dimanche
21
octobre 2018

A l'encontre

La Brèche

Par la rédaction de +972

Selon des sources palestiniennes, les troupes israéliennes auraient tué 15 Palestiniens [16 au soir du 1er avril] et blessé 1400 [1505 selon diverses sources, le dimanche 1er avril au soir] manifestants palestiniens au cours de la première journée de ce que les organisateurs appellent «La Marche du Grand Retour», 45 jours de protestations et d’actions prévues pour marquer les 70 ans depuis la Nakba [voir à ce sujet l’ouvrage d’Ilan Papé, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008].

Les mises à jour sont affichées au fur et à mesure du déroulement des événements [sur le blog du site israélien +972, en date du 30 mars 2018; voir de même l’article datant du 1er avril].

• Vendredi 30 mars des milliers de Palestiniens et Palestiniennes [pour l’essentiel une population de réfugié·e·s] protestent à Gaza près de la barrière frontalière militarisée avec Israël. La manifestation marque le début de la «Marche du Grand Retour», une série de 45 jours d’événements dont le point culminant est prévu pour le 15 mai, jour de la Nakba.

L’armée israélienne a présenté la marche comme étant une provocation violente organisée par le Hamas, mais les organisateurs de la marche ont souligné qu’il s’agit d’une protestation apolitique et non-violente contre les conditions de vie insupportables à Gaza et pour le droit au retour des Palestiniens.

Mise à jour 19h (de 13h15 à 19h)

Les autorités palestiniennes dans la bande de Gaza rapportent que les troupes israéliennes ont tué 12 personnes pendant les manifestations du vendredi 30 mars, ce qui porte à 13 le nombre total de tués depuis le matin. Environ 1100 personnes ont été blessées et sont soignées par le personnel médical pour des blessures par balles réelles et inhalation de gaz lacrymogènes [selon divers rapports la munition utilisée visait à infliger des blessures graves].

Mise à jour 16h15

Des manifestations marquant la Journée de la Terre ont également lieu en Cisjordanie. Le Croissant-Rouge fait état de 30 Palestiniens blessés, principalement par inhalation de gaz lacrymogènes et par des balles recouvertes de caoutchouc, lors de manifestations à Hébron, à Ramallah et dans la région de Naplouse.

Mise à jour 16h00

Le ministère palestinien de la Santé rapporte qu’un septième Palestinien a été tué. Plus de 500 Palestiniens ont été blessés pendant les manifestations.

Ayman Odeh, président de la Liste unifiée [membre de la Knesset depuis le 31 mars 2015, à la tête d’une liste réunissant divers partis arabes israéliens], a dénoncé l’utilisation par l’armée de balles réelles contre des manifestants non armés. «Précisément à l’occasion de la fête juive de la liberté [Pessa’h du 30 mars au 7 avril 2018], les résidents de la plus grande prison du monde [Gaza avec ses 2 millions d’habitant·e·s] demandent à vivre. Hommes, femmes et enfants, habitants de Gaza, marchent pour exiger leur liberté, face à l’indifférence et à la cruauté. Du point de vue d’Israël, il n’existe aucune forme légitime de protestation palestinienne. Même un tel modèle de lutte populaire non-violente se heurte à des soldats armés qui n’hésitent pas à tirer sur des manifestants non armés. Israël doit immédiatement cesser les tirs et permettre aux habitants de Gaza de mener à bien leur protestation juste et légitime.»

Mise à jour 14h45

Depuis le début de la matinée, les Gazaouis se rassemblent le long de la frontière orientale de la bande de Gaza. Au bord de Shajaia, près du check-point désaffecté de Karmi, Mouna Jadalah raconte au correspondant de +972 Magazine: «Nous venons ici aujourd’hui en paix, sans pierres, sans rien, sans aucune sorte d’armes. J’espère que l’armée traitera cette marche du retour avec sagesse et qu’elle ne tirera pas sur les manifestants.»

