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juillet 2017

A l'encontre

La Brèche

Les émeutes de la fin ?

Publié par Alencontre le 9 - janvier - 2011

Nous publions ci-dessous quelques extraits de la presse algérienne (Réd.)

Par Sofiane Aït-Iflis

Alger ainsi que d’autres villes du pays ont connu jeudi et vendredi de violentes émeutes. Des manifestants, qui se recrutent principalement dans la population juvénile, ont, partout, au niveau des quartiers comme sur les axes routiers et autoroutiers, érigé des barricades, brûlé des pneus et se sont affrontés avec les forces de l’ordre.

Les émeutes, expression d’un marasme social profond, ont éclaté suite à des augmentations subites et vertigineuses des prix de certains produits de consommation, le sucre et l’huile notamment. Mais elles étaient déjà dans l’air bien avant ce jeudi fatidique. L’embrasement était prévisible, tant éprouvant était devenu le quotidien, du fait d’une stagnation salariale parallèlement à une inflation allant inexorablement crescendo.

D’ailleurs le soulèvement de ce jeudi dans plusieurs villes du pays n’était qu’un cran de plus dans une protestation populaire qui a émaillé toute l’année 2010. La statistique est d’ailleurs édifiante. Effarante. Il a été dénombré plus de 10’000 émeutes. Tous les problèmes s’exposent par l’émeute et c’est par elle qu’ils se résolvent ou se corsent. Qu’il s’agisse de dénoncer une «hogra», un travers administratif ou de réclamer un logement, le recours à la barricade a été et poursuit d’être quasi-systématique. Des partis politiques, à l’instar du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie – d’orientation bourgeoise), ont su lire et décoder le mécontentement social et ont eu la lucidité d’alerter quant à la menace d’embrasement généralisé. Ils ont vu juste. Et c’est arrivé plus tôt qu’attendu, comme pour signifier au Premier ministre que c’est plutôt lui et son gouvernement et non l’opposition qui se trompent de société.

Ahmed Ouyahia, polémiquant avec le RCD, lors du débat autour de sa déclaration de politique générale, s’était, on se le rappelle, laissé aller à cette réplique: «vous avez l’habitude de vous tromper de société.» Le Premier ministre a parlé, donc, tout faux. La rue qui gronde inlassablement et éructe des colères du genre de celle vécue jeudi apporte un démenti cinglant au gouvernement qui s’emploie à vendre, convoquant les chiffres en renfort, son idée d’une gouvernance éclairée.

Deux quinquennats plus tard et deux années du troisième bientôt consommées, le président Bouteflika et ses gouvernements successifs ont raté lamentablement de réussir le pari promis d’une paix sociale. Pourtant que d’argent dépensé ! Les deux premiers quinquennats ont été dotés d’une enveloppe totale de près de 300 milliards de dollars. Et celui en cours bénéficie de 286 milliards de dollars. Autant d’argent pour ne produire que… l’émeute, la performance restera assurément pour longtemps inégalée. Ça restera le paradoxe d’un pays qui s’enorgueillit de thésauriser 155 milliards de réserves de change, pendant que sa population se trouve assidûment fréquentée par la mal-vie. Les ratages de la gouvernance sont là, patents, traduits par les émeutes. Il demeure juste de savoir s’il faut en entendre un chant du cygne, voir les signes d’une fin de règne ?

* Publié le 8 janvier 2011 dans Le Soir d’Algérie

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Tizi Ouzou: les affrontements se poursuivent

Par Nordine Douici

Les affrontements ont repris, samedi 8 janvier 2011, à travers plusieurs quartiers de la ville de Tizi Ouzou et certaines localités de la wilaya.

Il est midi. Plusieurs dizaines de jeunes manifestants se regroupent devant le siège de la CNEP, situé au boulevard Abane-Ramdane, au centre-ville. Un bac à ordure fut brûlé. Des barricades sont dressées sur la chaussée à l’aide de panneaux métalliques et de blocs de pierres. Les vitres de l’édifice ont été brisées. Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre sont intervenues, usant de gaz lacrymogène pour repousser les manifestants.

