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Nestlé: dialogue de sources dans les Vosges

Publié par Alencontre le 30 - juillet - 2016

NestleQue ce soit en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Angleterre ou au Japon, les amateurs la connaissent sous l’appellation «Vittel Bonne Source». On la trouve également dans le processus de fabrication de fromages : munster, camembert, brie, emmental. Puisée dans la nappe des Grès du Trias, dans les Vosges, elle abreuve en prime 61’000 habitants de 191 communes (Vittel, Contrexéville, Bulgnéville, Charmes, etc.).

Mais elle profit surtout à deux industriels : Nestlé Waters, le roi de l’eau en bouteilles, qui pompe chaque année 950’000 mètres cubes, et la fromagerie de l’Ermitage, qui en utilise 600’000 mètres cubes pour confectionner ses fromages. Soit, à eux deux, 47% des prélèvements effectués annuellement dans ce réservoir naturel. Mais la nappe commence à tirer la langue. Elle perd 1,15 million de mètres cubes d’eau par an.

Depuis 2009, la préfecture des Vosges tente de colmatr cette grosse fuite. Elle a confié les rênes du schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) à la commission locale de l’eau, qui devra sortir de son chapeau une solution miracle vant la fin de l’année prochaine. Pour la trouver, elle a missionné une association, La Vigie de l’eau, laquelle a proposé, fin avril, toute une série de mesures pour combler le déficit de la nappe : «réduction de l’arrosage des espaces verts, réduction des pertes sur les réseaux de distribution, récupération des eaux de pluie, revêtement synthétique pour les stades»… Et aussi : «distribution aux ménages de kits hydro-économes» et installation dans les hôtels et campings d’«un kit composé d’une douchette économique, de trois mousseurs pour les robinets et d’un sac WC de 2 litres à installer dans la cuve de la chasse d’eau». Bref, les citoyens seront invités à faire de sérieux efforts pour réduire leur consommation d’eau.

Et les deux gros industriels ? La préfecture fait valoir qu’il sera demandé à Nestlé Waters «une réduction des pertes d’eau sur les lignes d’embouteillage» – la mesure est appliquée depuis des années – ou encore de «substituer des eaux industrielles prélevées sur la nappe». En clair, utiliser d’autres eaux pour les usages non alimentaires. Là encore, c’est déjà en œuvre. Quant à l’Ermitage, on va «plafonner ses demandes en cours», pour lui laisser 600’000 mètres cubes par an. Exactement ce dont la fromagerie dispose aujourd’hui ! Et lui demander de «récupérer les eaux de pluies pour le lavage des camions». Avec un seau ?

Pour la préfecture des Vosges, ces mesures affreusement drastiques auxquelles seront soumis les industriels «devront s’accompagner de mesures de substitution de ressources». Ils pourront donc aller pomper de l’eau dans d’autres sources, situées dans un rayon de 30 à 50 km. Ça tombe bien car, comme l’écrit La Vigie de l’eau dans son rapport, «la fromagerie de l’Ermitage et Nestlé Waters sont tous deux dans une phase de croissance et ont déjà demandé des volumes supplémentaires».

Bon, il est vrai que, sur les 11 membres du conseil d’administration de La Vigie de l’eau, l’association qui est chargée d’«assurer les missions d’animation, de maîtrise d’ouvrage et de communication» pour le compte de la commission locale de l’eau, on trouve deux retraités de Nestlé Waters, un directeur d’une filiale de la multinationale (Agrivair) et deux cadres de la boîte en activité. Dont le président de l’association, qui est par ailleurs le mari de la présidente de la commission locale de l’eau. Ça s’arrose ! (Article publié dans Le Canard enchaîné du 27 juillet 2016)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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