dimanche
28
mai 2017

A l'encontre

La Brèche

Dossier

Les salariés de GM&S devant la préfecture de Guéret, le 15 mai,
lors de la «négociation»

Par Denis Cosnard

A peine installé à l’Elysée, Emmanuel Macron est déjà appelé à éteindre un premier incendie social. Celui de l’usine de pièces automobiles GM&S de La Souterraine (Creuse). Un site en difficulté depuis plusieurs années, victime d’une compétitivité déficiente, de sa dépendance à l’égard de Renault et PSA, et d’une succession de patrons voyous ou chasseurs de primes. La situation devient critique: si rien n’est fait, la liquidation risque d’être prononcée le 23 mai par le tribunal de commerce de Poitiers, ce qui entraînerait le licenciement de ses 280 salariés.

Les pouvoirs publics connaissent bien le dossier. Depuis le dernier redressement judiciaire prononcé en décembre 2016, ils ont tout fait pour repousser après le second tour le règlement de ce cas difficile, afin d’éviter une liquidation spectaculaire en pleine campagne présidentielle. Aujourd’hui, impossible d’arrêter plus longtemps les horloges.

Les salariés font monter la pression. Pour attirer l’attention des médias et des élus, ils ont annoncé jeudi 11 mai avoir «piégé» l’usine avec des bonbonnes de gaz et des bidons d’essence, agitant la menace d’une explosion du site. La mort dans l’âme, ils ont aussi découpé au chalumeau un premier élément d’une presse : «Ce que l’on a fait aux machines, c’est ce qui risque d’arriver à nos vies et à nos familles», ont-ils expliqué.

«Notre objectif n’est pas de casser notre outil de travail, précise Vincent Labrousse, le responsable de la CGT. Nous avons au contraire remis en place les 3× 8 pour veiller sur l’usine, afin qu’elle puisse redémarrer tout de suite s’il y a un repreneur. Mais il faut que notre dossier soit sur le dessus de la pile du nouveau président de la République.» La CGT a aussi lancé un appel national à un rassemblement mardi devant l’usine, et préparé une action à Paris pour mercredi ou jeudi.

Passer davantage de commandes

Toutes ces initiatives n’ont qu’un but: amener Renault et PSA, sous la pression de l’Etat actionnaire, à passer davantage de commandes à GM&S. Cela pourrait inciter le seul candidat encore en lice, le français GMD [une transnationale créée en 1986 et est spécialisé dans la plasturgie, l’étanchéité, la fonderie, cela comme sous-traitant de l’automobile], à confirmer son projet de reprise de l’usine et à réembaucher plus que les 100 ou 110 salariés évoqués.

Une réunion importante était prévue lundi 15 mai dans l’après-midi à la préfecture de la Creuse, à Guéret, en présence de l’intersyndicale, des élus locaux, de l’éventuel repreneur, et de représentants de Renault et PSA. Les constructeurs accepteront-ils d’augmenter le plan de charge de GM&S, eux qui sont accusés d’avoir délibérément maintenu l’usine en marche tant qu’elle leur était indispensable, puis de l’avoir laissé tomber après avoir mis en place d’autres sources d’approvisionnement? S’ils refusent, M. Macron risque d’affronter sa première explosion sociale. (Le Monde, 16 mai 2017)

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«L’augmentation de la précarisation des emplois»

Par Stéphane Guérard et Marion d’Allard

Les salariés du sous-traitant de Renault et PSA ont rendez-vous ce lundi avec les représentants des deux groupes pour discuter de l’avenir de leur usine. La CGT lance un appel national pour soutenir leur combat, mardi, à La Souterraine.

Depuis jeudi, les trois-huit tournent à plein, mais la production demeure désespérément arrêtée. Voilà quatre jours que 233 des 279 employés de GM&S ont décidé d’occuper leur usine en piégeant ses accès et ses moyens de production. Leur coup de colère à l’encontre de l’abandon de l’usine par ses donneurs d’ordres et clients, Renault et PSA, s’est mué en sourde détermination. Chaque jour, ils sont entre 70 et 100 salariés à occuper le site de La Souterraine. Une cinquantaine de personnes se relaient en «équipes» de début et fin de nuit. «Rien n’a changé. On est toujours déterminé, nous expliquait hier matin Yannick Augras, secrétaire CGT du comité d’entreprise. Le préfet n’est pas venu nous voir mais on l’a eu au téléphone. Les constructeurs n’ont pas donné de nouvelles. On attend demain notre entrevue à Guéret avec leur numéro un des achats.»

Depuis jeudi donc, rien n’a changé judiciairement quant à l’avenir de l’équipementier automobile, menacé de liquidation judiciaire faute d’engagement de ses deux clients de lui confier de nouvelles commandes. Ce coup de pouce donnerait pourtant le top départ à la reprise de l’activité par GMD. Le premier sous-traitant français du secteur ne promet pas monts et merveilles. Il parle de conserver une centaine de postes sur les 279 en jeu. Mais, pour l’heure, c’est toujours la liquidation qui se profile le 23 mai avec l’ultime audience devant le tribunal de commerce de Poitiers.

