mercredi
22
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Le passé assure-t-il le flou de l’a-Constituante? Manifestation
lors de l’ouverture de l’ANC, 4 août 2017

Entretien avec Franck Gaudichaud
conduit par Sophie Bardin

Nicolas Maduro a inauguré vendredi l’Assemblée constituante élue dimanche dernier. Alors que les critiques internationales ne cessent de pleuvoir et que de nouvelles manifestations de l’opposition étaient prévues, le président vénézuélien ne cède pas face aux pressions. Franck Gaudichaud, maître de conférences à l’Université de Grenoble Alpes et spécialiste de l’Amérique latine, analyse les enjeux liés à cette Assemblée.

Pourquoi une nouvelle Constitution aujourd’hui?

Le pari du gouvernement à travers cette Assemblée constituante est de reprendre la main face à l’opposition, dans un contexte de crise et après des mois de contestation. En même temps, il s’agit de contourner le Parlement qui est contrôlé aux deux tiers par l’opposition depuis 2015. Nicolas Maduro veut s’assurer une légitimité dans les urnes sur le plan interne et montrer à la scène internationale qu’il a encore du poids dans le pays, même s’il est certain que les chiffres de la participation ont été gonflés. Une des grandes incertitudes se trouve dans l’avenir du Parlement : est-ce qu’il y aura un double Parlement composé de l’Assemblée constituante et le Parlement contrôlé par l’opposition, ou est-ce que ce dernier sera révoqué? Maduro a annoncé que ce serait une Constitution pour la paix, pour lancer des réformes et remettre de l’ordre. Mais aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse, il y a un réel doute sur le fait que la Constitution puisse permettre de dépasser la crise. Les problèmes ne sont pas résolus, l’opposition se maintient et il y a une fissure au sein du chavisme. Certains sont très critiques envers Maduro, à l’image de la procureure générale Luisa Ortega, qui a déclaré que l’Assemblée constituante n’était pas constitutionnelle.

Qu’en sera-t-il des élections à venir?

C’est un vrai défi sur le plan institutionnel. Nicolas Maduro avait déjà annulé les élections régionales pour élire les gouverneurs fin 2016. Normalement, celles-ci doivent avoir lieu en décembre et l’élection présidentielle est prévue pour 2018. Mais cette Constitution est encore très floue sur sa mandature et ses domaines d’intervention, sur ce qu’elle va remettre en cause ou non. Il reste à savoir si l’opposition jouera le jeu des élections. Cette dernière est fragmentée et il ne reste que peu de temps aux différents partis pour s’inscrire. On sait qu’il y a des négociations en sous-main entre le gouvernement et l’opposition modérée, d’où le fait que le parti centriste Action Democratica se prête au jeu électoral. Les élections pourraient mener vers une possible sortie de crise. Mais Maduro est quasiment certain de perdre, sauf si le chavisme est capable de se remobiliser. L’opposition d’extrême droite boycottera quant à elle les élections car elle estime qu’il faut faire tomber Maduro par la rue et la violence.

Nicolas Maduro peut-il «tomber» tant que l’armée le soutient?

Non justement, c’est la grande solidité du soutien des Forces armées nationales bolivariennes qui ferme la voie à un coup d’Etat ou à une chute violente de Maduro. Même les pressions internationales renforcent ce soutien. A chaque nouvelle déclaration d’un dirigeant étranger, comme Donald Trump par exemple, l’armée resserre les rangs derrière le gouvernement.

La situation économique va-t-elle encore se détériorer?

En ce qui concerne le commerce extérieur, il est clair que les investisseurs étrangers attendent le retour d’une stabilité politique, y compris les Etats-Unis qui n’ont aucun intérêt à voir une guerre civile éclater, notamment parce que le Venezuela est leur troisième fournisseur de pétrole. Maduro a aussi ouvert l’Arc minier de l’Orénoque (exploitation des mines d’or) à toutes les multinationales de la planète, mais la situation de crise rend les investisseurs frileux. (Publié dans le quotidien belge Le Soir, du 5 août 2017)

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