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Egypte. Quel soutien populaire?

Publié par Alencontre le 1 - septembre - 2013
Gigi Ibrahim

Gigi Ibrahim

Par Nina Hubinet

Le milliardaire Naguib Sawiris, un des hommes les plus riches de l’Egypte, a lancé le 31 août, par Twitter, la proposition d’interdire, durant deux ans, les sit-in et les manifestations. Il n’en est pas à son premier essai. En mai 2011, il avait twitté la prescription suivante: «Bonjour Egypte. Ne pourrait-on pas avoir un jour sans grève, manifestation, soulèvement et sit-in! Laissez souffler l’Egypte!» Cette fois le texte affirmait: «Il n’y a pas de solution pour la croissance de ce pays, si ce n’est de mettre fin aux démonstrations, aux sit-in pour deux ans, de reprendre notre souffle et construire notre Etat.» Sawiria était moins bavard lorsqu’une des sociétés de la famille, Osracsom Construction Industries, avait des démêlés avec le gouvernement concernant un «différend» portant sur les impôts.

Son dernier twitt ne semble pas avoir été bien accueilli. Des milliers et milliers de réponses ont envahi les réseaux sociaux. Elles reflètent, partiellement, les résistances à la consolidation d’un régime d’ordre placé sous la houlette d’Al-Sissi et de l’armée. Afin de traduire une des réactions politiques en cours en Egypte face à la situation présente, nous publions ci-dessous un extrait d’un article du quotidien La Croix (30 août 2013). Il donne la parole à Gigi Ibrahim, une blogueuse connue et une membre des Socialistes révolutionnaires. (Rédaction A l’Encontre)

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[…] Cette version officielle des événements [«les Frères musulmans étaient armés, le type de répression était nécessaire»] alimentée par les chaînes de télévision publiques et privées, peu d’Égyptiens osent la contester en public. De jeunes activistes, souvent ceux qui avaient appelé la population à descendre dans la rue en janvier 2011, commencent pourtant à faire entendre un autre son de cloche.

«Je n’aime pas particulièrement les Frères musulmans, je considère que ce sont des conservateurs rétrogrades à tendance dictatoriale. Mais je ne peux pas non plus approuver le fait qu’on décide de tous les tuer?!», s’exclame Gigi Ibrahim, membre des Socialistes révolutionnaires et activiste pro-démocratie de la première heure. Elle déplore qu’un grand nombre de forces politiques non islamistes continuent de soutenir l’armée: «Beaucoup de mes amis, dont des gens qui ont participé à la révolution, considèrent que les Frères musulmans sont des fascistes et que, pour les écraser, on peut s’allier avec n’importe qui. C’est la position du parti socialiste Tagammu, de l’Alliance socialiste populaire… C’est honteux.»

Le mouvement des jeunes du 6 avril

Comme elle, plusieurs militants qui ont manifesté le 30 juin contre Mohamed Morsi n’ont pas tardé, ensuite, à prendre leurs distances avec le nouveau pouvoir. C’est le cas du mouvement des Jeunes du 6?Avril, l’un des fers de lance du soulèvement contre Hosni Moubarak. Mais ce pas de côté n’est pas sans conséquences: des plaintes ont été déposées, ces derniers jours, contre Ahmed Maher, Asmaa Mah­fouz et Esraa Abdel Fattah, tous trois fondateurs du mouvement. Ils sont soupçonnés d’avoir perçu de l’argent de l’étranger pour provoquer des troubles en Égypte, des accusations typiques de l’ère Moubarak contre les opposants politiques.

«Pour l’instant, ces plaintes n’ont pas débouché sur l’ouverture d’une enquête, mais c’est un avertissement. Cela veut dire?: si vous êtes trop critiques, vous aurez des ennuis avec la justice», précise Gigi Ibrahim. Mohamed El Baradei, le leader de l’opposition libérale qui a quitté son poste de vice-président après le massacre du 14 août, est de son côté accusé d’avoir «trahi la confiance du peuple» en faisant défection.

La répression contre les mouvements sociaux est, selon ces activistes, un autre signe de la dérive autoritaire du pouvoir actuel. Des ouvriers en grève d’une usine métallurgique de Suez sont ainsi présentés par le ministre de travail comme des Frères musulmans infiltrés, dont le seul but est de paralyser l’économie.

Le soutien populaire dont jouit le pouvoir peut-il durer?

«Lors de nos premières manifestations, juste après la révolution, on nous traitait de “feloul” (des nostalgiques de l’ancien régime). Maintenant, on dit que nous sommes des Frères musulmans», se désole Amr Youssef, délégué syndical de la Suez Steel Company. Selon lui, le gouvernement intérimaire tente de disqualifier leurs revendications – le règlement de salaires et primes impayés – en les liant au conflit politique. Et à Mahalla, la grande ville ouvrière du delta du Nil, des chars ont encerclé lundi les usines textiles, où 20 000 ouvriers sont en grève depuis quelques jours.

Le soutien populaire dont jouit le pouvoir peut-il durer? «Lorsque les gens vont se rendre compte que le général Sissi, qu’ils voient comme un sauveur, n’est pas capable de résoudre les problèmes économiques du pays, l’opinion va se retourner», estime Gigi Ibrahim. Une vision que tempère Karim Ennarah: «S’il y a à nouveau des violences d’aussi grande ampleur que celles des dernières semaines, les autorités seront en mesure de maintenir le consensus autour de la répression et de faire taire toute voix discordante, au-delà des islamistes.»

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