«Nous sommes mis en concurrence, sous couvert de compétitivité»

Socialement, en revanche, tout a changé. Samedi, les GM&S et les cheminots CGT ont convergé vers la gare de La Souterraine (Creuse), menacée d’automatisation et de disparition, pour protester à grand bruit contre l’étouffement lent mais constant de ce poumon économique, entre Creuse et Haute-Vienne. Un cas concret de l’abandon des chefs-lieux des zones rurales qui a fait trembler les urnes dernièrement.

Mardi 16 mai, la lutte des GM&S se transformera en manifestation nationale. Cette fois, c’est contre la désindustrialisation du pays, autre point noir soulevé par les Whirlpool entre les deux tours de la présidentielle, qui sera à l’ordre du jour d’un appel national à manifester, toujours à La Souterraine. «Il a fallu que les salariés de GM&S, poussés à bout, fassent parler la manière forte pour que l’on s’intéresse enfin à notre industrie. C’est dommage d’en arriver à une telle situation», déplore Denis Bréant.

Pour l’animateur de l’activité automobile à la CGT métallurgie, «la filière vit un grand paradoxe. Nous sommes revenus à un niveau de production de 2 millions de véhicules en France. Les salariés ont fait beaucoup d’efforts pour cela. Mais ça se traduit par l’augmentation de la précarisation des emplois. Chez Renault, certaines chaînes fonctionnent avec sept travailleurs précaires sur dix. Nous sommes mis en concurrence, sous couvert d’accord de compétitivité. Actuellement ont lieu des négociations sur notre convention collective qui pourraient remettre en cause beaucoup de choses pour les salariés. Ce mouvement pourrait s’accélérer avec la nouvelle casse du Code du travail promise par ordonnances par Emmanuel Macron».

A l’usine GM&S, on a regardé hier l’entrée en fonction du nouveau président avec circonspection: «On attend de lui qu’il soit meilleur que le précédent et qu’il s’intéresse un peu plus à l’automobile en France. Sinon, dans quelques années, les constructeurs annonceront toujours plus de ventes de voitures, mais elles seront toutes construites à l’étranger à force de délocaliser les usines et les sous-traitants, soupire Yannick Augras. Peut-être Macron croit-il que des marques étrangères vont venir s’installer en France? Nous, on pense qu’il se trompe. Mais nous ouvrons grand la porte à tous ceux qui veulent parler avec nous de l’avenir de notre entreprise. S’il est malin, il viendra. Les occasions ne manquent pas. Mais il faut qu’il fasse vite. En revanche, s’il vient pour enfiler des perles et ne rien dire sur notre avenir, qu’il reste à Paris.»

Hier (lundi 15 mai), alors qu’une réunion avait lieu en préfecture de la Creuse réunissant les salariés de GM&S Industry et les principaux donneurs d’ordre (Renault et PSA) de l’équipementier automobile menacé de fermeture, le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a voté, en commission permanente, l’octroi d’un fonds de garantie de 580 000 euros accordé aux salariés en lutte pour sauver leurs emplois et leur outil de travail. Une enveloppe qui permet non seulement de rassurer les banques, mais surtout de payer les salaires du mois de mai. Une subvention exceptionnelle du même montant avait déjà été votée le mois dernier. Les salariés, qui occupent désormais l’usine jour et nuit et assurent avoir piégé le site, demandent aux constructeurs de renouveler leurs commandes pour maintenir l’activité de l’usine de La Souterraine. Une manifestation nationale aura lieu à 15 heures cet après-midi devant l’usine. (L’Humanité, 15 et 16 mai 2017)

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«279 travailleurs de GM&S risquent d’être jetés à la rue, sans compter les sous-traitants qui travaillaient sur le site»

Par Lutte ouvrière

«Après plus de 6 mois de mobilisation déterminée pour conserver leurs emplois, les travailleurs de GM&S Industry (La Souterraine) continuent de se battre. Le 23 mai en effet la liquidation judiciaire risque bien d’être prononcée, la reprise par GMD étant compromise parce que PSA et Renault, leurs donneurs d’ordre principaux, refusent de tenir leurs engagements en termes de commandes. Alors que les deux groupes font des profits record, les 279 travailleurs de GM&S risquent de se retrouver jetés à la rue sans compter les sous-traitants qui travaillaient sur le site.

Les politiciens de gauche, de droite ou des deux bords à la fois, actuellement en campagne, vont sans doute verser quelques larmes de fausse compassion et expliquer, Macron le premier, qu’ils ne peuvent rien face au patronat et à la loi du marché. Une chanson trop souvent entendue.

