Trump ignore les catastrophes climatiques qui ravagent l’Ouest des Etats-Unis

Par Mike Ludwig

Jeudi 10 septembre, alors que de terribles incendies de forêt, qu’alimentent la sécheresse et le changement climatique, provoquaient des pannes d’électricité et forçaient des centaines de milliers de personnes à fuir un danger mortel en évacuant leurs maisons dans trois États de l’Ouest, le président Trump tweetait à propos de n’importe quoi.

Le Nouveau-Mexique ne serait «GRAND» qu’à condition de réélire le président Trump, assénait-il, en prévenant sinon que les «banlieues américaines» seraient «OVERRUN» (submergées) par les manifestations et les initiatives de logements sociaux. Trump a attaqué ses adversaires politiques, y compris le président Obama et Mitt Romney [candidat républicain aux élections présidentielles de 2016 et sénateur de l’Utah depuis janvier 2019]. Il a dénoncé l’envoi de bulletins de vote par correspondance aux électrices aux électeurs. Il considère que cette procédure menace ses chances d’être réélu. Etc.

Ce même jour, les pompiers engagés sur le front du feu en Californie ont rapporté la mort d’une nouvelle personne, due aux conditions météorologiques nocturnes où «de nombreux départs de feux ont connu un puissant développement pour provoquer des incendies extrêmement violents». Le nombre de morts par incendies de forêt cette année s’élève désormais à huit. En Californie, en Oregon et à Washington, les incendies de forêt ont dévasté de vastes étendues de terres, détruisant des logements et des entreprises. Les réseaux sociaux ont diffusé d’inquiétantes images de cieux orange sombre éclairant les nuits des villes du sud-ouest et du nord-ouest.

Mercredi 9 septembre, Kate Brown, gouverneure démocrate de l’Oregon, s’est alarmée en prévenant que ces 35 incendies majeurs et tant d’autres incendies plus petits pourraient provoquer les pires pertes en vies humaines et en biens de l’histoire de l’État.

«Les vents continuent d’alimenter ces incendies et les poussent sur nos villes», a déclaré Kate Brown lors d’une conférence de presse. «À l’heure actuelle, plus de 300 000 acres (121 000 hectares) brûlent à travers l’État. Dans certaines parties de l’État qui, pour l’heure, ne brûlent pas, règnent des risques d’incendies parmi les pires conditions de ces 30 dernières années – de l’air sec, des broussailles sèches et des vents secs.

Les responsables des pompiers de l’Oregon espéraient des changements météorologiques jeudi 10 septembre qui faciliteraient la tâche des pompiers, mais les incendies continuaient de se propager et ils se préparaient à de graves dommages alors que l’État confirmait au moins trois décès, selon des informations rapportées sur le terrain. À Washington, de multiples incendies ont provoqué des pannes de courant, forcé des centaines de familles à évacuer et rempli de fumée la région de Puget Sound, selon le Seattle Times. Dans le seul Oregon, plus de 500 000 personnes ont évacué leurs maisons.

De nombreux facteurs contribuent à la taille, à l’intensité et au nombre de feux qui se déclarent pendant la saison des incendies dans l’ouest des États-Unis, et le changement climatique est un facteur qui affecte plusieurs régions à la fois. Ryan Richards, responsable de recherche au Center for American Progress [1], a étudié les impacts des incendies de forêt sur les terres et les collectivités publiques. Il a déclaré que les écologistes et les scientifiques de l’atmosphère continuent d’observer que des niveaux «anormaux» de sécheresse affectent la végétation à l’Ouest des Etats-Unis.

«Nous avons été frappés comme par la foudre par ce mois que nous venons de vivre. Il nous fait comprendre l’ampleur de ce que va signifier la crise climatique», a déclaré Ryan Richards dans une interview. «Le nombre d’incendies simultanés que nous subissons est tout simplement incroyable. Certains ont lieu dans des endroits qui ont toujours brûlé, mais d’autres dans des endroits qui n’ont jamais connu de telles situations… vous voyez ce qui fut des feux de forêt se transformer en incendies urbains, et les équipes de pompiers et les agences gouvernementales ont atteint la limite de leur capacité de réaction.»

