catalogne et l’UE).

L’augmentation des inégalités sociales, qui s’est accentuée au cours des dernières années, signifie que «nous sortirons de la crise avec une société plus polarisée entre riches et pauvres, mais aussi plus inégale entre hommes et femmes», pour citer une enquête récente des Entitats Catalanas d’ Acció Social  (ECAS). L’analyse indique, par exemple, que les différences de salaires entre hommes et femmes atteignent 19,8%, supérieures aux 17,8% en Espagne.  

Les conditions de vie des habitant·e·s se sont aggravées en raison de l’action du gouvernement catalan qui a intensifié les coupes budgétaires dans les domaines des soins et de l’éducation. L’Institut catalan de la santé a vu son personnel diminuer de 5600 personnes au cours des derniers quatre ans. Les réductions de personnel ont eu un effet direct sur la santé des personnes, en raison de l’augmentation des listes d’attente, de la fermeture de blocs opératoires ainsi que pour d’autres restrictions.

La directrice du mensuel La Marea, Magda Bandera, a écrit [en 2011] un article excellent et impressionnant sur l’impact des coupes budgétaires dans le domaine des soins, en se fondant sur son expérience personnelle. Ce récit factuel constitue la meilleure contribution pour comprendre ce qui se passe.

Dans le domaine de l’éducation, la réduction du nombre de travailleurs a également été dévastatrice. Il y a actuellement 2300 professeurs de moins dans les écoles et lycées. tandis que les universités ont vu l’effectif des enseignants diminuer de 1400.

Au vu de ce panorama social dévastateur, le contenu des débats qui se déroulent actuellement en Catalogne est surprenant. L’affirmation selon laquelle l’accélération indépendantiste [d’Artur Mas] constitue une fuite du gouvernement pour éviter que sa gestion soit examinée dispose d’un certain fondement. Le gouvernement sait très bien qu’il mérite un zéro pointé. (Article publié dans le numéro 28, du 2 septembre 2015, de la revue Ctxt.es; traduction A L’Encontre).

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