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La Brèche

Syrie: le soutien politique doit aussi être concret et financier!

Publié par Alencontre le 9 - février - 2013
Une famille de déplacés syriens le 25 janvier 2013. | AFP/AAMIR QURESHI

Une famille de déplacés syriens le 25 janvier 2013. 

Par Union syndicale Solidaires – Commission internationale

Le Comité pour le secours à la population syrienne (CSPS) est composé d’une quarantaine d’organisations françaises et d’individus; l’Union syndicale Solidaires (France) soutient cette initiative depuis le début. Le CSPS a choisi de s’associer au CODSSY (Collectif Syrien de développement et de secours syrien) constitué d’organisations de secours syriennes enregistrées en France, laïques et indépendantes du pouvoir syrien. En Syrie, elles sont en contact permanent avec la plupart des conseils locaux et coordinations locales indépendants du pouvoir. Le CODSSY détermine avec ces institutions locales les besoins prioritaires et conçoit avec elles des projets à financer qu’elle soumet au CSPS. Le CSPS récolte l’argent auprès des organisations et de la population française. Il le transfère, sous sa responsabilité, par des intermédiaires connus et de confiance habituellement utilisés par les organisations syriennes du CODSSY, aux conseils locaux bénéficiaires des projets en Syrie. Un compte rendu des projets sera remis aux organisations et aux individus donateurs.

Les conseils locaux de Damas et de ses environs proposent de participer au financement de 400 fours à pain, du matériel de 60 équipes de sauvetage des victimes des bombardements, et de 4 centres de formation aux secours. Un autre projet concerne la scolarisation de 300 élèves au Liban. Ces projets ne représentent qu’une part infime des besoins actuels.

Les informations détaillées sont disponibles en s’adressant à: info@codssy.org ou secourssyrie@inter-co.fr. L’Union syndicale Solidaires soutient cette initiative et appelle les organisations membres et les militant-es à y participer.

Pour ceux et celles qui veulent, depuis la Suisse, apporter un soutien par une voie similaire à celle du CODSSY, ils peuvent s’adresser au site alencontre qui les mettra en contact avec une structure de Syriens et Syriennes engagés dans l’aide matérielle à la population syrienne: redaction@alencontre.org

Nous publions, ci-dessous, un article diffusé par le site du CODSSY.

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L’aide humanitaire prise à partie dans le conflit syrien

Par Hélène Sallon

« L’aide humanitaire en Syrie souffre d’un grave déséquilibre. Les zones sous contrôle gouvernemental reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux tandis que les zones insurgées en reçoivent une partie infime », ont alerté, mardi 29 janvier, dans une tribune publiée sur Le Monde.fr, Marie-Pierre Allié, présidente de Médecins sans frontières (MSF) et Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l’action et le savoir humanitaires à MSF. Un cri d’alarme lancé à la veille de la réunion des donateurs organisée au Koweït, sous le patronage des Nations unies, pour tenter de lever 1,5 milliard de dollars pour les cinq millions de Syriens affectés par le conflit.

Cette dissymétrie de l’aide humanitaire était déjà pointée, début janvier, par le Programme alimentaire mondial (PAM). L’agence des Nations unies distribue chaque mois des rations alimentaires à environ 1,5 million de déplacés dans les quatorze gouvernorats syriens, dans les zones où les autorités syriennes l’autorisent à intervenir avec son partenaire local, le Croissant rouge arabe syrien (CRAS). Les régions dans lesquelles le PAM, tout comme les organisations non-gouvernementales syriennes et étrangères ayant obtenu la précieuse autorisation de Damas, peuvent intervenir excluent les zones de guerre et celles contrôlées par les rebelles. Or, alertait Mme Byrs, un million de Syriens vont manquer de vivres, essentiellement dans les zones de guerre.

