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La Brèche

Grèce. Samaras: silence… dans l’ordre

Publié par Alencontre le 7 - novembre - 2013
Le matin du 7 novembre 2013, devant le bâtiment de l'ERT

Le matin du 7 novembre 2013, devant le bâtiment de l’ERT

Par Rédaction A l’Encontre

Le 1er janvier 2014, le gouvernement grec doit assumer la présidence du Conseil de l’Union européenne. Le centre d’information de l’UE écrit à ce propos : « Pour plus d’efficacité, les présidences tournantes se regroupent par trois pour définir leurs priorités. Depuis le 1er janvier 2013, la présidence du Conseil de l’UE est assurée par l’Irlande. Ce sera ensuite au tour de la Lituanie au second semestre 2013, puis de la Grèce à partir de 2014. Ces trois pays ont ciblé [sic] comme objectifs principaux le retour de la croissance économique, l’amélioration de la compétitivité et la lutte contre le chômage en Europe. » Le gouvernement Samaras concrétise si bien la réussite de ces objectifs qu’il se doit de disposer de tous les moyens d’information, au moins à l’échelle nationale, pour en assurer une illustration acropolienne.

Dès lors, après avoir voulu réduire au silence, le 11 juin 2013, l’ERT (Ellinikí Radiofonía Tileórasi – Radio-télévision hellénique), licencié les journalistes, les techniciens, les musiciens des orchestres rattachés à l’ERT – afin de supprimer 2000 emplois publics avant la fin de juin 2013 pour obéir aux objectifs de la Troïka –, il dut faire face à une vaste mobilisation sociale et politique, et à une crise gouvernementale momentanée. Cela au moment où « la Commission européenne a pris acte de la décision du gouvernement grec de fermer la radio-télévision publique, tout en insistant sur le rôle indispensable joué par le service audiovisuel public dans la vie démocratique » (Le Monde, 12 juin 2013).

Les bâtiments de l’ERT furent occupés par l’ensemble des salarié·e·s ; les orchestres donnaient des concerts durant tout l’été devant le bâtiment, en présence de milliers de personnes ; les activités culturelles étaient multipliées, bien que tous les employé·e·s soient au chômage ; les émissions continuaient en streaming. L’ERT n’avait jamais été aussi publique que depuis son « auto-gestion » et les débats organisés rompaient avec la machine de propagande aux mains du gouvernement d’Antonis Samaras et de son bras droit, le « social-démocrate » Evangelos Venizelos.

La présidence grecque du Conseil de l’UE se rapprochant, il fallait que les patrons de la Grèce, la Troïka (BCE, UE, FMI), et leur junior partner, le gouvernement grec en tant que représentant des classes dominantes, se réapproprient la Radio-télévision hellénique. Déjà en 2006, l’ambassadeur des Etats-Unis à Athènes portait un jugement réaliste sur le système médiatique gouvernant la Grèce : Quant aux relations entre médias, monde des affaires et gouvernement, « elles sont plus compliquées et incestueuses qu’entre les dieux, les demi-dieux et les hommes dans les mythes grecs » (dépêche diplomatique révélée par Wikileaks). En 2014, les dieux troïkiens rejoindront le panthéon grec.

Ainsi, le 7 novembre, aux alentours de 4h du matin, dans la tradition dictatoriale, une dizaine de sections des MAT (les CRS grecs) bloquèrent le quartier, envahirent le bâtiment de l’ERT et obligèrent les occupants – une cinquantaine – à ramasser leurs affaires et à évacuer de suite les locaux. Pour « l’amélioration de la compétitivité » et « la lutte contre le chômage », seule une voix officielle est adéquate. Dès lors, l’ERT auto-gérée devait être réduite au silence. Ce qui n’est pas encore tout à fait le cas dans la mesure où certains relais régionaux continuent à fonctionner. L’un des journalistes, Nikos Tsinbidas, a lancé au dernier moment un appel : « Dorénavant depuis ces micros vous n’entendrez plus la voix libre des journalistes de la seule radio-télévision publique, bonjour à la Grèce du XXIe siècle… et des années 1930 [dictature de Metaxas]… c’est la fin. » « Pour plus d’efficacité », des policiers ont frappé des journalistes et des techniciens, quatre d’entre eux ont été arrêtés, amenés au poste central de police puis relâchés vers 8 heures, des grenades lacrymogènes ont été jetées peu avant 7 heures pour disperser les premiers supporters des journalistes.