Les échanges de tires de gaz lacrymogène, de projectiles et d’insultes entre les deux camps se sont poursuivis jusqu’à 18h. Dans le même temps d’autres foyers d’émeutes ont éclaté. Dans les autres localités, à l’image de Ain El Hammam, des heurts se sont produits dans la ville de l’ex-Michelet. Les jeunes ont barricadé plusieurs ruelles; ce qu’à suscité l’intervention de la police. Les émeutiers ont mis le feu à la banque de développement local (BDL). L’édifice a été complètement ravagé par les flammes, d’après notre correspondant sur place. Les jeunes en furie, s’en sont pris, par la suite au tribunal.

Dans la même localité, à 5 km du chef-lieu communal, un groupe de jeunes du village Ath Bouyousef, ont bloqué la RN15 dans la nuit à l’aide de pneus enflammés. A dix kilomètres l’est de Tizi Ouzou, dans la daïra de Draâ Ben Khedda, l’agence de la banque d’Algérie (BNA) est passée à sac par les manifestants qui ont continué le long de l’après-midi à harceler les brigades antiémeute. Notons en fin, que dans la nuit de vendredi, le commissariat de la ville de Tademaït a été la cible des protestataires.

Les jets de pierres ont causé des blessées parmi les policiers, selon des sources locales. La rue principale de la commune de Tizi Ghénif, dans le sud de la wilaya, a été bloquée dans la nuit de vendredi, mais aucun incident n’a été enregistré.

* Journaliste, publié dans El Watan, le 8 janvier 2011

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L’engrenage !

Par Mohamed Boufatah

La nuit de jeudi 6 janvier à vendredi 7 janvier a été témoin de la colère des Algérois.

L’épicentre des émeutes nocturnes a été Bab El Oued (Alger). Jeudi soir, c’était un décor quasi apocalyptique. Hier, les émeutes ont laissé place aux rumeurs les plus folles. L’inquiétude, sur fond d’incertitude, marquait tous les visages à travers les rues, ruelles et places publiques. Les rues ont retrouvé leur aspect habituel hier, après avoir été nettoyées. Les véhicules calcinés avaient été enlevés à l’aube.

Décidément, Alger qui s’embrase la nuit, efface ses séquelles pendant la journée. Mobilisés depuis l’aube, les agents de Netcom et des communes sont passés par là. Ils ont tout nettoyé, indiquent les citoyens rencontrés sur les lieux. Seules les traces de fumée sont visibles sur les murs de certains concessionnaires automobiles, unités industrielles, et même les agences bancaires, les mairies, et des institutions publiques. Des magasins sont cambriolés. Des bris de verre, des cendres, des bacs à ordures brûlés et autres objets hétéroclites jonchent les rues. Des plaques de signalisation arrachées, horloges et abribus détruits sont là pour confirmer la violence de la veille. Cela contraste avec l’atmosphère régnant à la fin d’après-midi d’hier. Même si des colonnes de fumée montaient encore au ciel. Le calme n’a duré que quelques heures.

Les détonations des grenades lacrymogènes se font entendre. Des balles sont aussi tirées. Parties d’une rumeur relative à une éventuelle descente de police sur le marché du quartier populaire de Bab El Oued en vue de déloger les vendeurs à la sauvette, les émeutes nocturnes se sont étendues à plusieurs quartiers de la capitale. Outre Bab El Oued, l’onde de choc s’est propagée vers l’ouest touchant El Madania, Aïn Benian. El Biar, Chéraga, Baïnem sont aussi concernés. D’autres quartiers tels Kouba, Hussein Dey, Belcourt, Bachdjarrah, Bab Ezzouar et Bordj El-Kiffan ont été le théâtre de violentes émeutes. L’édifice de l’opérateur de téléphonie mobile Nedjma, sis cité Aadl de Bab Ezzouar, a été pris d’assaut par les groupes d’émeutiers durant la nuit de jeudi à vendredi. Si les forces antiémeute présentes en force autour de l’édifice, les ont empêchés de le saccager il n’en demeure pas moins que l’impact des jets de pierres et les bris de verre des vitres brisées témoignent des affrontements nocturnes. Les mêmes traces sont constatées sur la façade de l’hôtel Ibis situé à quelques mètres de là.

