samedi
19
août 2017

A l'encontre

La Brèche

20730103-mmmainPar Eric Ruder

Un autre assassinat d’officiers de police à coups de fusil, cette fois à Baton Rouge en Louisiane, occupe la une et alimente le retour de flamme en faveur de la police dans les médias et de la part des politiciens. Mais nous ne pouvons pas laisser la marée de la propagande nous arrêter dans notre protestation contre l’épidémie de violence policière aux Etats-Unis et notre revendication qu’elle prenne fin.

Trois policiers sont morts, un autre est gravement blessé, et trois autres ont été sérieusement touchés par balles. Le tireur, qui a été tué sur place par la police, a été identifié comme Gavin Long, un Afro-Américain de 29 ans de Kansas City, Missouri, qui avait été libéré avec honneurs du Corps des Marines en 2010. Micah Xavier Johnson, un autre vétéran noir de l’armée, a tué cinq policiers et blessé plusieurs autres.

Dans les heures qui suivirent la fusillade de Baton Rouge, Barack Obama s’est adressé aux Américains pour les appeler à se rassembler. «En tant que nation, nous devons être clairs que rien ne justifie la violence contre l’application de la loi» a-t-il dit. « Les attaques contre la police sont une attaque contre nous tous, et contre le règne de la loi qui rend possible la société. »

Obama dans son message insiste avant tout sur l’idée suivante: «Il est important que tout le monde, quels que soient sa race, son parti politique ou sa profession, quelle que soit l’organisation à laquelle vous appartenez, tout le monde aujourd’hui se concentre sur les mots et les actes qui peuvent unifier ce pays plutôt que le diviser encore plus.»

Il faut le dire tout de suite: «les mots d’Obama sonnent creux».

Pourquoi les meurtres d’Afro-Américains par la police n’ont-ils pas suscité de pareilles  condamnations? Pourquoi le harcèlement, les mauvais traitements, et le meurtre de personnes noires et brunes par des policiers, ne sont-ils pas qualifiés eux aussi comme une attaque contre «le règne de la loi qui rend possible la société»?

L’appel à l’unité d’Obama ne peut que laisser les Afro-Américains, qui souffrent de la charge disproportionnée de la violence policière, douter si cette «unité» les inclut eux aussi et comment.

Oui, deux assassinats impressionnants de policiers ont eu lieu ces deux dernières semaines. Mais, décennie après décennie, la violence du système judiciaire des Etats-Unis exercée par la police contre les personnes de couleur fut la règle.

Il y a, carrément, les exécutions extrajudiciaires de jeunes hommes noirs, depuis de nombreuses décennies. Et pour chacun de ces meurtres, il y a d’innombrables injustices en plus, symbolisées par la campagne d’interpellation et fouille (stop-and-frisk) du Département de la police de New York (NYPD) et des ciblages raciaux similaires qui ont lieu dans toutes les grandes villes.

Les policiers ne sont qu’une face du système d’injustice. Il y a tous les prisonniers noirs et bruns maltraités ou tués par les gardiens de prison. Ou qui souffrent voire meurent de la négligence médicale derrière les barreaux. Ou méprisés, battus, voire torturés, dans les commissariats de police, avec la connivence des procureurs.

La banalité même de toute cette violence, infligée à tous les niveaux du système d’injustice, l’a rendue invisible. Jusqu’à aujourd’hui.

L’éruption du mouvement contre la violence d’Etat depuis deux ans n’avait que trop attendu, et les dernières semaines en ont vu un nouveau surgissement, malgré le retour de flamme favorable à la police après Dallas et Baton Rouge.

Des manifestations ont eu lieu dans au moins 70 villes différentes dans les semaines depuis que les vidéos des tueries policières d’Alton Sterling, à Baton Rouge, et de Philando Castile à St.Paul, Minnesota, ont fait irruption sur Internet et s’y sont diffusées de manière virale.

La couverture 24h sur 24h par les médias commerciaux qui invariablement suit des meurtres de masse de toutes sortes sympathise avec la peur et la douleur que tant de gens ressentent devant de tels événements. Mais les journalistes et commentateurs laissent systématiquement tomber leur vernis d’objectivité pour exprimer leur soutien et même leur admiration pour la police, pour les policiers individuels comme pour l’institution policière.

