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octobre 2017

A l'encontre

La Brèche

Grèce. La dignité collective face à la coalition eurocrate

Publié par Alencontre1 le 5 - juillet - 2015

imagePar Panagiotis Grigoriou

Athènes, ambiance assurée et cependant incertaine. Sur une façade de la Banque de Grèce, le seul graffiti… très frais qui s’impose par ces temps et par ces vents: «NON – 5 juillet». Vendredi soir (3 juillet), place de la Constitution nous étions vraiment très nombreux. Grand rassemblement et concert en faveur du «NON», émotion, dignité, et quoi qu’il arrive, un sens certain de la gravité des moments. J’y ai rencontré tant d’amis, tant de connaissances comme de consciences. «Venceremos, certainement», fut le message que mon ami Kóstas Arvanítis m’a envoyé depuis son studio de la radio 105,5 (SYRIZA). Patience!

Nous savons combien le résultat risque d’être serré, déjà si l’on tient compte de ce déluge de terrorisme exacerbé que les «Institutionnalisés» [allusion aux «institutions», soit la troïka] internes comme externes, exercent sur la population grecque [1]. Autrement, la volonté exprimée du «NON» aurait atteint 80% des bulletins.

Mais nous sommes en guerre, sûrement la dernière, avant que la mise à mort des démocraties ne soit ainsi définitive et irréversible. Le sens de notre combat est de neutraliser ces assassins des démocraties et des sociétés, déjà en Europe. Nous en sommes bien conscients [2], nous sentons alors toute l’hybris, la démesure, du temps mauvais bancocrate et eurocrate, leur tyrannie dévoilée et outrancière, sauf pour les nombreux aveugles à la conscience atteinte, voire, éteinte.

Parfois même, il devient alors évident que nous ne pouvons plus grand-chose pour eux. À part nous battre. Les népotistes, les politicards et les escrocs se sont suffisamment occupés d’eux, avant comme après ce petit moment de rupture, que constitue le référendum… tsipriote, pour les affaires et pour les affairistes de notre triste monde.

«Et pourtant, ils ont peur», ont alors rappelé, photo à l’appui, les membres du mouvement EPAM (United People Front), place de la Constitution vendredi soir [3]. La réaction hystérique du système d’ailleurs le prouve entièrement. C’est la réaction du système, du système global et globalisant et cela comme un bloc, derrière les miradors de l’univers concentrationnaire européiste et financiocrate.

Les menaces contre ceux qui voteraient Non

Banques, «Institutions», médias, patronat moyen et surtout grand, «confédérations syndicales» (GSEE), politiciens véreux, sans oublier un bon nombre d’universitaires et d’intellectuels.

La direction de l’Hôpital privé Metropolitan situé au Pirée, comme le rapporte le quotidien Avgí, a d’abord ordonné à ses employés de se rendre aux rassemblements en faveur du «Oui» et par la suite, une employée et comptable de l’entreprise a été licenciée parce qu’elle s’est exprimée en faveur du «Non». La direction de l’hôpital a mis en place une équipe, laquelle passe au crible les profils de l’ensemble des employés à travers les «social media» sur internet (facebook etc.), afin de repérer les adeptes du «Non» et alors… agir en conséquence.

La direction de cette entreprise, comme de tant d’autres en Grèce en ce moment, n’a pas versé la totalité du salaire aux employés, «le reste de votre salaire sera versé après le référendum et cela, uniquement en cas de victoire du Oui».

Dans le même… nouvel (?) ordre politique, la direction d’une grande compagnie d’assurances situé dans les quartiers Sud d’Athènes et plus précisément à Palaio Fáliro, aurait toujours, selon le reportage du journal Avgí, convoqué les employés pour les menacer ouvertement: «Ceux qui voteront en faveur du Non, seront licenciés lundi matin».

Enfin, la direction d’Alpha Bank, a installé dans un premier temps à tous les ordinateurs des employés un programme qui affiche alors les montants en double, euros et drachmes, avant de mettre son personnel en congés obligatoire sans solde, (Avgí du 3 juillet).

