samedi
17
novembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Chokri Belaïd, assassiné le 6 frévier 2013 et Farhat Hached, assassiné par la Main rouge, le 5 décembre 1952

Chokri Belaïd, assassiné le 6 frévier 2013, et Farhat Hached, assassiné par la Main rouge, le 5 décembre 1952

Par Emile Mitraoui et Ramzi Bettibi

Gouvernorat de Kairouan, 17h20:

L’armée sort quatre chars au niveau de Enfidha [nord-est de la Tunisie, avec un aéroport du même nom]

Tunis, avenue Habib Bourguiba, 17h10:

La police utilise des gaz lacrymogènes sur l’avenue Bourguiba

Tunis, 17h:

Deux à trois cents personnes devant le siège du parti au pouvoir, Ennahdha, crient des slogans pro gouvernement.

 

Mahdia (ville côtière à 200 de Tunis), 17h:

Des casseurs tentent d’incendier un magasin général.

Bizerte [ville du nord de la Tunisie, entre Méditerranée et lac Bizerte] dans l’après-midi:

Alors qu’une manifestation en hommage à Chokri Belaïd était organisée devant le local du parti Ennahdha, un islamiste appelle au calme, tout en expliquant qu’aujourd’hui les laïcs avaient perdu.

Tunis, avenue Bourguiba, 16h50:

La police en force sur l’avenue afin d’essayer de contrer toute tentative de manifestation.

Tunis, Cimetière Djellaz, 16h25:

La foule commence à quitter le cimetière.

Tunis, Cimetière Djellaz, 16h17:

Abdelnacer Laouini  [avocat et leader du Front populaire], porté sur les épaules de la foule pour s’approcher de la dépouille, prononce ces mots: «Aujourd’hui nous avons perdu Chokri, mais nous allons découvrir un nouvel avenir, nous allons dépasser les obscurantistes qui nous gouvernent. C’est fini. Chokri est plus grand que vous. Il est plus grand que vous qui n’appartenez pas à la Tunisie. Le combat maintenant est entre le peuple et vous. La Tunisie va être construite avec le sang de Chokri.»

Tunis, Cimetière Djellaz 16h15:

Inhumation de la dépouille de Chokri Belaïd. Sa tombe se trouve entre celle de Moncef Bey [ce bey de Tunis, entre 1941-1942 cherche à affirmer une indépendance face au «gouvernement de Vichy» et a soutenu le mouvement nationaliste] et celle de Salah Ben Youssef, l’un des principaux chefs de file du Mouvement national tunisien, dans le carré des martyrs.

Hamma Hammami [dirigeant du Parti communiste ouvrier tunisien, devenu en juillet 2012: Parti des Travailleurs, et membre du Front populaire. H. Hammami était un ami de Chokri Belaïd] prend la parole: «Tu n’es pas mort Chokri. Tu resteras vivant pour tous les libres du monde. Nous ne te trahirons pas.» La Foule crie : «Dieu est grand »

Tunis, Cimetière Djellaz, 16h12:

Récitation de la d’Al Fatiha (sourate du Coran) 

Tunis, Cimetière Djellaz, 16h:

La foule se bouscule et se presse près du cercueil de Chokri Belaïd. Certains brandissent leur téléphone et des appareils photo pour immortaliser cet instant historique.

D’autres brandissent le drapeau de la coalition du Front Populaire. On voit également des drapeaux tunisiens.

Tunis, 15h55:

Des voitures ont été incendiées à la fourrière de Bab Alioua.

Sur l’avenue Bourguiba, il y a eu des affrontements devant le théâtre entre des jeunes et la police. Quelques interpellations.

Devant l’ANC des dizaines d’islamistes brandissent des pancartes semblables et des drapeaux noirs se référant aux salafistes et rappelant l’unicité de Dieu en clamant: «Le peuple veut Ennahdha à nouveau».

Tunis, Cimetière Djellaz 15h50:

Le cercueil de Chokri Belaïd quitte la mosquée. La foule chante l’hymne national et scande : «Travail, liberté, dignité!» et «Le peuple veut abattre le système!»

Tunis, avenue Bourguiba 15h40:

Présence massive de policier sur l’avenue. Des casseurs présents plutôt auraient été arrêtés.

La police a demandé aux citoyens de ne pas s’approcher des commerces.

Tout est fait pour que personne ne circule.

Tunis, avenue Bourguiba, 15h05:

Toutes les issues menant à l’avenue Bourguiba sont fermées. Renforts policiers importants. La police a utilisé les voitures des fourrières pour bloquer les rues et empêcher la circulation des véhicules et des piétons.

Tunis, Cimetière Djellaz, 15h:

Le cercueil de Chokri Belaïd vient à peine d’arriver à la mosquée du cimetière. Tir de gaz lacrymogène dans le patio de la mosquée.

Tunis, Cimetière Djellaz, 14h55:

Des renforts policiers arrivent au cimetière où une partie de la foule est en panique.

Tunis, avenue Bourguiba, 14h40:

L’avenue Bourguiba a été vidée par les forces de «l’ordre».

Tunis, Cimetière Djellaz, 14h35:

Le cercueil de Chokri Belaïd vient d’entrer dans le cimetière sous les applaudissements de la foule qui scande : “Ô martyr avec notre âme et notre sang nous nous battrons pour toi!” et qui entonne ensuite l’hymne national.

Tunis Cimetière Djellaz, 14h20:

Le cercueil de Chokri Belaïd est en train d’arriver au cimetière. A l’extérieur du cimetière la situation est encore difficile. Une voiture est en feu.

Tunis, avenue Bourguiba, 14h15:

L’ambiance continue à être tendue. La police tente de bloquer tous les accès à l’avenue. Forte présence policière à pied, en voiture et en moto.

