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Egypte: la permanence des services sécuritaires

Publié par Alencontre le 23 - janvier - 2013

policeegyptePar Aliaa Al-Korachi

«Nous avons changé de doctrine pour nous adapter à l’après 25 janvier (…) nous considérons tous les partis politiques de la même manière (…) nous devenons la police du peuple ». Les extraits du premier message adressé au public par le nouveau ministre de l’Intérieur, Mohamad Ibrahim, nommé il y a quelques jours, semblent rassurants.

Mais ces propos sont restés lettre morte : deux ans après la révolution du 25 janvier, le débat autour de la nécessitéde reformer profondément cette instance n’a jamais abouti. Le ressentiment des Egyptiens envers la brutalité policière a été l’un des principaux déclencheurs de la révolution. Qui pourrait l’oublier ? L’un des moments clés de la période ayant mené au soulèvement a été la mort de Khaled Saïd, ce jeune Alexandrin battu à mort par des policiers.

Khaled Saïd, devenu l’une des icônes de la révolution, n’a pas été le seul a être ainsi traité. A l’époque, 350 autres cas de torture policière ont été recensés par les organisations de droits de l’homme. Le choix même du 25 janvier, journée nationale de la police pour démarrer la révolte, n’est pas lié au hasard. Ce jour férié, qui avait pour but de commémorer l’héroïsme de la police égyptienne lors de la lutte contre le régime colonial britannique, est devenu au fil du temps une consécration de l’oppression.

Abusant de la loi d’urgence, l’appareil sécuritaire, pour garder le régime politique en place, a mené toutes formes de répression contre l’opposition. La grogne était à son comble et l’attaque des commissariats de police lors du soulèvement de 2011 n’a pas été surprenante. Le «Vendredi de la colère »(28 janvier 2011), les officiers de police abandonnent leurs postes en masse et se retirent des rues, marquant l’effondrement de l’appareil sécuritaire.

Pas de stratégie claire

Cet effondrement de la police, l’expert sécuritaire Mahmoud Katary le compare à un château de cartes qui s’écroule : «Sous l’ancien régime, le monopole du pouvoir, la corruption, l’absence de transparence se sont fortement reflétés sur les appareils sécuritaires, affaiblissant sa performance sécuritaire et causant d’importants problèmes dans sa structure et ses méthodes de travail ». Selon lui, «après la révolution, les policiers ont retrouvé leur place, mais la sécurité est toujours absente, puisque le ministère de l’Intérieur n’a pas encore adopté de stratégie claire ni pour remédier à ce déséquilibre, ni pour établir de relation saine entre les services de sécurité et les citoyens ».

L’évolution, qui se résume à 5 changements de ministres, est jugés uperficielle. Pour gagner la confiance du peuple, le premier ministre de l’Intérieur après la révolution n’avait pas hésité à évincer plusieurs responsables. L’emblème de la police «Le peuple et la police au service du pays» est devenue «La police au service du peuple».

La Sûreté d’Etat, considérée comme l’outil le plus répressif, s’est transformée en un «appareil pour la sécurité nationale». Autant de nouvelles dénominations qui n’ont cependant rien changé aux fondements de ces institutions.

Changements de figures, pas de méthodes

Le licenciement de 587 généraux de police et les mutations de milliers d’autres policiers par le ministre Mansour Al-Essawi n’ont pas apaisé la colère populaire qui appelle toujours au jugement des coupables de meurtres des révolutionnaires. Plus récemment, le ministère a annoncé en grande pompe un «département des droits de l’homme qui sera prochainement présent dans chaque direction de la sécurité nationale et des hotlines pour recevoir les plaintes des citoyens». Mais est-ce suffisant ? Apparemment non, puisque ce département, présidé par un policier et non par un civil, alimente toujours les craintes. Ces changements de pure forme ne font pas oublier que le travail se poursuit avec les méthodes d’autrefois. Les rapports des organisations de droits de l’homme ne cessent d’enregistrer des cas de torture et de violence.

Selon un rapport publié par le centre Al-Nadim pour la réhabilitation des victimes de la violence policière portant sur un bilan des 100 premiers jours du mandat du président Morsi, 34 personnes ont perdu la vie dans les locaux de commissariats, les lieux publics, ou les prisons à cause de brutalités policières. Il y a eu 88 cas de torture et 7 cas d’agression sexuelle. «La doctrine qui régit le travail de la police se basant sur un regard hostile envers les citoyens n’a pas changé », s’insurge Katary.

Katary donne l’exemple de la politique des contraventions routières encourageant leur multiplication en échange de primes aux policiers. «Le policier oublie son rôle essentiel qui est d’organiser la circulation et se jette dans une course aux amendes », dit Katary. Cette même logique régit les forces antiémeutes qui continuent à utiliser, lors de presque toutes les manifestations, des gaz lacrymogènes.

Législations en projet

Parallèlement, une série de lois est en train d’être préparée. En cas de mauvaise application, elles pourraient redonner pleinement à l’appareil de sécurité son rôle d’antan. Ainsi la loi d’urgence a été annulée pour être remplacée par une «loi de la protection des acquis de la révolution»donnant plus de pouvoir ­­– et sans aucun contrôle ­ aux policiers. Un autre projet de loi concernant «le droit de manifester »est en cours d’élaboration, et va dans le sens de plus de répression envers les manifestants. Par ailleurs, dans la nouvelle Constitution, le président de la République reste toujours le chef de la police.

De plus, un projet de loi pour «la restructuration de la police », préparé par les députés du Parti Liberté et Justice qui entendaient le présenter avant la dissolution de l’Assemblée du peuple, est maintenant déposé au Conseil consultatif. Il prévoit la création de «comités populaires »au sein de chaque commissariat de police, formés de certains imams, de représentants d’ONG et de parlementaires. Des comités dont les actions pourraient facilement déraper …

Pour le politologue Yousri Al-Azabawi, la réforme du ministère de l’Intérieur ne doit pas être dictée par un parti politique pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs et éviter qu’il ne redevienne un outil dans les mains du parti au pouvoir. «La restructuration doit émaner de l’intérieur du ministère. Le nouveau ministre se trouve face à un défi de taille : faire de la police un appareil de sécurité professionnel et non plus politisé », conclut Al-Azabawi. (23 janvier 2013)

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Publié dans Al Ahram.

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