Faisant entre le grossier et le grotesque, Miltiádes Varvitsiótis, député et ancien ministre Nouvelle démocratie, fils de Yannis… autant ministre et député de droite de père en fils, a donné à la télévision sa vision de la faillite de la Grèce: «La faillite d’un pays, c’est comme actuellement, de ne plus pouvoir télécharger des applications sur son i-Phone, étant donné que les paiements via les cartes bancaires grecques ne sont plus acceptés». Depuis 2010, plus de 10’000 décès en Grèce sont à mettre sous le compte des politiques de la Troïka… mais ce n’est pas de la faillite. Même d’ailleurs Le Monde, semble enfin comprendre que pour ce qui est de la «Grèce: les économistes jugent déraisonnables les exigences des créanciers» Bonne blague!

Des réunions? Non, des complots

Tássos Pappás, éditorialiste au Quotidien des Rédacteurs, cite (2 juillet) ce reportage du Financial Times, reproduisant les propos récents d’un haut dirigeant de l’Allemagne: «Tant que les deux communistes (Tsípras et Varoufákis) restent aux commandes en Grèce, le gouvernement allemand bloquera le moindre centime.» D’après ce haut dirigeant allemand dont le nom n’est pas dévoilé, Martin Schulz (SPD, président du Parlement européen) a participé à des réunions (le terme exact, corrige Tássos Pappás c’est tout simplement complot), dans le but de briser SYRIZA en deux morceaux et ainsi ouvrir la voie à la formation d’un gouvernement de technocrates, ou d’une autre coalition.

«Tout cela est parfaitement exact, car nous, ici, depuis notre quotidien, nous sommes très bien informés sur ce qui se déroule à l’intérieur de… l’épiscopat européen. Ce dernier, a par ailleurs souvent médiatisé les désirs de la fraction de Berlin, avant qu’elles ne deviennent des décisions prises à Bruxelles. Nous savons que Martin Schulz, lequel travaille apparemment sous ordre, agit dans ce sens. 

Le plan est le suivant: obliger Alexis Tsípras à signer un accord intenable, après avoir imposé au pays et à la société via leurs courroies politiques, économiques et médiatiques, les conditions cauchemardesques que l’on connaît. Et même si Alexis Tsípras demeure au poste de Premier ministre (notons que le vrai pouvoir réside ailleurs), son gouvernement sera certainement autre chose que ce qu’il avait promis et préconisé. Il sera alors en personne humilié, SYRIZA aura encaissé un énorme coup, tandis que la Gauche radicale et plus généralement, tous les adversaires de l’austérité, auront enfin reçu la réponse… adéquate à la… souillure que comporte leur interrogation: existe-t-il une autre voie pour l’Europe?

Ne soyons pas naïfs. Il s’agit bel et bien d’un crime prémédité. Ce crime est initié par ces chacals qui font semblant d’être nos partenaires au sein de l’UE, et quant aux exécutants sur place, nous n’avons guère de doutes. Sous peu, ils se présenteront derrière le masque du sauveur.»

Voilà la Grèce et voilà le totalitarisme néocolonial de ladite Union européenne, pour ceux qui peuvent encore garder les yeux ouverts et l’esprit libre, donc… suffisamment logique!

Mieux «les eaux inconnues que les marécages carthographiés»

Au moment des départs en vacances et des fermetures estivales dans une partie de l’Europe, un authentique Coup d’Etat est en cours en Grèce, prélude précipité à ce qui se passe (et qui se passera dans un futur proche de manière moins masquée) partout ailleurs. Réussira-t-il? Difficile à répondre à cette grande aporie du temps presque immédiat. D’où l’immense importance de la solidarité active et surtout du réveil des consciences ailleurs, comme c’est déjà le cas. C’est une course contre la montre, et c’est une course contre le monstre.

«Ce peuple, ne s’agenouille que devant ses morts», poème de Yannis Rítsos et autant, message limpide d’un slogan vu Place de la Constitution vendredi soir, en plus des photos du poète et de Míkis Theodorakis. Míkis, vient d’ailleurs de lancer un appel en faveur du «Non», tout en critiquant SYRIZA et la Gauche plus généralement pour ses manquements quant à la préparation d’un grand mouvement unitaire et populaire qui fait toujours défaut. «Nos ennemis ont réussi à diviser le peuple, sauf que nous ne baisserons pas les bras», dit Míkis.