Mise à jour 14h15

Le ministère palestinien de la Santé fait état de 365 Palestiniens blessés et quatre tués depuis ce matin [au soir du 1er avril 2018, le manque de matériel médical pour soigner les blessés par balle était présenté par les médecins palestiniens de manière tragique].

Mise à jour 14h00

Selon une déclaration publiée par un porte-parole de l’armée israélienne, 17’000 Palestiniens protestent à cinq endroits différents le long de zone frontalière avec Gaza.

Bien que la marche du retour soit organisée par tout un éventail de forces, Israël continue de qualifier la marche d’événement organisé par le Hamas. «Le Hamas est entièrement responsable des événements et de leurs conséquences», a déclaré le porte-parole de l’armée. L’armée israélienne, quant à elle, utilise des munitions réelles et des gaz lacrymogènes contre les manifestants palestiniens.

Les organisateurs sont affiliés à tout un éventail de partis et de mouvements politiques palestiniens, mais les dirigeants du Hamas ont participé à la marche vendredi matin et Ismail Haniyyeh aurait prononcé un discours le matin.

Mise à jour 13h45

Le Croissant-Rouge signale qu’un manifestant palestinien a été tué, ce qui porte à deux le nombre total de victimes.

Mise à jour 13h15

Les médias palestiniens rapportent que des dizaines de manifestants ont été blessés depuis le début de la marche ce matin. Selon le Croissant-Rouge palestinien, 54 Palestiniens ont été blessés, la majorité par des tirs israéliens.

Cette année, les Palestiniens marqueront les 70 ans depuis la Nakba (en arabe, «la catastrophe») de 1948. Pendant la guerre de 1948 et ses suites, Israël a détruit des centaines de villages palestiniens et plus de 700’000 Palestiniens ont été expulsés ou ont fui leurs foyers. Environ 70% de la population de Gaza sont des réfugié·e·s, ce qui signifie qu’eux-mêmes ou leurs grands-parents ont fui ou ont été directement expulsés des villes et des villages du territoire qui est devenu Israël en 1948.

• Le Magazine +972 s’est entretenu avec l’un des organisateurs de la «La Marche du Grand Retour», plus tôt cette semaine. Selon Hasan al-Kurd, un organisateur de gauche à Gaza, le plan est de monter des camps à une distance entre 700 et 1000 mètres de la barrière marquant la frontière israélienne, donc en dehors de la zone tampon imposée unilatéralement par l’armée israélienne, où toute personne qui pénètre est susceptible d’être abattue. Dans les semaines précédant la Journée de la Nakba, il y aura chaque semaine des marches, des courses cyclistes et d’autres événements, dans le but d’attirer davantage de participants en cours de route. D’ici la mi-mai, on s’attend à ce que des dizaines ou des centaines de milliers de personnes s’y joignent.

«Nous voulons des familles. Nous voulons vivre en paix avec les Israéliens», a déclaré M. al-Kurd. «Nous sommes contre les jets de pierres ou même les pneus incendiés. Nous veillerons à ce que la protestation ne dégénère pas en violence, du moins de notre côté.»

Cependant, même avant le début de la marche, les «forces de sécurité» israéliennes ont lancé une campagne publique présentant la «La Marche du Grand Retour» comme un événement violent parrainé par le Hamas. Le chef d’état-major de l’armée israélienne a annoncé le déploiement de 100 tireurs d’élite et de plusieurs brigades d’infanterie dans la zone de la barrière frontalière de Gaza. Les généraux israéliens ont averti qu’il y aurait des victimes.

L’armée israélienne a personnellement menacé les propriétaires de compagnies de bus et leurs familles contre le transport des manifestant·e·s jusqu’à la frontière. Le général Yoav Mordechai a déclaré à la chaîne de télévision Al-Hura: «De mon point de vue, si les compagnies de bus que vous possédez prennent une partie des manifestants et les amènent à la frontière, vous et vos familles serez tenus personnellement responsables.»

La marche de vendredi à Gaza coïncide également avec l’anniversaire de la Journée de la Terre, qui commémore la manière dont les forces de sécurité israéliennes ont réagi en 1976 face à une grève générale et à une protestation de masse des citoyens palestiniens d’Israël, en tuant six personnes et en blessant une centaine d’autres.