En plus des deux à trois hélicoptères qui survolent le ciel de la capitale, les renforts du CNS provenant d’autres wilayas continuent d’affluer sur Alger. Ils sont observés sur la RN 12 et l’autoroute, selon plusieurs témoignages. Dans un calme précaire précédant la tempête, les agents du CNS avec des colonnes de camions à leur tête des chasse-neige et camions pompe à eau chaude, sont postés un peu partout à proximité des institutions publiques et zones sensibles. Dans le quartier voisin dit «les Bananiers», l’antenne de police locale à l’instar de toutes les structures du même corps de sécurité, a essuyé visiblement, une pluie de projectiles. La chaussée noircie et les restes de pneus brûlés sur les pénétrantes de la RN12 et la route menant vers Bordj El Kiffan renseignent sur ce qui s’est passé la veille. Ces routes ont été barricadées, avant l’éclatement des affrontements, apprend-on.

Les services de sécurité surveillaient le nouveau centre commercial, inauguré l’été dernier et attenant au grand hôtel Mercure. Quant à l’université toute proche, elle était sous haute surveillance. Un peu plus loin, dans un climat de sauve-qui-peut les ouvriers du groupe Etrhb, s’attellent à rassembler le matériel du chantier pour probablement le délocaliser et le sauver des déprédations. Sur la route longeant le quartier «Bateau cassé», les arrêts de bus sont noirs de monde. Les gens sont là mais les transporteurs, par précaution, se font très rares, expliquent quelques riverains. Quant aux concessionnaires ayant élu domicile à Bordj El-Kiffan, ayant fait l’objet des tentatives d’actes de vandalisme, ils ont presque tous vidé leurs parkings. Visiblement, aucun véhicule n’est laissé dans leurs espaces d’exposition respectifs, ni dans leurs parkings.

Là encore, sous l’effet de la psychose, des chaînes monstres se sont formées devant les boulangers. Les pompes à essence sont les autres points où se bousculent les automobilistes d’autant plus que 3 à 4 stations-service Naftal ont été brûlées la veille à Kouba et El Biar. Les unités industrielles n’ont pas été épargnées. La police, sur le qui-vive, encerclait hier, les mosquées des quartiers sensibles de la capitale. Dans le quartier des Anassers, près de la localité de Diar el Afia, l’établissement d’un concessionnaire Renault-Dacia est totalement calciné. Les traces d’un incendie, et les véhicules caillassés sont encore sur les lieux. Le magasin de la marque Adidas se trouvant à El-Biar, dont les rideaux ont été défoncés, est cambriolé, selon plusieurs témoins. Les émeutiers ont tenté de saccager le bâtiment de l’Eepad et l’agence Djezzy. Le siège de l’APC d’El-Madania, a essuyé à son tour des jets de toutes sortes de projectiles. Ceci dit, les activités économiques dans les infrastructures névralgiques comme le port d’Alger et l’aéroport ont sensiblement baissé de rythme jusqu’à la limite du blocage. Quant au quartier de Bab El-Oued, d’où est partie l’étincelle des émeutes, plusieurs arrestations, des blessés et des dégâts importants ont été enregistrés. On a constaté le saccage des établissements Renault à la Baseta et près de l’hôpital Maillot, le lycée Saïd Touati, l‘établissement Bellat et l’agence de l’opérateur Mobilis ainsi que l’Inspection des impôts sise au quartier Raïs Hamidou.

* Publié dans L’Expression, le 8 janvier 2011

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