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octobre 2017

A l'encontre

La Brèche

L’imbécillité ne s’arrête pas aux feux rouges

Publié par Alencontre le 26 - avril - 2008

L’hebdomadaire  du Parti suisse du Travail, en Suisse française – Gauchehebdo – a publié (dans le numéro 16, du 18 avril) un article ayant trait à une rupture qui s’est produite, en 2006, dans les rangs du MPS. Une rupture qui commence à être rediscutée, dans un nouveau contexte.

Gauchehedo suit donc l’actualité de près ! Il est vrai que son rédacteur, Jérôme Béguin (JB), membre du «groupe genevois» Les Communistes, manifeste tous les réflexes d’un jeune-déjà-vieux-stalinien.

Nous publions ici son texte et un rapide commentaire du MPS (VD-GE). Nous mettons ces deux textes sur notre site, car il est préférable de les publier: cette discussion, certes au sein d’un microcosme, a toutefois sa valeur en termes de rappel historique et de mise en perspective, peut-être utile à ceux qui se réclament de «l’anti-capitalisme». En outre, la maladie campiste et simplificatrice – enfant légitime d’un évangile qui reconquiert quelques adeptes dans le désarroi politique présent – pourrait se répandre à nouveau, entre autres parmi ceux qui occultent la réalité socio-économique, caricaturent la situation politique et les rapports de forces comme leurs évolutions. Cela pour s’auto-convaincre sur le mode de la foi du charbonnier ou de la phraséologie d’un présomptueux rhéteur.

Un militant se revendiquant d’une longue expérience, qui accepte de dialoguer avec un scribouillard de cet acabit (JB) se juge ou se déjuge, lui-même. (réd)

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Au relais de la flamme rouge. 

Des militants du MPS fondent la Gauche anticapitaliste.

Un trotskiste, c’est un groupuscule; deux trotskistes, c’est un parti; trois trotskistes, c’est une scission. La formation d’un énième collectif politique d’inspiration trotskiste, Gauche anticapitaliste, donne une nouvelle fois raison à cette boutade.

Petit rappel des faits pour ceux qui auraient manqué des épisodes. En 2002, des militants de solidaritéS de Genève, de Vaud et du Tessin, sous l’impulsion de trotskistes «historiques» comme Charles-André Udry, quittaient ce parti pour former le Mouvement pour le socialisme (MPS). Ils reprochaient à solidaritéS, constitué en 1992 par la réunion de diverses organisations d’extrêmegauche, de faire preuve d’électoralisme, de participer à «la dépolitisation de jeunes militants» et de renoncer à «l’édification de courants classistes» au sein des syndicats. Le MPS se proposait, lui, de reconstruire «une gauche de la lutte des classes s’inscrivant dans la perspective d’une rupture avec la société capitaliste». Le nouveau mouvement relançait la publication de La Brèche, le titre de la Ligue marxiste révolutionnaire (1969-1989), et faisait parler de lui en 2005 en soutenant le référendum contre l’extension des accords bilatéraux avec l’Union européenne.

Mais en 2006, le MPS connaissait de profonds désaccords internes. D’après un document que nous avons pu consulter, le différent se cristallisait autour du rôle pris dans l’organisation par Charles-André Udry, qui aurait «entrepris des manoeuvres antidémocratiques dignes des pires crapules staliniennes pour imposer son point de vue». Les contestataires quittaient alors le MPS et se rassemblaient autour du journal Lignes rouges.

