lundi
10
décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Raul Castro, devant «l'Assemblée nationale du pouvoir populaire» en 2013

Raul Castro, devant «l’Assemblée nationale du pouvoir populaire» en 2013

Par Pedro Monreale

Nous publions ici la seconde partie de l’article de Pedro Monreale (la première partie a été publiée le 27 mai). Il met l’accent, entre autres, sur la période importante qui s’étend jusqu’en 2018. Pour lui, cette échéance est celle du transfert du pouvoir politique à la nouvelle direction. Un transfert qui concentre des éléments décisifs du pouvoir, car il va impliquer la réaffirmation d’un modèle d’Etat et pas seulement de la question de la capacité étatique, soit de la mobilisation de l’appareillage politico-administratif. Il s’agira donc d’une question d’essence même du pouvoir. (Rédaction A l’Encontre)

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La dite «période spéciale» (instaurée en 1991) est une ambiguïté qu’utilise le récit officiel cubain pour désigner ce qui, dans la pratique, a représenté une période prolongée de stagnation économique qui, avec des hauts et des bas, dure déjà depuis un quart de siècle. C’est un sujet qui a reçu une attention considérable et a donné lieu à une profusion de littérature académique à Cuba et ailleurs, de sorte que je ne m’arrête pas ici pour la caractériser.

La brûlante question du pouvoir dans le Cuba de la «période spéciale»

Ce qui est intéressant pour le présent article, c’est de situer ce long «hiver» de l’économie cubaine comme un espace de temps et comme un contexte économique et social d’un complexe processus politique qui a réussi à éviter que la débâcle économique se soit transformée en échec total du projet politique de socialisme cubain (ou de socialisme «à la cubaine» si on préfère).

Pour être plus précis, je me réfère à un projet d’organisation de la société fondé sur une économie étatique centralisée et sur la prédominance politique d’un parti unique d’inspiration avant-gardiste. Ce parti est le successeur d’un noyau révolutionnaire légitimé par sa victoire dans une guerre civile, victoire réaffirmée dans une révolution sociale qui a bénéficié à d’amples secteurs populaires. Cette Révolution a acquis et réaffirmé cette légitimité par le moyen d’un ample programme d’inclusion sociale, et d’une idéologie qui a combiné fondements communistes avec un ensemble d’idées de souche nationale – principalement celles de José Marti (1853-1895) – ce qui a engendré une base d’appui populaire étendue et organisée.

Manifestement, le projet politique a été terni durant la «période spéciale», dans certains aspects plus que dans d’autres, mais le fait vérifiable, c’est que plus de deux décennies depuis la chute de l’Union soviétique, le projet continue d’être en vigueur à Cuba. Bien que certaines modifications aient eu lieu, dans certains cas des modifications importantes, elles n’ont pas transformé essentiellement la nature du pouvoir. Ni le modèle économique étatique a cédé le pas à un schéma basé sur le secteur privé et la prédominance du marché, un système politique de partis politiques multiples n’a pas été instauré. Le programme d’inclusion sociale continue d’être, malgré sa crise, un des meilleurs d’Amérique latine et de la Caraïbe (en réalité un des meilleurs de tout le monde en développement) et l’idée de la justice sociale continue de primer, non seulement comme postulat abstrait, mais comme le ciment d’une idéologie qui, bien qu’elle soit contestée d’une manière croissante, conserve encore un impact concret dans la politique nationale. Finalement, l’irruption d’un secteur contestataire hétérogène et le surgissement de «zones» de frustration, de désarroi et d’apathie parmi la population n’ont pas modifié la donnée fondamentale qu’est le fait que le projet jouit d’un soutien populaire qui arrive à être très actif et d’un grand poids dans des groupes sociaux déterminés. [11]

Dans un sens strict, l’actualisation a été un de ces mécanismes de réaction que l’Etat cubain a utilisé pour esquiver avec succès un type de scénario très complexe qui, sous d’autres latitudes, a renversé plus d’un gouvernement et plusieurs régimes socio-économiques, avec dans certains cas des conséquences profondes dans tous les domaines de la société.