Lors de la Journée de la Terre et de la Journée de la Nakba en 2011, des milliers de Palestiniens du Liban, de Syrie, de Cisjordanie et de Gaza, ainsi que de l’intérieur d’Israël, avaient marché aux frontières du pays. Aux frontières libanaise, syrienne et de Gaza, l’armée a riposté par des coups de feu, tuant des dizaines de personnes et en blessant des centaines d’autres. (Publié sur le site de +972, en date du 30 mars 2018; traduction A l’Encontre)

*****

Manifestations d’Israéliens solidaires
avec la «Marche du Grand Retour»

Par Joshua Leifer

Quelque 300 Israéliens et Israélienne ont protesté le long de la frontière de Gaza samedi 31 mars en solidarité avec les manifestations de la «Marche du Grand Retour» à Gaza qui ont commencé un jour plus tôt. A travers un champ de blé, les tentes blanches de la marche étaient visibles à travers la brume printanière.

La manifestation a été organisée par la Coalition des femmes pour la paix, une organisation féministe et anti-occupation.

Vendredi, les troupes israéliennes ont tué au moins 15 personnes et blessé 1400 manifestants prenant part à la première journée de la «Marche du Grand Retour», 45 jours de protestations et d’événements prévus pour marquer les 70 ans de la Nakba.

Les manifestations à Gaza ont eu lieu à plusieurs endroits le long de la frontière de la bande côtière (Gaza strip) assiégée. La manifestation de solidarité israélienne est venue en partie en réponse à la violente répression de la manifestation par Israël vendredi. Au moins 30’000 personnes ont participé à la marche de vendredi.

L’armée israélienne n’a signalé aucun blessé parmi ses troupes, bien qu’elle ait eu recours à la force meurtrière contre les manifestants non armés. Un certain nombre de jeunes Palestiniens ont jeté des pierres et brûlé des pneus au voisinage de la frontière israélienne. Tard dans la journée, après le départ de la plupart des manifestant·e·s, l’armée israélienne a déclaré que deux hommes armés se sont approchés de la frontière et ont été tués par la suite. Les troupes israéliennes avaient déjà tiré sur plus de 700 personnes avant que cet incident ne se produise.

«Je ne sais pas quoi dire. Rien ne justifiait ce qu’ils nous ont fait», a déclaré Hasan al-Kurd, l’un des organisateurs de la marche du retour à Gaza, après la fin de la manifestation vendredi. «J’ai vu des enfants et des familles entières à plus d’un demi-kilomètre de la clôture et ils leur tiraient encore dessus. Pourquoi? Quelle menace les enfants qui se tiennent à des centaines de mètres de distance représentent-ils pour les chars et les soldats armés?»

«Aujourd’hui, de nombreux morts et blessés nous ont été infligés», a ajouté M. al-Kurd. «Mais pensent-ils que cela va vraiment nous arrêter? Nous n’avons pas d’autres options que de continuer à protester.»

Les organisateurs de la marche du retour à Gaza ont explicitement déclaré que la manifestation se voulait non-violente. Et pourtant, avant même le début de la marche, les forces de sécurité israéliennes ont lancé une campagne publique en la présentant comme un événement violent parrainé par le Hamas. Le chef d’état-major de l’armée israélienne a annoncé le déploiement de 100 tireurs d’élite, et les généraux israéliens ont averti à l’avance qu’il y aurait des pertes palestiniennes. […]

Joshua Leifer est associé à la rédaction de +972 ; il écrit aussi pour les magazines Jacobin et Dissent.

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Nicaragua: «100 jours de lutte pour la liberté», conférence de presse du 25 juillet

Voir la traduction française de cette conférence de presse publiée sur le site A l'Encontre le 26 juillet 2018

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Nicaragua: paysans assassinés par les paramilitaires d'Ortega

Voir l'appel de solidarité internationale publié sur le site A l'Encontre le 18 juillet 2018

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