«Nous préférons les eaux inconnues au marécage cartographié», indiquait un autre slogan écrit, aperçu Place de la Constitution. De son côté, Manólis Glézos [ex-eurodéputé, figure de la résistance qui, en mai 1941,enleva le drapeau nazi qui flottait sur l’Acropole] lance un appel aux électeurs du PC grec [KKE], pour qu’ils optent pour le Non, et non pas pour le vote nul [sous la forme d’un deux fois non], car tel est le mot d’ordre de la direction du plus ancien parti de la gauche en Grèce. Sera-t-il entendu?

L’historien du futur, retiendra déjà que le jeune politique Alexis Tsípras, a eu le mérite de poser à son peuple une vraie question, bien qu’incomplète et cela, non sans un certain retard. (article publié le 4 juillet sur le site greek.crisis)

________

[1] Sur les chaînes de télévision grecques et internationales, en boucle, on «nous» montre des queues de Grecs devant les distributeurs de billets de banques pour retirer les 60 euros par jour. Une simple interrogation n’est pas faite: quel est le pourcentage de Grecs qui peuvent retirer de leur compte 60 euros par jour étant donné leur revenu mensuel, dans un pays où 40% vit dans la pauvreté?

imageL’envoyée spéciale de Libération a décodé une de ces photos largement diffusée sur franceinfo.tv. Voici la photo et le commentaire de Maria Malagardis: «L’envoyée de Libération, Maria Malagardis, le 3 juillet, commentant une photographie largement diffusée par francetv info écrit: «Des Grecs font la queue devant un distributeur: une scène largement diffusée ces derniers jours par tous les médias du monde. Et cette photo prise lundi et diffusée sur le site francetv info ne fait pas exception, montrant une femme visiblement anxieuse dans l’attente de pouvoir retirer les 60 euros quotidiens (devenus depuis 50 euros faute de billet de 20 euros disponibles). Sauf que la femme photographiée de façon si peu flatteuse n’est autre que… l’envoyée spéciale de Libération en Grèce. Et que trois des hommes qui l’entourent (celui en chemise à carreaux et les deux autres en chemise et T-shirt rose-rouge) sont également des journalistes… En réalité, il n’y a donc que trois ou quatre «vrais» Grecs devant ce distributeur.» (Réd. A l’Encontre, sur indication de Mediapart)

[2] Dans un reportage publié le 5 juillet 2015 sur le site Mediapart, Amélie Poinsot relate : «Melina Mavroyanni le dit sans détour: si elle se prononce pour le «non» ce dimanche, c’est précisément pour une question de «dignité». Cette trentenaire vote dans l’école primaire n°91, dans le quartier populaire et commerçant de Pagrati. A-t-elle peur du retour à la drachme? «Ce dont j’ai peur, c’est du retour de Samaras», lâche cette gérante de café. «L’argent, on n’en aura pas quoi qu’il arrive. Pour moi, il n’y a aucun changement depuis la fermeture des banques lundi dernier, le peu d’argent qu’on a continue à circuler», poursuit-elle. «Ceux qui ont peur sont ceux qui ont de l’argent», lâche avec malice Zacharoula Mastronikoli, une octogénaire venue voter avec son fils. Pour elle, l’évidence s’impose: c’est «non». «Parce qu’on a énormément souffert depuis cinq ans.» Autre témoignage rapporté par la journaliste:«Aujourd’hui le FMI dit qu’il faut effacer 30 % de la dette grecque. Pourquoi le dit-il maintenant? Après cinq ans de coupes tous azimuts ? Tout cela est très hypocrite», dénonce Christos, la soixantaine, au chômage depuis trois et demi, venu voter en compagnie de son petit-fils. «Nous voulons rester en Europe. Mais nous ne voulons pas de cette Europe des inégalités. Tout ce que l’on nous inflige est absurde. Il est bien évident que sans argent, les Grecs n’ont plus de pouvoir d’achat. Or, sans un minimum de pouvoir d’achat, l’économie ne peut se développe.» (Rédaction A l’Encontre)

[3] L’ EPAM, créé en 2011, a pour objectifs: «1. Annulation unilatérale de la dette conformément au droit international. 2. Annulation unilatérale de tous mémorandums et traités signés à partir de mai 2010 avec le FMI, l’UE et la BCE. 3. Sortie de l’Union Européenne et sortie de la zone d’euro. 4. Nationalisation de la Banque de la Grèce. 5. Jugement et punition de tous responsables de la banqueroute et l’occupation du pays. 6. Une nouvelle constitution.» (Rédaction A l’Encontre)

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