« LE BON VOULOIR DES AUTORITÉS »

Un chiffre très en dessous des réalités, estiment certaines organisations qui parlent de 4,5 millions de déplacés en Syrie, soit un quart de la population. « Ce chiffre est cohérent, mais invérifiable », commente Alexandre Giraud, le responsable des opérations de Première Urgence-AMI au Moyen-Orient. Le responsable de cette ONG dont les trois employés internationaux et soixante-dix locaux distribuent, en coordination avec le CRAS, de l’eau et des kits d’hygiène à 90’000 familles à Damas, Homs, Hama et Tartous, confirme les limites qui leur sont imposées. « On travaille principalement sur les zones contrôlées par les autorités, à la différence des ONG sans autorisation qui travaillent clandestinement à partir de pays frontaliers et dans les zones rebelles. » Dans ses zones d’intervention, Première urgence est également tributaire du bon vouloir des autorités. « Les autorisations d’aller sur le terrain sont données au compte-goutte tout comme les visas pour les personnels internationaux. Il faut renouveler notre demande d’intervention à chaque déplacement », explique M. Giraud.

Dans une situation sécuritaire dégradée et volatile, le travail des organisations internationales rayonnant depuis Damas est rendu encore plus difficile. « Les distributions sont tributaires de l’accès au terrain, qui varie selon les conditions de sécurité et l’approvisionnement en fioul. On enregistre parfois des jours ou des semaines de retard », reconnaît Emilia Casella, coordinatrice presse du PAM. Les personnels locaux s’exposent à de grands risques. « Des camions ont été attaqués et leur chargement dérobé aux checkpoints ou sur la route par des groupes armés », poursuit-elle. « Il y a des pillages, acquiesce Alexandre Giraud. On est parfois pris dans des tirs croisés et les kidnappings de personnel humanitaire se multiplient. »

UNE PRÉCARISATION ACCRUE DE LA POPULATION

Limitée, leur intervention n’en est pas moins essentielle pour répondre aux besoins croissants d’une partie de la population de déplacés en proie à une précarisation accrue par le pourrissement de la situation et la rigueur de l’hiver syriens. Après vingt-deux mois de guerre civile, les pénuries de pain et de carburant touchent désormais l’ensemble du pays. A Alep, le kg de pain non subventionné se vendait à 250 livres syriennes (LS) fin décembre (2,60 euros au cours actuel, soit 3,20 CHF), contre 15 LS pour le pain jadis subventionné. Le prix du litre de mazout est passé de 16 à 210 LS entre 2011 et fin décembre 2012. L’arrivée massive de déplacés dans certaines régions fait peser une pression énorme sur l’économie locale, commente Emilia Caselli.

« Une proportion significative d’entre eux a connu plusieurs déplacements successifs. Mais les populations sont désormais fixées dans la région de Damas, la zone de Raqqa et les zones kurdes », indique une source syrienne ayant requis l’anonymat pour des raisons de sécurité. Beaucoup sont partis dans l’urgence en pick-up ou en minibus, emportant le minimum. « Les familles partent majoritairement dans des régions où elles connaissent quelqu’un. Ainsi, en dépit du grand nombre de déplacés, une large partie d’entre eux est hébergée chez des proches », poursuit-elle.

Avec la pérennisation de la crise, les besoins dépassent les capacités d’hébergement, et les proches ne peuvent plus toujours subvenir aux besoins des déplacés. Les habitats collectifs se multiplient, en ordre dispersé, sur tout le territoire syrien. Ecoles, mosquées ou immeubles inachevés peuvent accueillir de 5 à plus de 300 familles. Des familles de déplacés ont investi des champs ou les seuils d’immeubles du centre-ville de Damas. Une promiscuité qui fragilise une population de déplacés composée en majorité de femmes, d’enfants et de vieillards poussés à l’exil suite à la mort ou l’emprisonnement des soutiens de famille. « On est sur une corde raide qui peut se briser du jour au lendemain. On peut avoir une augmentation rapide du nombre de morts si les gens sont épuisés après un premier hiver de privations puis six-sept mois de pénuries », alerte notre source syrienne.