«Une logique de secte»

Ces militants viennent de se constituer officiellement en mouvement politique en prenant le nom de Gauche anticapitaliste. Parmi eux, le Genevois Paolo Gilardi, bien connu des Romands pour son engagement au sein du GSsA. Pour lui, il était nécessaire de rompre avec le MPS pris dans une «logique de secte avec un gourou». «On ne peut pas se contenter comme le MPS d’analyses, il faut intervenir dans la réalité, dans les luttes sociales», explique-t-il aujourd’hui. Mais leurs principaux griefs, les militants de Gauche anticapitaliste ne les destinent pas au MPS. «Si nous avons décidé de fonder un nouveau collectif politique, c’est parce que notre projet est antinomique par rapport à celui des dirigeants d’A Gauche toute!», peut-on lire dans Lignes rouges. Selon eux, le PST et solidaritéS ont «fait le choix de participer à des gouvernements locaux dont la fonction essentielle est d’assurer les meilleures conditions d’accumulation du capital». Aucun élu de la gauche de la gauche ne trouve grâce à leurs yeux. Par exemple, Paolo Gilardi reproche au conseiller administratif genevois Rémy Pagani d’avoir «brillé par son absence» lors de l’évacuation du squat Rhino. En outre, Rémy Pagani serait intervenu pour trouver un accord avec la fonction publique, empêchant du même coup le lancement d’une grève, qui «aurait été l’occasion de faire l’apprentissage de l’action directe». Denis de la Reussille, le premier citoyen du Locle, serait coupable d’attirer des entreprises dans sa ville et d’en avoir fait la «capitale mondiale de la Saint-Valentin». Quand à Josef Zisyadis, l’unique rescapé d’AGT! au Conseil national, il est accusé d’avoir intégré le groupe des Verts, voté pour Eveline Widmer- Schlumpf et trinqué avec l’UDC André Bugnon lors d’un apéritif… Les membres de la Gauche anticapitaliste se disent «à mille lieues de ces logiques» et, à l’instar de la LCR d’Olivier Besancenot montrée en exemple, ils refusent toute «subordination à la gauche plurielle». Pour Paolo Gilardi, «il faut choisir entre être une gauche gouvernementale ou une gauche anticapitaliste». Il reconnaît que Gauche anticapitaliste ne regroupe encore que peu de membres. «Mais nous avons des militants qui jouent des rôles importants dans les syndicats SSP et Unia». De son côté, Charles-André Udry ne souhaite pas s’exprimer sur les reproches qui lui sont faits: «Je m’occupe d’économie, je ne suis pas au courant de tout cela». «Nous avons convenu de ne pas commenter cette triste affaire», ajoute le Vaudois Alain Gonthier, qui reste fidèle au MPS. Si la gauche suisse romande dispose d’une organisation politique supplémentaire, elle n’en gagne pas pour autant en influence, en efficacité et en clarté. Les travailleurs n’y verront certainement qu’une nouvelle division de la gauche. Difficile de leur donner tort.

Jérôme Béguin

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Flammerole

L’article commis par Jérôme Béguin (JB) ne nécessite pas de longs commentaires. Son titre utilise le terme «relais». JB ne sait peut-être pas que ce mot a plusieurs significations. Par exemple, il renvoie aux «chiens postés sur le parcours d’une chasse, pour remplacer les chiens fatigués». Les chiens fatigués du PdT, parce qu’ayant dû avaler toutes sortes de «vipères lubriques» (insulte utilisée par l’appareil stalinien soviétique et les PC contre les trotskistes et tout opposant), semblent avoir trouvé des relais. Ils s’autoproclament: les communistes; tout en émargeant au budget rédactionnel de Gauchebdo.

En fait, JB et ses collègues assurent la «continuité», donc le «relais» d’un stalinisme dont l’histoire criminelle a été écrite et décrite. Ce stalinisme a déconsidéré profondément l’agir social (les multiples combats de millions de salarié·e·s dans le monde) qui faisait référence aux idées socialistes et communistes, agir qui portait en lui, de manière séminale, les éléments constitutifs d’une société socialiste et démocratique.

