jeudi
30
mars 2017

A l'encontre

La Brèche

2013-635131315147011696-701Ce lundi 26 août 2013, un «comité technique», chargé d’amender la Constitution élaborée en 2012 par les Frères musulmans, a transmis son projet au président par intérim Adly Mansour. Ce comité a été formé selon l’article 28 de la Déclaration constitutionnelle proclamée par Mansour le 8 juillet. Sur la base de ce projet, Adly Mansour doit transmettre ce document à un «comité de 50 membres» censé représenter «tous les secteurs de la société», depuis les représentants des partis, en passant par les intellectuels, les travailleurs et les paysans, sans oublier des membres de la police, de l’armée et de Al-Azhar, ainsi que des sommets de l’Eglise copte. Ce qui ne constitue pas une rupture avec une tradition formelle du pouvoir antérieur au 25 janvier 2011. Les «forces laïques» seront majoritaires, à l’opposé de la «commission de 100 membres» qui avait établi la Constitution de 2012, avec son article 219 imposant des règles propres «à un islamisme strict». L’élimination de cet article peut susciter des débats. Des représentants de la «gauche» et «du mouvement syndical» ont aussi vocation à siéger dans cette commission. Le masque civil et constitutionnel du pouvoir installé par le général Al-Sissi, le 3 juillet 2013, devrait ainsi être consolidé sous la devise de l’impérative «union nationale». Pour autant que «l’élaboration constitutionnelle» ne fournisse pas un terrain plus conflictuel que prévu de négociations.

La répression fort brutale contre les Frères musulmans, du 14 août au 21 août – «dispersion» du sit-in de Rabaa Al-Adawiya ainsi que de celui d’Al-Nahda – a fait un nombre de morts qui reste inconnu, si ce n’est les 37 prisonniers tués par suffocation lors de leur transfert par la police vers la prison d’Abou Zaabal. Les arrestations – selon le Front de défense des protestataires égyptiens – se montent à 1876. Un nombre significatif a été détenu durant 15 jours et d’autres relâchés sous caution. Quelque 200 prisonniers sont accusés de crimes impliquant de lourdes peines. Le procès des trois dirigeants de la Confrérie – Mohamed Badie, Khairat al-Chater et Mohamed Rachad Bayoumi – a été repoussé, dimanche 25 août, au 29 octobre 2013. Le pouvoir semble tester une répression «ferme mais ciblée». Le procès en appel de Moubarak a été ajourné au 14 septembre. Le dossier, qui vient d’être complété par 15’000 pages supplémentaires, va certainement permettre un report de deux ou trois mois.

Toutefois, l’essentiel est ailleurs. La crise économique ne cesse de s’approfondir. Le chômage progresse fortement. Le couvre-feu ne stimule pas le commerce. Les sommes déposées par des Etats du Golfe auprès de la Banque centrale ne vont pas mettre de l’essence super dans le moteur, au moment où les investisseurs «occidentaux» désertent le pays. Le FMI reste sur ses positions: la «stabilité sociale et politique n’est pas assurée pour permettre de débloquer les 4,8 milliards de prêts».

Le gouvernement va donc se trouver, à nouveau, devant la «question sociale». Il ne s’agit pas de mésestimer le coup porté le 3 juillet 2013 au «processus révolutionnaire» et les difficultés issues pour la gauche radicale de mener une claire opposition, à la fois, au gouvernement d’Al-Sissi et à la politique des Frères musulmans. Toutefois, les signes, peut-être précaires, d’une relance des mobilisations sociales doivent retenir toute notre attention. Voilà une des raisons pour lesquelles nous publions cet article ayant trait à la grève des travailleurs et travailleuses du textile à Mahalla, un lieu emblématique des luttes syndicales et politiques. (Rédaction A l’Encontre)

*****

Par Marwa Hussein

Les salariés de la plus grande usine de textile d’Egypte, travaillant en équipe, ont arrêté leurs machines et déclaré une grève illimitée jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

10’000 travailleuses et travailleurs ­­de la compagnie du secteur public égyptien Weaving and Textile Compagny de la ville de Mahalla ont commencé une grève lundi matin, 26 août 2013, affirmant que la direction de l’entreprise n’a pas respecté les délais de paiement de leur bonus au terme de la règle instituant une participation aux profits.

