lundi
25
septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Rolex Learning Center de l'EPFL (Lausanne)

Rolex Learning Center de l’EPFL (Lausanne)

Par Cercle La brèche

Le site alencontre.org a publié en date 17 octobre 2014 un texte du Cercle La brèche  qui interrogeait la direction de l’Université de Lausanne (UNIL) à propos d’une directive qui visait clairement l’exercice des droits d’expression à l’Université. La direction de l’Unil a reculé. Que va-t-il se passer? La lecture de ce nouveau texte du Cercle La brèche est fort utile pour saisir, à la fois, la volonté «sécuritaire» qui s’empare de diverses instances en Suisse et les réactions de certaines fractions des «élites enseignantes» qui ne veulent pas remettre en cause un trait «critique» propre à «l’académie» et organisent leur existence à l’université sur la base d’une sélection d’assistant.e.s sur un mode clientélaire et, parfois, familial. (Rédaction A l’Encontre)

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 Le droit de libre expression est le propre d’une véritable université!

A la suite d’une vague d’opposition et quelques heures seulement après le lancement d’une pétition lancée par le Comité pour la défense des libertés démocratiques à l’Unil, la Direction a retiré sa directive 5.4. Celle-ci non seulement interdisait l’affichage en dehors des espaces strictement délimités, à l’encontre d’une tradition bien admise et respectée. La direction de l’UNIL et sa directive soumettaient également à autorisation toute diffusion de journaux, de tracts, les récoltes de signatures (référendum, initiatives, pétitions, etc.) et de fonds. La personne physique et morale du contenu diffusé était responsable du respect de la directive et son application pouvait être déléguée à une association universitaire. Autrement dit: une structure étudiante qui accepterait d’être cooptée par la Direction de l’Unil et d’être une sorte de juge du droit ou non de libre expression. Est-on en Chine, en Russie, à Cuba?

Le retrait a été annoncé par un e-mail du recteur Dominique Arlettaz adressé, lundi 27 octobre, «à tous les membres de la communauté universitaire.» Il y explique que cette décision est motivée parce qu’à «l’évidence les intentions de la Direction ont été mal formulées et n’ont donc pas été comprises.» Quelques jours plus tôt, le 24 octobre, le secrétaire général de l’Unil, Marc de Perrot, dans ses réponses au quotidien Le Temps, disait ceci: «ce texte suscite des incompréhensions. Nous avons probablement employé quelques formulations maladroites.»

De qui se moque-t-on?

Il y a une quinzaine de jours, cette directive était «exclue de toute négociation» (Le Courrier, 15 octobre). Elle a pourtant été retirée, nous dit-on, parce qu’elle était mal formulée, parce qu’elle a été mal comprise. Il faut alors se poser deux questions: La directive a-t-elle été rédigée par des sots, des personnes qui n’apportent pas de soin à ce qu’un règlement soit bien compris? La direction de l’Université n’en avait-elle pas connaissance? Veut-elle accabler une simple juriste, Madame Ray-Suillot. Ou, alors, la direction savait très bien ce qu’elle faisait, même si elle le formulait de manière boiteuse. Si c’est le cas, elle se qualifie elle-même quand elle parle de «formulations maladroites». Qui a donc élaboré effectivement et comment cette directive?

La direction affirme que nous n’avons pas compris ses intentions. Au contraire: nous avons très bien compris quelles étaient ses intentions. C’est parce que la Direction a compris que nous (des étudiant·e·s au corps intermédiaire en passant par une grande partie du professorat) avions compris que la directive a été retirée.

Ses intentions ont été exprimées à diverses reprises, de manière très claire. Un exemple: sur les ondes de la RTS, le 16 octobre, la juriste de l’Université, Martine Ray-Suillot, répondait ainsi à la question sur ce qui serait autorisé sur le campus: «si c’est un objet qui concerne la vie des étudiants, oui; si c’est un objet qui concerne la guerre en Palestine, non.» Elle nuance ensuite en ajoutant que, pour le moins, cela serait beaucoup plus difficile car «la priorité est le bien-être de la communauté universitaire et amener à ce qu’elle soit interrogée sur des choses qui la concerne dans son quotidien à Dorigny.» Alors que tous les médias, que des intellectuels et des universitaires de relief dans le monde entier s’interrogent sur les causes de l’«Opération Bordure protectrice» contre la population de Gaza ou sur le sens de la politique criminel du dictateur Bachar Al-Assad en Syrie, ou encore sur l’assassinat par la gendarmerie en France d’un jeune de 21 ans, Rémi Fraisse, qui manifestait contre la construction anti-écologique du barrage de Sives dans le Tarn, faut-il sauvegarder le «bien-être de la communauté universitaire» en l’isolant de ces questions qui concernent la société civile – au sein de laquelle s’expriment des opinions différentes – ici et ailleurs?

Des étudiant·e·s apathiques?

Inspirée peut-être par les placides moutons que l’Alma Mater élève et fait paître sur son territoire, la Direction plaçait au rang de ses intentions implicites la passivité et l’inertie des étudiant·e·s. Tout comme, de fait, la restriction drastique de la liberté d’expression. Car, enfin, par définition l’Université touche à des questions sociales, politiques et culturelles de tout type. C’est le propre même de l’Université qu’il y aient des débats et des discussions qui dépassent largement «le bien-être» de la communauté universitaire et l’espace étroit de «Dorigny», pour ne pas mentionner sa ferme.

