samedi
17
août 2019

A l'encontre

La Brèche

Par Madjid Makedhi

Sale temps pour le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah. Ses tergiversations et ses tentatives d’imposer sa propre feuille de route ne passent pas auprès du mouvement populaire. Son discours de lundi dernier, qualifié de provocateur par les manifestants, a eu l’effet contraire.

Il a mobilisé davantage d’Algériens qui sont sortis par millions, aujourd’hui, pour lui demander de dégager. En effet, la mobilisation était au rendez-vous pour ce 14e vendredi dans tout le territoire national.

A Alger, en dépit de la répression [voir l’article ci-dessous) et de l’état de siège instauré pour empêcher l’arrivée des renforts de manifestants des wilayas limitrophes, des centaines de milliers de manifestants ont envahi les différends boulevards et places de la capitale.

Brandissant des emblèmes et des pancartes portant divers slogans hostiles au pouvoir, les protestataires ont violemment chargé Ahmed Gaïd Salah, qualifié «de protecteur des traîtres».

«Djeich, chaab Khawa Khawa, wa El Gaïd Salah ma3a el Khawana (le peuple et l’armée sont unis, mais Gaïd Salah est avec les traîtres)», «Gaid Salah dégage!» et «Gaïd Salah chiyat el Imarat (Gaïd Salah, laudateur des émirats arabe unis)», lancent les manifestants qui se montrent plus déterminés à chasser tous les représentants de l’ancien régime.

Les manifestants ont également exprimé leur rejet de l’Etat militaire que les tenants du régime tentent d’instaurer petit à petit. «Hada echaab la yourid, hokm el 3askar en min Djadid (Ce peuple ne veut pas d’un retour du pouvoir militaire», scandent aussi les manifestants.

Outre la charge réservée au chef d’Etat-major de l’ANP, les marcheurs ayant pris part au 14e vendredi ont réitéré aussi leur rejet de l’élection présidentielle, prévue pour le 4 juillet prochain. «Makench intikhabat, y a l3issabat (il n’y aura pas d’élections espèce de bandes)», lancent-ils encore.

Les manifestants se sont aussi opposés aux tentatives de division des rangs du mouvement populaire en suscitant les clivages régionalistes et identitaires. «Ya ldjihaoui ruh khtina, ladzair kbira wa tkfina (eh régionaliste tu n’as rien à faire parmi nous, l’Algérie est très vaste et elle nous accueillera tous», ajoutent aussi les manifestants, qui n’ont pas manqué aussi de réclamer le départ de Bensalah et du gouvernement Bedoui. (Article publié dans le quotidien El Watan, le 24 mai 2019)

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Des arrestations à Alger en ce 14e vendredi de mobilisation

Par Madjid Makedhi

Le pouvoir reprend sa nature…répressive. Après avoir tenté, plusieurs semaines durant, de se donner le «bon rôle» d’accompagnateur du mouvement populaire, il recourt désormais aux pratiques liberticides de l’ancien régime.

Des arrestations, des fouilles systématiques des automobilistes venant des wilayas de l’intérieur du payas et refoulement des manifestants. C’est un véritable état de siège qui régnait, ce matin, à Alger.

Un impressionnant dispositif policier est déployé, dès les premières heures de la matinée, à l’entrée de la capitale et au niveau des principales places qui accueillaient les foules de manifestants.

Selon des témoins, les agents de police ont procédé à l’arrestation de toutes les personnes brandissant un emblème ou une pancarte. «Une véritable chasse à l’homme a été opérée. Plusieurs dizaines de citoyens ont été arrêtés et conduit vers différents commissariats de police d’Alger», expliquent des témoins qui alerté sur cette vague d’arrestation de manifestants pacifiques qui avait l’habitude de manifester à Alger depuis le 22 février dernier.

«Le niveau de la répression a été levé d’un cran. C’est inexplicable! Il paraît que l’instruction de Gaïd Salah a été vite mise en application», dénonce aussi un internaute.

Outre les arrestations à Alger, les services de police et de gendarmerie ont été aussi instruits d’interdire l’accès à la capitale aux citoyens. Venant de Bejaia, la députée RCD Nora Ouali a été conduite avec ses compagnons au commissariat de Ruisseau, alors qu’elle dispose d’un mandat national.

Selon Saïd Salhi, vice président de la LADDH, cette réaction est un signe de panique chez les tenants du régime. «En panique, le système n’a pas résisté trop, vite il reprend sa nature et dévoile son vrai visage. Voici le coup de force qui s’installe, voici l’Algérie qu’ils nous promettent, celle de l’interdit et de l’étouffement des libertés», dénonce-t-il dans un post sur sa page Facebook.

Et d’ajouter: «Ce matin à Alger, retour aux pratiques que nous croyons révolue avec le mouvement du 22 février qui s’est révolté justement contre tout cela. Les libertés de manifestations pacifiques et publiques, sont les premiers acquis arrachés par le mouvement que le système tente de reprendre aujourd’hui. L’interdiction de la marche avant même l’heure prévue à 14h est un signe de mauvaise volonté du système, une provocation de plus». (Article publié dans le quotidien El Watan, le 24 mai 2019)

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