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CFF-Cargo. Une relance de la mobilisation est nécessaire

Publié par Alencontre le 18 - juillet - 2008

Pino Sergi

Lors d’une négociation menée en dehors et après une forte mobilisation – telle que celle qui a eu lieu aux Ateliers CFF de Bellinzone (Officine) –, il est normal que les jugements sur l’issue de ces dernières puissent se modifier au cours de quelques semaines. La pression décisive de la mobilisation des salarié·e·s faisant défaut (à la différence de ce qui s’est passé durant tout le mois de mars), le front patronal peut jouer plus aisément ses propres cartes, faire des concessions, puis les reprendre. Et, cela, que ce soit dans le cadre de la table ronde (aussi bien dans les séances plénières que dans des groupes de travail) ou que ce soit à l’extérieur de la table ronde, au moyen de déclarations dans la presse quotidienne ou dans celle de l’entreprise.

Un pas en avant, deux pas en arrière

Dans Solidarietà, nous avons régulièrement indiqué les pas en avant concrets accomplis dans le cadre des négociations dites de la table ronde (du moins lors de ses séances plénières). Ces avancées trouvaient leurs illustrations, de même, dans les prises de position du comité de grève qui était présent lors des séances de la table ronde.

En particulier, à l’occasion de la dernière séance de négociation, tous avaient souligné qu’il existait un consensus très fort autour de l’idée selon laquelle les Ateliers CFF de Bellinzone resteraient partie prenante de l’actuelle structure: une structure publique et qui intègre aussi bien l’entretien et la réparation des wagons que des locomotives ; et cela pour une période allant jusqu’à 2010-2012.

S’ajoutait à cette donnée un accord entre les parties d’élaborer – et quelques groupes de travail ayant des propositions concrètes se sont déjà réunis plus d’une fois – la mise en œuvre de mesures qui permettraient aux Officine de se développer au-delà de cette échéance (2010-2012), en trouvant de nouveaux clients, en améliorant leurs organisations et leurs structures, non seulement grâce à des mesures de rationalisation, mais aussi au moyen de nouveaux investissements.

Toutefois, y compris dans nos derniers articles [voir sur ce site: Les CFF jouent la montre, 22 juin 2008], nous insistions sur le fait que ces «conquêtes» étaient tout sauf acquises tant que les CFF et la direction de l’entreprise n’auraient passées à la phase opérationnelle, traduisant de la sorte, dans des initiatives concrètes, les projets et les propositions qui permettraient effectivement de constater leur volonté de garantir un avenir aux Officine.

Cette absence d’une perspective claire et concrète pour l’avenir des Officine est ressentie par ceux qui y travaillent. Et cela a des conséquences qui ne sont pas secondaires sur l’avenir même des Ateliers. Il suffit d’avoir à l’esprit un processus qui s’est intensifié au cours des dernières semaines: le départ de divers travailleurs, jeunes et qualifiés, qui ont accepté les propositions d’entreprises privées qui apparaissent à leurs yeux leur offrir des perspectives plus sûres que celles que les Ateliers, aujourd’hui, leur procurent. Cela a pour résultat que – ainsi qu’il en est advenu, de manière chronique, au moins au cours des dernières années – les Officine manquent de personnel ; le personnel temporaire, qui a désormais un statut fixe, ne permettant pas de répondre au manque.

La double voie des CFF

En réalité, cette orientation que l’on peut qualifier de double voie des CFF – dire une chose lors de la table ronde, en dire une autre dans l’espace public et travailler de manière souterraine contre les Ateliers CFF de Bellinzone – semble être entrée dans une nouvelle phase.

En témoignent quelques déclarations claires et nettes des dirigeants des CFF et des CFF Cargo en particulier.

Dans l’éditorial du journal d’entreprise des CFF Cargo, Cargoinside, l’administrateur délégué des CFF Cargo, Nicolas Perrin, écrit: «L’avenir des Ateliers de Bellinzone est encore incertain.» Jürgen Mues, le responsable du secteur Asset Management de l’entreprise, est sur la même ligne, lorsqu’il annonce: «En mai, nous avons défini le nouveau modèle organisationnel G-AM et les objectifs pour 2009. En juin, nous compléterons de manière définitive cette phase de réorganisation.»

Et pour ce qui a trait à l’entretien lourd du matériel – activité qui revient aux Ateliers de Bellinzone – Jürgen Mues ajoute que: «En outre, jusqu’à la fin de l’année devra être définie dans ces grandes lignes la répartition de l’entretien lourd. Cet aspect dépendra naturellement de l’issue de la table ronde qui se concentre sur les Ateliers de Bellinzone.»

Ces dernières déclarations représentent un terrible recul par rapport aux accords qui avaient été conclus à l’occasion de la dernière réunion de la table ronde, accords qui indiquaient que l’avenir des Ateliers de Bellinzone, dans la configuration actuelle, s’inscrivait dans la structure présente ; et cela avait fait consensus.

Or, actuellement, resurgit l’hypothèse d’une réorganisation de la maintenance lourde dont les modalités devront être décidées dans un délai allant jusqu’à la fin de l’année 2008. En termes concrets, cela signifie relancer, dans tous les cas de figures, la question d’Yverdon, c’est-à-dire le transfert de l’entretien des locomotives à Yverdon. A cela pourrait s’ajouter, telles que le confirment les allusions diffusées par les cadres dirigeants des Officine, le transfert de la totalité de la structure des Ateliers de la division Cargo (G) à la division passagers (P) des CFF, à laquelle appartiennent, suite aux décisions récentes, toutes les structures récentes d’entretien, de maintenance des CFF.

Si cela était vrai – et certains soutiennent, non sans raison, que la décision a déjà été prise – les conséquences seraient sérieuses pour les Officine. En termes immédiats, cela remettrait en cause la validité de ce qui a été discuté lors de la table ronde et ce sur quoi accord il y a eu.

Un tel transfert impliquerait la réouverture d’ensemble de la discussion sur l’organisation des sites de maintenance, avec la réapparition de la mise en «concurrence» interne des sites d’Olten, Bienne, Yverdon et Bellinzone. Sous certains aspects, une telle situation serait encore pire que celle que l’on pouvait envisager suite à la décision du conseil d’administration de CFF Cargo prise lors du 6 mars 2008 et qui avait allumé la mèche de la lutte à Bellinzone.

Reprendre la mobilisation

Face à une telle situation, il est nécessaire, et rapidement, de faire la clarté. D’une part, il s’agit d’exiger que ce soit dans le cadre de la table ronde et des groupes de travail que les CFF renoncent explicitement à cette perspective et confirment, de manière claire, leur volonté de garantir l’actuelle structure des Ateliers de Bellinzone. D’autre part, il s’agit de réfléchir sur comment faire repartir une mobilisation des travailleurs et de la population afin d’éviter que les CFF ne reviennent en arrière sur les engagements pris au moment de la fin de la mobilisation et au cours de la première phase de la table ronde.

C’est article a été publié dans le bimensuel du MPS Tessin – gauche anticapitaliste, Solidarietà, en date du 17 juillet 2008.

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