L'ERT menottée...

L’ERT menottée…

Un cliché photographique (voir ci-contre) exprime le sens de cette occupation policière dans « la vie démocratique » : pour assurer la fermeture d’un portail d’entrée, la police a utilisé des menottes. Le procureur qui se trouvait sur place a déclaré qu’il avait reçu, au dernier moment, un appel pour accompagner la police, mettant ainsi en relief que la décision avait été prise par Samaras et un cercle très restreint.

Panagiotis Lafazanis, député et leader du Courant de gauche, qui forme avec le Red Network (DEA, Kokkino, APO) le centre de gravité de la plateforme de gauche de SYRIZA, a déclaré sur une chaîne de radio : « Nous sommes dans un régime de dictature parlementaire. » De nombreux députés de SYRIZA, du KKE (PC), dès la matinée, se sont rendus devant le bâtiment de l’ERT pour affirmer leur solidarité avec les occupants délogés. Tous les partis d’opposition ont condamné la décision. Un chanteur très connu, Vasilis Papakonstantinou, présent le matin même pour marquer sa solidarité, déclarait avec ironie à la chaîne ANT1 TV : « Je suis très content, c’est un matin merveilleux, je fais enfin l’expérience de la nouvelle dictature. Je n’étais pas né lors de la junte de Metaxas et j’étais un enfant lors de celle de Papadopoulos. Finalement, je fais l’expérience d’une junte. »

A l’opposé, le ministre en charge de l’ERT et de la télévision publique grecque affirmait que la nouvelle chaîne mise en place – ayant pour nom NERIT (Nouvelle radio-Internet-télévision hellénique) – s’installerait dans les locaux de l’ERT dans un délai de deux semaines. Il est vrai que la mini-chaîne mise en place après juin par le gouvernement passait un dessin animé de Mickey Mouse au moment où la police occupait l’ERT.

Dès 16 heures, une manifestation importante a commencé devant le siège de l’ERT, qui se trouve dans la périphérie nord de la ville d’Athènes. Le syndicat des journalistes a lancé un mot d’ordre de grève entre 15 et 18 heures et a appelé les travailleurs des médias à rejoindre la manifestation.

Le 6 novembre, la journée de grève et de manifestation, appelée par les deux confédérations syndicales – ADEDY et GSEE –, malgré une pluie torrentielle, avait réuni quelque 20’000 personnes lors du défilé à Athènes. Ce qui n’est pas négligeable dans cette conjoncture. Quelle sera la riposte politique et sociale face à la décision de Samaras de réduire au silence l’ERT, ce qui s’inscrit dans une relance de la politique de « la loi et l’ordre » ? Une loi qui se concrétise, par exemple, dans la toute récente décision d’empêcher l’utilisation du bois de chauffage comme substitut au fioul domestique dont le prix est inaccessible pour près de la moitié des habitants d’Athènes. La polarisation sociale et politique s’accentue. Elle se traduit au sein même de SYRIZA. Les déclarations faites par Alexis Tsipras, leader de la « majorité présidentielle » de SYRIZA, aux Etats-Unis ont suscité de multiples réactions dans la gauche de SYRIZA. L’idée d’un gouvernement de coalition est sous-jacente à l’orientation de Tsipras. Ce qui n’a rien à voir avec un gouvernement de gauche.

 

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