vendredi
18
août 2017

A l'encontre

La Brèche

4360953_3_8a19_un-partisan-d-al-sissi-brandit-son-portrait-au_a0d2b7e59ac5a8e131459bdddcd4cc8dPar Omeïma Kamal

En Eygpte, le suspense dure pour ce qui a trait aux candidatures à l’élection présidentielle. Le 27 janvier 2014, le président par intérim Adli Mansour a promu Abdel-Fattah al-Sissi au rang honorifique de maréchal. Selon certains, cette mise sur un piédestal doit renforcer sa glorification et son profil de «sauveur du pays» et constituer une étape sur la route présidentielle. Cela dans un climat politique que Khaled Abdel Hamid – l’un des fondateurs du Front La Voie de la Révolution qui s’oppose à la fois aux Frères musulmans et au pouvoir des militaires – qualifie «d’hystérique» (ahram online du 6 février 2014).

Pour se présenter à l’élection présidentielle, Al-Sissi doit démissionner de ses fonctions et de l’armée et se présenter comme «simple citoyen».

Mais, ses liens avec l’armée – qui est aussi un acteur économique de premier rang – ne seront pas rompus. Loin de là. Or, cette armée est l’un des usurpateurs de la richesse produite par la classe laborieuse. Al-Sissi devra donc faire face – parmi d’autres problèmes – avant tout à la «question sociale». D’où la réticence exprimée par diverses forces en place – y compris dans les pays du Golfe qui assurent des fonds – qu’Al-Sissi et l’armée se mettent sur l’avant-scène politique. Assurer «l’ordre» est prioritaire.

En effet, la «patience populaire» face au pouvoir despotique des décennies ayant précédé le 25 janvier 2011 pourrait bien être moins docile. Or, rien n’indique que les choix socio-économiques à venir, sous une présidence Al-Sissi, seront différents de ceux qui prévalent actuellement. En fin novembre 2013, Omeïma Kamal, dans un quotidien de renom, a traité avec ironie la politique de classe du gouvernement du Premier ministre Hazem Al-Beblaoui. Les «interrogations» lancées dans cet article gardent toute leur actualité. (Réd. A l’Encontre)

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Je ne sais pas s’il faut remercier le gouvernement pour l’audace et la détermination dont il a fait preuve face aux travailleurs et aux travailleuses de l’entreprise de textile Samanoud dans le gouvernorat de Gharbeïeh (delta du Nil) – en novembre 2013 – en dispersant leur sit-in à l’aide de policiers abrités dans des véhicules blindés lançant des bombes lacrymogènes et en arrêtant trois travailleurs. Je ne sais pas davantage s’il faut saluer le gouvernement qui est resté imperturbable et dont la main n’a pas tremblé en traitant de la sorte les revendications de ces travailleurs qui jurent ne pas avoir été payés un seul centime par leur employeur depuis trois mois. Seul le désespoir les a poussés à bloquer le chemin de fer dans l’espoir qu’un responsable compatisse avec eux et leurs enfants, alors que tout le monde leur demande de ne pas bloquer la route, par respect pour les intérêts des autres qui doivent aller gagner leur vie et nourrir leurs enfants.

Le gouvernement a peut-être agi de la sorte par reconnaissance envers ceux qui exercent sur lui un terrorisme intellectuel en qualifiant sa main de tremblante. Il devait donc prouver, qu’au contraire, il avait une main de fer chaque fois qu’il avait affaire à une poignée d’individus qui ne respectaient pas les intérêts supérieurs de la nation. Des individus qui ne cessent de réciter une litanie de revendications monotones et ridicules telles qu’avoir de quoi nourrir leurs familles, envoyer leurs enfants à l’école ou à la fac, acheter une bombonne de gaz, payer la facture de la propreté et de l’électricité, payer les traites du ventilateur, du lave-linge ou de la parabole de la télévision, et cela pour éviter d’aller en prison pour endettement.

Non, la main du gouvernement ne tremble plus. Ce dernier a à l’œil ces quelques égoïstes qui ne sont pas assez généreux avec leur pays pour accepter que leurs enfants aient faim, qu’ils aient froid parce qu’ils n’ont pas de quoi se couvrir cet hiver ou qu’ils arrêtent d’aller à l’école ou pour laisser au gouvernement quelques mois pour réunir les ressources suffisantes pour payer leurs salaires mensuels. Ces égoïstes ne mettent-ils pas ainsi la patrie en danger?

Maintenant que nous sommes sûrs que la main du gouvernement ne tremble plus, qu’elle est de fer, n’ayons pas de doute qu’elle ne tremblera pas davantage face aux hommes d’affaires. Et qu’il est certain que désormais, elle ne permettra plus qu’un homme d’affaires se retire, furieux, d’une réunion à laquelle participent deux ministres parce qu’il refuse de payer les taxes immobilières pour ses usines, taxe dont l’application a déjà été reportée plusieurs fois. Et, bien entendu, ce gouvernement de fer insistera pour que les patrons paient ces taxes qui ne coûtent que la somme dérisoire de 3500 livres (370 € ou 450 CHF) pour chaque usine d’une valeur d’un million de livres (105’000 € ou 129’000 CHF). La patrie n’est-elle pas en danger?