La pensée doit-elle se borner aux rives proches du lac Léman? Il est pourtant impossible de ne pas discuter aujourd’hui au sein de l’Université d’une question comme les migrations, par exemple. Ou ne doit-on en discuter qu’en raison des conséquences négatives de l’initiative «contre l’immigration de masse» sur la «communauté universitaire» (programmes Erasmus et Horizon 2020)? L’éducation et la pédagogie ne peuvent-ils pas êtres débattus? Devrions-nous nous restreindre à demander quelles sont les questions qui seront incluses dans nos prochains examens ou à calculer au plus près nos crédits ECTS? Ne peut-on avoir un intérêt pour des questions théologiques comme celle qui tenterait de connaître l’influence que les différences entre Luther et Calvin ont eue sur le développement de la modernité? Une affiche annonçant une pièce de théâtre de Brecht par une petite troupe estudiantine doit-elle être rendue invisible? Est-il interdit de chercher à comprendre ce qui distingue les approches de John M. Keynes de celles de Karl Marx, d’un Vilfredo Pareto ou d’un Léon Walras, en particulier pour saisir les origines de la crise socio-économique dans laquelle est plongée l’Europe, le Brésil (où les transnationales helvétiques sont si fortement implantées) et bientôt la Chine? Des étudiant·e·s ne pourraient-ils s’informer sur la guerre civile en Syrie ou le bombardement contre Gaza? Certes, il s’agit d’endroits bien éloignés de Dorigny… N’est-il pas possible d’inviter un épidémiologiste pour parler des enjeux de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest tout en organisant une collecte pour Médecins sans frontières (MSF)?

Ces exemples montrent que l’Université est remplie par les questions de société, des questions universelles, qui ne peuvent être écartées, qu’il est impossible de trancher les liens qui l’unissent au monde…

2008: le recteur de l'Unil, Dominique Arlettaz, (à gauche) avec Peter Farago, spécialiste de l'évaluation des «politiques publiques».  En faveur du privé?

2008: le recteur de l’Unil, Dominique Arlettaz,
(à gauche) avec Peter Farago, spécialiste
de l’évaluation des «politiques publiques».
En faveur du privé?

L’exercice de la liberté d’expression…n’a rien à voir avec la possibilité de porter une Rolex.

La Direction convoque à une réunion les «associations, syndicats et groupes de personnes» qui ont manifesté leur opposition à la directive 5.4. «Suite à cet échange, elle reverra la manière d’atteindre le but visé initialement.»

Nous devons êtres attentifs à ce que soit respectée la liberté d’expression, d’organisation (syndicale, associative, culturelle de tous horizons) et l’exercice des droits démocratiques. Que les «interventions de nature commerciale ou promotionnelle» soient contrôlées, cela impliquerait, à juste titre, que le marketing soit réduit au maximum. Il est assez développé par le biais d’Internet. Par contre, distribuer des feuilles d’information – par des étudiant·e·s, des enseignant·e·s, des universitaires de divers pays (Erasmus ne doit pas être oublié!) devrait faire partie intégrante d’une activité universitaire, telle qu’elle est promue dans de nombreuses universités en France, en Allemagne, en Italie, etc…

Une séance de recrutement à Securitas organisée au sein de l’Université (c’est un exemple concret qui renvoie à une action effective, ce mercredi 29 octobre) ne constitue pas, en revanche, une activité de ce type. La firme Securitas peut louer un restaurant à cet effet…

Les étudiant·e·s n’ont pas besoin d’une diffusion promotionnelle supplémentaire à celle dont ils sont bombardés en permanence. Du reste, un campus qui assure la promotion permanente de Rolex – Le Rolex Learning Center – ne peut guère nous donner des leçons à ce sujet. Ou s’agit-il de nous indiquer, de manière subtile, selon la phrase de Jacques Séguéla à propos de l’ancien président français N. Sarkozy, que «si à 50 ans on n’a pas une Rolex on a raté sa vie»? (Cercle la brèche, 29 octobre 2014)

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Libertés publiques et libertés individuelles. Pourquoi les défendre, d’une manière générale et plus spécifiquement à l’Université?

UNIL, mardi 18 novembre – 17h15 – Bâtiment Geopolis, salle: 2224

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Discussion et débat avec Alain Bihr, professeur émérite de sociologie à l’Université de Franche-Comité, membre d’Alternative libertaire. Coordinateur avec Roland Pfefferkorn du Dictionnaire des inégalités (professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg)Ed. Armand Colin, 2014. Alain Bihr est aussi l’auteur (avec R. Pfefferkorn) d’un ouvrage universitaire de référence: Le système des inégalités, Ed. La Découverte, collection, Repères Sociologie

Pour débattre de la nécessité de défendre l’exercice des libertés démocratiques, à l’Université comme ailleurs, nous vous invitons à participer à cette discussion.

Les libertés publiques (libertés de communication, d’information et d’expression, libertés de circulation, de réunion et d’association, liberté de manifestation sur la voie publique, etc.) sont parties intégrantes de la sphère du droit: elles sont le pendant au sein de «l’espace public» (civil et civique) de ce que les libertés individuelles (le droit de propriété privé, le droit de contracter librement avec autrui, la liberté de conscience, etc.,) est à l’espace privé.

Elles sont reconnues comme telles aussi bien par le droit positif de la grande majorité des Etats aujourd’hui que par la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU (1948). Et elles comptent par ailleurs parmi les conditions sine qua non d’une démocratie, quelle qu’en puisse être la forme (démocratie représentative, démocratie participative, démocratie autogestionnaire, etc.) Pourtant, au sein de tous les Etats, même les plus démocratiques, ces libertés sont encadrées et souvent restreintes; quand elles ne sont pas proprement malmenées et bafouées, y compris au sein des espaces où on s’atteindrait au contraire à les voir cultivées au plus au point (les formations politiques, les médias, l’université, par exemple).

Deux questions se posent dès lors: pourquoi en va-t-il ainsi? Et pourquoi les défendre, d’une manière générale et plus spécifiquement à l’intérieur du champ universitaire?

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