UNE AIDE CLANDESTINE CAPITALE

Dans les zones hors de portée des organisations comme le PAM ou Première urgence, la solidarité locale et les réseaux d’aide clandestine animés depuis l’étranger ont permis d’éviter une situation dramatique. Cette aide humanitaire parallèle, organisée par des collectifs de bénévoles étrangers et des membres de la diaspora syrienne, répond à 70% des besoins humanitaires en Syrie, estime la source syrienne sans que ces chiffres puissent être vérifiés. Comme d’autres collectifs avec qui il travaille en coordination, le collectif Life4Syria apporte depuis novembre 2011 une aide aux populations déplacées, en s’appuyant sur des réseaux locaux organisés de façon pyramidale. Proximité et clandestinité sont les garants de leur efficacité. « De proche en proche, on a étendu notre maillage à toute la Syrie jusque dans les zones les plus reculées », explique Amélie Lumbrozzo, membre du collectif.

Ses relais les plus forts sont dans la région de Damas, à Lattaquié, Homs, Hama, Alep, Deir Ezzor et plus difficilement à Raqqa. Le collectif n’a pas les moyens suffisants pour toucher l’ensemble des populations déplacées, mais « est plus rapide en cas d’afflux de réfugiés, car on est affranchis des démarches administratives », indique Amélie Lumbrozzo. Quarante mille familles dépendent aujourd’hui de son aide qui couvre médicaments, vêtements et couverture, nourriture, lait pour enfants, produits d’hygiène et frais de logement. Des besoins que Life4Syria chiffre à 35’000 LS mensuelles par famille de cinq à sept membres en moyenne.

Les risques encourus pour les membres du réseau sont grands. Au regard de la loi adoptée en juillet 2012 par le gouvernement syrien, ils se rendent coupables de terrorisme. « Si l’une des personnes traverse la frontière et se fait prendre avec du matériel médical ou des médicaments, elle s’expose à une arrestation et à un interrogatoire poussé avec tortures. Des menaces pèsent ensuite sur l’ensemble du réseau », explique Mme Lumbrozzo. Pour éviter toute prise de risque, les réseaux n’organisent aucune distribution collective auprès des populations, privilégiant une aide au cas par cas et discrète comme les dons d’argent, de vêtements et de médicaments. A ce jour, le collectif a distribué 115’555 dollars (85’000 euros environ) et 887 kg de vêtements.

LA SOLIDARITÉ DE PROXIMITÉ COMME PRIORITÉ

Si la générosité de ses donateurs individuels suffit encore à alimenter sa capacité d’intervention, Life4Syria observe une augmentation des besoins sur le terrain. La dégradation de la situation sur le terrain a affaibli les sources de financement local et les capacités d’entraide de proximité. « Ceux qui arrivaient encore à tenir, qui pouvaient aider, sont soit partis par la force des choses à cause du danger et de la nécessité de vivre soit ont perdu leur emploi et se retrouvent à leur tour dans la situation de demandeurs d’aide », explique Amélie Lumbrozzo.

« Depuis la fin du ramadan, en septembre, il y a un effondrement complet de la solidarité locale, car les gens ont beaucoup donné à l’aumône légale, qui a été reversée à directement à ces réseaux ou à d’autres réseaux caritatifs », précise une source syrienne. « Quand on peut réabreuver ces personnes-là, les réseaux de solidarité de proximité, latents, renaissent », poursuit Amélie Lumbrozzo. « Notre but est de maintenir en vie une société qui tient en attendant la fin du conflit et d’empêcher que la population ne sombre dans une détresse telle qu’elle céde au diktat du pouvoir en place », poursuit la membre de Life4Syria.

Car, pour ces acteurs, la question des déplacés est aussi et surtout une arme politique utilisée par Damas. « Pour le régime, affamer la population qui s’est alliée avec l’Armée syrienne libre est un mode de punition collective. Il peut aussi créer intentionnellement des flux de réfugiés pour bloquer l’avancée des rebelles et épuiser l’ALS, qui doit alors prioritairement s’occuper d’un flux de réfugiés », affirme la source syrienne.

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Hélène Sallon est journaliste au quotidien Le Monde

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