Pour apprécier les choses à partir d’une perspective adéquate, il faut tenir compte du fait que durant ce long «hiver» économique, outre des processus de divergence à l’égard du pouvoir qui ont pu avoir eu une logique interne (en y incluant des voix discordantes à l’intérieur même du Parti communiste cubain et de la part d’institutions officielles), la dispute pour le pouvoir politique à Cuba dans les dernières années s’est fondamentalement ajustée à une matrice dominante depuis 1959.

cuba-estados-unidos-bloqueoCette dispute pour le pouvoir a eu son essence dans le conflit avec le gouvernement des Etats-Unis, toujours en interaction complexe – et parfois divergente – avec d’autres acteurs nationaux (à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba) qui ont été réellement des rémanences de l’époque de la Guerre froide ou des types de nouveaux «actifs» sociaux.

Le spectre des actions utilisées depuis le début des années 1990 pour disputer le pouvoir au gouvernement cubain a été très large. Il a impliqué le renforcement des lois des Etats-Unis afin de rendre plus sévère encore le blocus économique imposé à Cuba (avec une logique visant à affecter directement la population afin d’obtenir les bénéfices politiques d’un éventuel mécontentement populaire). Se sont produits également des actes de terrorisme (par exemple, la campagne de dispositifs explosifs contre des installations touristiques en 1997). De la même manière, et avec la même logique, on a investi l’argent du contribuable nord-américain pour soutenir une «opposition» bigarrée avec guère d’impact sur la politique nationale.

L’Etat cubain, tout particulièrement le dit Etat révolutionnaire cubain, s’est réformé en diverses occasions depuis 50 ans. Cependant, je vais m’étendre sur la réforme de l’Etat qui correspond à la «période spéciale» et dont l’actualisation a été une composante non seulement récente mais relativement tardive. Le fait même que l’actualisation ait fait irruption, comme programme gouvernemental, vingt ans après le début de la période spéciale, malgré le fait que déjà alors on travaillait à ce qui a été ses fondements techniques, se comprend uniquement si nous la considérons comme une subordination de la composante économique à la politique qui, elle, tente une réforme de l’Etat dont les rythmes, les priorités et les directions ont été déterminés par des considérations cent pour cent politiques. Dans ce sens, je dois le signaler, la considération la plus importante a été la question du pouvoir. Cependant, je considère que la priorité de cette question du pouvoir a été de le préserver dans les mains du «bloc hégémonique» qui le possède depuis 1959, afin d’assurer son transfert dans l’ordre vers une nouvelle génération de dirigeants.

En considérant le devenir des dernières années, je suis arrivé à la perception que les dirigeants actuels de Cuba n’ont pas considéré la crise économique comme une simple pression qui les oblige à réformer l’Etat sinon, avant tout, comme une bonne occasion de le faire. J’incline à considérer qu’elle est perçue comme une occasion favorable pour «emballer» un processus de reconstruction intégrale de l’autorité politique autour d’un nouveau groupe dirigeant. Je considère que ce qui est projeté, c’est que les futures autorités s’appuient sur un Etat reconfiguré «à la mesure» de ce qui pourrait être le nouveau contexte politique, avec un pouvoir politique «hérité» qui n’offre pas la légitimité d’un pouvoir «de fondation». [12] Je crois qu’il s’agit d’un processus bien plus complexe et certainement plus profond qu’un supposé exercice de «guépardisme». [13]

Comme il s’agit essentiellement d’une réforme de l’Etat, il faudrait distinguer ici entre «pouvoir de l’Etat» et «capacité étatique». Souvent le processus est vu, y compris par le gouvernement lui-même, dans une perspective institutionnaliste qui se concentre sur les composantes régulatrices et fonctionnelles. Et pourtant, il est nécessaire d’y ajouter un plan d’analyse plus essentiel qui prend racine dans la définition de la manière avec laquelle l’Etat entrera en relation avec les autres acteurs sociaux.

