vendredi
24
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Frank de Lima, Panama's Minister of Finance and Chairman of the Board of Governors of IDB, speaks during annual meeting of the Bank's Board of Governors in PanamaPar Marco A. Gandasegui

Les institutions financières internationales annoncent jour après jour la fin de la récession mondiale. Depuis 2008, elles transmettent des messages annonçant que les Etats-Unis ont surmonté la crise. Les Européens également assurent que la récupération est en train de prendre forme et que le chemin vers la prospérité s’ouvrira bientôt. La Banque mondiale (BM) est à l’avant-garde de ce mouvement.

Dans le cas de l’Amérique latine, la Banque mondiale et les autres institutions financières ne peuvent pas encore dire grand-chose parce qu’elles ne comprennent pas vraiment pourquoi l’accumulation capitaliste croît et prospère dans une grande partie de la région. Pour ajouter à la confusion, elles viennent de publier un rapport dans lequel elles annoncent l’«émergence» d’une nouvelle classe sociale en Amérique latine: la classe de ceux qu’elle appelle «les vulnérables». Cette classe représente 37,5% des Latino-Américains (autrement dit, 3 sur 8 habitants de la région sont «vulnérables»).

Selon cette nouvelle désignation, 30% des Latino-Américains se trouvent dans la catégorie qu’ils appellent la «pauvreté». Un autre chiffre, analogue, correspond à la catégorie de ladite «classe moyenne» [voir à ce propos l’article publié sur ce site en date du 31 octobre 2012 par Plinio de Arruda Sampaio Junior, intitulé Faits et mythes des gouvernements progressistes]. On ne le dit pas – mais l’on comprend – que le reste de la population, soit le 2,5%, sont les riches, qui concentrent 50% de la richesse de la région. Autrement dit, deux tiers des Latino-Américains vivent dans la pauvreté (la somme des «pauvres» et des «vulnérables») et ne disposent que du 5% du total des richesses [qu’ils/elles produisent].

Les réunions des gouvernants des pays et des banques prennent note de cette situation, mais ne proposent aucune solution aux problèmes que créent leurs propres politiques.

Au cours de la récente réunion – du 14 au 17 mars 2013 – des «gouverneurs» de la Banque interaméricaine de développement (BID) qui s’est déroulée dans la ville de Panama, ils se sont félicités des réussites obtenues par les pays de la région. Les représentants de tous les pays y ont partagé avec leurs pendants des Etats-Unis et du Canada un mélange de science-fiction, de fantaisie et de pronostics néolibéraux: plus d’ajustements structurels à la nouvelle sauce..

D’après l’actuel président de la BID, Juan A. Moreno, l’avenir de l’Amérique latine apparaît comme très encourageant, puisque la dite «classe moyenne» est en train de croître fortement (c’est la partie science-fiction). En outre, dans le cas de l’Amérique centrale, «beaucoup de multinationales s’y remettent à construire des usines et des centres de services en Mésoamérique pour approvisionner non seulement les Etats-Unis, mais aussi l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud» (Moreno dans le pays de la fantaisie?).

Malgré cet optimisme et ces bons augures, la BID préconise l’austérité et le contrôle des dépenses de la part des gouvernements (encore davantage d’ajustements en période d’essor économique). Dans un message envoyé simultanément dans plusieurs directions, le rapport approuvé par l’Assemblée de la BID demande, d’une part, davantage d’«économies» et, d’autre part, des «stimulants au développement». En résumé, des coupes dans les revenus des travailleurs et travailleuses conjointement à des augmentations de revenus et rentes pour les capitalistes.

Dans la réunion qui a eu lieu dans la capitale panaméenne on a pu percevoir quelques divisions, tensions, entre les gouvernements de la région. Les Etats-Unis et leurs associés du «Pacifique» plaidaient en faveur d’une privatisation accrue en faveur du capital privé. Autrement dit, ils demandaient que les banques internationales canalisent les ressources des pays (produites par les travailleurs) vers des entreprises privées. Pour cela, il faut d’abord créer des entreprises capables de travailler en se basant sur les ressources de l’Etat. Un représentant gouvernemental colombien a déclaré que l’Etat doit améliorer son infrastructure. Un autre représentant, mexicain, a dit que l’Etat doit financer le rapprochement du gouvernement avec le secteur privé. Aussi bien le gouvernement que le secteur privé doivent se montrer plus agressifs dans le transfert des fonds de pension contrôlés par les entités publiques vers des entreprises privées. On a postulé qu’il y a au Mexique 150’000 millions (150 milliards) de dollars déposés dans des fonds de pension qui doivent passer aux mains du secteur privé. Dans le même temps, des investissements de 100’000 millions (100 milliards) de dollars dans le secteur de la construction (infrastructures) doivent être canalisés vers le secteur privé.

L’Assemblée de BID a rapporté que les deux hommes les plus riches du monde – Carlos Slim [Mexicain d’origine libanaise, disposant d’une fortune de 73 milliards de dollars selon Forbes et contrôlant Telmex et le conglomérat Carso] ainsi que Bill Gates (Microsoft) – participaient, par vidéoconférence, à la réunion de Panama. Ils ont fait des recommandations sur comment il fallait agir pour faire comme eux. Donc pour transformer les ressources publiques disponibles en sources de richesse privées. Les deux hommes participent actuellement à un programme de santé en Amérique centrale où les «revenus» de ces pays sont administrés par une fondation créée par ces milliardaires. Gates a signalé aux participants qu’en Amérique centrale il y avait des possibilités pour «combiner les connaissances financières, régionales et de la santé» de manière à créer davantage de richesses. Dans le rapport de la BID, il n’est pas fait mention des problèmes de santé que créent ces programmes qu’impulse la BID, programmes qui ne se préoccupent que de l’aspect financier (coût/bénéfice).

C’est au cours de la réunion de Panama, au milieu des discours et de la confusion, qu’est née une nouvelle classe sociale: celle des «vulnérables». Les représentants des entreprises privées qui participaient à la réunion ont souligné l’importance des ordinateurs et de l’emploi informel pour cette nouvelle classe sociale. Les médias régionaux ont pour leur part renforcé leur campagne de désinformation en faisant circuler la version de Washington pour arriver à la conclusion que «les pays situés dans (sur les côtes) le Pacifique grandissent plus rapidement que ceux de l’Atlantique». Certains médias panaméens ont ajouté – en augmentant encore la confusion de la réunion du BID – que «le Mexique avait déjà dépassé la Chine dans les exportations de biens»!

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Marco A. Gandasegui Jr, professeur de sociologie de l’Université de Panama et chercheur associé du Centre d’études latino-américaines Justo Arosemena (CELA). Article publié par ALAI, le 21 mars 2013.

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