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juin 2019

A l'encontre

La Brèche

Algerie. «Nous sommes l’avenir, vous êtes le passé»

Publié par Alencontre le 29 - mars - 2019

Alger: 29 mars 14h15

Par Farouk Djouadi

14h00 à la rue Didouche Mourad. De véritables marées humaines, joyeuses et colorées, submergent le cœur de la capitale Alger.

• Des centaines de milliers de manifestants ont défilé, aujourd’hui vendredi à Alger, pour rejeter la proposition du chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, portant sur la mise en oeuvre de l’article 102 de la Constitution et exiger, une nouvelle fois, le départ de tout le régime.

Dès la matinée, vers 9 h 00, des milliers de personnes ont occupé la place Maurice Audin et les alentours de la grande poste. Depuis, les manifestants, munis de drapeaux, algérien et amazigh (berbères), n’ont pas cessé d’affluer au centre-ville en scandant des slogans hostiles au pouvoir. La manifestation a pris toute son ampleur après la fin de la prière de vendredi.

• 14h00 à la rue Didouche Mourad. De véritables marées humaines, joyeuses et colorées, submergent pratiquement la capitale qui a vibrée au rythme des elblad bladna w ndirou rayna (c’est notre pays et c’est à nous de décider», «FLN dégage, système dégage!», lancés par des centaines de milliers de personnes de tous les âges. D’autres slogans, tirés du combat du mouvement citoyen du printemps noir ( 2001), ont été également repris aujourd’hui, à l’instar de “Ulac smah ulac (Pas de pardon)».

Des familles entières, avec enfants et parfois des vieux sur des fauteuils roulants, ont tenu à dire leur mot : «Le peuple veut que vous partiez tous!».

• Les manifestants ont fait preuve, pour le sixième vendredi de suite, d’originalité et de créativité dans la confection des slogans. «Le peuple ordonne à l’armée d’arrêter le gang, puisque vous partez, emmenez Gaïd Salah et Bensalah!», FLN dégage pas de rattrapage!», peut-on lire sur des pancartes qui dominaient la foule compacte où de jeunes bénévoles, en gilets organes, s’affairent à évacuer des personnes qui ont eu des malaises.

D’autres jeunes se sont assignés la tâche de ramasser les bouteilles vides et autres ordures abandonnées par les manifestants.

• Vers 15h40, les policiers postés au niveau du boulevard Mohamed V font usage du canon à eau pour repousser la foule qui grossissait sans cesse. Les éléments des forces de sécurité craignent que les manifestants forcent le passage pour atteindre le palais d’El Mouradia (siège de la présidence de la République). Pas loin de là, une banderole géante signale, à qui veut la lire et surtout la comprendre : «Nous sommes l’avenir, vous êtes le passé».

• A 16 heures, les manifestants occupent tout le centre-ville d’Alger. Ils exigent notamment l’application de l’article 7 de la Constitution qui stipule: le peuple est la source de tout pouvoir. Une réponse claire et nette à Gaïd Salah qui avait suggéré l’application de l’article 102 prévoyant, entre autres, le transfert du pouvoir du Chef de l’Etat au président du Sénat, Abdelakader Bensalah, l’une des plus vieilles figures du régime en place!

16h30. Alger, à l’instar de toutes les villes d’Algérie, respire toujours la contestation pacifique et la liberté… (Informations publiées dans El Watan le 29 mars 2019 à 16 h 55)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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