Il s’agit d’une thématique au sujet de laquelle coexistent plusieurs points de vue conceptuels. Le «pouvoir de l’Etat» émane de la nature même du «jeu politique» qui convertit des relations politiques en relations de pouvoir et en structures de pouvoir, ce qui conditionne la possibilité que l’Etat puisse réunir les conditions pour donner à la société une orientation déterminée. D’un autre côté, en suivant la conception de Maximiliano Rey, nous pourrions considérer que «la capacité étatique fait allusion à comment de la part de la direction de l’Etat il est possible de mobiliser l’échafaudage politico-administratif, en relation avec le contexte social de ce secteur de politiques déterminé, afin de lui permettre de façonner les décisions». C’est-à-dire, que la «capacité étatique» se réfère essentiellement à comment se déroulent les activités qui sont la traduction du pouvoir préalablement défini de l’Etat. [14]

Cette distinction conceptuelle pourrait avoir une double pertinence pratique dans le cas de Cuba. Premièrement, pour comprendre que ce qui a été en jeu à Cuba durant les dernières vingt-cinq années ne fut pas une perte de «pouvoir de l’Etat» sinon une érosion – dans certains domaines une érosion significative – de la «capacité étatique» pour «accomplir des tâches appropriées de forme effective, efficace et durable», selon la célèbre définition que donne Merilee Grindle. [15] C’est-à-dire que la brûlante question du pouvoir dans le Cuba contemporain a été plus un problème d’aptitude à mettre en œuvre des politiques publiques que le problème de maintenir, dans leur essence, les corrélations de forces politiques sur lesquelles se fonde l’Etat.

D’aucune manière il faut sous-estimer la gravité des problèmes de «capacité étatique» car, manifestement, dans des conditions déterminées une telle érosion de capacité peut finir par se convertir en une crise du «pouvoir de l’Etat». Cependant, cela ne s’est pas passé à Cuba, entre autres choses parce que la réforme de l’Etat paraît avoir fonctionné raisonnablement bien sur ce point essentiel.

Les capacités de l’Etat ont été ajustées de telle manière que, bien qu’elles aient diminué, elles ont été capables de «livrer» les biens publics qui assurent l’acceptabilité sociale des fondements politiques du pouvoir de l’Etat. [16] En second lieu, parce qu’il s’agit d’une différence conceptuelle clé pour comprendre pourquoi la réforme de l’Etat, orientée fondamentalement vers la solution des problèmes relevant de la «capacité étatique», dans lesquels il faut inclure l’actualisation («réformes économiques»), ne peut pas être considérée comme une simple affaire administrative, technique ou de gestion. Au contraire, c’est une question qui est primordialement politique.

En fin de compte, ce que l’actualisation pourra réussir à faire et à définir, dépendra essentiellement de comment on considérera et on appliquera les questions liées à l’«économie politique, et il s’agit d’une question éminemment politique et non pas technique.

Note finale sur la question politique, la réforme de l’Etat et l’actualisation

Le rapport entre politique, réforme de l’Etat et actualisation («réformes économiques») est un vaste thème, complexe et changeant, dont l’analyse – même d’une manière partielle – dépasse non seulement la longueur admissible de cet article. mais assurément les capacités analytiques de spécialistes individuels. Cet avertissement fait, je me risque à écrire quelque chose qui pourrait être opportun pour conclure – à la manière d’une provocation intellectuelle – la question que j’ai abordée dans ce texte.

Quel type de tâche essentielle devrait être résolue au-delà de la réforme de l’Etat, sur le terrain de la politique «tout court» et quelles perspectives de succès pourrait-elle avoir, même si on présumait un accomplissement opaque de l’actualisation?

La période décisive pour la politique cubaine est celle qui va d’aujourd’hui à l’année 2018 quand on suppose que s’accomplira la transmission du pouvoir politique à la nouvelle direction. Cette transmission sera, par conséquent, un moment politique délicat pour la question du pouvoir, parce qu’elle va inclure inévitablement au processus une analyse au sujet de la définition même, de la réaffirmation, d’un modèle d’Etat et pas seulement la question de la capacité de l’Etat. Il s’agira d’une question d’essence même du pouvoir.