Jeter le discrédit est une pratique qui, dans les années 1920 et 1930 et plus tard, en URSS, prolongeait l’insulte par une balle dans la nuque «des opposants de toutes sortes»: anarchistes, socialistes-révolutionnaires, trotskistes, etc.; qui soumettait des millions de personnes à l’exploitation, à l’humiliation, à la maladie et à la mort dans des camps dits de travail. Anton Ciliga et bien d’autres ont dénoncé – faits à l’appui et avec des témoignages incontestés – ce monde concentrationnaire, appelé goulag. La mise au travail forcé, comme on l’a connu aussi dans la Chine dite communiste, servait les objectifs d’une planification centrale permettant au cercle relativement restreint de la nomenklatura de contrôler le surplus social produit par les travailleurs, son utilisation et l’accaparement d’une fraction de cette richesse produite dans la «patrie des travailleurs». Une patrie qui réservait les couloirs centraux des grandes artères à d’imposants véhicules noirs, rideaux fermés, qui transportaient gratuitement la bureaucratie. Un transport gratuit très particulier.

En fait, sans le savoir, JB a peut-être utilisé le mot relais dans son acception de terrain laissé à découvert par l’eau: «les lais et relais de la mer»; «les lais et relais du stalinisme», un terrain où il laisse les traces des gros sabots de l’invective.

Le débat d’idées était pour Marx, Rosa Luxemburg, pour Jaurès, Lénine, Gramsci, Bordiga, Hilferding, Anton Pannekoek, Andres Nin – et pour beaucoup d’autres – une exigence de la pensée critique. Celle qui s’efforce de saisir, sous la surface apparente, les racines et les causes complexes des processus sociaux, économiques et culturels desquels les luttes de classes et leurs dynamiques ne peuvent être détachées.

Le grand silence mortifère sur le vrai débat d’idées – débat qui devrait respecter, prendre au sérieux, les arguments de «l’autre» – a été imposé historiquement, d’abord par l’appareil social-démocrate (la volonté de censurer Engels dans sa seconde préface aux Luttes de classes en France de Marx), puis par les criminels de la social-démocratie qui ont fait exécuter Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, enfin par les organisations staliniennes.

Avec une taille et un esprit lilliputien, Gauchebdo et JB poursuivent cette tradition, de manière désespérée, désolante. La fragmentation des partis «communistes» est une donnée des quatre dernières décennies, au moins depuis 1965 à l’échelle internationale. Utiliser la prétendue «boutade»: «un trotskiste, c’est un groupuscule; deux trotskistes, c’est un parti; trois trotskistes, c’est une scission» a une double connotation: 1° Faire l’impasse sur l’histoire des partis communistes, sur leur grandiose décadence, soit sous la forme du Parti communiste français – «groupusculaire», dirait Béguin – déchiré par les divisions; soit sous la forme du phénix du PCI qui renaît comme Parti démocrate à l’américaine avec Walter Veltroni à sa tête ou comme force politique qui n’a atteint aucun de ses objectifs proclamés: le Parti de la refondation communiste (PRC), présidé par Fausto Bertinotti, ex-président bi-partisan de la Chambre, sous le gouvernement Prodi. 2° Taire les crimes commis contre les militants trotskistes,entre autres.

Un peu d’intelligence devrait conduire à poser deux questions: 1° que s’est-il passé depuis que la contre-offensive idéologique néolibérale et néoconservatrice a été lancée par Sir Keith Joseph, en 1973-74, inspirateur de Mme Thatcher avec l’aide de F. von Hayek ? 2° quelles sont les origines réelles des revers connus par l’ensemble de ce qui était appelé le mouvement ouvrier ? On ne peut certes pas trouver une réponse à ces deux questions dans les «Notes de prison» d’Erich Honecker, l’ancien dictateur de la RDA, 49 pages de texte fournies sur le site des Communistes, animé par JB.

La dignité commande, parfois, de ne pas répondre à ceux qui se font les complices nains d’un drame historique pour l’ensemble des salariés·e·s. La dignité devrait aussi commander une certaine retenue avant d’utiliser l’argument, qui a fait florès dans les partis staliniens, que les idées, l’analyse s’opposeraient à la pratique.

Mouvement pour le socialisme GE-VD

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