Au niveau de Porte de France un groupe de jeunes tente de provoquer la police posté devant l’ambassade de France.

Au niveau de la fourrière de Bab Alioua affrontement entre un groupe de jeunes et la police. Utilisation de gaz lacrymogène.

Tunis, Cimetière Djellaz, 13h50:

Les personnes présentes au cimetière sont incommodées par l’utilisation du gaz lacrymogène que la police utilise pour chasser les casseurs présents à l’extérieur du cimetière.

Tunis, avenue Bourguiba, 13h40:

Utilisation de gaz lacrymogène et de taser pour essayer de disperser un petit groupe de jeunes. La police les pourchasse dans les rues adjacentes à l’avenue: rue de Paris, rue de Rome et en direction de Place Barcelone.

Tunis Cimetière Djellaz 13h30:

Affrontements entre délinquants et police aux alentours du cimetière. Utilisation de gaz lacrymogène pour tenter de disperser les délinquants.

Tunis 13h20 : Police en action sur l’avenue Bourguiba.

Gafsa, 13h:

Situation tendue au centre-ville. Heurts entre manifestants et forces de l’ordre. Les policiers tirent des bombes à gaz lacrymogène. Certains manifestants ripostent avec des pierres et des cocktails molotov.

Tunis 13h:

La foule présente au cimetière chante l’hymne national.

Arrivée au cimetière du fils de Farhat Hached porté sur les épaules des manifestants.

Tunis 12h45:

Des milliers de personnes attendent la dépouille de Chokri Belaïd au cimetière.

Au même moment au centre-ville de Tunis une manifestation rassemblant des milliers de personnes parties de la place Mohamed Ali, siège de l’UGTT, se dirige vers l’avenue Habib Bourguiba.

Vers 11h30, le Cortège funéraire quitte la maison de culture de Djebal Jloud pour se diriger vers le cimetière Al Djellaz à Tunis.

Dès le début de matinée dans le quartier de Jbel Jloud, où se trouve la maison du père de Chokri Belaïd la foule était nombreuse. Des milliers de personnes citoyens et hommes politiques sont venus rendre un dernier hommage au martyr Chokri Belaïd. Son cercueil se trouvait ce matin à la maison de culture du quartier de Jbel Jelloud.

Vers 11h le cortège a commencé à se diriger vers le cimetière de Djellaz.

Une des filles de Chokri Belaid est installée avec Maya Jribi [la secrétaire du Parti Républicain, biologiste] dans le véhicule de l’armée qui transporte le corps de Chokri Belaïd. Il doit être inhumé près de la tombe de Salah Ben Youssef.

Au cimetière Djellaz la foule est nombreuse a attendre le corps du défunt.

12h00: Le cortège funéraire s’approche du cimetière Djellaz.

Besma Khalfafaoui

Besma Khalfafaoui

12h40: La veuve de Chokri Belaïd [Besma Khalfafaoui] devenue une icône fait le signe de la victoire pour saluer la foule qui attend le cortège funéraire au cimetière Djellaz.

La situation a été très agitée dans le pays. A Tunis les nombreux manifestants ont été dispersés par les forces de l’ordre à coup de gaz lacrymogènes. A Sfax des magasins ont été mis à sac. A Gafsa des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont fait huit blessés.

Aujourd’hui, 8 février, l’ambiance reste tendue dans tout le pays. Des hélicoptères sillonnent le ciel. Le dispositif sécuritaire a été renforcé dans toute la ville.

La journée a été décrétée journée de grève générale par l’UGTT (Union générale tunisienne du Travail). Les établissements universitaires ont fermé leurs portes, ainsi que les administrations et de nombreux magasins. Les services minimums restent assurés.

Situation dans le reste du pays

• A Sfax dans la matinée une manifestation était organisée.

Une minute de silence a été observée devant le local de l’UGTT .

Un cortège funéraire symbolique a été organisé. Il a sillonné les rues du centre-ville. Des slogans hostiles au parti Ennhadhah et appelant à la chute du régime ont été scandés lors de la manifestation.

• A Bizerte les forces de l’ordre suivent de près la manifestation

• A Gafsa l’émotion est forte du fait de la relation très particulière avec Chokri Belaïd qui a été parmi les premiers a soutenir le mouvement de révolte dans le bassin minier en 2008. Aujourd’hui encore une manifestation spontanée a eu lieu. Vers midi elle s’est dispersée. Il ne reste que des sympathisants du Front populaire dans la rue.

•A Mahdia une manifestation a sillonné les rues du centre-ville ce matin. Elle est partie du siège de l’UGTT pour se diriger, via l’avenue du 2 Mars vers le siège du gouvernorat.

• Au Kef [à 175 kilomètres à l’ouest de Tunis] une manifestation pacifique de milliers de personnes au centre-ville pour rendre un dernier hommage à Chokri Belaid.

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Ce reportage des deux journalistes, situés dans dans des endroits différents (avec des vidéos), a été diffusé par le site Nawaat.org qui  est un blog collectif indépendant animé par des Tunisiens. «Conscient que la conquête de la liberté est un combat à mener au quotidien en totale indépendance, le blog de Nawaat est indépendant de toute association, organisation ou gouvernement et ne reçoit aucune subvention publique et n’est financée par aucun parti politique.»

«Notre reporter Emine Mtiraoui a suivi le cortège funéraire depuis sa sortie
de la maison de la culture de Djebal Jloud jusqu’à son inhumation au cimetière de Djellaz.»

«Notre reporter Ramzi Bettibi a couvert les moments précédant
l’arrivée du cortège funéraire au cimetière Djellaz.»

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