Les travailleuses et travailleurs de Mahalla, qui totalisent quelque 24’000 personnes, avaient déjà initié une grève le mois dernier après n’avoir reçu que la moitié de leurs bonus, soit l’équivalent de 45 jours de salaire. La direction avait promis qu’ils recevraient le solde de la somme en même temps que leur paie du mois d’août. Cette promesse ne s’est jamais matérialisée.

Le chef de la firme, Ibrahim Badr, a déclaré à Ahram Online :«Le ministre des Finances a reporté le paiement en raison de la situation économique actuelle. Je ne peux pas dire exactement quand l’argent sera disponible, mais cela ne prendra pas plus de quelques jours.» 

En opposition au récit des travailleurs, Badr affirme que seules quelques centaines des travailleurs d’une équipe spécifique de l’entreprise sont en grève.

Les grévistes ont émis d’autres revendications, dont celle de la démission du chef du holding du tissage et de la filature, Fouad Abdel-Alim, ainsi que la suspension du comité syndical actuel – dirigé par l’Etat – qui a été accusé par les travailleurs de prendre parti pour la direction.

«La démission de Fouad Abdel-Alim est une revendication centrale. Nous le connaissons très bien. L’entreprise ne fleurira jamais tant qu’il occupera ce poste» a déclaré Kamal el-Fayoumi, un travailleur qui est devenu un personnage connu après avoir joué un rôle clé dans les grèves organisées dans le cadre du renversement de Moubarak. 

Badr commente: «Ce n’est pas l’affaire des travailleurs de décider qui doit être démis ou nommé: il s’agit là de la responsabilité de l’Etat.» 

Les négociations concernant la manière de sortir de cette situation bloquée sont en cours entre les représentants des travailleurs et le gouverneur militaire d’al-Mahalla.

Le conflit entre Abdel-Alim et les travailleurs de Mahalla s’est développé au cours des années, depuis qu’il a été nommé à la tête de l’entreprise.

Il a été démis de son poste au milieu d’importantes grèves après le 25 janvier [2011]. El-Fayoumi ajoute: «Nous sommes convaincus que son renvoi correspondait à une concession faite aux travailleurs, mais le gouvernement l’a promu à nouveau par la suite.» 

Les travailleuses et travailleurs de Mahalla ont une longue tradition de militantisme. Ils ont conduit de nombreuses grèves, autant avant qu’après le 25 janvier 2011. Ils débutèrent une vague d’actions ouvrières en 2006 puis, à nouveau, en 2008 ce qui représenta un défi ouvert au régime d’alors.

La ville de Mahalla, située dans le delta du Nil, a été le siège cette année-là des plus vastes protestations contre le régime de Moubarak, ancien de 30 ans.

Commençant comme une grève ouvrière, les protestations évoluèrent une lutte généralisée à la suite d’affrontements avec les forces de sécurité. Pour la première fois, des portraits de Moubarak étaient barbouillés et piétinés ; ces images commencèrent à circuler sur internet, indiquant le commencement de la chute du dictateur égyptien jusqu’alors craint.

Les grèves des travailleurs travailleuses de Mahalla contre le régime du président expulsé gagnèrent une vaste popularité. Il est accepté par de nombreux militants et analystes en Egypte que ces dernières contribuèrent de façon significative à la préparation du terrain pour le déclenchement de la révolution du 25 janvier [2011]. (Traduction A l’Encontre)

Article publié le 26 août 2013 sur le site de Ahram Online en anglais.

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