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avril 2020

A l'encontre

La Brèche

Un système qui vole notre avenir

Publié par Alencontre le 27 - novembre - 2019

Par Ian Angus

Un important rapport sur la santé humaine dans l’Anthropocène, publié dans la revue médicale britannique The Lancet, commence par noter un paradoxe apparent, à savoir que la santé humaine dans le monde s’améliore même si la destruction de l’environnement l’attaque, en mine ses conditions. L’explication, disent les auteurs, est «simple et sobre».

«Nous avons hypothéqué la santé des générations futures pour réaliser des gains économiques et de développement dans le présent. En exploitant de façon non durable les ressources de la nature, la civilisation humaine s’est épanouie, mais elle risque aujourd’hui de subir des effets considérables pour la santé du fait de la dégradation dans l’avenir des systèmes d’étayage de la vie propres à la nature.» [1]

Il s’agit là d’un point de vue d’une importance capitale. Si des changements radicaux ne sont pas apportés rapidement, les progrès (gains) pour la situation humaine réalisés au XXe siècle se transformeront en des coûts terribles au cours du XXIe siècle.

«Les effets sur la santé des changements environnementaux, y compris le changement climatique, l’acidification des océans, la dégradation des sols, la rareté de l’eau, la surexploitation de la pêche et la perte de biodiversité, posent de sérieux défis aux gains sanitaires mondiaux des dernières décennies et sont susceptibles de devenir de plus en plus dominants dans la seconde moitié du présent siècle et au-delà.» [2]

Nulle part ailleurs la contradiction entre les gains passés et le déclin actuel n’est plus évidente que dans l’agriculture contemporaine. La seconde moitié du XXe siècle a vu une augmentation extraordinaire de la production (productivité) agricole. On produit plus de céréales, de légumes et de viande que jamais dans l’histoire. Bien que la population mondiale ait doublé et presque à nouveau doublé au cours des 100 dernières années, il y a encore plus de nourriture qu’il n’en faut pour assurer une alimentation complète pour tous

Mais ce n’est là qu’un aspect de l’histoire. L’autre côté est raconté par Robert Biel, dans Sustainable Food Systems:

«Même s’il est vrai qu’il y a actuellement suffisamment de nourriture (à condition que nous arrêtions de la gaspiller et que nous la distribuions équitablement), le système qui produit actuellement cette nourriture n’est pas écologiquement durable à l’avenir. Ce n’est pas seulement que ce système échoue, mais, plus fondamentalement, ce sont en fait ses succès qui minent notre avenir.» [3]

Karl Marx, dans la foulée du chimiste et agronome Justus von Liebig [1803-1873], a caractérisé l’agriculture capitaliste de système de vol qualifié, parce qu’elle maintient la production actuelle en sapant les processus métaboliques nécessaires à la production future.

Selon les mots de Marx: «Tout progrès dans l’agriculture capitaliste est un progrès dans l’art, non seulement de voler l’ouvrier, mais de voler le sol; tout progrès dans l’augmentation de la fertilité du sol pendant un temps donné est un progrès vers la ruine des sources plus durables de cette fertilité.» [4]

L’agriculture capitaliste vole l’avenir et nos enfants en subiront les conséquences. Comme je l’ai déjà écrit, elle doit être remplacée par une société de «bons ancêtres», une société qui travaille constamment pour un avenir meilleur. Un système qui pense et agit pour protéger les intérêts de nos petits-enfants – et de leurs petits-enfants.

C’est la société que l’écosocialisme vise à construire. (Article publié sur le site Climate & Capitalism, le 26 novembre 2019; traduction rédaction A l’Encontre)

Notes

[1] «Safeguarding Human Health in the Anthropocene Epoch», The Lancet 386, no. 10007 (16 juillet 2015). Ironiquement, l’étude a été financée par la Fondation Rockefeller, une institution dont la richesse provient de l’industrie qui a fait plus que toute autre pour détruire notre avenir.

[2] Ibid.

[3] Robert Biel, Sustainnable Food Systems: The Role of the City (London: UCL Press, 2016), 6.

[4] Karl Marx, Capital, Volume 1 (Londres: Penguin, 1976 [1867]), 638.

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