CubaFidelRaulComme je l’ai expliqué plus haut, sera déterminante une bonne conception stratégique et méthodologique, bien gérée en plus, de l’actualisation et de la réforme de l’Etat. Cependant, ce qui sera aussi décisif, c’est le niveau de mobilisation sociale qu’entraîne normalement une réarticulation du bloc social hégémonique, qui sera sa première réarticulation significative en cinquante ans. Cela impliquerait des «tâches» nettement politiques au moins sur deux plans importants.

En premier lieu, la nécessité d’assurer l’activation d’acteurs sociaux et la conformation de coalitions qui garantissent que les relations politiques du Parti communiste cubain avec d’autres acteurs sociaux se constituent en relations de pouvoir tant à l’intérieur du «bloc hégémonique» comme dans ses rapports avec le reste de la société. Cela représente un défi délicat car cela va se passer dans un contexte de désindustrialisation nationale, de paupérisation significative des bases populaires et d’une extension de phénomènes comme l’inégalité que créent les contradictions entre l’idéologie du «bloc hégémonique» et la pratique de l’exercice du pouvoir. En second lieu, la nécessité d’assurer que le projet de transmission du pouvoir ne soit pas «dérangé» d’une manière appréciable par une mobilisation politique contestataire de n’importe quelle sorte. En théorie, la propagation d’idéologies alternatives pourrait être, entre aujourd’hui et 2018, le domaine où peut-être le PCC pourrait le plus recevoir une sérieuse raclée. Cependant, pour le moment cette possibilité n’existe que sur le plan de l’hypothèse.

Dans tous les cas, la confrontation idéologique (la «lutte» idéologique si on préfère) reste une question essentielle à Cuba jusqu’en 2018 et cela est un espace net de politique «tout court». C’est un sujet où le PCC pourrait être relativement en meilleure position que ses rivaux, mais pas seulement pour sa supériorité en matière de possibilités de diffusion (qui est certainement très importante) sinon surtout parce que le PCC continue de projeter une crédibilité à propos d’un thème crucial pour l’articulation d’un message idéologique qui jouit d’une large acceptation populaire à Cuba: la justice sociale.

De fait, après l’inexplicable «gaffe» dans la communication officielle commise avec l’irrespectueuse métaphore de «l’oisillon» (que les Cubains attendent le bec ouvert la magnanimité de l’Etat nourricier), l’information dont nous disposons semble indiquer que le PCC a réussi à éviter que l’inégalité résultant de l’actualisation soit perçue comme un équivalent d’injustice sociale, bien que l’inégalité se construise toujours socialement depuis le pouvoir et n’est jamais un «accident» social. Dans le fond, des sujets comme l’unification monétaire et le carnet d’approvisionnement, pour ne mentionner que deux exemples, loin d’être des questions «techniques» de l’actualisation, pourraient constituer des contributions positives ou, selon la manière dont elles sont gérées, pourraient se convertir en erreurs politiques.

La lutte idéologique n’est pas une affaire mineure, car les contradictions des politiques mises en œuvre sont le terrain le plus propice pour faire remonter à la surface les inconséquences entre idéologie et pratique politique. Par conséquent, c’est là le domaine de l’usure la plus rapide du message idéologique de ceux qui exercent le pouvoir, là où il est le plus facile de prêter attention à des messages idéologiques alternatifs. Manifestement, dans ce cas, en plus de la question idéologique, ce qui est important, c’est la «capacité étatique» à réussir des politiques publiques qui évitent l’exclusion sociale et donnent un sens au message idéologique de la justice pour tous.

