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décembre 2018

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La Brèche

Ryanair. «Une grève transnationale», premier jour

Publié par Alencontre le 26 - juillet - 2018

Par Eric Renette
et Nicolas Perrin

[…] «Dix vols sur onze annulés à Bruxelles, 90% du personnel en grève», assurait Didier Lebbe (CNE). A Charleroi (Belgique), la plus grosse base de la low cost en Belgique, on est à plus de 60%, indiquait Yves Lambot (du syndicat CNE). D’autres vols ont eu lieu, ceux qui provenaient de bases qui n’étaient pas concernées par la grève. Les quelques vols assurés depuis la Belgique l’ont été avec du personnel Ryanair de Belgique et non gréviste, apparemment. La «crew room» avait été nettoyée et pour une fois que les équipages n’étaient pas là, des boissons et des snacks avaient été mis à disposition du personnel, signalaient certains membres qui prenaient ce geste (à l’intention d’une éventuelle inspection sociale?) pour une provocation de plus.

Pour les cinq syndicats qui avaient lancé leur mot d’ordre de grève dans les quatre pays européens, en tous les cas, c’est «un succès» , une «première historique» , le «début d’autre chose» . «Il y a encore rien qu’un an, personne n’aurait osé faire ça», résumait Didier Lebbe.

Dans la foulée, le syndicat des pilotes irlandais a annoncé qu’une quatrième grève pour le vendredi 3 août va s’ajouter à cet été socialement chaud chez Ryanair. Pour les «punir» (?), la direction de la compagnie irlandaise a indiqué qu’elle allait réduire le nombre de ses avions, donc ses pilotes et son personnel de cabine, à Dublin, l’hiver prochain. Trois cents emplois en moins d’ici octobre!

Cité par l’Irish Times, le directeur financier de la compagnie, Peter Bellew, explique la décision « d allouer davantage d’avions aux marchés où nous connaissons une forte croissance (comme la Pologne), ce qui entraînera des réductions d’avions et des suppressions d’emplois sur les marchés nationaux où les affaires se sont affaiblies, où les réservations sont endommagées par les grèves successives des pilotes irlandais». Un message envoyé, depuis le QG irlandais (là où l’affectif est supposé être le plus fort), à toutes les bases «réfractaires».

En attendant, Belgique, Espagne, Italie et Portugal ont démontré à la fois leur capacité de persuasion du personnel de cabine (plus courageux que les pilotes sur ce coup-là) et de coordination. Jeudi matin à Charleroi, dans un hall des départs inhabituellement calme, Francine, en départ pour l’Espagne, pense que cette grève est légitime : «Ils ont raison. C’est normal d’appliquer la législation de chaque pays. C’est génial qu’ils se soient organisés comme ça entre tous les pays, en Espagne ils ne font pas souvent grève, donc je suis contente pour eux. Mais ils auraient peut-être dû montrer avant en quoi ça les affectait, ce qu’ils réclament.» Francine est une habituée de l’avion, cette grève ne l’a donc pas affectée. «Quand c’est annulé, c’est annulé. Crier ne sert à rien.»

Un salaire mensuel de 1000 euros, pas de couverture maladie, la peur permanente d’être remplacé… [les contrats dépendent de sociétés intérimaires] voilà ce que dénoncent les syndicats. Avec comme conclusion, cette banderole «Ryanair must change déployée. «Les conditions que nous avons posées à Ryanair ont toutes été refusées, nous n’avons aucune nouvelle, assure Yves Lambot (CNE).

Ryanair assume son rôle de défenseur du «modèle déposé» qui ne veut rien céder et assure, au contraire, que ce sont les syndicats, notamment en Belgique, qui ne veulent pas discuter. Face à ses clients, les passagers, dont on ne peut pas dire que la majorité a conspué la grève ou les grévistes sur les réseaux sociaux, la compagnie assure qu’elle va refuser les demandes d’indemnisation prévues au niveau européen, estimant que «les actions de grève relèvent de circonstances exceptionnelles et que Ryanair n’est donc pas tenue de verser des indemnités».

Ce jeudi, deuxième jour de grève (sauf en Italie), Ryanair comme les syndicats s’attendent à connaître le même type de journée et de scénario. (Article publié dans le quotidien belge Le Soir, daté du 26 juillet 2018; voir l’article précédent sur ce site en date du 24 juillet 2018, avec la liste des revendications: https://alencontre.org/europe/une-greve-europeenne-chez-ryanair-les-25-et-26-juillet-2018.html)

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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