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Jérusalem-Est. «Des intrus qui se croient chez eux»

Publié par Alencontre le 21 - novembre - 2014

n-MAISON-DTRUITE--JERUSALEM-large570Par Nissim Behar

Jets de pierres contre grenades lacrymogènes. Catapultes contre Jeep blindées. Pour protester contre le bouclage partiel de Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville), plusieurs dizaines de jeunes de Jabel Moukaber, le quartier où vivaient Rassan et Ouday Abou Jamal, les deux auteurs de la tuerie de la synagogue Kehilat Bnei Torah, ont attaqué le jeudi 20 novembre 2014 les voitures de police filtrant les entrées et sorties de leur zone de résidence. Ils s’en sont également pris à une caserne de gardes-frontières (l’équivalent local de la gendarmerie) située un peu plus loin. Deux heures d’émeute et de violence à l’état pur.

Au lendemain de la destruction, dans le quartier arabe de Silwan, de la maison de l’auteur d’un attentat à la voiture bélier contre le tramway de Jérusalem, la promesse de Benyamin Netanyahou de faire raser «le plus rapidement possible» les deux bâtiments abritant les membres de la «famille terroriste Abou Jamal», a également fait monter la tension à Jabel Moukaber. Les parents du jeune homme ont d’ailleurs reçu jeudi un avis d’expulsion «dans les quarante-huit heures», ce qui a aussitôt entraîné la mobilisation de leurs voisins, prêts à en découdre avec l’«occupant sioniste». [Voir l’article publié sur ce site en date du 20 novembre 2014: «Destruction, sans permis de reconstruction»]

Accroché au versant d’une colline ouvrant sur la Cisjordanie vallonnée, Jabel Moukaber est un ancien village palestinien de 14 000 habitants, intégré de force dans le «Grand Jérusalem» en 1967. Il a connu son heure de gloire en 2003, durant la deuxième Intifada, lorsque le gouvernement d’Ariel Sharon a autorisé la construction de Nof Zion, une colonie juive érigée sur des terres appartenant à 18 agriculteurs expropriés.

«Ils nous regardent comme dans un zoo»

«Onze ans plus tard, la blessure reste vive, assène Ahmed Zahalka, un ancien propriétaire dont l’oliveraie a été rasée. Chaque fois que je passe devant Nof Zion [dont le chantier a été achevé en 2011, ndlr], mon cœur palpite. J’ai l’impression qu’on me nargue.» «Ces gens-là sont des intrus qui se croient chez eux alors qu’ils sont chez nous. Ils nous regardent comme s’ils visitaient un zoo – enchaîne Samir, un ancien instituteur proche du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) – Après ça, étonnez-vous que, durant ces dernières années, beaucoup de chayidin [martyrs] soient sortis de notre village pour entrer en résistance.»

De fait, le 6 mars 2008, Alaa Hicham Abou Dheim avait attaqué au fusil-mitrailleur l’école talmudique Merkaz Harav, l’un des centres nerveux de la colonisation des Territoires palestiniens où il était employé comme homme de peine. Bilan : 8 morts, 40 blessés. Dans la foulée, trois autres habitants de Jabel Moukaber ont perpétré des attentats à la pelleteuse contre des autobus, puis à la voiture bélier contre le tramway de Jérusalem. Ils ont tous été abattus. Nombre de leurs proches ont été arrêtés.

024112009083416000000caricature-mur-palestine«L’occupant dit que Jabel Moukaber est une « pépinière de terroristes »? Tant mieux. Au moins, on est connu pour quelque chose», proclament deux jeunes désœuvrés qui s’amusent à cracher par terre en lançant des insultes gratinées chaque fois que passe une voiture transportant des colons. Agé de 18 ans, le plus jeune prétend s’appeler Ahmad. Il vend des cigarettes égyptiennes de contrebande dans le souk de la vieille ville de Jérusalem, mais son commerce périclite. «Avec toutes ces histoires, il y a moins de monde maintenant. Même les touristes ne viennent plus», dit-il.

Ce qui ne l’empêche pas d’afficher sa solidarité avec lesdits terroristes : «Pour les Israéliens, nous ne sommes qu’une réserve de main-d’œuvre bon marché [1] dans laquelle ils peuvent puiser comme bon leur semble pour achever leurs chantiers et nettoyer leur arrière-cour. Abou Dheim, les cousins Abou Jamal et les autres martyrs leur ont montré qu’ils ont tort de nous mépriser.»