C’est tout particulièrement le cas quand ce sont les policiers eux-mêmes qui font le commentaire. Par exemple, l’ancien officier du NYPD, Eugene O’Donnell, apparaît régulièrement sur les ondes de la chaîne MSNBC, considérée comme la chaîne de TV câblée d’information la plus libérale, pour commenter les événements qui impliquent la police et des fusillades massives.

Un des arguments que O’Donnell a avancés de manière répétée à propos des fusillades de Baton Rouge était que «les plus vulnérables parmi nous» sont ceux « qui seront touchés à long terme» par les meurtres de policiers, parce que ce sont eux, plus que d’autres, qui dépendent de la police pour les protéger et les servir.

Mais cet argument retourne la réalité de la police et de son action sens dessus dessous.

Le fait est que la police sert et protège le statu quo de notre société, avec toutes les inégalités qui vont avec et tous ses préjugés à propos de qui sont les criminels et qui sont les victimes innocentes.

La police ne poursuit pas agressivement les innombrables employeurs qui perpètrent le vol de salaires chaque année, à hauteur de 20 milliards de dollars. Les policiers ne poursuivent pas inlassablement les crimes en col blanc qui se chiffrent en 400 milliards de dollars de pertes chaque année. Ils ne pourchassent pas les entreprises qui exposent leurs travailleurs à des produits chimiques toxiques en violation des lois sur la santé et la sécurité.

Au lieu de cela, la police apparaît longtemps après que ces crimes ont été commis pour patrouiller les quartiers dans lesquels sont confinés les plus pauvres de la société alors qu’ils essaient de survivre.

Les gens qui sont rendus désespérés par des conditions de vie désespérées feront des choses désespérées. Ce sont eux la principale cible des policiers si l’on en juge toutes les statistiques sur les arrestations, les poursuites judiciaires et l’emprisonnement.

Et pourtant l’élite économique commet aussi des crimes, qui provoquent souvent bien plus de dommages. Mais ils emploient des moyens qui n’attirent pas l’attention de la police de la même manière que le font les crimes de la pauvreté.

Malgré les protestations continuelles et la visibilité médiatique du mouvement Black Lives Matter, même dans le grand débat politique conventionnel, le rythme des meurtres par la police durant cette année n’a pas diminué, comparé à l’année passée. En fait, il a un peu augmenté.

Donc bien que les médias nous ressassent que les policiers sont plus hésitants à faire leur travail à cause du regard porté sur eux, cela ne les a apparemment pas rendus assez hésitants quand il s’agit de tuer les gens qu’ils sont supposés protéger et servir.

Et malgré cela, les militants sont encore sous une pression énorme à calmer leur discours et modérer leurs revendications afin d’aider à promouvoir «la guérison».

Mais la guérison n’aura lieu que si le mouvement contre le racisme et la violence policière continue à avancer ses revendications, à augmenter ses effectifs et à agir d’une manière qui puisse mettre le système sous pression.

Les policiers tués à Dallas et à Baton Rouge ont donné un élan à ceux qui appellent un engagement policier et un maintien de l’ordre plus agressifs.

A un moment où la militarisation de la police a été remise en question après l’usage excessif de matériel militaire à Ferguson, Missouri et ailleurs, les attaques contre des policiers ont fourni aux forces de l’ordre et aux politiciens, impatients de démontrer leurs mérites de «durs contre le crime», la justification idéale pour continuer d’ajouter des blindés, des véhicules tactiques d’assaut, des drones, des robots et autre quincaillerie meurtrière à leurs arsenaux déjà substantiels.

Donc le mouvement pour défendre les vies des Noirs a bien du travail devant lui.

Nous devons exiger que soit mis fin à la militarisation de la police. Nous ne pouvons oublier les acquittements, voire la non-mise en accusation pour commencer, des policiers qui ont tué Sandra Bland, Tamir Rice et Freddy Gray. Nous devons donc continuer à faire pression pour que les policiers meurtriers soient traduits en justice.

Et par-dessus tout, nous ne pouvons pas permettre que les appels à «l’unité» et à la patience nous fassent arrêter d’élever nos voix, dans les rues, dans les audiences publiques des commissions de police, et partout ailleurs, pour demander justice. (Article publié le 18 juillet 2016 sur le site de l’ISO, socialistworker.org; traduction A l’Encontre)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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