Mardi 16 mai, les travailleurs de GM&S lancent un appel national à un rassemblement devant l’usine à La Souterraine.» (15 mai 2017)

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Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon aux côtés
des travailleurs de GM&S

Par William Plummer

Les deux ex-candidats à la présidentielle vont se rendre, mardi après-midi, à une manifestation en soutien aux salariés de l’équipementier automobile GM&S, dont l’usine est menacée de liquidation.

Malgré cinq jours de mobilisation, et la menace brandie par des salariés de faire sauter l’usine «piégée» par des bonbonnes de gaz, l’avenir de GM&S Industry s’écrit toujours en pointillé. Après l’échec de la table ronde qui s’est tenue hier à la préfecture de la Creuse, les salariés s’apprêtent à manifester ce mardi après-midi à l’appel des centrales syndicales CGT et FO. Une première manifestation aura lieu devant l’usine de La Souterraine, dans la Creuse. Jean-Luc Mélenchon, de La France insoumise, et Philippe Poutou, du NPA et militant CGT girondin [il travaille à Ford Bordeaux], ont annoncé leur présence à ce rassemblement prévu à 15 heures en soutien des 279 salariés de l’entreprise en péril. La mobilisation devrait être suivie d’un second rassemblement devant la mairie de la commune à 17 heures.

Hier, pendant près de six heures, des dirigeants de PSA et Renault ainsi que des représentants syndicaux de GM&S, des élus locaux, du mandataire judiciaire et du négociateur de crise se sont entretenus dans un climat «tendu», selon un participant. La réunion, qui a tenu par moments du «dialogue de sourds», a pris fin vers 21 heures, sans avancée concrète sur l’avenir de GM&S, a-t-on indiqué de source syndicale. «C’est un véritable jeu de dupes. Les constructeurs font une partie de poker géante avec des vies humaines. Ils sont venus avec zéro marge de négociation», explique au Figaro Etienne Lejeune 1er adjoint à la mairie de la Souterraine et président de la communauté de communes de l’Ouest creusois. «Avec ce qu’ils proposent, seulement 90 à 100 emplois seraient préserver. Or avec moins de 150 salariés, et étant donné les coûts de fonctionnement, l’entreprise n’est pas viable», précise l’élu présent à la table ronde lundi.

Seul consensus notable: tous les acteurs sont convenus de monter un dossier afin d’obtenir du tribunal de commerce de Poitiers un délai de trois jours supplémentaires qui repousserait du 23 au 26 mai l’examen par le tribunal d’une éventuelle liquidation du site creusois. Le français GMD, spécialisé dans l’emboutissage et le thermoformage, aurait exprimé un intérêt pour la reprise. Selon des participants à la table ronde de Guéret, obtenir un délai auprès du tribunal de commerce donnerait aussi un peu plus de temps au futur ministre de l’Industrie – qui devrait être nommé mardi – pour se saisir du dossier GM&S. D’après nos informations, une nouvelle table ronde pourrait avoir lieu jeudi.

«Une responsabilité collective»

Le patron du Medef, Pierre Gattaz, a reconnu que la situation de l’équipementier automobile GM&S Industry était à la fois un «drame» mais aussi «une responsabilité collective». «Il faut faire tout pour que ce ne soit pas un drame total et qu’il n’y ait pas cette fermeture d’usine (…) et par ailleurs faire un environnement économique attractif de la France. C’est le projet d’Emmanuel Macron tel que je l’ai compris», a-t-il dit. «Il faut essayer de trouver un repreneur ou en tout cas former les personnes qui sont concernées pour qu’elles rebondissent», a insisté le patron des patrons précisant, toutefois que Renault et PSA avait beaucoup contribué «au fait qu’il y ait des commandes et que cette entreprise ne parte pas au tapis».

Plusieurs salariés et des élus ont renouvelé leurs appels à un engagement des constructeurs automobiles, et à une intercession d’Emmanuel Macron. Le président PS de Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset, venu à La Souterraine début mai, a lancé lundi depuis Bordeaux «un appel ferme à la responsabilité de tous, de tous c’est d’abord les constructeurs automobiles». Pour lui, PSA, dont la charge de commandes atteint 10 à 13 millions d’euros, «peut faire un effort» et Renault, à 5 millions, «doit doubler ses commandes sur le site». Alain Rousset, dont la région a avancé près de 1,2 million d’euros pour permettre à GM&S de continuer son activité dans l’attente d’une décision de justice, a aussi lancé un appel au président Macron pour une intervention. Sauver GM&S «serait un signe fort de début de quinquennat», a estimé l’élu aquitain, estimant que «le cabinet du président a tous les éléments sur la table». Il a évoqué à propos de GM&S «un symbole du tabassage de l’outil industriel français», avec des repreneurs passés «qui se sont comportés comme des rustres». (Le Figaro, 16 mai 2017)

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