Et, bien entendu, le gouvernement ne tremblera plus, maintenant qu’il a enfilé des gants de fer, devant qui que ce soit. Ainsi lorsque le ministre de l’Industrie, pressé par les hommes d’affaires, demandera au gouvernement (ce qu’il a fait) une augmentation, dans le budget de l’Etat, des subventions aux exportateurs parce que les subventions actuelles dépassant les 3 milliards de livres ne leur suffisent plus, ce dernier balaiera certainement cette demande d’un revers de sa main de fer. Il ne se souciera même pas de rappeler qu’il n’a même pas assez d’argent pour payer les 20 millions de livres de salaires qu’il doit aux ouvriers de l’entreprise de textile Samanoud. Comment pourrait-il trouver des milliards à donner à quelques exportateurs? La patrie n’est-elle pas en danger?

On aurait tort de penser que le gouvernement, qui ne tremble plus, se pliera aux exigences des hommes d’affaires qui refusent les impôts progressifs. Il tiendra à les imposer pour avoir les ressources suffisantes à la satisfaction des besoins essentiels des citoyens, quitte à mécontenter ses amis les plus désintéressés, ou plutôt les plus intéressés. La patrie n’est-elle pas en danger?

Il faudrait être de mauvaise foi pour imaginer que ce gouvernement au cœur de pierre pourrait renoncer à appliquer au secteur privé le salaire minimum de 1200 livres comme il prévoit de le faire pour le secteur public ou qu’il pourrait reporter son application le temps de donner au secteur privé l’occasion d’influencer l’ETUF (Confédération syndicale officielle), puisque les représentants des hommes d’affaires et ceux des travailleurs préfèrent visiblement négocier directement sans la présence de l’Etat ni celle des syndicats indépendants! A cette occasion, le gouvernement aura certainement à cœur de prouver qu’il ne tremble pas. Pour preuve, il renoncera à l’idée de recourir à une commission neutre pour parvenir à un accord avec le secteur privé sur le salaire minimum. Il dira clairement qu’elle ne pourrait rester neutre entre deux forces sociales inégales et qu’il est de son devoir d’appuyer la partie la plus faible. Et il imposera au secteur privé le salaire minimum afin que celui-ci couvre l’ensemble des salarié·e·s d’Egypte

Il se pourrait même qu’il ait l’audace de rappeler aux hommes d’affaires les années où les gouvernements successifs prenaient aveuglément parti pour eux. Où les patrons d’usines profitaient des subventions à l’énergie en pompant des milliards du budget de l’Etat et qu’ils continuent à payer l’énergie deux fois moins que son prix sur les marchés internationaux. Il leur rappellera qu’ils n’ont pas subi d’augmentation depuis la décision du gouvernement Hecham Qendil [Premier ministre de juillet 2012 au début juillet 2013] d’augmenter le prix de l’énergie de 4 à 6 dollars/unité calorique. Il leur dira qu’il est grand temps de payer l’énergie à son prix réel. La patrie n’est-elle pas en danger?

Le gouvernement ne manquera pas de donner une nouvelle preuve irréfutable qu’elle a bien soigné la tremblote dont certains l’affublent. Il reconnaîtra inéluctablement son erreur récente de limiter l’application du salaire minimum à la seule administration publique, excluant du champ d’application de la loi les entreprises publiques notamment celles de l’assurance, l’électricité, le pétrole ainsi que les banques et les établissements financiers publics. Il confessera qu’il avait pris cette décision pour ménager la grande famille de la bureaucratie, qui comprend les cadres supérieurs de l’Etat, unis par les liens familiaux aux hommes du pouvoir. Il déclarera qu’aucun secteur de l’Etat n’aura de dérogation, d’autant plus qu’il est établi que le nombre de fonctionnaires de l’administration publique dont le revenu dépasse le salaire maximum est à peine de 8000. Tandis que si le salaire maximum était appliqué à l’ensemble des salariés de l’Etat, il procurerait 20 milliards de livres (2 milliards et 210 millions € ou 2 milliards et 577 millions CHF) selon les déclarations des responsables de l’Organisme de la régulation et de l’administration. Cette somme suffirait probablement à payer les salaires de tous ceux qui pourraient être tentés de bloquer les chemins de fer. La patrie n’est-elle pas en danger?

Ce gouvernement qui a endurci son cœur et ne tremble plus démontrera une nouvelle fois à ceux qui l’accusent d’avoir la tremblote qu’il résiste comme un lion aux pressions aux exportateurs de riz qui veulent absolument ouvrir en grand les portes de l’exportation pour faire rentrer des bénéfices dont ne profiteront qu’une poignée de commerçants peu soucieux que l’annonce de l’ouverture à l’exportation ait fait grimper le prix local du riz de 500 livres (53 € ou 64 CHF)/tonne. Même si ceci menace les entreprises publiques d’être incapables de fournir les quantités demandées aux prix accessibles aux revenus modestes prévus avant la hausse récente. C’est pour cela que le gouvernement prendra certainement en compte l’intérêt de la grande majorité des amateurs de riz égyptiens et fermera la porte à l’exportation. La patrie n’est-elle pas en danger?

Le gouvernement aux membres de fer ne craindra désormais plus la domination des hommes d’affaires. Il ne se contentera sans doute pas des avertissements qu’il a adressés à vingt patrons célèbres, qui ont acquis 40 km² près de la route du désert Le Caire-Alexandrie contre l’engagement de les cultiver et qui ont renié leur engagement en y construisant des villages de vacances. Face à cette attitude, le gouvernement prendra sûrement des mesures radicales pour restituer à l’Etat ses droits. La patrie n’est-elle pas en danger?

Si le gouvernement n’agit pas, la patrie restera en danger, il se trouvera toujours des gens pour bloquer le chemin de fer et le pouvoir qui continuera à leur prouver son audace! (Publié dans le quotidien de renom Al-Shorouk, le 20 novembre 2013, traduit par Hany Hanna pour A l’Encontre)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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