Tant que le Parti communiste cubain conservera l’initiative pour articuler des «compromis idéologiques positifs» [17] comme celui qu’on associe à la perception populaire que l’Etat cubain assume sa responsabilité en faveur de la justice sociale, en procurant atteindre des résultats concrets et non seulement en créant des occasions, il restera hautement probable qu’il arrive à l’année 2018 sans souffrir une usure idéologique et politique significative, malgré les contradictions (et les ravages) de l’actualisation. Une raison pour appuyer cette affirmation, c’est la probabilité que se manifeste à Cuba ce qui est arrivé dans l’expérience historique avec une certaine régularité: que les «engagements idéologiques positifs» sont beaucoup plus attractifs que d’autres propositions idéologiques alternatives qui s’appuient sur des thématiques qui, malgré leur importance en elles-mêmes, sont perçues populairement comme des «biens politiques abstraits». [18]

(Traduction A l’Encontre; cet article a été publié sur le site Cuba Posible, un laboratorio de ideas, www.cubaposible.net Projet du Centre chrétien de Réflexion et Dialogue-Cuba. Cette réflexion indique à quelles élaborations politiques doivent faire face les tenants du pouvoir qui réduisent les enjeux à une «réforme économique» qui coexisterait avec un régime de parti unique. Certes, si ladite ouverture économique s’accentue, elle peut déclencher une «propre» dynamique socio-politique, ne serait-ce qu’à partir du rapport quantitatif entre la diaspora cubaine (plus de 2 millions vivent aux Etats-Unis) et la population cubaine (quelque 11,3 millions), avec les multiples liaisons qui en découlent. (Rédaction A l’Encontre)

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Notes (suite des notes de la première partie)

[11] A nouveau, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu une perte d’appui en rapport avec le projet étatique en vigueur mais que, indépendamment de cela, le projet se maintient et se réajuste fondamentalement en accord avec ce que décide le gouvernement. Je ne crois pas nécessaire de démontrer que le Parti Communiste de Cuba (PCC) continue de contrôler totalement l’exercice de la politique à Cuba. Le peu de relevance d’autres regroupements politiques (je ne crois pas qu’on puisse leur appliquer le qualificatif de «forces politiques») s’explique assurément par la confluence de divers facteurs, mais un qui est très important, c’est le fait que ces regroupements politiques n’ont réussi à réunir aucun appui populaire, du moins à l’échelle requise pour participer effectivement à la vie politique.
[12] L’annonce par le PCC, en février 2015, qu’une nouvelle Loi électorale entrerait en vigueur entre 2015 et 2018 semble s’ajuster à ce «costume sur mesure» qui est en train d’être cousu pour la reconstruction de l’autorité politique à Cuba. On peut interpréter dans le même sens l’allusion faite auparavant, en février 2013, à la possibilité d’une réforme constitutionnelle. Pour le moment, on manque de détails mais semble évidente la connexion de telles annonces avec un processus d’adaptation pensé pour faciliter une gouvernance rénovée à la nouvelle direction politique.

[13] «Guépardisme» dans le sens de «Tout changer pour que rien ne change», employé dans les sciences politiques par allusion à la fameuse phrase prononcée par le personnage de Tancrède dans le roman de 1958 Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

[14] Maximiliano Rey. Op. Cit.

[15] Merilee Grindle, Getting Good Government. Capacity Building in the Public Sector of Developing Countries, Harvard University Press, 1997.

[16] Je ne fais pas allusion, en aucune manière, à l’existence d’une situation de «complaisance» ni d’acceptabilité généralisée du statu quo, ni même à une situation de «tolérance» ou de «résignation». L’émigration croissante de la période spéciale corrobore qu’il ne s’agit pas de ça. Ce que je dis, c’est que la capacité étatique pour continuer de fournir des biens publics qui sont considérés comme essentiels par les gens (et non seulement par le gouvernement) favorise l’existence d’une considérable frange d’acquiescement populaire à ce pouvoir étatique.

[17]  Ici, ce qui est «positif» ne se réfère pas ce qu’il s’agisse de quelque chose de «bon» sinon à quelque chose sur quoi peuvent se construire des solutions pratiques.

[18] Une note d’intérêt historique à ce sujet: les mouvements ouvriers de la fin du XIXe siècle et débuts du XXe siècle, qui ont pu articuler des «compromis idéologiques positifs» ont eu plus de succès pour organiser des programmes politiques attractifs si on les compare au mouvement «Chartiste» de la première moitié du XIXe siècle qui avait été structuré autour d’un message idéologique basé sur des «biens politiques abstraits».

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Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

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Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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