«Frapper un grand coup dont on parle»

Aujourd’hui sur le déclin, le FPLP a longtemps été influent dans l’ex-village. Plusieurs membres du clan Abou Jamal en font d’ailleurs toujours partie, et l’un d’eux est le porte-parole des Brigades Abou Ali Mustapha, la branche armée de l’organisation. Pourtant, Rassan et Ouday n’évoluaient pas dans cette sphère-là. «Comme beaucoup d’entre nous, ils s’étaient fortement rapprochés de l’islam depuis quelques années», affirme l’un de leurs cousins salement tabassé par le Yamam (l’unité antiterroriste de la police israélienne) durant le coup de filet qui a suivi l’attentat de la synagogue(12 arrestations). Et d’ajouter: «Pourquoi s’en sont-ils pris à des juifs en prière? Sans doute parce qu’ils voulaient faire plus fort qu’une attaque à la voiture bélier. Frapper un grand coup dont on parlerait dans le monde entier.» A en croire notre interlocuteur, «le fait de voir des extrémistes juifs monter sur l’esplanade des Mosquées pour y prier faisait plus enrager Rassan et Ouday que la présence de Nof Zion sur nos terres ou que la dégradation des conditions de vie des Palestiniens de Jérusalem. Ça les touchait beaucoup et ils en parlaient souvent en disant qu’ils feraient quelque chose un jour». Ils ont malheureusement tenu parole. (21 novembre 2014, publié dans Libération, p. 6)

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[1 Le maire d’Ashkélon (sud), Itamar Shimoni, a suscuté une levée de boucliers en décidant de bannir provisoirement les ouvriers arabes des chantiers dans les écoles. Netanyahou s’est prononcé contre. Il ne peut aisément, à la fois, lutter contre l’immigration irrégulière et se couper d’une main-d’œuvre pas chère et qualifiées pour les projets d’extension de la présence dans les territoires très écoutés. (Réd. A l’Encontre)

 

Canon télécommandé sur le Mur de séparation, près de la Tombe de Rachel à Bethléem, pouvant indifféremment projeter de l'«eau sale» ou du gaz lacrymogène. «Nahla, sa voisine d'en face, ne cache pas son désespoir et sa fatigue. «J'ai tout essayé pour faire partir cette odeur de ma maison, le savon liquide, le vinaigre, le chlore, rien à faire…», déplore-t-elle, avant de souligner la cruauté de la situation: en plein ramadan, elle qui jeûnait et ne buvait pas une goutte, a dû jeter des trombes d'eau sur son perron, ses marches d'escalier, son carrelage…» (Florence Beaugé, journaliste au quotidien Le Monde, 29 juillet 2014) pouvant indifféremment projeter de l'"eau sale" ou du gaz lacrymogènes. «Nahla, sa voisine d'en face, ne cache pas son désespoir et sa fatigue. « J'ai tout essayé pour fairepartir cette odeur de ma maison, le savon liquide, le vinaigre, le chlore, rien à faire… », déplore-t-elle, avant de souligner la cruauté de la situation : en plein ramadan, elle qui jeûnait et ne buvait pas une goutte, a dû jeter des trombes d'eau sur son perron, ses marches d'escalier, son carrelage…» (Florence Beaugé,  journaliste au quotidien Le Monde, 29 juillet 2014)

Canon télécommandé sur le Mur de séparation, près de la Tombe de Rachel à Bethléem, pouvant indifféremment projeter de l’«eau sale» ou du gaz lacrymogène. «Nahla, sa voisine d’en face, ne cache pas son désespoir et sa fatigue. «J’ai tout essayé pour faire partir cette odeur de ma maison, le savon liquide, le vinaigre, le chlore, rien à faire…», déplore-t-elle, avant de souligner la cruauté de la situation: en plein ramadan, elle qui jeûnait et ne buvait pas une goutte, a dû jeter des trombes d’eau sur son perron, ses marches d’escalier, son carrelage…» (Florence Beaugé, journaliste au quotidien Le Monde, 29 juillet 2014)

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