dimanche
30
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Plusieurs milliers – le double de la veille – sont descendues dans la rue à Sarajevo, mardi 11 juin,  pour revendiquer la fin des «querelles ethniques» manipulées et utilisées par les dirigeants politiques.  La police a interdit une manifestation étudiante le mercredi 12 juin 2013.

Plusieurs milliers de personnes – le double de la veille – sont descendues dans la rue à Sarajevo, mardi 11 juin, pour revendiquer la fin des «querelles ethniques» manipulées et utilisées par les dirigeants politiques. La police a interdit une manifestation étudiante le mercredi 12 juin 2013.

Par Jean-Arnault Dérens

Les manifestations se succèdent à Sarajevo et dans d’autres villes de Bosnie contre le blocage d’improbables institutions Depuis une semaine, cortèges et manifestations se succèdent à Sarajevo, mais aussi dans d’autres villes du pays, toujours «bloqué» par la mécanique infernale d’improbables institutions. Mercredi, des milliers de personnes ont défilé à Banja Luka, la capitale de l’entité serbe.

«A bas le nationalisme, vive la Bosnie-Herzégovine citoyenne»: le panneau, rédigé dans les deux alphabets en usage dans le pays, le cyrillique et le latin, flottait au-dessus de la foule massée mardi devant le parlement de Sarajevo. Plus de 10’000 personnes étaient au rendez-vous: des agriculteurs ou des employés dont le salaire n’est pas payé depuis des mois sont venus, en cortège, grossir la foule. Solidaires, les taxis de Sarajevo ont bloqué le trafic durant plusieurs heures.

Tout a commencé pour un prétexte presque «futile»: un bébé de trois mois qui avait besoin d’un traitement urgent à l’étranger n’a pas pu voyager, faute de disposer d’un passeport. En effet, depuis le 12 février dernier, les nouveau-nés ne peuvent plus obtenir de numéro national d’identification, en raison d’un désaccord entre les partis politiques sur la nouvelle dénomination des communes de Republika Srpska, l’entité serbe du pays. De ce fait, tous les bébés nés depuis cette date sont des «sans-papiers».

Le 6 juin, quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant le parlement de Sarajevo. La foule n’a cessé de grossir tout au long de la journée, et les manifestants ont décidé de «faire le siège» du bâtiment, empêchant les députés de sortir tant qu’ils n’auraient pas adopté une loi réglant le problème. Le texte n’a pas été adopté, mais le «siège» a été levé le lendemain à 4?heures du matin. Depuis, le mouvement se poursuit. Les étudiants sont entrés en action, aussi bien à Sarajevo qu’à Banja Luka, la capitale de la Republika Srpska. D’autres manifestations ont également eu lieu à Zenica, Tuzla, Prijedor, Brcko ou d’autres villes moins importantes du pays.

C’est la première fois depuis la fin de la guerre en 1995 qu’un mouvement commun rassemble ainsi tous les citoyens de Bosnie-Herzégovine. Pour Darko, militant d’un petit groupe anarchiste de Sarajevo, «la coupe était pleine depuis très longtemps. On se demandait juste quand arriverait l’étincelle qui mettrait le feu»… Cette «étincelle» est peut-être venue de Turquie, pays dont la Bosnie-Herzégovine est toujours très proche, politiquement et culturellement. La semaine dernière, des rassemblements de soutien aux manifestants turcs de la place Taksim avaient été organisés à Sarajevo. Ils ont «fusionné» avec les cortèges de protestation.

Mercredi, à Banja Luka, des milliers de protestataires ont bravé l’interdiction de manifester émises par les autorités, les étudiants ayant été rejoints par les retraités et les anciens combattants. Ici aussi, le rapprochement avec le mouvement «Occupy Gezi Park» a été vite fait. Depuis plus d’un an, les citoyens de la ville manifestent régulièrement pour essayer de sauver le parc de Picin, que les autorités locales veulent aussi transformer en centre commercial. «En Republika Srpska, les gens sont habitués à écouter le pouvoir. Tout le monde vit mal, mais il n’y a jamais eu le moindre mouvement social depuis la fin de la guerre», explique la journaliste Dragana Tadic. «La mobilisation pour le parc représentait donc quelque chose d’inédit, le tout début d’une prise de conscience citoyenne.»

Ces prémices de «printemps bosnien» inquiètent beaucoup les autorités. Rajko Vasic, le secrétaire général du Parti des sociaux-démocrates indépendants (SNSD), la formation de Milorad Dodik, le président de la Republika Sprska, a dû présenter sa démission après avoir traité, sur son blog, de «bâtards» les étudiants protestataires de Banja Luka. En réalité, la classe politique fait l’objet d’un même rejet dans les deux entités du pays. D’ailleurs, à l’exception du nouveau maire de Sarajevo, le très populaire Ivo Komsic, qui est apparu dans une des manifestations, tous les politiciens du pays sont aux abonnés absents depuis le début du mouvement.

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Jean-Arnault Dérens est depuis 1998 responsable de la publication Le Courrier des Balkans. Il contribue à diverses publications telles que Le Monde diplomatique, La Libre Belgique, Ouest-France, Le Temps. Il a publié divers ouvrages, dont Balkans, la crise, chez Gallimard dans la collection Folio. Cet article a été publié dans le quotidien Le Temps, en date du 13 juin 2013.

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Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

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