Au moment où j’écris ces lignes, Trump n’a fait aucune déclaration publique pour exprimer son soutien aux victimes des catastrophes climatiques qui affectent le Nord-Ouest. Ce Nord-Ouest dont les gouverneurs et les maires démocrates ont publiquement mis en cause un président qui réduit en propagande électorale les conflits entre les partisans de la justice raciale d’une part, la police et les agitateurs d’extrême droite de l’autre. Trump sait qu’il ne gagnera probablement pas la Californie, Washington et l’Oregon lors de l’élection présidentielle. Il concentre ses attaques contre les «villes démocrates» des États bleus. Trump attaque ou ignore systématiquement ce qui contredit les récits qui sous-tendent sa campagne de réélection – y compris ses affirmations selon lesquelles les communautés blanches des banlieues sont menacées par des foules de gauche et des personnes de couleur. Donc seul Trump peut les sauver.

Cependant, et les terribles incendies de forêt le montrent clairement, ce sont par les perturbations climatiques que les communautés états-uniennes sont effectivement menacées. En 2016, des chercheurs de l’Université de Columbia et de l’Université de l’Idaho ont estimé que les changements climatiques induits par l’activité humaine avaient brûlé 16 000 miles carrés (4144 ha) supplémentaires de terres forestières de l’Ouest, doublant quasiment la surface qui aurait brûlé naturellement.

Les vagues de chaleur et les sécheresses record, en Californie et au-delà, ont extrait l’humidité des arbres morts et de la végétation et créé les conditions de monstrueux incendies. Jusqu’à présent, durant cette année, les incendies ont consumé une surface inégalée de 3,1 millions d’acres (1 254 525 ha), en Californie seulement, et détruit plus de 3900 bâtiments, selon le Département des forêts et de la protection contre les incendies de Californie. Des quartiers entiers des Etats de Washington et de l’Oregon ont été anéantis, selon Kate Brown, la gouverneure de l’Oregon et selon divers rapports. Tardivement, au cours de la nuit du 10 au 11 septembre, Trump a reconnu l’existence d’une catastrophe dans l’Oregon. Mais un peu plus tôt ce même jeudi, dans le Michigan, il n’a même pas évoqué les incendies à l’occasion de son meeting de campagne électorale.

«Les événements de cette semaine dans l’Ouest montrent que nous vivons l’époque où ces catastrophes majeures expriment la crise climatique», a déclaré Ryan Richards.

Lorsque des incendies avaient éclaté en Californie le mois dernier, Trump avait blâmé de façon cinglante cet État: «Vous devez nettoyer vos sols, vous devez nettoyer vos forêts.» Il avait formulé une vague menace de retirer à cet État les fonds fédéraux pour la lutte contre les incendies et leur prévention parce qu’«ils ne nous écoutent pas». Evidemment, la réalité brutale de la crise climatique est désagréable à un Trump, qui a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat pour apporter tout son soutien à l’industrie des combustibles fossiles. L’administration Trump a annulé des dizaines de réglementations environnementales, dont beaucoup ont été mises en place sous l’administration Obama pour réduire la pollution due au réchauffement climatique.

Une fiche d’information de la Maison Blanche publiée mardi détaillant «l’engagement» de Trump à «améliorer l’environnement» n’a même pas mentionné une seule fois le changement climatique. Trump n’a pas non plus abordé le changement climatique dans un discours de mardi 8 septembre vantant les «réalisations environnementales» de son administration.

L’Ouest subit aujourd’hui une nouvelle saison d’incendies désastreux. Le silence de Trump est plus éloquent que les mots. (Article publié sur le site Truthout, en date du 11 septembre 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

Mike Ludwig est un des rédacteurs à Truthout. Il a contribué à l’anthologie éditée par ce site:  Who Do You Serve, Who Do You Protect?  («Qui sers-tu? Qui protèges-tu?»)

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[1] Le Center for American Progress (CAP) est un think tank américain de tendance progressiste. Fondé en 2003, il est dirigé par Neera Tanden depuis 2011. Il est basé à Washington (district de Columbia).

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